Carnets de voyage, 1897/Toulouse (1863)

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Librairie Hachette et Cie (p. 75-76).


TOULOUSE


Hier, sur la place, j’ai noté quelques figures. On s’assoit sous les arcades, les cafés sont pleins, la place est remplie de boutiques et de lauriers ; gaieté et mouvement. — J’ai passé cinq ou six fois devant deux jeunes filles. L’une d’elles est vraiment jolie, en robe de calicot jaune ; c’est une grisette en cheveux ; la taille est fine, le corsage bombe bien, les cheveux sont noirs, retroussés. Elles causent poliment, facilement, avec une grâce naturelle. Le vieux voisin boutiquier qui les accoste est très bien traité. Elles sont presque dames au premier aspect. Le Méridional a naturellement une sorte d’éducation, il est dégrossi de naissance. Le visage est régulier, brun pâle ; on se croit, au premier instant, devant une réelle beauté profonde ; on imagine de la finesse, de l’esprit vrai, de la noblesse même. — Au bout d’un quart d’heure, le tuf se montre ; tout est à la surface en ce genre de beauté et d’esprit. Elles ont la grâce, la vivacité d’un oiseau, d’une fine mésange babillarde ; rien de plus, c’est un caquet. Pour leur plaire, il faudrait les mener au bal, les régaler, faire des calembours, parler beaucoup, les faire parler davantage, leur faire écouter des contredanses ou de la musique de régiment. — « Ah ! comme les étoiles sont plus belles quand elles se mirent dans le ruisseau de la rue du Bac. » Elles me font penser à la Juliette du pauvre Heine qui devait passer singulièrement son temps avec elle, aux Pyrénées. — La Parisienne est autre : plus politique, plus curieuse du grand luxe et de la grande corruption.