Mozilla.svg

Cartouche banquier

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 134-135).



CARTOUCHE BANQUIER



Au citoyen Auguste Chirac, auteur des Rois de la République.


Un petit-fils du grand Cartouche,
Un brave à profil de vautour,
Au coin d’un bois, seul et farouche,
Las de guetter, se dit un jour :

Les bois n’offrant plus de ressource,
Ami Cartouche, code en main,
Prends ton embuscade à la Bourse,
Fais-toi banquier de grand chemin !

Ce vol terre à terre m’efflanque,
Jetons de plus larges filets :
Lorsque l’on peut faire la banque,
À quoi servent les pistolets ?

Des froids vampires de finance
N’ayant pas la perversité,
J’étais voleur par répugnance,
Assassin par humanité.

Mais le flouage qui gouverne
Jusqu’au Sublime s’est posé ;
L’Usure fond de sa caverne
Tient le siècle dévalisé.


La Bourse est le meilleur repaire,
On s’y ménage adroitement
Un télégraphe pour compère,
Pour complice, un gouvernement.

Gobseck grandit, Mandrin s’encroûte ;
Le grand réseau s’organisant,
On volait sur la grande route :
On vole la route à présent !

J’aurai ma bande d’émissaires
Dans ma caisse en parts de lions.
Le jus de toutes les misères
Va se figer en millions.

Sans crier : la bourse ou la vie !
En serrant la vis au travail,
J’aurai de la foule asservie
Bourse en gros et vie en détail.

À mes bals tout Paris se porte.
Un juge y tient de gais propos ;
Le préfet pour garder ma porte,
Met des gardes municipaux.

Mon aïeul crève à la potence ;
Mais dans ce siècle, par bonheur,
Des hommes de notre importance
S’attachent à la croix d’honneur !

Les bois n’offrant plus de ressource,
Ami Cartouche, code en main,
Prends ton embuscade à la Bourse,
Fais-toi banquier de grand chemin !


Paris, 1849.