Chansons populaires de la Basse-Bretagne/L’aveugle du Léon

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


L’AVEUGLE DU LÉON
____


   Un vieil aveugle du Léon
A de la mélancolie dans le cœur,

   A cause de son biniou
Qu’a dérobé monsieur Le Goff.

   Il n’y a prêtre dans le pays
(Aussi méchant) que celui-là, le prêtre Le Goff,

   Lequel a dérobé l’instrument
Qui divertit les jeunes gens ;

   En même temps, les gens âgés
Sont tous charmés de l’entendre.

   — Console-toi, mon pauvre aveugle !
Dût-il m’en coûter dix louis d’or,

   Le Pape et moi sommes grands amis :
Dans trois jours je te le ferai voir

   Et, sur ma foi de gentilhomme,
Je te ferai rendre ton instrument !

   Pourquoi défendre aux gens de danser,
Puisque c’était permis, autrefois ?


   Il n’a été défendu ni par Dieu,
Ni par évêque, ni par roi,

   De danser, dimanches et fêtes,
Pourvu que ce ne fût pas durant les offices.

   David approuva la danse :
Devant l’Arche d’alliance ;

   Il mit bas son manteau royal
Afin d’être léger pour danser.

   Quand David tua Goliath,
Dieu permettait les ébats,

   Au son de n’importe quels instruments,
Tambour, bombarde et biniou.

   Laissons donc le prêtre Le Goff
Débiter ses fariboles !...


Chanté par Marguerite Philippe.
Kercabin, septembre 1888.


__________