Chansons populaires de la Basse-Bretagne/L’homme neuf fois veuf

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L’HOMME NEUF FOIS VEUF.
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   Neuf fois veuf j’ai été,
Et neuf veuves j’ai eu (pour femmes).

   En se courbant pour souffler le feu
Est morte d’abord une ;

   Et, auprès du feu, de froid,
Est morte une autre : voilà deux ;

   Et en se courbant pour traire la chèvre,
Est morte une autre : voilà trois ;

   En gardant les vaches, autour du blé,
Est morte la quatrième ;

   Et en mettant la bouillie en trempe,
Mourut une autre : voilà cinq ;

   Et en mettant les pois en trempe,
Mourut une autre : voilà six ;

   Et quand prit le feu en Bretagne,
Mourut une autre ; voilà sept ;

   Et quand s’éteignit le feu en Bretagne,
Mourut une autre : voilà huit.


   Maintenant, j’avais une vieille petite femme,
Laquelle n’avait qu’une petite molaire ;

   Une petite molaire, qui était longue,
Lui attrapait jusqu’à la nuque ;

   En triant des pois d’entre des fèves,
Mourut celle-là : voilà neuf !

   Le lendemain, au matin,
On met la vieille dans sa tombe (son cercueil)

   Et vendredi, si elle est refroidie,
Ira ma pauvre femme en terre ;

   Et samedi, après midi,
Iront les sonneurs sur sa tombe ;

   Iront les sonneurs sur sa tombe,
Et, s’ils dansent, je le ferai aussi.

   Dimanche, après vêpres,
Iront mes chiens en deuil ;

   Iront mes chiens en deuil,
Des rubans noirs à leurs queues.


Chanté par Marie Feutren, Kerbors, août 1888.
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