Chansons populaires de la Basse-Bretagne/La Vierge conviée à une noce

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LA VIERGE CONVIÉE A UNE NOCE
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Un père de famille de Plouigneau
   Oui, un père de famille de ...

(Il était riche en biens
   Et tendre de cœur),

S’est mis dans l’esprit,
   Cette année, de faire un banquet.

Un fils à lui s’était marié.
   Le jour qui précédait la noce,

A l’église de sa paroisse il est allé,
   Et à deux genoux il s’est prosterné,

Et (il est) entré en oraison,
   Pour prier du fond du cœur ;

Pour prier la Vierge, de grand cœur,
   D’assister à la noce de son fils.

Quand fut venu le soir,
   Dans sa cour il est allé se promener.

Dans la cour quand il est arrivé,
   Une femme il a rencontré ;

Une femme il a rencontré,
   Et elle a demandé à loger.

— Au nom de Dieu, mon brave homme, dit-elle,
   Ne pourriez-vous pas nous loger ?

Quelque part en retour,
   Monseigneur Dieu vous le paiera !

Le père de famille, en entendant parole si gentille,
   S’est senti le cœur attendri ;

Par la main il l’a prise,
   Et dans la maison il l’a conduite.

— Venez ici vous restaurer,
   Votre petit garçon, tout comme vous.

Ma pauvre amie, mangez, buvez,
   Votre fils et vous, autant qu’il vous fera plaisir.


   — Moi je n’ai ni faim, ni soif,
Mais, comme vous m’en aviez priée,

   Je suis venue vous mener mon fils,
Pour achever le contrat.

   Elle était accompagnée d’un enfantelet,
D’un enfantelet encore tout petit,

   Lequel était charmant tout plein,
Mais hélas ! il était chétivement vêtu.

   L’homme l’a pris par la main,
Sur ses genoux il l’a fait asseoir.

   Quelle grâce, songez-y, chrétiens,
De voir Jésus, sur ses genoux !

   — Mon amie, dites-moi,
De quelle lignée êtes-vous issue ?

   De quelle lignée êtes-vous issue,
Et quel nom portez-vous ?

   — De belle noblesse, dit-elle,
De la ville de Galilée,

   Dans l’évêché d’Atoa,
Et mon nom est Maria...

   Cette année-ci, il fera une année
Qui sera chargée de tristesse ;

   Le blé pourrira dans les champs,
Et il surviendra des calamités !

   Ruinés seront les pauvres gens,
Il leur faudra vendre leur avoir,

   Pour acheter de quoi nourrir leurs enfants ;
Que la bénédiction de Dieu soit sur eux !


Julienne Moreau. — Duault.
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