Chansons populaires de la Basse-Bretagne/Le portrait de ma maîtresse

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LE PORTRAIT DE MA MAITRESSE
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J’ai choisi une maîtresse et qui n’est pas de lointain pays ;
Quand je la vois, je la trouve jolie, mais je ne sais pas son nom.

Un visage a ma maîtresse que je ne comparerai pas aux roses,
Il est marqué de boutons, il y en a qui disent que c’est le vin
_______________________________________qui en est cause.

Joliment endentée est ma maîtresse, (ses dents) sont plantées
______________________________comme des rames de petits pois ;

Les unes sont plus longues, les autres plus courtes ; les plus courtes
______________________________(sont) aussi longues que mon doigt.

Bien lotie en nez est ma maîtresse, seulement (ce nez) est aussi
_________________________________long qu’un manche de hoyau.
Elle s’imagine qu’il n’y a personne d’aussi jolie qu’elle en France.

Des lunettes a ma maîtresse faites avec deux cercles de barrique,
Et du sommet de la tour la plus haute elle distingue, à leur aide,
_____________________________________________une mouche.

Deux mains a ma maîtresse qui sont déchirées par la gale,
Ses ongles sont de corne longue comme ceux d’un animal.

Deux oreilles a ma maîtresse qui lui font beaucoup d’honneur,
Car elles ne sont guère plus grandes que les deux roues d’un avant-train.

Des sabots a ma maîtresse qui ont la dimension de deux bassins [1]
Elle fait avec eux autant de tapage qu’on en ferait avec un vieux tambour.

Cent douzaines d’œufs elle a cassé en tombant dessus, excepté neuf,
Et quand elle est tombée, il faut être douze pour la remettre debout.

Voilà de quelle manière je dépeins ma maîtresse,
Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un qui puisse jeter de l’eau
___________________________________________dans mon lait [2].


Marguerite Fejer et Françoise Briant, Plourivo, sept. 88.
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  1. La vassinn était une mesure de 25 livres, le 1/4 d’un boisseau.
  2. Ce bretonnisme « jeter de l’eau dans le lait de quelqu’un » signifie « l’emporter sur lui » « lui être supérieur ».