Chansons posthumes de Pierre-Jean de Béranger/La Jeune Fille

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LA JEUNE FILLE


CHANSON IDYLLE



D’où naissent mes tourments ? Dieu veut-il que je meure
À quinze ans, grande et belle, en de vagues ennuis ?
Je dors sans reposer ; je m’éveille et je pleure ;
Mon front révèle au jour le trouble de mes nuits.

Au lieu du long sommeil si paisible à mon âge,
J’ai des songes confus où je me sens brûler.
Ils sont en vain pour moi d’un funeste présage :
Je n’y puis rien comprendre et je n’ose en parler.

J’ai perdu cet éclat dont s’enivrait ma mère,
Qui n’a que ses baisers pour calmer ma douleur.
Mais pourquoi les vieillards me plaindre avec mystère ?
Pourquoi les jeunes gens rire de ma pâleur ?

Je rêve, et nul objet n’occupe ma pensée ;
Toujours quelque frayeur sur mes sens vient agir.
Le coupable a-t-il donc l’âme plus oppressée ?
Un coup d’œil m’embarrasse, un mot me fait rougir.

À l’église où je cours, ma main souvent oublie
L’eau qui peut de l’enfer conjurer les desseins ;
Mêlée aux voix du chœur, ma voix meurt affaiblie,
Et j’écoute en pleurant chanter les hymnes saints,

Bien que dans ses apprêts la parure me pèse,
Suis-je parée enfin, je voudrais l’être mieux ;
Et je sens que mon cœur a besoin que je plaise,
Sans trouver doux pourtant de plaire à tous les yeux.

Pour mes oiseaux chéris je n’ai plus de caresses ;
Je néglige mes fleurs, je repousse mon chien.
Verrai-je ainsi finir mes premières tendresses ?
Dieu m’a-t-il condamnée à ne plus aimer rien ?

Mais voici l’étranger dont la voix est si tendre.
Hier, sous la feuillée il a suivi mes pas.
Seul, il chante et soupire. Approchons pour entendre
Si du mal que j’éprouve il ne se plaindrait pas.



Air noté dans Musique des chansons de Béranger :

Air : Nos plaisirs sont légers, mais ils sont sans alarmes.

No 361.


\relative c'' {
  \time 6/8
  \key ees \major
  \tempo "Andante."
  \autoBeamOff
  \set Score.tempoHideNote = ##t
    \tempo 4 = 100
  \set Staff.midiInstrument = #"piccolo"
\partial 8 g8
  g[ ees'] c b[ d] b
  c4. (g) 
g8 ees g g[ f] ees
  \acciaccatura f8 ees4. d4 g8
  ees'4 d8 c4 bes8 
\acciaccatura g8 a4. a4 c8
  bes4 g8 aes4 fis8
  g4. r8 ees g 
bes4. bes8[ aes] g
  aes4. r4 aes8
  aes[ f'] d ees[ bes] g 
\acciaccatura aes8 g4. f8 r c'
  b4 c8 b4 c8
  d4. r4 f8 
ees4 d8 c4 b16[ g']
  g4.~ g8 f[ ees] 
  d[ f] d c4 b8
  \acciaccatura bes c4. r4 \bar "||"
}
\addlyrics {
D’où nais -- sent mes tour -- "ments ?" Dieu veut- il que je meu -- re
À quinze ans, grande et bel -- le, en de va -- gues en -- "nuis ?"
Je dors sans re -- po -- "ser ;" je m’é -- veille et je pleu -- "re ;"
Mon front ré -- vèle au jour le trou -- ble de mes nuits,
Le trou -- ble de mes nuits.
}

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