Chantecler/Acte 3
ACTE TROISIÈME
Le légume et la fleur. L’aubergine et le lys.
Le bouquet de la Nymphe et le repas du Faune.
Une rose qui règne. Une courge qui trône.
Lavande pour le linge. Oignon pour le coulis.
S’élançant du milieu des grands choux brocolis,
Et tournant vers le dieu dont il quête l’aumône
Sa figure de nègre à collerette jaune,
Le tournesol se donne un vert torticolis.
L’épouvantail, dans les fruitiers, se silhouette.
On voit un arrosoir auprès d’une brouette.
Une bêche est plantée entre les artichauts.
D’un petit mur blanchi tout un côté se mure ;
Et, dessinée en bleu sur le blanc de la chaux,
L’ombre d’une framboise a l’air d’être une mûre.
Scène PREMIÈRE
Bonjour, vous. — On ne peut circuler sans encombres.
Ma foule d’invités va jusques aux concombres !
Murmurons…
Oui, c’est mon raout…
Quels potirons !
Des céramiques d’art !
On chante ?
Oui…
Murmurons…
J’ai les Guêpes !
Bonjour !
Murmurons — Sur les mûres,
— Entourons — Les mûrons — De nos ronds — De murmures !
Alors, vous étiez pris ?
Comme sous un chapeau !
Mais en me débattant j’ai renversé le pot.
— Chantecler n’est pas là ?
Il vient donc ?
Je souhaite
Qu’il change encor d’avis !
Patou dans la brouette ?
un tronçon de chaîne.
Chantecler, en passant, m’a tout dit, Merle noir.
J’ai cassé de fureur ma chaîne, — et je viens voir !
Il est là, le rossard ?… notre Prince des Gales ?
Merci, — Soleil ! — Merci !
Un Chœur ?
J’ai les Cigales !
Ici — C’est si — Vermeil — Qu’on s’y — Roussit ! — Merci !
Les Tzigales, maman ! Il faut prononcer « Tzi » !
Le Jars !
On annonce ? Hé !
À la porte de ronce,
Oui, j’ai mis un huissier !
Le Canard !
On annonce ?
Oh !
Mon Dieu, oui ! j’ai mis…
La Dinde !
On annonce ? Ah !
Oui ! J’ai pris le mari de la Pie en extra.
Abdomens — Veloutés, —
Un Chœur ?
J’ai les Abeilles !
Transportez — Les pollens…
Ah ! toujours des merveilles !
Ah ! bonjour, vous !
Pollens…
Merci !
Pollens…
Merci !
J’ai dans mon potager tous les êtres notoires !
La fleur des pois !
Les gros légumes !
Et les poires !
Derrière l’arrosoir mettons-nous un instant.
L’Arrosoir, surnommé le « Chauve Intermittent »,
Parce qu’on voit pousser, aussitôt qu’on le penche,
Sur son crâne de cuivre une perruque blanche !
de pommier, observe tout.
J’ai le vieux Chat.
Matousalem !
J’ai le Pinson !
Le Chantre de Monsieur Poirier !
Oh ! du surnom !
La Libellule !
Mince, alors !
Esprit des Merles !
d’où tombent des gouttes d’eau.
J’ai la Rosée !
A-t-elle un surnom ?
Oui. « Tu perles ! »
Vous avez vu ? J’ai les Poussins de la C. A. !
La C. A. ?
La Couveuse Artificielle !
Ah ?
Tous du dernier tiroir !
Ah ?
Elle est ébahie !
Les œufs qu’on couve, oh !…
C’est « vieux œufs » !
Le Cobaye !
Le célèbre, celui qui fut inoculé,
Vous savez bien ?… Eh bien, voilà, c’est lui ! Je l’ai !
J’ai tout !… J’ai…
Bonjour, vous !
…notre grand philosophe,
Le d’Hindon — oui, son nom s’écrit D apostrophe ! —
Qui conférencia dans les groseilles, sous
Les rosiers-thé… Thé-Conférence !
Bonjour, vous !
Thé-Conférence, ou bien Groseilles-Causerie !…
J’ai tout ! J’ai la Faisane en robe de féerie !
J’ai le Canard, qui m’organise un Gymkhanard !
J’ai la Tortue…
Ah ! non ! non ! elle est en retard !
Sur quoi, la Conférence, alors, qu’elle a perdue ?
Le Problème Moral !
Oh !
Qui ça, la Tortue ?
Une vieille insensible aux problèmes moraux
Et qui fait du footing en costume à carreaux.
Tiens ! un bourdon !
J’ai le Bourdon ! Dans les lumières,
Comme il est chic !
Il est de toutes les trémières !
Bonjour, vous !
Ça y est !
C’est mon dernier raout !
— Bonjour ! — C’est mon dernier raout avant août !
Tiens ! des cerises !
C’est la brise !
J’ai la Brise
Qui fait de temps en temps tomber une cerise !
On ne l’invite pas. Elle arrive impromptu.
J’ai le… j’ai la… j’ai…
Chat, — le complot ?
Ça va. Je vois venir la file
Des Coqs pharamineux que le Paon modern-style
Va présenter…
É…on !
Ce cri d’accordéon,
C’est…
Le Paon !
Surnommé ?
Le Chevalier d’É…on !
Scène II
Maître adoré ! venez vers les tournesols jaunes !
Paon ! Tournesols ! Je crois que c’est très Burne Joncs !
Cher Maître !
On est lancé par un seul mot de lui !
en bégayant d’émotion.
Maître, que pensez-vous de mon dernier cui cui ?
Définitif.
Et de mon coin-coin ?
Lapidaire.
Sur tout il dit chez moi son mot…
Hebdomadaire.
Oh !
Comment trouvez-vous, Maître sacerdotal,
Ma robe ?
Affirmative.
Et mon chapeau ?
Total.
Nos chapeaux sont totaux !
Ah ! le Chœur invisible
Revient !
Mon fils ! — Comment le trouvez-vous ?
Plausible
Murmurons…
Oh ! il est plausible !
Qui ?
Mon fils !
Engouffrons — Nos fronfrons — Dans l’iris — Et le lys !
Ce chœur est, n’est-ce pas, d’un rythme…
Asynartète.
Ma chère, ce qu’il l’a, celui-là, l’épithète !
C’est le Prince de l’Adjectif Inopiné !
Il est vrai que…
Très bien !
Ruskin plus raffiné,
Avec un tact.
Oh ! oui !
… Dont je me remercie,
Je suis Prêtre-Pétrone et Mécène-Messie,
Volatile volatilisateur de mots,
Et que, juge gemmé, j’aime, emmi mes émaux,
Représenter ce Goût dont je suis…
Ô ma tête !
Le… dirai-je gardien ?
Oui !
Non ! le Thesmothète !
Vous voyez notre Paon !… Vous êtes émue ?…
Oui,
Car je sais que le Coq doit venir.
Aujourd’hui ?
Alors, mon jour est un jour…
Faste.
Un raout faste !
Chantecler !
Vous aurez un triomphe plus vaste !
Un triomphe ?
Lequel ?
Oh ! vous verrez !
Lequel ?
Oh !
Le Coq de Brækel ou Campine !
Scène III
Brækel ?
Chez moi ? C’est une erreur !
Madame…
Ah ! ma surprise…
Le Coq de Ramelslohe…
Ô ciel !
… à patte grise !
l’éblouissant Ramelslohe salue.
C’est un des plus récents leucotites.
C’est un…
C’est un…
Le Coq Wyandotte à croissants d’acier brun !
Ah ! Dieu du ciel !… Mon fils !
Maman !
Le Coq Wyandotte !
Coq à chapeau fraise dont l’Art Nouveau nous dote !
Chapeau fraisé… Messieurs… Maîtres…
Maman !
Chez moi !
Il en arrive encor !
Le Coq de…
Ciel ! de quoi ?
… De Mésopotamie, à deux crêtes !
Deux crêtes ?…
Oh !
Mon cher Maître, oh !…
Fi des formes désuètes !
J’ai voulu vous montrer quelques jeunes Messieurs
Un peu superlatifs et vraiment précieux !
Oh ! merci, mon cher Paon !
Pardon, petite amie,
Vous voyez, j’ai le Coq de Mésopotamie
Qui m’arrive…
Cher Maître, ah ! pour nous quel orgueil !
Coq d’Orpington, à plume raide autour de l’œil !
À plume raide autour de l’œil ! oh !…
Ça s’aggrave !
Coq Barbu de Varna !
Très slave !
Oh ! l’âme slave !
Cher Maître !… oh !…
Le Coq…
Ciel !
…patte rose Scotch Grey !
Oh ! cette patte rose ! oh ! qu’elle est à mon gré !
Lancer la patte rose !
Oh ! quelle tentative !
Le Coq…
C’est impossible encor qu’il en arrive !
… À crête en gobelet !
Cher Maître ! oh ! que c’est neuf !
Un gobelet !…
Le Coq Andalou Bleu !
Votre œuf
Fut pondu dans le creux vibrant d’une guitare,
Mon cher Maître !
Le Coq Langsham !
C’est un Tartare !
Un Tartare !
Coq de Hambourg crayonné d’or !
Il est crayonné d’or ! — C’est un Hambourg !
Major !
Mon garden potager-party sera célèbre !
Oh ! Maître ! oh ! ce gilet ! C’est en quoi ?
C’est en zèbre !
En zèbre !… Oh ! ce sera l’honneur de toute ma…
De tout mon…
Le Coq…
Oh !
…de Burmah !
De Burmah !
C’est un Indien !
Il a dans ses yeux l’âme hindoue !
Cher Maître ! L’âme hindoue !… oh !
Les Coqs de Padoue :
Le Padoue Hollandais de Pologne !
Hollandais
De Pologne ! Ah ! c’est plus que je n’en demandais !
Le Doré ! — L’Argenté !
Coiffé d’une cascade !
À plusieurs ponts !
À plusieurs ponts !
Elle répète tout !
des Coqs de plus en plus extraordinaires.
Coq de Bagdad !
Il est
Très Mille et Une Nuits !
Oh ! il est très Mille et…
Très Mille et…
Oh !
C’est Karamalzaman lui-même !
Coq Bantam à manchette !
Oh ! que c’est dix-huitième !
Un nain ! un nain ! des nains !
Mais calme-toi, maman !
Non, non ! je ne peux pas ! C’est Karamalzaman !
Je ne sais plus lequel je préfère, lequel je…
Le Coq de Gueldre !
Ah ! quel bonheur ! encore un Belge !
Le Coq Malais à col de serpent !
Mon cher Paon,
Nous vous devrons ce col de cher Paon… de serpent…
Coq aux flancs de canard ! — Coq à bec de corneille !
— Coq à pieds de vautour !
pousse des clameurs devant le dernier.
Ça, c’est une merveille !
Un albinos ! — Cher Maître ! — Oh ! sur sa tête, il a
Un fromage !…
À la crème !…
Oh ! à la crème !… À la…
Coq Crèvecœur !
Il a des cornes sur la tête !
Un satanique !
Coq Ptamigan !
Un esthète !
Oh ! il a sur la tête un casque assyrien !
Coq Pile Blanc !
Il a sur la tête…
Il n’a rien !
C’est merveilleux !
Cache un rasoir sous la poussière…
Le Coq Nègre !
le potager d’aigrelettes, de plumets, de casques, de colbacks,
de crêtes doubles et triples :
Ah ! cher Maître ! — Ah ! cher Maître ! — Ah ! cher…
Sa tête part !
… Maître !
Le Coq à doigt supplémentaire par
Multiplication d’organes en série !
— Le Coq cou nu !
Tout nu !
Cou nu !
Ah ! ma chérie !
Un Coq sans faux col !
Boum !
Les Coqs du Japon !
Bing !
Coq Splendens !
Quel habit !
Coq Sabot !…
Quel smoking
… Ou Coq sans croupion !
Il n’a pas de derrière !
C’est le couronnement de toute ma carrière !
Maître ! Sans croupion !… c’est du…
C’est du culot !
Coq Walikikili, dit Choki Kukullo !
— Pseudo-Chinois Cuculicolor !
Quelle élite !
Kaléidoscopiquement cosmopolite !
Java bleu ! — Java blanc !
Java bien !
Ah ! Messieurs !…
Coq Brahma ! — Coq Cochin !
Les grands Coqs vicieux !
Tout l’Orient pourri !
Pourri !
Grâce malsaine !
Ah ! Maitre ! ah ! quel honneur ! Oh ! qu’il a l’œil obscène !
comme gagné par le délire général.
Coqs du Chili frisés à l’envers ! Coqs d’Anvers
À rebours !
Oh ! pourris ! À rebours !
À l’envers !
Le Coq sauteur sans patte !
Il saute avec son ventre !
Un Coq en caoutchouc !
Et Chantecler ?
Il entre
Bientôt.
Tu l’aperçois ?
Là-bas, grattant le sol.
Il vient.
Le Coq Ghoondook, à huppe en parasol !
Oh !
Le Coq d’Ibérie à favoris de linge !
Oh !
Le Coq Bans-Backin ou Joufflu de Thuringe !
Oh !
Le Coq Cochino-Yankee de Plymouth-Rock !
Voulez-vous annoncer tout simplement : le Coq ?
Scène IV
Le Coq.
Excusez-moi, Madame.
— Mon hommage… —
D’oser me présenter chez vous dans ce plumage…
Entrez ! mais entrez donc !
Je ne sais si je dois…
C’est que… je n’ai qu’un nombre assez restreint de doigts…
Ça ne fait rien !
Jamais je ne fus des Karpathes…
Et… je ne sais comment le cacher… j’ai des pattes…
Mais…
… La crête en piment, l’oreille en gousse d’ail…
Vous êtes excusé ! costume de travail !
… Et je n’ai pour habit — pardon d’être si sobre ! —
Que tout le vert d’Avril et que tout l’or d’Octobre !
Je suis honteux. Je suis le Coq, le Coq tout court,
Qu’on trouve encor, parfois, dans une vieille cour,
Ce Coq fait comme un Coq, dont la forme subsiste
Sur le toit du clocher, dans les yeux de l’artiste,
Et dans l’humble jouet que la main d’un enfant
Trouve sous les copeaux d’une boite en bois blanc !
Le Coq… Gaulois ?
Ce n’est pas un nom qu’on se donne
Quand on est aussi sûr que moi d’être autochtone ;
Mais je vois, sur vos becs puisque ce nom vola,
Que lorsqu’on dit le Coq tout court, c’est celui-là !
J’ai vu ton assassin !
Tais-toi ! Qu’elle ne sache
Rien !
Vous êtes venu pour me voir ?
Je suis lâche !
très entouré des Poules.
Ce Coq Cochinchinois dit des horreurs !
Assez !
poussant des petits cris scandalisés.
Oh !
C’est le plus pervers de nos gallinacés !
Assez !
Le Coq Gaulois ?
Je ne suis pas de Gaule
Si vous donnez au mot un sens vilain et drôle !
Morbleu ! chacune sait que mes claironnements
Sont loin d’avoir été… sopranisés au Mans ;
Mais vos perversités pour petite drôlesse
Qui se fait dans les coins pincer les sot-l’y-laisse
Révoltent mon amour de l’Amour ! Il est vrai
Que je tiens un peu plus à rester enivré
Que ces Cochinchinois qui mêlent, pour qu’on rie,
De la chinoiserie à leur… cochinerie,
Que mon sang court plus vite en un corps moins mastoc,
Et que je ne suis pas un… Cochin, — mais un Coq !
Viens dans les bois. Je t’aime !
Oh ! voir enfin paraître
Un être véritable, un être simple, un être…
Les Deux Pigeons !
Ce sont les Deux ?…
Je les attends !
Enfin ! Les Deux Pigeons !
Hop !
Ils sont culbutants !
Les Tumblers ! Clowns anglais !
Ô La Fontaine ! où suis-je ?
qui se perdent dans la cohue des invités.
Hop ! Hop !
Les Deux Pigeons qui font de la voltige !
— Oh ! qu’une vérité ferait plaisir à voir !
Qu’une candeur…
Le Cygne !
Ah ! un Cygne !
Il est noir !
J’ai laissé la blancheur et j’ai gardé la ligne !
Et vous n’êtes plus rien que l’ombre du vrai Cygne !
Mais…
par une brèche de la haie, la prairie, au loin.
Laissez-moi grimper sur ce banc. J’ai besoin
De voir si la Nature existe encore… au loin !
Ah ! l’herbe est verte, une vache broute, un veau tette…
Et, bénissons le Ciel, ce veau n’a qu’une tête !
Viens dans les bois naïfs, sincères et mouillés,
Où nous nous aimerons !
qui se parlent de très près.
Ça marche !…
Vous croyez ?
Ah ! j’aime tant couver une intrigue secrète !
le manège de la Faisane.
Oui, je crois qu’elle songe à s’annexer la Crête !
Viens !
Non ! Je dois chanter où le sort me plaça !
Ici, je suis utile, on m’aime.
la nuit dans la cour de ferme.
Tu crois ça !
— Non, non ! Viens dans les bois où nous pourrons entendre
Deux vrais Pigeons encor s’adorer d’amour tendre !
Mesdames, le grand Paon…
Le Surpaon… qui surprend !…
… Va nous faire la roue !… — À nos vœux il se rend… —
Mon Dieu, je suis — talent qui s’ajoute à ma liste ! —
Dirai-je artificier ?
Oui !
Non. Pyroboliste !
Car ils sont moins cuprins, prasins et smaragdins,
Les ruggiéresques feux des citadins jardins,
Quand pleuvent de tes ciels quatorze-juillettistes,
Capitale ! les capitules d’améthystes
Des chandelles dodécagynes…
Sarpejeu !
… Que, j’ose dire, moi, Mesdames, lorsque je…
Ah ! j’ai compris le dernier mot !
… Je, dis-je, éploie
L’éventaire-éventail, l’écrin-écran…
Ah !
L’Oie !
… Sur quoi j’offre au rayon qui rosit le roseau
Tous ces joyeux joyaux !
Ah ! quel oiseux oiseau !
Maître, lequel de nous mettrez-vous à la mode ?
Moi ! — J’ai l’air d’un palmier !
Et moi, d’une pagode !
Moi ! — Je porte un chou-fleur à mon calcanéum !
Chacun est à la fois le Monstre et le Barnum !
Voyez mon bec ! — Voyez mes pieds ! — Voyez mes plumes !
Ah ! puisque vous ouvrez un tournoi de costumes,
Le vent vous fait bénir par un Épouvantail !
Hein ?
Et ce Mannequin parle à cet Éventail !
Que dit le pantalon en dansant une gigue ?
Mais… « Je fus à la mode ! » — Et, terreur du becfigue,
Que dit le vieux chapeau qu’un pauvre refusa ?
Mais… « Je fus à la mode ! » — Et l’habit ?… « Je fus à
La mode ! » — Et ses deux bras que nul ne raccommode
Veulent saisir le vent qu’ils prennent pour la mode…
Et retombent ! — Le vent est loin !
Mais, pauvres fous !
L’Objet ne parle pas !
L’Homme dit ça de nous !
Il m’en veut de ces Coqs que je viens d’introduire !
Que pensez-vous de ces beaux Messieurs qu’on voit luire ?
Je pense que tout ça c’est des coqs fabriqués
Par des négociants aux cerveaux compliqués
Qui, pour élucubrer un poulet ridicule,
À l’un prennent une aile, à l’autre un caroncule ;
Je pense qu’en ces coqs rien ne reste du Coq ;
Que tout ça c’est des coqs faits de bric et de broc
Qui montent mieux la garde au seuil d’un catalogue
Qu’au seuil d’une humble cour, à côté d’un vieux dogue ;
Que tout ça, c’est des coqs frisottés, hérissés,
Convulsés, que n’a pas apaisés et lissés
La maternelle main de la calme Nature,
Et que tout ça n’est rien que de l’Aviculture !
Et que ces papegais aux plumages discords,
Sans style, sans beauté, sans ligne, et dont les corps
N’ont pas même de l’œuf gardé la douce ellipse,
Semblent sortir d’un poulailler d’Apocalypse !
Mais, Monsieur…
Et je dis que — n’est-ce pas, Soleil ! —
Le seul devoir d’un coq est d’être un cri vermeil !
Et lorsqu’on ne l’est pas, cela n’est pas la peine
D’être buboniforme ou révolutipenne,
On disparaît bientôt sans avoir rien été
Que la variété d’une variété !
Mais…
Oui, Coqs affectant des formes incongrues,
Coquemars, Cauchemars, Coqs et Coquecigrues,
Coiffés de cocotiers supercoquentieux…
— La fureur comme un Paon me fait parler, Messieurs !
J’allitère !… —
Oui, Coquards cocardés de coquilles,
Coquardeaux, Coquebins, Coquelets, Cocodrilles,
Au lieu d’être coquets de vos cocoricos,
Vous rêviez d’être, ô Coqs ! de drôles de cocos !
Oui, Mode ! pour que d’eux tu t’emberlucoquasses,
Coquine ! ils n’ont voulu, ces Coqs, qu’être cocasses !
Mais, Coquins ! le cocasse exige un Nicolet !
On n’est jamais assez cocasse quand on l’est !
Mais qu’un Coq, au coccyx, ait plus que vous de ruches,
Vous passez, Cocodès, comme des coqueluches !
Mais songez que demain, Coquefredouilles ! mais
Songez qu’après-demain, malgré, Coqueplumets !
Tous ces coqueluchons dont on s’emberlucoque,
Un plus cocasse Coq peut sortir d’une coque,
— Puisque le Cocassier, pour varier ses stocks,
Peut plus cocassement cocufier des Coqs ! —
El vous ne serez plus, vieux Cocâtres qu’on casse,
Que des Coqs rococos pour ce Coq plus cocasse !
Et le moyen de ne pas être rococo ?
C’est de ne penser qu’au…
Qu’au ?…
Qu’au ?…
Cocorico !
Nous y pensons, Monsieur, et l’avons fait connaître !
À qui donc ?
Scène V
qui circulent depuis un moment parmi les Coqs artificiels.
Mais à nous !
À nous !
À nous !
Cher Maître !
La voix ?
Basse ?
Ténor ?
Boudouresque ?
Elleviou ?
Qu’est-ce que c’est ? Un intermède ?
Une interview.
La prenez-vous dans la poitrine ?
Ou dans la tête ?
Si je la prends ?…
Parlez ! C’est l’Enquête !
L’Enquête ?
L’Enquête sur le Mouvement Cocorical !
Votre premier repas, cher Maître, est-il frugal ?
Vous dont la question comme un chardon s’agrafe,
Qu’êtes-vous donc ?
Je suis un Cocoricographe !
Un Cocoricologue !
Un Cocorico…
Bien !
Mais…
On ne passe pas quand on ne répond rien !
Je…
Vous devez avoir des tendances ?
Des foules !
Vers quoi vous sentez vous attiré ?
Vers les poules.
Sur votre chant, de rien ne nous ferez-vous part ?
Mais… je le lance !
Et quand vous le lancez ?
Il part !
Une règle par vous, Maître, est-elle suivie ?
Je…
Vous vivez ?
Mon chant !
Et vous chantez ?
Ma vie !
Mais comment chantez-vous ?
En me donnant du mal.
Mais scandez vous le tripartite ou le normal ?
Coc-ori-co, où Co-co-ri…
Il va me battre !
Rythmez-vous : Un-un-deux ? Un-trois ? Trois-un ? Ou quatre ?
— Quel est votre schéma dynamique ?
Qui n’a
Pas son petit schéma dynamique ?
Dyna ?…
Où collez-vous l’accent ? Sur le Co ?…
Si je colle
Sur le Co ?…
Sur le ri ?…
Sur ?…
Quelle est votre École ?
Des Écoles de Coqs ?…
Mais il y en a qui
Chantent Cocorico ! d’autres, Kikiriki !
On est cocoriquiste ou bien kikiriquiste !
Coco ?… Kiki ?…
Monsieur, sans compter qu’il existe…
Le seul vrai chant français, c’est : Cock-a-doodle-doo !
Mais quel est donc ce coq ?
Un coq anglo-hindou !
Et ce Turc, dont, là-bas, la crête a l’air d’un kyste,
Chante Coucouroucou !
Je suis Coucourouquiste !
Ne remplacez vous pas, cher Maître, en certains cas,
Votre Cocorico par des Cacaracas ?
Cacaraquiste, alors ?
Moi, Monsieur, je supprime
Les voyelles !
K ! K ! K ! K !
Suis-je victime
D’un songe ?
O ! O ! I ! O !… Avez-vous fait l’essai,
Quand vous cocoriquez, de supprimer les C ?
Qu’est-ce que ces Chinois, ces Turcs et ces Arabes
Sont arrivés à faire avec quatre syllabes ?
Et moi, je mêle tout : Cocaricocacou !
Dans un chant libre et flou !
Je deviens fou !
Flou !
Fou !
— Non, Cacar ! — Non, Kikir ! — Non, Coucour !
Lequel croire
Le Cocorico libre ! Il est obligatoire !
Quel est ce coq qui parle avec autorité ?
C’est un coq merveilleux qui n’a jamais chanté !
Moi, je ne suis qu’un coq qui chante !…
Oh ! bien ! bien !
J’ose
Donner mon chant — comme un rosier donne sa rose !
Oh ! j’attendais la Rose !
Eh bien, mon assassin
Me fera-t-il croquer plus longtemps le poussin ?
La Rose !… oh !
Parlez-nous de fleurs plus…
Vous déclinez Rosa ?
Mais oui, Paon que vous êtes !
D’ailleurs, je vous pardonne, à vous, d’avoir osé
Mal parler devant moi de la Rose, rosæ ;
Car, pauvre artificier, la lutte est inégale,
Et plus que tous vos feux la Rose est du Bengale !
Mais je somme les Coqs, du Dorking au Bantam,
De défendre avec moi…
Qui ?
La Rose, rosam ;
De déclarer ici, sur-le-champ…
Tu te poses
Alors en champion ?…
Oui, rosarum, des Roses !
…Que l’on doit adorer…
Qui ?
Les Roses, rosas !
Où dort la pluie ainsi qu’en des alcarazas,
Et qu’elles sont toujours et seront…
Des fichaises !
Enfin !
C’est le moment de grimper sur les chaises !
Monsieur…
Vous n’allez pas répondre à ce géant ?
Il suffit de parler de haut pour être grand.
Sachez qu’un tel propos ne saurait se permettre,
Et sachez que vous avez l’air…
Pardon, cher Maître !
…D’un cacatois dont on rasa le catacoi !
Catacoi ?… cacatois ?… Quoi ? quoi ? quoi ?
Quoi ? quoi ? quoi ?
Aux Amériques, lors de ma grande tournée,
J’ai tué jusqu’à trois Clayborn dans ma journée.
J’ai tué deux Sherwoods, trois Smoks, un Sumatra.
J’ai tué — c’est pourquoi nul ne me combattra
Sans absorber d’abord quelques grains fébrifuges —
Cinq Red-Game à Cambridge et dix Brækel à Bruges !
Moi, Monsieur, je n’ai rien tué. Mais comme j’ai
Quelquefois secouru, défendu, protégé,
Peut-être suis-je brave à mon humble manière.
Ne prenez pas des airs de tranche-taupinière :
Je suis venu sachant que vous deviez venir.
Cette rose à mon bec était pour vous fournir
L’occasion de la stupidité brutale ;
Vous n’avez pas manqué de la prendre au pétale…
Votre nom ?
Pile Diane ! Le vôtre ?
Chantecler.
Patou !
Toi, reste neutre !
Oui, mais c’est dur, mon cher !
Un coq ne se fait pas tuer pour une rose !
Quand on touche à la fleur, le Soleil est en cause !
Tout s’arrange, pourtant, vous me l’aviez promis !
Tout s’arrange, excepté les duels des amis !
Ah ! c’est affreux ! un five o’clock où l’on se tue !
Quel malheur…
…qu’il n’y ait pas encor la Tortue
Chantecler, dix contre un !
sur les pots de fleurs, sur les citrouilles, sur les chaises.
Vite !
Elle est au bonheur :
Elle fait les honneurs d’une affaire d’honneur !
Sois vainqueur ! Ce public voudrait voir les entrailles !
Je n’ai fait que du bien.
Regarde !
Ah ! les volailles !
Soit ! On saura du moins qui j’étais, aujourd’hui ;
Et mon secret, je vais…
Non ! pas si c’est celui
Qu’a deviné mon cœur de vieil idéaliste !
la poitrine offerte, comme celui qui va confesser sa foi.
Sachez tous que c’est moi…
Pardon, cher duelliste !
Mais je veux faire, avant de me faire tuer,
Quelque chose de brave !…
Ah ?
Me faire huer !
Non !
Je tiens à mourir sous les rires !
Déferle,
Blague ! Préparez-vous, les élèves du Merle !
C’est moi qui, de mon chant, vous rallume les cieux !
Tout le monde rit bien ? En garde !
Allez, Messieurs !
C’est tordant ! — C’est torsif ! — Je me tords ! — Je suis torte !
Cette vieille gaîté française n’est pas morte !
Il allume en chantant !
Il chante en allumant !
Oui, c’est moi qui vous rends la lumière !
Et comment !
Parce qu’il ne veut rien détruire ou faire éclore,
Le chant des autres coqs n’est qu’un rhume sonore !
Le mien…
Pan ! sur le cou !
…fait lever…
Cet orgueil !
…La lum…
Pan ! sur le bec !
…La lumi…
Pan ! sur l’œil !
…La Lumière !
C’est à se faire obscurantiste !
C’est moi qui fais lever l’Aurore !
Oui ! oui !
Résiste !
Mes enfants, un surnom pour l’Aurore !
Oui !…
Quel choc !
La Grande Horizontale !
Un surnom pour le Coq !
Oui !
Le Chef de Rayons !
Voyez Clarté Latine !
Merci ! — Un quolibet encor ! car je piétine !
Le Réveille-Latin !
Encore un calembour !
Et moi qui n’ai jamais fait d’armes qu’en la cour
D’une ferme…
Ton bec !
Merci !… Je…
On le plume !
… Je sens… — Une ineptie encore !
Allume ! allume !
Merci !… — Je sens que plus on va parodiant,
Injuriant, criant, riant, niant…
Hi-han !
Merci !… — mieux je saurai me battre !
Il sait se battre !
Mais il s’épuise !
Assez !
Le Pile, on paye quatre !
Du sang !
derrière le Padoue Doré.
Je voudrais voir le sang !
J’aurai ta peau !
Le chapeau du Padoue est devant moi !
Chapeau !
Quel coup ! C’est à la crête !
Arrache ! — Égorge ! — Assomme !
— Tue !
Avez-vous fini de pousser des cris d’homme ?
C’est à l’œil ! — C’est au front ! — C’est à l’aile ! — C’est à…
Tiens ! le cercle se brise et le bruit s’arrêta ?…
Que préparent-ils donc contre mon agonie ?…
— Ah ! Patou, quel bonheur !
Quoi ?
Car tous, cessant de rire et de m’injurier,
Se rapprochent de moi, maintenant !
L’Épervier !
Ah !
On ne compte pas, quand sa grande ombre passe,
Sur les Coqs étrangers pour chasser le Rapace !
gagne le milieu, et de sa voix de commandement :
Oui ! tous autour de moi !
Cher être brave et doux !
Deux fois déjà son ombre a mis du noir sur nous !
Par ici, les Poussins !
Tu les prends sous ton aile ?
Il faut bien… Leur maman est artificielle !
Il plane !
Oh !
Je suis là !
Il entend ton clairon…
S’éloigne…
Ah !
Et l’on voit se reformer le rond !
Tu dis ?
Et maintenant, tous veulent qu’on te tue,
Pour se venger sur toi de la peur qu’ils ont eue !
On ne me tuera plus ! Je me suis redressé
Quand l’Ennemi de tous dans le ciel a passé !
Et j’ai repris courage en tremblant pour les autres !
Mais ses forces, soudain ?…
Valent trois fois les vôtres !
Car m’excitant au noir comme au rouge un taureau,
J’ai vu trois fois la Nuit dans l’ombre d’un oiseau !
Gare ! il a deux ergots d’acier tranchant, la brute !
Je le savais !
Sers-toi de tes rasoirs !
Minute ! S’il s’en sert, je l’étrangle !
Oh !
Malgré les clameurs !
Tant pis !
Il fait tourner un des rasoirs !
Tiens, meurs !
a évité le coup.
Ah !
Qu’est-ce ?
Rien. Il s’est, d’une façon adroite,
Coupé la patte gauche avec la patte droite.
se sauve à cloche-pied.
Hu !
qui est demeuré immobile, exténué, les yeux fermés.
Chantecler ! — C’est nous ! — La Faisane ! — Le Chien !
— Que nous dis-tu ?
Le jour se lèvera demain !
Scène VI
vers Chantecler, qu’elle acclame
Hourrah !
Arrière tous ! J’ai vu ce que vous êtes !
Viens donc voir dans les bois de véritables bêtes !
Non, je reste !
Sachant ce qu’ils sont ?
Le sachant !
Tu veux rester ici ?
Pas pour eux, — pour mon chant !
Il jaillirait moins clair d’un autre sol, peut-être !
Mais pour rapprendre au jour qu’il est sûr de renaître,
Je vais chanter !
Arrière tous ! Je n’ai plus rien
Que mon chant !
Co…
Co… Tiens ! prends-je ma voix de gorge, ou… Co… de tête ?
Scanderai-je : Un-trois ?… Co… Et l’accent ?… Ça m’arrête,
Tout ça ! — Deux-deux… Trois-un… Coucour… — Depuis qu’on m’a
Fait penser à tout ça… Kikir… Et le schéma ?…
Coc…
Je suis embrouillé d’écoles et de règles !
Leur vol décomposé ferait tomber les aigles,
Et…
Coc… je ne peux plus chanter, moi dont la loi
Fut d’ignorer comment, mais de savoir pourquoi !
Je n’ai plus rien ! Ils m’ont tout pris ! Mon chant lui-même !
Comment le retrouver ?
Viens dans les bois…
Je t’aime !
… Où jamais des oiseaux on n’embrouille la voix !
Partons !
Mais je veux dire au moins…
Viens dans les bois !
… À tout le Pintadisme assemblé sous ces treilles :
Laissez le potager… — n’est-ce pas, les Abeilles ? —
Travailler à changer en fruits sa floraison !
Il a raison ! — Il a raison ! — Il a raison !
Rien ne se fait de bon dans le bruit. Il empêche
La branche…
Il a raison !
…de mettre à point sa pèche ;
La grappe…
Il a raison !
…de mûrir sur le cep !
Partons !
Mais je veux dire encore à toutes ces P…
Oules !… qu’ils vont s’enfuir, tous ces Coqs peu sincères
Vers les mangeoires d’or qui leur sont nécessaires,
Dès qu’on criera de loin :
« Petits ! petits ! petits ! »
Car tous ces charlatans n’ont que des appétits !
Viens ! viens !
Elle l’enlève !
Oui !
Mais il faut encore
Que je dise à ce Paon…
devant cette pécore…
Il m’insulte chez moi ! c’est sensationnel !
Faux brave que la Mode a pris pour colonel,
Vous marchez dans la peur dont votre gorge est bleue
De paraître en retard aux yeux de votre Queue ;
Mais, poussé tout le temps par tous ces yeux qu’elle a,
Vous tomberez, et vous irez finir dans la
Fausse immortalité que donne, faux artiste,
Le… dirai-je empailleur ?
Oui !
Non !… taxidermiste,
Pour employer le mot que vous auriez choisi !
Voilà, mon cher Paon.
Pan !
Et quant à toi…
Vas-y !
J’y vais.
Toi, tu connus, par quelque matin blême,
Un Moineau de Paris : tu nous l’as dit toi-même.
C’est ce qui t’a perdu. Depuis, la peur te tient
De n’être pas toujours « très moineau-parisien » !
Mais…
J’y vais ! — Et sans soupçonner une minute
Que jamais un sifflet ne pourra dire : « Flûte » !
Voulant poser tes pieds, toi, le Merle des bois,
Comme si tu marchais sur le pavé de bois,
Désormais…
Je…
J’y vais ! j’y vais ! — …toujours, sans trêve,
Moineautant jour et nuit, moineaueant même en rêve,
Condamné par toi-même à moineauter sans fin,
Pour faire le moineau tu feras le serin !
Mais…
Ô touchants efforts d’un oiseau de province !
— Pour dire avec l’accent faubourien : « Mon prince ! »
C’est en vain que tu mets ton gros bec de travers.
Tu veux cueillir les mots d’argot ? Ils sont trop verts !
Chaque grain que tu prends te crève aux mandibules :
Les raisins de Paris sont des grappes de bulles !
N’ayant pris au Moineau que son truc et son tic,
Tu n’es qu’un sous-farceur et qu’un vice-loustic.
Dans ton gros babil noir lu refais en moins juste
Les tours du clown divin dont tu n’es que l’Auguste !
Tu nous ressers les vieux pyrrhonismes jobards
Qu’on trouve en picorant les miettes des grands bars !
Pauvre petit oiseau qui croit qu’il nous épate
En venant réciter sa nouvelle à la patte !
Les Rivarol manqués s’appellent Calino.
Mais…
J’y vais ! — Ah ! tu veux imiter le Moineau ?
Mais, lui, qui n’admet pas que, sournoisement rosse,
De la désinvolture on fasse un sacerdoce
Et que l’on soit espiègle avec autorité,
Il n’est pas le pédant de la légèreté !
Rieur des buissons bas qui jamais ne t’élance,
Toi, tu veux imiter ?…
Coq du Japon, silence !
Ou bien je vous rabats votre kakémono !…
Ah ! permettez !…
Tu veux imiter le Moineau,
Qui, toujours ouvrant l’aile au moment qu’il s’esclaffe,
Va souligner ses mots d’un fil de télégraphe ?…
Eh bien, je ne veux pas te faire de chagrin,
Mais — j’entends les moineaux lorsqu’ils pillent mon grain ! —
Tu n’y es pas du tout ! On voit luire l’œil rose
Du lapin que l’esprit, quand tu l’attends, te pose !
Il parle argot ?
Je parle tout, étant le Coq.
Depuis la langue d’Oc jusqu’à la langue toc !
Toc ?
Ton bagout, c’est du chiqué !
Chiqué ?
De pauvre !
L’article de Paris qu’on fabrique en Hanovre !
Le sinistre plaqué des bazars !
Le plaqué ?
Et d’un bazar qui n’est pas même au coin du quai !
Comment ! c’est en blaguant maintenant, qu’il me gifle ?
Le meilleur des siffleurs, c’est un chanteur qui siffle !
Mais…
Tu m’as dit : « Vas-y ! » J’y vais. Ça te vexa ?
Je…
Le Chef de Rayons te sert. — Et avec ça ?
Rien !
Tu veux imiter le Moineau ? Mais sa blague
N’est pas une prudence, un art de rester vague,
Un élégant moyen de n’avoir pas d’avis :
Il a toujours des yeux furieux ou ravis.
Et veux-tu, maintenant, la clef d’or qui remonte
Comme un joujou charmant sa blague jeune et prompte ?
Le veux-tu, le secret par quoi ce camelot
Sait nous cambrioler le cœur avec un mot,
De sorte qu’il n’est rien, à lui, qu’on ne pardonne ?
— « Le voulez-vous ?… Un sou ? deux sous ? Non, je le donne !
Demandez le secret du Moineau de Paris ! »
C’est que ses cris railleurs sont des cris attendris,
C’est qu’il est libre et fier, c’est qu’il croit, c’est qu’il aime,
C’est que, seuls, les barreaux d’un balcon du cinquième
Où pour lui quelque enfant aura mis le couvert
Formeront un instant sa cage à ciel ouvert ;
C’est qu’on peut être sûr qu’il a l’âme gamine
Puisqu’il a gaminé lorsqu’il criait famine ;
Son fameux : « Oh ! la la ! » qui nargue le passant
N’est qu’un cri de douleur dont on changea l’accent…
Ah ! tu veux l’imiter, ce fou qui fait des niches,
Mais de l’Arc de Triomphe habite les corniches
Et les trous de la barricade ?… le Moineau
Qui peut être sublime en répondant : « Guano ! »
Qui chante sous le plomb et rit devant la broche ?
Il faut savoir mourir pour s’appeler Gavroche !
Mais vous qui, sans gaîté parce que sans amour,
Vous êtes figuré que la mauvaise humour
Peut remplacer la bonne humeur, et qu’on détrône
Le pierrot lorsqu’on n’est qu’un nègre qui rit jaune,
Et que nous confondrons, ô lourdauds sautillants,
Vos mots d’esprit qui sont des éteignoirs brillants
Avec ces traits du cœur qui sont des étincelles,
Vous pouvez vous fouiller — si vous avez des ailes !
Ah ! très bien !
Tu vas te venger ?
Sur le Dindon !
Petits ! petits ! petits !
Vous partez ?
Oui… pardon…
On part ! C’est le départ !
Viens, ma Faisane fauve !
Alors, vous vous sauvez ?
C’est mon chant que je sauve !
Oh ! mon fils, je suis dans un état !… je suis dans…
Et quand reviendrez-vous ?
Quand vous aurez des dents !
C’est la plus belle fête encor qu’il y ait eue !
— Au revoir ! — À lundi ! — C’est fini !
La Tortue !