Chants populaires de la Basse-Bretagne/La Mascarade

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LA MASCARADE
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Je vous prie, Esprit-Saint de donner la lumière à mon esprit,
Pour pouvoir composer un gwerz on ne peut plus horrible,
Au sujet de deux hommes, pendant le carnaval passé,
Deux hommes de qualité, que l’on ne nomme pas.

Ceux-ci vivaient dans la débauche, dans ce monde….
Quand ils furent ivres, ils prirent des masques,
Pour aller courir, le soir……
Hélas ! ils étaient possédés de l’esprit du mal.
D’abord, l’un d’eux se couvrit d’une peau de bœuf,
L’autre, d’une peau de chèvre, puis ils dirent :
— Nous sommes des diables, nous ferons la guerre à Dieu !
Alors ils sont allés courir par les rues,
Et l’un d’eux a rencontré un prêtre
Qui allait porter le Sacrement à un homme qui était très-malade.
Il le suivit jusqu’à la maison du malade.
Il resta au seuil de la porte, et il criait : — Je suis le diable !
(je viens) pour emporter ton âme, quand tu seras mort !
Le malade se mit à pleurer dans son lit.
Quand il l’entendit pleurer, il lui dit :
— Tais-toi, ne pleure pas, c’est un masque
Qui est venu te faire visite……
Le prêtre se détourna vers l’homme maudit,
L’hostie dans la main, et lui dit :
— Arrache ton masque de ton visage, voici ton Dieu,
Et avant qu’il soit jour, il t’aura jugé !
Mais l’homme maudit, avec des regards arrogants.
Prononça des paroles sales et désordonnées devant Jésus dans le Sacrement :
— Je suis le diable, dit-il, l’ennemi de Dieu,
Et je lui ferai la guerre, nuit et jour !
Ayant dit ces mots, il s’éloigna de la main,
Et alla courir par les rues de la ville.
Il veut crier : mais il sent son sang qui se refroidit :
Il tombe à terre ; — le voilà mort !…
Son camarade maudit qui courait par les rues,
L’ayant trouvé étendu par terre :
— Lève-toi, vite, je ne viens pas te faire peur ;
Lève-toi, et allons faire orgie tous les deux.
Mais voyant que l’autre ne lui répondait pas

Il ôta son masque de son visage, pour mieux le voir.
Alors, voyant qu’il était mort, il jeta sa peau de bête,
Et quitta aussitôt le pays.
Le père et la mère de cet homme, quand ils apprirent.
Que leur fils était étendu sur le pavé,
Avec la peau de bœuf collé à sa peau.
Se sont mis à pousser des cris et à pleurer :
— Est-il possible, Ô mon Dieu, qu’un enfant que nous avons mis au monde
Nous fasse le déshonneur d’être damné !
Ils se mirent à pousser des cris et tombèrent à terre,
Et moururent aussitôt sur le lieu !

Je vous prie, pères et mères, d’instruire vos enfants,
Et de leur apprendre de bonne heure à aimer Dieu,
À éviter en tout temps la mauvaise société,
De peur d’être damnés, hélas ![1]


Chanté par Louis Le Braz,
Tisserand, au bourg de Prat — 1873.








  1. Mon chanteur ne savait ce gwerz que d’une manière très-imparfaite. Aussi remarquera-t-en beaucoup d’irrégularités dans les vers, que j’ai mis tout d’une venue, à la suite les uns des autres, sans indiquer la séparation des couplets. — Je n’ai pu me procurer une seconde version.