Chants populaires de la Basse-Bretagne/Le cavalier et la bergère

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Édouard Corfmat (1p. 195-197).


LE CAVALIER & LA BERGÈRE.
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I

  — Dites-moi, bergère, que faites-vous là, seule ? —
— Je fais un bouquet de fleurs de genêt. —

  — Dites-moi, bergère, pour qui vous le faites ? —
— Pour Yves Le Henan, mon plus aimé. —

  — Si c’est Yves Le Henan qu’on appelle votre mari,
Il est mort depuis sept ans, et enterré en terre d’avoine [1]. —

  — Si mon mari est mort, que Dieu lui pardonne !
Et s’il est en vie, que Dieu le console !

  Et s’il est en vie, que Dieu le console.
Car je suis bien sa femme, que Dieu me soutienne ! —

  — Venez avec moi, bergère, sous un buisson vert,
Je vous choisirai un cotillon d’écarlate, —

  — Sauf votre grâce, cavalier, sauf votre grâce, je n’irai pas.
Un cotillon de grosse toile c’est ce qu’il me convient d’avoir :

  Un cotillon de grosse toile, quand il est lavé bien blanc.
Sied à une bergère, pour aller à la messe. —

  — Venez avec moi, bergère, sous un buisson vert.
Car le temps est dur, et le vent est fort. —

  — Sauf votre grâce, cavalier, sauf votre grâce, je n’irai pas,
De crainte d’offenser mon honneur et de manquer de respect à mon mari.

  — Dites-moi, bergère,comment le nomme-ton ? —
— Merci de la demande, c’est Yves le Henan. —

  — Si c’est Yves Le Henan que se nomme votre mari.
Voilà sept ans qu’il est mort, et enterré en terre d’avoine ! —

  — Si mon mari est mort, que Dieu lui pardonne !
Et s’il est encore en vie, que Dieu le soutienne ! —

  Son cœur était si las de deviser avec elle.
Qu’il ota ses gants, pour lui parler.

  — Si mon mari est mort, comme vous le dites,
Certes mon diamant est à un de vos doigts. —

  — Dites-moi, bergère, si je serai logé
A l’auberge où vous êtes gardeuse de moutons ? —

  — Oh ! oui, dit-elle, cavalier, vous serez bien logé.
Il y a des écuries pour mettre vos chevaux ;


  Il y a des écuries pour mettre vos chevaux,
Et de bons lits de plume, pour tous coucher.

II

  Le cavalier va demander à loger,
Et il demande aussi la bergère, pour le servir.

  — Sauf votre grâce, dit l’hotesse, sauf votre grâce, elle n’ira pas ;
Voilà sept ans qu’elle est dans la maison, et elle n’a jamais servi personne. —

  Le cavalier lui offre à boire,
Et la bergère accepte.

  La bergère vient à accepter.
Et l’hotesse vient pour la souffleter.

  — Hôtesse, dit-il, je vous trouve terriblement effrontée
De vouloir souffleter ma femme sous mes yeux !

  Dites-moi, bergère, où sont vos habits,
Car, quand je partis de la maison, vous étiez bien habillée ? —

  — En vérité, dit-elle, cavalier, j’en ai habillé mon fils.
Qui est depuis sept ans à l’école, un enfant bien appris ;

  Il est depuis sept ans à l’école, un enfant bien appris.
Mais si ce que vous dites est vrai, il ne reverra pas son père !....
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Chanté par Jeanne Le Gall. — Keramborgne, 1849.
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  1. (1) Cette expression équivaut à terre labourable, où l’on peut mettre de l’avoine.