Chants populaires de la Basse-Bretagne/Les Sarrasins

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LES SARRASINS
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I

Je vous prie, jeunes filles, je vous prie et vous supplie,
Quand vous irez à Saint-Jacques, n’y allez pas trop sans souci ;
Quand vous irez à Saint-Jacques, n’y allez pas trop sans souci,
La fille d’un homme honorable a été enlevée en y allant ;

La fille d’un homme honorable a été enlevée en y allant,
Par trois jeunes soldats, pour la conduire aux Sarrasins :
Ils avaient seulement dit qu’elle ne recevrait pas d’affront,
Avant d’avoir été sept ans parmi les Sarrasins.

II

Pendant sept ans la petite Louise n’a fait que chanter ;
Quand les sept ans furent écoulés, elle commença à pleurer ;
Quand les sept ans furent écoulés, elle a commencé à pleurer,
Et le grand Sarrasin alors lui a demandé ;

— Dites-moi, petite Louise, quel est le sujet ?
Les autres jours vous chantiez, et à présent vous pleurez…
— Comment, répondit-elle, ne pleurerais-je pas ?
Aujourd’hui je suis chrétienne, et demain je ne le serai pas !

— (Je pleure) en entendant la voix des pauvres de mon pays qui sont à la porte,
Affamés, souffrant du temps et demandant qu’on leur ouvre.
— Ouvrez leur, petite Louise, dites leur d’entrer dans la maison.
Donnez-leur de bon vin à boire et du pain blanc à manger.

Et pendant que la petite Louise était à les servir,
Elle remarqua son bien-aimé au haut bout (de la table) :
— Je te trouve, lui dit-elle, terriblement effronté, (hardi)
Puisque tu viens me voir, ici, parmi les Sarrasins !… [1]
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Et elle d’aller au jardin, pour le voir :
Quand elle arriva dans le jardin, il (le grand Sarrasin) dormait.
Elle d’aller alors dans sa chambre et d’emporter
Quatre-vingts couverts d’argent, et de les embarquer.


  Et elle d’aller au jardin, pour le voir :
Quand elle arriva dans le jardin, il dormait.
Et elle d’aller dans sa chambre, et d’emporter
Quatre-vingts draps de toile fine et de les embarquer.

  Et elle d’aller au jardin, pour le voir :
Quand elle arriva dans le jardin, il dormait.
Et elle d’aller dans sa chambre et d’emporter
Quatre-vingts chemises de toile fine, et de les embarquer.

III


Quand la petite Louise était sur la mer, la navigation commencée,
Et la petite Louise de commencer à chanter ;
Et la petite Louise de commencer à chanter,
Et le grand Sarrasin s’est alors réveillé.

  — Ramène-moi la petite Louise, Judas, traître maudit,
Je donnerai votre poids d’argent, outre ce que vous avez déjà eu.
Vous avez été sept ans dans ma maison, sans recevoir d’offense,
Si j’avais connu votre dessein, vous n’eussiez pas été un seul jour.

  Durant sept ans que tu as été dans ma maison,
Tu as eu bon vin à boire, pain blanc à manger.
Et toi, si j’avais su que tu étais son ami,
Je t’aurais enfermé et laissé pourrir dans une prison au seuil de ma porte ![2] [3]


Chanté par Marguerite PHILIPPE,
de Pluzunet (Côtes-du-Nord).




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  1. il y a évidemment une lacune.
  2. Il s’agit probablement dans cette ballade, — qui n’est qu’un fragment, — de l’enlèvement par les Mores d’Espagne, d’une pèlerine bretonne à Saint-Jacques de Galice. Les pèlerinages de Bretagne à cette place dévote étaient très-fréquents aux XVe et XVIe siècles.
  3. Ce dernier vers est très-altéré, ainsi que toute la pièce du reste, qui n'est véritablement qu'un fragment.