Chants populaires de la Basse-Bretagne/Saint-Julien

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Édouard Corfmat (1p. 139-141).


SAINT -JULIEN.


I

  Julien est un homme vaillant,
De lignée noble et puissante,
Qui va un jour, cela est certain,
Chasser au bas de la forêt.

  En arrivant au bas de la forêt,
Il rencontra une bête rousse ;
Une bête rousse, avec quatre pattes blanches,
Et deux cornes sur la tête.

  — Julien, dis-moi
Pourquoi tu me poursuis ?
Pourquoi me poursuis-tu,
Si ce n’est pour m’ôter la vie ?

  Si tu me tues, tu tueras toi-même
Ton père et ta mère ensemble ;
Tu tueras ton père et ta mère,
Tous les deux dans le même lit ! —

  — Je quitterai mon pays,
Plutôt que de m’exposer à les tuer ;
Je quitterai mon pays et mon quartier,
Et j’irai servir chez un prince ! —

II

  Il y avait un prince qui l’aimait,
Comme un de ses enfants,
Et ce prince-là le maria
A une demoiselle de grande maison.

  Il le fît gouverneur de sa maison,
Et lui donna le commandement de son armée
Alors le père et la mère de Julien,
Depuis longtemps dans la désolation et le chagrin,

  Fatigués de courir du pays,
Cherchant partout de ses nouvelles,
Arrivèrent a la porte de la cour (du palais],
Et saluèrent une belle dame.

  — Vieillards respectables,
D’où revenez-vous, si tard ? —
— Nous cherchons notre fils, que nous avons perdu ;
Il se nomme Julien. —


  — Arrétez-vous, entrez dans la maison,
Car vous logerez chez moi aujourd’hui ;
Mon mari n’est pas à la maison,
Il est allé à une petite affaire. —

  Après leur avoir fait servir à souper,
Elle les fit coucher dans un lit excellent. ...
Quand Julien arriva à la maison,
Il était possédé par Lucifer ;

  On lui avait donné à croire
Que sa femme lui était infidèle.
En entrant dans sa chambre,
Il vit deux personnes dans son lit.

  Il saisit aussitôt une épée,
Et les tua tous les deux dans le lit !
Puis il descendit sur le pavé,
Et rencontra sa femme.

  — Ma pauvre femme, dites-moi,
Qui avez-vous mis dans votre lit ?
Qui avez-yous mis dans votre lit,
Je croyais vous avoir tuée ? —

  — Votre père et votre mère, Julien,
Depuis longtemps dans la désolation et le chagrin,
Et fatigués de courir du pays,
Cherchant partout de vos nouvelles ! —

  — Notre-Dame du Folgoat !
La bête m’avait bien dit
Que je tuerais mon père et ma mère,
Tous les deux dans le même lit !

  Tenez, prenez les clefs,
Et administrez nos biens ;
Moi, Je vais maintenant à la rivière du Jourdain,
Pour faire pénitence de mon crime, —

  — Mon pauvre mari, entrez dans la maison.
Et faisons-les enterrer ;
Où ira un de nous, nous irons tous les deux,
Comme nous sommes de vrais époux !


Recueilli sur la lisière de la forêt de Koat ann noz