Chants populaires de la Basse-Bretagne/Le tailleur et les nains

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Édouard Corfmat (1p. 135-137).


LE TAILLEUR & LES NAINS.
________


  Paskou Le Long, le tailleur,
Re ke ke, la, la, lira, la, la !

  Paskou Le Long, le tailleur,
S’est mis à faire le voleur.

  Il s’est mis à faire le voleur, re ke ke, etc,
Dans la soirée de vendredi.

  Il est allé à la grotte des nains, re ke ke,
Avec sa vieille pelle, pour creuser ;

  Avec sa vieille pelle pour creuser, re ke ke, etc.
Et rechercher le trésor caché.

  Il a trouvé le trésor, re ke ke, etc.
Et de courir à la maison !

  Et de courir à la maison, re ke ke ke, etc.
Et de se mettre au lit.

  — Fermez la porte, fermez-la bien ! re ke ke, etc.
Voici les petite duz de la nuit !

  Lundi, mardi, mercredi, re ke ke, etc.
Jeudi et vendredi !

  Fermez la porte, mes amis, re ke ke, etc.
Voici venir les nains !

  Ils entrent dans la cour, re ke ke, etc.
Ils y dansent avec frénésie !

  Voilà qu’ils grimpent sur la maison, re ke ke, etc.
Et qui se mettent à défaire le toit !

  Tu es pris, mon ami, re ke ke, etc.
Jette vite, jette dehors le trésor !

  Pauvre Paskou, tu es perdu, re ke ke, etc.
Asperge-toi d’eau bénite !

  Jette ton drap sur ta tête, re ke ke, etc.
Et ne fais pas un mouvement !

  Malheur à moi ! ils rient, re ke ke, etc.
Bien fin serait qui saurait échapper !

  Seigneur Dieu! en voici un, re ke ke, etc.
Qui avance la tête par le trou !

  Ses yeux sont rouges comme la braise, re ke ke, etc.
Il glisse le long du pilier !

  Seigneur Dieu ! un, deux, trois ! re ke ke, etc.
Les voilà qui dansent sur l’aire de la maison !


 
  Ils bondissent comme des enragés, re ke ke, etc.
Vierge Marie ! je suis étranglé ! —

  — Deux, trois, quatre, cinq ! re ke ke, etc.
Lundi, mardi, mercredi !

  Tailleur, petit tailleur, re ke ke, etc.
Tu ronfles la, voleur !

  Tailleur, petit tailleur, re ke ke, etc.
Montre un peu ton nez !

  Viens faire un tour de danse, re ke ke etc.
Nous t’apprendrons la mesure.

  Tailleur, petit tailleur, re ke ke, etc.
Lundi, mardi, mercredi !

  Cher petit tailleur, tu es un voleur, re ke ke, etc.
Lundi, mardi, mercredi !

  Viens-t’en nous voler encore, re ke ke, etc.
Viens, méchant petit tailleur !

  Nous t’apprendrons une danse, re ke ke, etc.
Qui fera craquer ton dos ;

  Qui fera craquer ton dos, re ke ke, etc.
Argent de nain ne vaut rien !

  Chez Iannik Le Trévou, re ke ke, etc.
Nous avons rôti nos pieds fourchus ;

  Nous avons rôti nos pieds fourchus, re ke ke, etc.
Et mis en pièces tous ses pots ! —


________


(1) Cette pièce m’a été communiquée par mon ami M. Le Men, archiviste du département du Finistère, qui m’envoye en même temps la note explicative qui suit :

« J’ai appris cette chanson, au mois d’octobre 1858, de M. Iann Karrer, propriétaire cultivateur au manoir de Kermorial, eu la commune de Baye, à une lieue de Quimperlé. C’est une satire très-réussie contre les tailleurs et les chercheurs de trésors. M. Karrer, après me l’avoir chantée, eut l’obligeance de me remettre un cahier écrit eu 1835, par un maître d’école nommé Le Mestric, et dans lequel, au milieu de chansons françaises et bretonnes, toutes modernes, telles que : La mort du général Mortier ; Ar c’horn butun ; O ma cavale au sabot noir, etc., se trouvait celle de Paskou-hir que je ne crois pas plus ancienne que celles que je viens de nommer. Le véritable nom de Iannik ann Trevou est Iann Stankik, qui passe pour sorcier dans sa paroisse. Je l’ai bien connu. C’est un très-habile homme, qui s’occupe principalement de médecine vétérinaire, et on lui attribue des cures merveilleuses. Les pots dont il est question dans le dernier couplet de la chanson, sont ceux qui lui servaient à mettre ses onguents ou louzou. Cette pièce n’est connue que dans la commune de Trevou et dans les communes voisines, où les traditions relatives aux korriked sont très-répandues. Elle parait se rapporter à un fait qui se serait passé dans une de ces localités. Les familles qui portent le nom de Paskou y sont assez nombreuses, et je crois qu’il serait possible, en cher» chant bien, de retrouver le héros de la chanson. »