Chants populaires de la Basse-Bretagne/Yvonne Hamon

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YVONNE HAMON.
PREMIÈRE VERSION.
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I

  — Petit page, petit page, dis-moi,
Qui est cette jeune fille que voilà ? —
— Seigneur, c’est Yvonne Hamon,
La plus jolie jeune fille qui soit en Léon. —

  — Mon petit page, viens avec moi,
Allons tous les deux la saluer :
Bonjour à vous, Yvonne Hamon,
Voudriez-vous passer une nuit avec le Baron ? —

  — Sauf votre grâce, pour cela je ne le ferai pas ;
Ma mère est veuve depuis peu de temps,
Et elle a assez de chagrin,
Sans lui en causer davantage. —


  — Petite Yvonne, venez avec moi,
J’enverrai votre mère au couvent ;
Je ferai de votre mère une nonne,
Et vous, Yvonne, vous serez baronne. —

  Il la pria tant et tant,
Qu’elle l’accompagna à sa maison ;
Qu’elle l’accompagna à Goazhamon, (1)[1]
Hélas ! pour l’affliction de son cœur !

  Le jeune baron disait
A sa gouvernante, en arrivant :
— Mettez la broche au feu,
Pour le souper de la petite Yvonne et le mien.

  Le jeune Baron disait
A son petit page, cette nuit-là :
— Descendez, et dites à Yvonne
De venir souper avec moi. —

  — On vous dit, Yvonne,
De venir souper avec le Baron. —
— Je souperai avec les domestiques,
Et je coucherai avec la cuisinière. —

  — Mon Seigneur, Yvonne a répondu
Qu’elle ne viendra pas souper avec vous ;
Elle soupera avec les domestiques,
Et couchera avec la cuisinière. —

  — Descendez, et dites à Yvonne
De venir, vite, souper avec moi ;
Et quand elle serait la fille d’un marquis,
Elle ne ferait pas plus de façons ! —

  — On vous dit, Yvonne,
De venir souper avec le Baron,
De venir vite, de vous dépêcher,
Car la soupe refroidit. —

  Le jeune Baron disait,
Cette nuit-là, à Yvonne Hamon :
— Et quand vous seriez la fille d’un marquis,
Vous ne feriez pas plus de façons ! —

  — Mon honneur, que j’aime parfaitement,
Etait cause que je ne voulais pas venir. —
Yvonne Hamon disait,
En s’asseyant à la table du Baron :


  — Si je savais, mon seigneur le Baron,
Que vous songiez à faire affront à la fille de Hamon,
Je casserais pinte et verre aussi,
Et me jetterais par la fenêtre ! —

  — Je suis étonné de vous entendre, Yvonne,
Vous ne jouissez pas de votre raison ! —
Yvonne Hamon disait,
En se couchant dans le lit du Baron :

  — Si je savais, mon seigneur le Baron,
Que vous songiez à faire affront à la fille de Hamon,
Si je savais cela, seigneur Baron,
Je me plongerais un couteau dans le cœur ! —

  Le jeune Baron disait
A Yvonne, en l’entendant :
— Je suis étonné de vous entendre, Yvonne,
Vous ne jouissez pas de votre raison ! —

II

  Le jeune Baron disait,
A la cuisinière, le matin :
— Faites bien déjeuner Yvonne,
Pour la remercier —

  Yvonne Hamon disait,
A mesure qu’elle approchait de chez elle :
— Seigneur Dieu, que dirai-je,
Quand j’arriverai à la maison ?

  Que j’ai passé la nuit en ville.
Parce que j’ai été tourmentée par la fièvre ?...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

III

  La pauvre veuve disait.
En arrivant chez le médecin :
— Voudriez-vous examiner les eaux d’une fille,
Qui est malade depuis huit mois de la fièvre ? —

  Le médecin répondit
A la pauvre veuve, ce jour-là ;
— Celle a qui appartient cette eau,
Est enceinte de huit mois ;

  Elle est enceinte de huit mois et demi ;
Oui, enceinte de huit mois et demi,
Et quand vous arriverez à la maison,
Son terme sera venu.


IV

  La pauvre veuve disait,
En arrivant à la maison :
— Ma fille ne sera pas ensevelie,
Ni davantage mise dans le cercueil ;

  Ni davantage mise dans le cercueil,
Il faudra (auparavant) consulter le docteur. ...
Le docteur médecin disait
A la pauvre veuve, ce jour-là :

  — Qui est la mère, nous le savons bien,
Mais nous ne savons pas qui est le père. —
Le baron Dubois, qui était dans la maison,
Venu pour la voir ouvrir :

  — Qui est la mère, vous le savez bien,
Et moi, je sais aussi qui est le père.
Jamais femme je n’épouserai,
A cause de vous, Yvonne ! -


Chanté par Marie-Josèphe Kerival,
Keramborgne — 1848.


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LE BARON DUBOIS & YVONNE HAMON
SECONDE VERSION.
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I

  Le baron Dubois demandait.
En se promenant dans sa chambre :
— Qui est cette paysanne.
Qui passe si proprette sur le pavé ?

  Je voudrais, pour une double pistole,
L’avoir à coucher avec moi ! —
— Mon maître, à moi votre double pistole,
Et j’irai lui parler :

  Bonjour à vous, petite Yvonne ! —
— A vous pareillement, dit-elle, petit page. —
— On vous dit, Yvonne jolie,
De venir trouver mon Seigneur, dans sa chambre. —


  — Dites à votre maître, petit page,
De venir à la messe à Guimgamp ;
De venir à Guingamp à la grand’messe,
Nous causerons sur le mur du cimetière. —

  Le baron Dubois disait,
Sur le mur du cimetière, le dimanche, à midi :
— Femmes et jeunes filles, retirez-vous,
Pour que je dise un mot en secret. —

  Petite Yvonne, si vous m’aimez,
Vous viendrez avec moi à Goazhamon. —
— Je n’irai pas aujourd’hui à Goazhamon,
Jusqu’à ce que j’aie donné à dîner, à midi. —

  La petite Yvonne disait,
Après avoir donné à dîner, à midi :
— Je vais me promener au jardin,
Pour faire un bouquet de fines herbes ;

  Pour faire un bouquet de fines herbes (fleurs),
De marjolaine et de thym ;
Si Goazhamon arrive ici,
Au nom de Dieu, dites que je suis absente. —

  Le baron de Goazhamon disait,
En arrivant chez la petite Yvonne :
— Bonjour et joie à tous dans cette maison,
La petite Yvonne, où est-elle ? —

  — Depuis qu’elle a dîné,
Je ne sais pas où elle est allée. —
— Si elle est à la maison, ne le niez pas,
Je n’ai pas de mal à lui faire. —

  — Elle est allée la-bas, au jardin,
Pour faire un bouquet de fines herbes (fleurs) ;
Pour faire un bouquet de fines herbes,
De marjolaine et de thym. —

  — Petite Yvonne, si vous m’aimez,
Vous viendrez avec moi à Goazhamon. —
— Je n’irai pas avec vous à Goashamon,
Car mon honneur serait perdu !.... —


Ce fragment a été recueilli dans la commune de Prat, en 1836,
par J. M. Lehuérou, mon oncle.


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  1. (1) Il y a un manoir de Goazhamon en la commune de Plouisy, arrondissement de Guingamp.