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Chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours/Chapelle

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Paroisse de Saint-Louis de Fontainebleau
impr. de E. Jacquin (p. 3-16).
PAROISSE DE SAINT-LOUIS
DE FONTAINEBLEAU




CHAPELLE
DE
NOTRE-DAME DE BON-SECOURS.




L’érection de ce monument, qui est situé sur la route de Fontainebleau à Melun, et au pied de la montagne Saint-Louis, se rattache à un événement miraculeux qu’atteste encore une tradition fidèle, et dont nos cœurs conservent le souvenir.

En 1661, vers la fin de novembre, le sieur d’Auberon, gentilhomme ordinaire de Monsieur le Prince Louis II de Bourbon, dit le grand Condé, et capitaine dans son régiment, venait rejoindre la cour à Fontainebleau ; mais le cheval qu’il montait le renverse et le traîne sur les cailloux, du haut de la montagne, jusqu’à l’endroit où repose la chapelle : sans doute il courait tous les risques d’une mort cruelle et tragique. En sa détresse, et par une dévotion toute particulière pour la Mère de Dieu, le pieux cavalier élève les yeux et appelle l’auguste Marie à son secours. Aussitôt, et frémissant encore, le cheval s’arrête tout court ; d’Auberon a le temps de se débarrasser ; il n’aperçoit sur lui aucune blessure.

En actions de grâces d’une faveur si extraordinaire qu’il recevait du ciel, d’Auberon fait bénir, le 3 mai de l’année suivante, 1662, une image de la sainte Vierge. Le même jour, vers le soir, M. Durand, alors premier curé de Fontainebleau, porte l’image en procession et la fixe sur le tronc d’un gros chêne, au même lieu où s’était arrêté le cheval. À l’abri des injures de l’air, et dans une espèce de niche, cette image se conservait. Là le même curé avait déposé le récit authentique de l’événement : il l’avait composé en langue latine et transcrit sur parchemin ; mais l’arbre tomba de vieillesse. À sa place, et pour reproduire ses souvenirs, M. Grenet, prêtre de l’église de Fontainebleau, fit élever un oratoire : c’était en 1690. L’image de la Vierge fut placée, sur l’autel, et elle ne cessa d’être exposée à la vénération des fidèles. Sur le fronton de l’édifice était peint le trait historique qui avait donné lieu à sa construction.

L’époque de nos malheurs n’était pas arrivée, et ce monument subsistait encore. La révolution, qui dura trente ans, et pour nous trente siècles, et qui porta sa hache sacrilége sur tout ce qui touchait à la maison du Seigneur, n’épargna point la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours. En ces jours de deuil, les habitants de Fontainebleau et ceux des campagnes voisines regrettaient un oratoire où auparavant ils allaient en pèlerinage et sollicitaient l’assistance de Marie. Il avait disparu aux yeux, mais sa place était marquée dans tous les cœurs ; le lieu, quoique situé au centre de plantations forestières, fut comme sacré et réservé par les soins religieux de MM. les conservateurs et administrateurs de la forêt. Sur les ruines mêmes d’un édifice jadis si révéré, on avait vu, depuis son retour en France et à sa première entrée à Fontainebleau, s’agenouiller une princesse aussi grande par sa piété que par ses malheurs. Tous, à l’envi, se promettaient de relever cette chapelle, sitôt que les temps seraient plus calmes. Le ciel, qui lui rendait LOUIS LE DÉSIRÉ, et avec lui la paix et la religion de leurs pères, voulait exaucer leurs vœux. Une telle restauration intéressait la gloire de la patrone de la France ; elle intéressait le cœur de l’héritier du trône et de la piété de LOUIS XIII. Aussi Sa Majesté daigna commencer et encourager une œuvre si sainte. Elle ordonna de choisir et de couper dans sa forêt les bois nécessaires à la charpente, et de tirer de ses magasins les pierres de taille propres à former les pilastres du monument. Excités par l’exemple du monarque et par les vives exhortations de M. Philippeaux, archiprêtre, curé de la ville, et chanoine honoraire de Meaux, tous les habitants concourent de leur bourse. En peu de temps la chapelle est reconstruite à neuf sur les fondements de l’ancienne. Le plan est donné par M. Hurtault, architecte du Roi, et membre de l’Institut : sous sa direction, il s’exécute avec succès, et offre un travail digne de la réputation de l’auteur. Un peintre également distingué, E. Blondel, rivalise de zèle et de désintéressement ; à l’aide d’un pinceau fidèle il retrace l’événement miraculeux et ses circonstances, s’assure à la fois le suffrage et la reconnaissance de tous. Une princesse si chère aux pauvres de cette ville, et dont chaque action est un nouveau bienfait, un nouvel exemple de vertu, S. A. R. Madame, duchesse d’Angoulême, avait daigné fournir à la dépense du tableau.

Ce monument, tel qu’il existe aujourd’hui, est digne de la religion et des souvenirs qu’il consacre. Son style, noble et simple, a quelque chose de royal, et annonce pourtant la Vierge humble et modeste qu’on y honore. Assis au pied de la montagne et à l’entrée de la forêt, il est en harmonie avec sa situation agreste. Surmonté d’une croix, qui écarte toute idée profane, et défendu par un élégant treillage, l’édifice se compose d’un péristyle à six pilastres d’ordre dorique ; deux autres pilastres s’engagent dans le mur du fond et en ressortent avec grâce. Le péristyle conduit à une enceinte dont la forme est demi-circulaire ; le jour n’y entre que par une grille de fer. Là, et entre deux colonnes, aussi d’ordre dorique, qui supportent un petit fronton, s’élève un autel modeste.

Vous entrez, et déjà vous découvrez dans le tableau qui décore le plafond du péristyle toute l’histoire de l’événement. Ce tableau, où le travail le dispute à la composition, vous reporte au moment du danger. La beauté du cheval et sa position si hardie vous frappent d’abord. Son attitude est celle d’un coursier qui s’abandonne à toute sa fougue ; mais tout à coup il suspend son élan, se retourne vers son maître, et semble lui demander : Qui m’arrête ? Bientôt vous sentez passer dans votre âme l’effroi qui glace le cavalier, et son embarras devient le vôtre : renversé à terre, et tout pâle, il a encore un pied suspendu à l’étrier. Plus loin est un vieux chêne, duquel part un foyer de lumière, et au milieu de cette gloire se montre l’image rayonnante de la Vierge auxiliatrice. Le reste s’explique assez. Sans peine l’étranger lui-même est au fait de l’événement et de ses circonstances.

Enfin les travaux s’achevaient ; il tardait à M. le curé de réaliser les vœux de sa Paroisse, et à celle-ci de jouir du triomphe de sa piété. Les dispositions sont faites, et le jour est fixé. Le dimanche 30 septembre 1821, M. le curé, à la tête de son clergé, se rend en procession à la nouvelle chapelle : au clergé venaient se joindre MM. le sous-préfet de l’arrondissement et le maire de la ville, les autorités civiles et militaires, tous en grand costume et par ordre, et un nombreux concours de fidèles. Le spectacle était attendrissant : des larmes de joie coulaient des yeux, et mille bénédictions, qui s’échappaient de toutes les bouches, associaient et le nom de Marie, dont ils relevaient la gloire, et le nom du Roi qui avait favorisé leur entreprise. Ici les chasseurs de la garde ; là un détachement de la milice nationale, commandaient le silence et le respect ; deux zélés missionnaires de France, qui semblaient être venus pour recueillir le fruit d’une mission toute récente, parcouraient les rangs et maintenaient l’ordre. Au milieu de la procession, et précédée de ses bannières, se présentait l’ancienne image de la Vierge. Couronnée de fleurs, et parée de bouquets symboliques, elle reposait sur un brancard et était portée solennellement par deux Ecclésiastiques. Derrière elle, et à juste titre, figurait le sieur Maurice Borel, tambour de la ville, qui avait sauvé cette image de la profanation ; tout autour se développaient des chœurs de demoiselles, toutes voilées et vêtues de blanc ; partout retentissaient ou s’entremèlaient et les cantiques de ces jeunes vierges, et le son de la trompette, et les hymnes de l’Église.

Précédée, entourée et suivie de personnes de tout rang, de tout sexe et de tout âge, la procession arrive à Notre-Dame de Bon-Secours. En vertu des pouvoirs qu’il a reçus de Mgr de Cosnac, évêque de Meaux, et en présence de Mme la comtesse de Goyon, épouse de M. le préfet du département, et nommée par S. A. R. Madame pour la représenter à cette cérémonie, M. le curé bénit la nouvelle chapelle. Il replace au dessus de l’autel l’image de la Vierge ; de là, et sous un cintre en forme de tabernacle, peint en bleu d’azur et parsemé d’étoiles, elle venait s’offrir aux yeux de l’assemblée. La bénédiction achevée, le saint sacrifice se célèbre dans la chapelle. Ensuite, avec le même ordre et dans le même recueillement, la procession reprend sa marche et rentre à l’église paroissiale.

Ainsi, en ces jours d’édification et au sein de cette ville, fut réparée l’œuvre de l’iniquité ; ainsi s’était conservée et se conservera parmi nous une tendre piété envers Notre-Dame de Bon-Secours.

Toutefois, le premier fruit de cette piété était un germe heureux qui devait se développer. Une chapelle si regrettée reparaissait, et le culte de la Mère de Dieu était en honneur ; mais il fallait entretenir l’une, fortifier et étendre l’autre : une Association, dite de Notre-Dame de Bon-Secours, a atteint ce double but. Présidée d’abord par Mme la comtesse de Tott, et aujourd’hui par Mlle de La Flèche, elle fournit aisément, à l’aide d’offrandes volontaires, aux frais et ornements de la chapelle : en même temps la jeunesse puise dans ces pieux serviteurs de Marie des principes solides, autant d’exemples et d’encouragements efficaces pour les vertus chrétiennes et sociales.

Déjà en 1816, et par l’autorité de Mgr l’Évêque, M. le curé de Fontainebleau avait établi cette Association : restait au Saint-Siége à daigner l’enrichir de ses faveurs spirituelles. Une supplique à ce sujet fut présentée à Rome par M. le Curé, le 22 avril 1819 ; et un Bref de Sa Sainteté, sous la date du 2 juillet suivant, et scellé de l’anneau du Pêcheur, fut mis à exécution par l’ordinaire Mgr de Cosnac, évêque du diocèse. Il accorde aux membres de la même Association quatre indulgences plénières à gagner ; savoir, au jour de leur entrée, aux fêtes de l’Assomption et du Rosaire, et à l’article de la mort.

Cette nouvelle Association a un réglement approuvé de Mgr l’Évêque. Toute personne des deux sexes peut y entrer ; elle est ouverte au riche et au pauvre, au magistrat et à l’artisan, à l’habitant de la ville et du dehors : il suffit d’offrir le témoignage de mœurs irréprochables et le désir de la gloire de Dieu. La trésorière de l’Association, Mlle Bourdin, reçoit les noms et les enregistre.

Oui, nous l’espérons, une Association dont les fruits ont déjà été si heureux s’accroîtra sous nos yeux, pour l’honneur de la Religion et pour l’extension du culte de Notre-Dame de Bon-Secours.