Charles et Marie

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CHARLES
ET
MARIE.


1er mai.

J’étais à Oxford ; je venais d’avoir vingt ans, et je célébrais le jour de ma naissance avec plusieurs de mes compagnons d’étude, lorsqu’on m’a apporté une lettre qui m’annonçait la maladie de ma mère et son extrême danger. Je suis parti aussitôt ; l’inquiétude, le trouble qui m’ont agité pendant ma route ne peuvent s’exprimer. Arrivé près du château de mon père, j’osais à peine lever les yeux, dans la crainte de rencontrer ce tableau de deuil qui avertit qu’un des maîtres de la maison n’est plus[1]. Hélas ! il a frappé mes regards ; je regardais ce tableau, et m’écriais involontairement : — Ma mère, ma mère, je vous ai donc perdue pour toujours ! rien ne vous rendra jamais à ma tendresse ! j’aurai beau vous chercher, vous désirer, je ne vous retrouverai plus ! — Je suis descendu de voiture ; je souffrais trop, renfermé dans ce petit espace ; le repos qu’il m’y fallait supporter me livrait trop à l’agitation de mon ame. Je me suis hâté d’arriver à notre maison ; je suis entré dans la chambre de mon vieux père : il a étendu ses bras vers moi, il m’a serré contre son cœur ; une larme s’est échappée de ses yeux, elle est tombée sur ma main. Je crois la sentir encore… Mon père ! vous qui aviez toujours été l’arbitre de mon sort, que je souffris lorsque je vous vis une première douleur !… J’ai voulu lui parler, essayer de lui donner des consolations. Sa voix s’est baissée involontairement lorsqu’il m’a rendu compte de la maladie et de la fin de ma mère. À peine pouvais-je l’entendre ; ses sanglots étaient étouffés, ses mots interrompus ; mais quand il a voulu me faire juger de l’étendue de la perte que nous avions faite, sa voix s’est élevée sans qu’il s’en aperçût. Ses yeux s’animaient à mesure qu’il faisait l’éloge de ma mère. Espérait-il parvenir encore jusqu’à celle qu’il avait perdue ? Ô ma mère, puissiez-vous avoir entendu ces dernières expressions de son amour !




2 mai.

Aujourd’hui, lorsque nous sommes entrés pour dîner, j’ai détourné les yeux de la place que ma mère occupait au haut de la table. Eu regardant cette place où je la voyais tous les jours, je craignais que mon père n’allât s’y asseoir. Dieu sait si je l’aime ! mais il ne peut remplacer ma mère ; et elle n’aurait pu me tenir lieu de lui !… Je voudrais qu’on ne succédât pour ainsi dire que par degrés à ceux qui nous étaient chers ; et qu’au moins, quand leur souvenir frappe davantage, les yeux retrouvassent quelques traces de leur séjour dans leur maison. Je ne sais si mon père a été saisi du même sentiment ; mais, comme moi, il a détourné ses regards, et est allé prendre sa chaise accoutumée. « Mon fils, m’a-t-il dit, laissons cette place vide jusqu’au jour où votre femme l’occupera. Alors je vous donnerai la mienne aussi ; ma fortune deviendra la vôtre ; vous n’hériterez point d’un père, vous partagerez avec un ami. Avant de mourir, je vous verrai agir comme chef de notre famille ; avant de mourir, je pourrai juger quel sera votre avenir quand j’aurai quitté la vie. »

Pendant qu’il parlait, mon cœur faisait le serment de ne jamais oublier tant de bonté.




3 mai.

Ce matin je suis descendu dans les jardins que ma mère aimait. Combien de pensées tristes et douces m’ont occupé ! Chaque pas, chaque arbre me rappelait mon heureuse enfance. Les soins de ma mère se mêlent tellement avec le commencement de ma vie, que j’ignore à quelle époque, de quel jour, dater un souvenir où le sien ne vienne pas se confondre. Ma mère et moi, moi et ma mère, voilà tout ce qui a rempli mes jeunes années.

Ô vous, tendres affections de l’ame qu’elle chercha toujours à m’inspirer, pitié généreuse, sacrifice de soi-même, conduisez-moi à travers la vie, pour chercher et deviner le malheur. Que de fois j’ai vu ma mère pleurer avec ceux que l’affliction accablait ! J’admirais avec quelle réserve elle s’informait de leurs besoins ; comme elle savait les amener à lui confier leurs peines ! J’étais le seul confident de ses œuvres pieuses qu’elle cachait soigneusement à tous les autres ; mais moi je savais tout, parce qu’elle voulait ouvrir mon cœur à la bienfaisance. Elle me répétait souvent : « Mon fils, mon cher fils ! sois bon, sois trop bon ; car il avait bien raison celui qui disait : À la mort il ne reste que ce que l’on a donné. »

Il m’arrivait quelquefois de craindre que des émotions trop vives n’altérassent sa santé si délicate ; mais il était impossible de la décider à s’occuper d’elle-même. « Tu l’as vu souvent, me disait-elle ; ces larmes consolent ceux que le bienfait a soulagés. Elles consolent même, quand de grandes infortunes rendent les secours trop difficiles. Mais ces larmes si douces à répandre, ne les montre pas aux heureux de ce monde ; car ils les ont nommées faiblesse. » — Alors elle causait avec moi ; elle m’apprenait, et le bien et le mal que je rencontrerais parmi les hommes, les difficultés que j’aurais à vaincre, les séductions qu’il me faudrait éviter. Sa tendresse prévoyance me présentait ainsi tout ce qui pourrait m’éclairer lorsqu’elle ne serait plus. Ma mère, vous serez toujours obéie. Je crois entendre encore votre voix si touchante ; vos regards si tendres, je les vois encore ; et votre souvenir sera toujours mon guide.




3 juin.

Il y a déjà un mois que j’ai laissé ce journal, parce que mes réflexions, mes sentimens ont toujours été les mêmes, et que je n’avais pas le courage d’écrire. Loin de travailler à surmonter ma douleur, je cherchais, avec une secrète satisfaction, tout ce qui pouvait l’accroître. Je m’abandonnais à une sombre mélancolie, et ne me plaisais plus que dans la solitude.

Plusieurs fois mon père avait essayé de parler à ma raison, sans pouvoir obtenir que je fisse aucun effort pour me distraire. Je lui savais même mauvais gré d’en avoir la pensée ; et quand il m’avait fait de pressantes mais vaines représentations, je le quittais, mécontent de lui qui voulait m’arracher à des regrets qui m’étaient chers, et mécontent de moi qui affligeais ses vieux jours.

Enfin hier il m’a dit : « Veux-tu donc abréger ma vie ? » À ces mots, j’ai senti un frémissement extraordinaire ; je l’ai regardé avec d’autres yeux que je n’avais fait la veille. Il me semblait que j’allais le trouver changé, malade ; et je tremblais pour lui. Je l’ai pressé dans mes bras, avec toute l’ardeur du plus tendre attachement. Il y a paru sensible. — « Nous reviendrons ici bientôt, m’a-t-il dit ; car c’est ici que je veux passer le peu qui me reste à vivre. Mais aujourd’hui, mon enfant, je désire que tu m’accompagnes dans une terre que je n’habite plus depuis long-temps. J’y ai des affaires, et j’ai besoin de t’avoir avec moi. » — Je lui ai fait observer avec timidité que, s’il y avait bien long-temps qu’il n’avait été dans cette terre, il pouvait encore différer de s’y rendre. — Non, a-t-il repris : je veux te remettre le soin de nos biens ; et pour cela il faut que tu les connaisses. »

En disant ces mots il tenait ses yeux baissés ; car il se reprochait peut-être de ne pas me dire le vrai motif qui le portait à s’éloigner. Je savais aussi bien que lui, qu’il cherchait à m’enlever d’un séjour qui me rappelait trop vivement celle que nous avions perdue. Mais, comme il ne prononçait pas le nom de ma mère, je n’osais pas lui parler d’elle.

« Mon père, lui ai-je dit, permettez à votre fils de vous faire une question ; et promettez-lui d’y répondre, sans vouloir, même pour son bien, lui rien dissimuler. » — Il m’a regardé d’un air surpris. Mon ton grave, cette manière nouvelle et imprévue de l’interroger, ce doute sur sa sincérité que je devais si bien connaître, ont paru le troubler. Aussi, était-ce seulement parce que je le voyais entraîné par le désir de donner quelque soulagement à mes peines, qu’un pareil doute pouvait entrer dans mon ame.

« Mon père, ai-je ajouté, si j’osais me refuser à vous suivre, partiriez-vous toujours ? » — J’ai vu qu’il prenait à l’instant une résolution qu’il n’avait pas formée jusqu’alors, mais qui devenait inébranlable. — » Oui, mon fils, m’a-t-il répondu, j’irais seul, et j’y resterais seuls » — « S’il en est ainsi, lui ai-je dit en soupirant, nous irons ensemble. »

Il a pris ma main et la serrée dans les siennes : il jugeait combien il m’en coûtait de lui obéir, et s’affligeait de me contraindre ; mais il s’y croyait obligé, et il m’a dit : « Nous reviendrons ici, dès que tu l’exigeras. »




8 juin.

Il y a trois jours que nous avons quitté la terre où j’avais passé mon heureuse enfance. Il m’a semblé que je me séparais de ma mère une seconde fois, et je lui ai dit de cœur un dernier adieu. Mon père ne m’a point laissé le temps d’attacher de nouveaux et pénibles regrets à un séjour que tant de souvenirs me rendent si cher. Il avait tellement hâté les préparatifs de notre départ, que je me suis vu, près de lui, dans sa voiture ; sans trop savoir comment il avait obtenu de moi une obéissance si prompte.

Mon père, qui avait retrouvé toute l’activité de sa jeunesse pour arranger notre voyage, n’a plus rien su faire pour lui-même, dès qu’il m’a eu en sa puissance. En chemin venait-on lui demander des ordres ? il répondait toujours : « Adressez-vous à mon fils. » — Lorsque ses gens lui ont proposé de s’arrêter, à l’heure ordinaire de ses repas, il m’a regardé sans leur parler. Enfin, il semblait attendre de moi tous les soins auxquels son âge et sa faiblesse étaient accoutumés.

Je voyais qu’il voulait m’occuper, et m’arracher à mes pensées ; mais je sentais aussi que je pouvais lui être utile, et que je lui faisais du bien. Toujours attentif à prévenir ses désirs, avant la fin du jour, malgré moi, je fus réellement tiré de mes rêveries ; et, pendant cette route, je ne songeai plus qu’à ce qui pouvait la lui rendre moins fatigante.

Il m’a dit qu’il n’avait pas été depuis vingt ans dans la terre où il me conduisait, parce qu’il y avait perdu son premier enfant. « Depuis lors, a-t-il ajouté, tu as été toute mon espérance ; aujourd’hui tu es mon unique consolation ; ne l’oublie pas… » — Il s’est arrêté. — « Mon fils, a-t-il repris tout ému, je te confie mes vieilles années ; tu peux encore me faire chérir la vie… Mais, sans toi que deviendrais-je ?… » Il a porté ses regards vers le ciel et m’a répété : « Il ne me reste que toi ; ne l’oublie pas. » Des larmes s’échappaient de ses yeux.

À ces mots, je l’ai pressé, contre mon cœur, en me promettant de me consacrer entièrement à lui… J’ai vu qu’il lisait dans mon ame ; car il m’a dit d’un air attendri : « Soyons quelque temps sans parler de ces jours heureux, qui sont à jamais passés… S’il est possible, ne jetons pas de regards en arrière… Nous y reviendrons, mon fils ; elle nous sera toujours présente !… Mais aujourd’hui je m’abandonne à toi. »




15 juin.

Mon père ne songe qu’à me distraire ; et il y parvient, en se confiant aux soins de ma tendre surveillance. Sous le prétexte de son grand âge, il prétend me persuader que je lui suis nécessaire ; et que je le soulage beaucoup, depuis qu’il m’a mis à la tête de sa maison. Ses gens ne s’adressent plus qu’à moi pour tout régler, tout décider ; et je ne puis quelquefois m’empêcher de sourire, lorsque lui-même me demande mon avis pour la moindre chose. Enfin, il ne paraît plus être qu’en visite chez lui ; et si par hasard il donne un ordre, c’est lorsqu’il craint que je ne pense pas assez à moi, et que ses gens ne me négligent.

Il s’est plu à me rendre compte de la valeur de cette terre, qui se ressent un peu de l’absence du maître. Il me parle des améliorations dont elle est susceptible ; il veut que j’y fasse des embellissemens qui puissent me la faire aimer ; enfin, il n’est plus avec moi qu’un homme d’affaires éclairé, qui entretient un jeune propriétaire de sa fortune. Qu’il est bon mon père ! et comme son extrême bonté relève mon courage ! il est, au fond de mon cœur, un regret qui ne s’effacera point ; mais je saurai le cacher, pour consoler mon vieil ami ; car c’est le nom que mon père se donne en me parlant de lui. Actuellement, je m’efforce de paraître tranquille ; je cherche même à l’amuser. Je lis, je cause avec lui ; et sa bonté a plus d’empire sur moi, que n’en auraient les plus sages conseils dénués d’une si tendre affection.

Nous avons été reçus ici avec une joie très-vive par nos fermiers. Tous avaient l’air si enchantés de nous revoir, que je leur en ai su gré. Si mon père a négligé ses intérêts, en ne venant point dans cette terre, au moins ceux qui dépendent de lui n’en ont pas souffert. J’ai pu voir à leur aisance que, s’ils n’avaient pas joui de la présence de leur maître, ils n’en avaient pas été oubliés. Ces visages si contens me causèrent un moment de satisfaction. Mon père me les nomma ; il leur dit que je les rendrais heureux ; et je leur en fis la promesse, en me souvenant de ma mère.




24 juin.

Nous commençons à reprendre des occupations régulières qui finiront par devenir des habitudes. Je tâcherai de les rendre douces et agréables à mon père. Il voudrait bien obtenir de moi que j’allasse voir quelques-uns de nos voisins dont nous avons reçu des marques d’intérêt à notre arrivée ici ; mais je n’ai pas encore pu m’y résoudre. Des visites ! des indifférens ! Hé ! qu’aurais-je à leur dire ? Cependant je ne me renferme point dans l’enceinte de cette terre. J’aime à errer dans la campagne ; mais alors j’ai besoin d’être seul ; je préfère même une belle soirée à l’éclat du jour.

Mon père s’étant retiré hier de bonne heure, je suis sorti pour me promener. Sans projet, sans réflexion, j’ai suivi le cours d’une petite rivière qui m’a conduit à un parc charmant. J’y suis entré : le ciel étincelant d’étoiles ne m’avait jamais paru si brillant ; l’air était embaumé par les fleurs, et quelquefois je m’arrêtais pour en respirer le parfum. Ce calme de la nature, ce silence de la nuit, me plongeaient dans une profonde rêverie. Mon ame s’y abandonnait tout entière, lorsque j’ai été rappelé à moi-même par les sons lointains d’une romance plaintive. Je me suis approché sans bruit de la cabane d’où venaient ces accent si tendres. Appuyé contre un arbre, je n’osais faire un mouvement. Ne connaissant rien de ce qui m’environnait, n’entendant que cette voix céleste, qui se perdait dans les airs, je sentais un charme que je ne puis définir ; et j’oubliais le reste du monde et moi-même.

Je ne saurais exprimer ce que j’ai éprouvé quand cette voix s’est interrompue, et qu’à l’instant plusieurs personnes ont loué vivement celle qui venait de chanter. Alors tout m’a paru changé autour de moi ; mon illusion a cessé : ces applaudissemens m’ont fait mal. Je ne sais si celle à qui j’avais dû ces impressions inattendues m’avait inspiré trop d’intérêt ; mais j’ai pris de l’humeur contre elle ; je me la représentais flattée de briller : c’est à force d’art, me disais-je, qu’elle a trouvé ces notes sensibles, qu’elle a surpris mon cœur sans défense. Je m’éloignais à grands pas de cette cabane ; et cependant un sentiment inexplicable me faisait trouver une sorte de plaisir à n’avoir pas vu cette femme. Peut-être qu’un jour le hasard me la fera rencontrer ; et si je puis ne pas la deviner, peut-être serais-je de nouveau attiré vers elle, sans me souvenir de ces applaudissemems que j’entends encore. Qu’elle ne chante plus, mais qu’elle me parle ; sa voix doit être bien douce !

Il y a, près de la cabane où elle s’était retirée, un rosier couvert de fleurs ; j’en avais pris une, que, sans m’en apercevoir, je sentais avec délice toutes les fois que des sons plus touchans rendaient mon émotion plus vive. En revenant dans ma chambre, l’éclat de la lumière me fit remarquer que j’avais conservé cette rose ; elle ne me plaisait plus : je la jetai sur ma table, et me couchai. Ce matin, à mon réveil, elle était fanée ; j’ai commencé à la regretter. Je suis descendu dans le jardin de mon père ; il y a beaucoup de rosiers ; je ne sais pourquoi ce grand nombre de fleurs réunies m’a donné aussi de l’humeur. Enfin, j’ai découvert une rose isolée, solitaire ; elle m’en a paru plus belle. Je l’ai cueillie ; je recherchais les sensations que celle de la veille m’avait fait éprouver ; elle me les a rappelées sans me les rendre. Il faisait grand jour ; j’étais seul : ce n’était plus qu’une rose.




25 juin.

Il m’est resté de la soirée d’hier une vague inquiétude qui me poursuit encore. Aujourd’hui me promenant seul, je me plaisais à créer une ame et une figure enchanteresse pour cette voix qui était venue me charmer. En revenant sur toutes mes impressions, je me suis dit que si cette femme eût chanté un air gai ou vif, je ne l’aurais entendu que comme un bruit importun qui venait troubler ma rêverie. Il me semble que la joie a besoin de lumière ; qu’il faut, pour ainsi dire, voir la gaieté pour la partager : tandis qu’hier, la solitude, le silence de la nuit, m’avaient disposé à la mélancolie. Dans l’émotion où j’étais, ces sons plaintifs semblaient répondre à mes peines, et me faisaient désirer un cœur qui pût les partager, ou du moins les comprendre.




1er juillet.

Toujours involontairement occupé de cette femme, sans oser parler d’elle à mon père, je lui ai rendu compte de ma promenade dans le parc inconnu. La petite rivière qui y conduit, cette profusion de fleurs, la cabane où je me suis arrêté, tout lui a fait juger qu’il appartient à lord Seymour, chez qui il avait eu l’intention de me mener. Aujourd’hui, sans m’en avoir prévenu, il a demandé ses chevaux après dîner, et nous sommes partis pour faire cette visite. Je craignais le monde ; mais j’étais bien aise de revoir le parc de lord Seymour.

Que de sentimens divers j’ai éprouvés pendant le chemin ! — Qui sait, me disais-je, si cette voix qui m’a touché n’est pas celle d’une femme dont le séjour n’était que momentané dans cette maison ? J’ai toujours redouté les nouvelles connaissances ; et je m’empresse d’aller chez lord Seymour, que je n’ai jamais vu ! Pourquoi ? pour rencontrer une personne qui peut-être n’y est déjà plus. — Cette crainte m’agitait, lorsqu’une voix secrète m’a crié : Insensé ! tu serais bien heureux de ne pas la voir aujourd’hui ; au moins tu la chercherais demain, avec l’espérance de la trouver telle que tu la désires… Si cette femme était laide ? Laide ! non, non : pas même une figure ordinaire. — Aussitôt je me l’imaginais parée de tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, mais avec l’art d’une coquette. Comment, moi, qui croyais n’avoir jamais remarqué la parure d’aucune femme, avais-je ainsi présentes toutes les exagérations de la mode ? — Mon père me parlait ; je l’entendais à peine : ses regards surpris ont augmenté mon embarras : Heureusement nous arrivions ; et il n’a pas eu le temps de me faire des questions auxquelles j’aurais été bien embarrassé de répondre.

Lord Seymour est venu au-devant de nous. Après les complimens d’usage, il nous a conduits dans le salon, et m’a présenté à sa famille. — Je ne saurais peindre l’inquiétude secrète qui me faisait tenir les yeux baissés, dans la crainte de ne pas trouver celle que mon cœur cherchait. Dès que j’ai osé regarder les filles de lord Seymour, il ne m’est plus resté d’incertitude.

Je veux placer cette famille dans l’ordre où elle était assise. Près de la cheminée, à droite, était lady Seymour. Elle paraît succomber sous une maladie lente. Ses souffrances n’altèrent, ni la douceur, ni la régularité de ses traits. Sa faiblesse, l’attention que l’on est forcé d’avoir pour l’entendre, ajoutent encore une sorte de charme à la bienveillance de ses expressions. Marie, sa troisième fille, était à côté d’elle. Jamais on n’a plus ressemblé à sa mère ; mais comme la timidité l’empêche de parler, ses beaux yeux seulement cherchent les vôtres quand vous avez dit une chose qui lui a plu ; et si un mot, un oubli vient à l’étonner, elle ne s’en rapporte plus à elle ; ses regards demandent à sa mère si elle a raison d’être mécontente.

Marie, j’ignore si c’est vous dont la voix m’a touché ; je n’ai même plus le désir de m’en instruire. Je ne sais si je voudrais vous trouver ces talens enchanteurs : j’ai besoin de vous aimer ; je craindrais d’être séduit. Oui, Marie, je vous aime pour cet amour que vous portez à votre mère : je vous aime encore en vous comparant à vos sœurs ; chacune de leurs prétentions fait ressortir vos qualités : je vous aime pour cette réserve, ce silence, qui semblent promettre à un seul la connaissance de votre cœur. Marie, j’ignore si vous êtes riche, et je suis sûre que vous êtes bienfaisante. Si le pauvre ne prononce pas votre nom dans ses peines, mon cœur reviendra d’un long rêve.

Lord Seymour était étendu dans un grand fauteuil, à gauche de la cheminée : deux gros chiens dormaient à ses pieds ; il les réveillait ou par des caresses, ou par des injures, car il s’en occupait sans cesse. Miss Sara, sa fille aînée, a paru en habit de cheval. Elle a pris le parti d’être sémillante et gaie ; aussi rit-elle toujours sans raison, comme elle s’agite sans motif. Je lui ai été présenté. Elle a voulu savoir si j’aimais les chiens, les chevaux, et m’a compté parmi ses compagnons de chasse, sans daigner s’informer si je pouvais la suivre. Marie ne prenait aucune part à ces arrangemens. J’ai osé lui demander, mais mon cœur ne doutait point de sa réponse, si elle partageait ces plaisirs ? Sara ne lui a pas laissé le temps de s’exprimer, et m’a dit d’un air moqueur : « Marie reste toujours à l’ombre de la maison. » — « Oui, a repris lady Seymour, elle reste près de moi ; elle prête à ma faiblesse l’appui que je donnais à son enfance. » — Marie a levé les yeux au ciel, et les a baissés aussitôt sur son ouvrage. — Je vous entends, Marie ; c’est au ciel que vous reportiez ce bien si pur, la reconnaissance d’une mère ! Mais ces yeux baissés m’apprennent aussi combien votre ame sensible craint de blesser vos sœurs.

Miss Sara caressait les chiens de son père. Lord Seymour regardait sa femme d’un air mécontent. On est tombé dans un silence qui n’a été interrompu que par l’arrivée de miss Indiana, sœur de lord Seymour, et de miss Eudoxie, sa seconde fille. J’ai été présenté à ces dames. Elles ont fait peu d’attention à moi, jusqu’à l’instant où mon père a dit que j’arrivais d’Oxford. — « Dieu ! s’est écriée miss Eudoxie, vous devez bien regretter une ville qui renferme tant de savans ! Les livres seuls peuvent remplacer leur conversation. » — L’embarras de Marie, l’inquiétude de lady Seymour, m’ont prouvé combien cette ridicule prétention les affligeait ; aussi ai-je répondu sèchement à miss Eudoxie, que les savans cherchaient quelquefois dans la conversation à oublier leurs livres. — Elle a regardé sa tante avec un air de surprise et de dédain qui m’était destiné, et m’a fait plusieurs questions qui auraient mieux convenu à une femme qu’à moi : cette petite vengeance m’a amusé.

Le soir, tous les beaux esprits des environs sont venus former une cour à miss Eudoxie. Marie a fait le thé. Par quel amour-propre désire-t-on pour celle qu’on préfère, des suffrages que l’on dédaignerait pour soi ? Je souffrais d’entendre ces messieurs ne jamais adresser la parole à Marie, que pour lui donner la peine de les servir : ils blessaient mon sentiment, et n’auraient pu décider mon opinion.

Lord Seymour et Sara sont sortis ; lady Seymour m’a fait approcher d’elle. Avec quel respect, quel regret elle m’a parlé de mon excellente mère ! À chacune de ses paroles, Marie soupirait, regardait alternativement sa mère, moi, mon grand deuil ; et une douce et consolante pitié régnait sur son visage. — Marie, j’aurais aimé à vous confier mes peines ; mais je sentais encore que si j’en dois éprouver à l’avenir, c’est près de vous que je voudrais passer le temps du malheur.

À mesure que lady Seymour semblait s’occuper davantage de moi, miss Indiana, miss Eudoxie me traitaient avec plus de politesse ; elles ont même fini par me parler sans cesse. La bonne et souffrante lady Seymour ne pouvant supporter tant de bruit, a demandé la permission de se retirer. À l’instant Marie a donné le bras à sa mère, et s’est éloignée. À l’instant ce salon m’a paru désert, cette conversation insupportable. J’ai entraîné mon père, et me suis échappé avec la joie et l’impatience d’un enfant.




8 juillet.

Hier matin, je reçus une invitation de lord Seymour et de miss Sara, pour me rendre aussitôt à une partie de chasse, qu’ils assuraient devoir être charmante. La certitude que Marie n’y paraîtrait point, l’idée de m’y trouver sans elle, me contrariaient : mais je sentais aussi qu’un refus déplairait à lord Seymour et à sa fille chérie. D’ailleurs, mon père a exigé que j’acceptasse cette proposition. Je ne sais pourquoi les gens âgés croyent que la jeunesse ne s’amuse que lorsqu’elle est active et agitée. Mon père m’a dit que le mouvement de la chasse, et cette familiarité qu’amènent tous les plaisirs bruyans, me donneraient sans doute une sorte d’intimité dans cette maison, et qu’il désirait m’y voir aller souvent ; car il estime beaucoup lady Seymour. — Je m’engageai donc à suivre lord Seymour, mais avec humeur ; j’étais obligé de me répéter : « C’est pour voir Marie ! aujourd’hui sera perdu, sacrifié ; mais demain, mais les jours qui suivront, je serai près d’elle ! » — Cependant je ne pouvais surmonter cette déplaisance que l’on éprouve toujours en prévoyant un long ennui.

J’arrive ; à peine ai-je entendu le son du cor, la voix du chasseur, qu’à ma grande surprise je partage la gaieté générale. Tout entier à Marie, j’avais oublié que j’aimais les chiens, les chevaux ; et une fois au rendez-vous, je retrouvai ces premières passions de ma jeunesse.

Miss Sara m’appela près d’elle. Sa franche gaieté excitait la mienne ; il me semblait que nous avions passé notre vie ensemble. J’admirais ses grâces, son courage, et même sa témérité. Le soleil était dans tout son éclat, l’air pur, le ciel sans nuage. Nous franchissions tous les obstacles ; elle me semblait une divinité aérienne. Malheureusement le cheval de Sara fit un faux pas ; elle tomba ; je me précipitai pour la secourir. Elle voulut aussitôt remonter à cheval : je m’y opposai. Si elle ne redoutait pas le danger, au moins désirais-je qu’elle s’arrêtât un instant sur celui qu’elle avait couru ; qu’elle jouit avec moi du bonheur d’y avoir échappé : peut-être même lui aurais-je voulu la crainte, la timide faiblesse d’une femme. Mais Sara n’entendait rien à ces nuances délicates. Elle me regarda d’un air surpris, fit un grand éclat de rire, et repartit au galop. Je grondais, m’impatientais ; elle admirait, disait-elle, ma rare prudence. Cherchant le péril pour m’effrayer, elle quitta la plaine, et alla sauter un fossé considérable, en me saluant d’un air moqueur. De quel droit espérait-elle me troubler ? Vraisemblablement Sara est née vive et légère ; on aura ri de ses étourderies, et voilà Sara bruyante et inconsidérée pour le reste de sa vie. Les défauts dont on a la prétention, ressemblent à la laideur parée ; on les voit dans tout leur jour.

Lord Seymour nous rejoignit. Je revins doucement avec le reste de la chasse, caressant mon cheval de temps en temps, lui parlant comme à un ami. Ce pauvre animal ne savait pas que si je lui accordais toutes ces faveurs, c’était parce que Sara m’avait déplu ; qu’auparavant je l’aurais sacrifié pour la suivre ou la dépasser à la course. Il en est de même dans le monde, me disais-je ; celui qui reçoit une marque d’intérêt inattendue, devrait souvent chercher à côté de lui le sentiment de joie ou d’humeur auquel il en est redevable.

On revint dîner chez lord Seymour. Nous trouvâmes miss Indiana, miss Eudoxie dans le salon : « Assurément, mon frère, dit la première, vous vous êtes oublié long-temps. » — « Comment oublié ? reprit lord Seymour ; dites donc fort diverti. » — « Mais, reprit-elle sèchement, je ne suis pas accoutumée à dîner si tard. « — Miss Indiana toussait, s’agitait, se promenait d’un pas chancelant, comme si elle eût eu peine à se soutenir. Fatigué de tant d’affectation, je courus lui chercher, pour s’asseoir, la même chaise qu’elle venait de quitter ; elle me regarda avec surprise, et cependant me remercia. Que de fois elle parla de son extrême faiblesse ! elle était éteinte… anéantie… ; elle avait beau se plaindre, personne ne prenait part à sa situation. — « Ne soyez pas si occupé de ma tante, me dit tout bas Sara, car nous dînons plus tard ordinairement ; mais ma tante est fâchée quand on s’amuse. — Comme elle finissait ces mots, Marie entra ; c’est alors seulement que je pris un intérêt personnel à tout ce qui m’environnait. Je regardais avec inquiétude la place que Marie allait choisir : le hasard, sa volonté la rapprocherait-elle de moi ? s’en éloignerait-elle ? me regarderait-elle en passant ? Enfin, chacun de ses mouvemens me donnait une vague impression de crainte ou d’espoir.

Marie s’avança vers son père, et lui fit une révérence timide qui sollicitait un coup-d’œil, un mot affectueux. Lord Seymour prit la main de Marie en lui disant : « Comment se porte votre mère » ? — Marie, jusqu’à votre arrivée, votre père était dans sa maison, avec ses filles, comme parmi des étrangers ; c’est vous qu’il attendait pour savoir des nouvelles de sa femme, de la mère de vos sœurs ! Vous seule remplissez ce devoir d’amour, de respect filial ; devoir si doux et si cher, qu’en vous voyant ma pensée me rappelait les instans où je m’occupais aussi du bonheur d’une mère ! Je me disais : C’est elle que ma mère aurait choisie pour sa fille.

On vint avertir que le dîner était servi : Mon malheur voulut que je fusse placé à table loin de Marie ; je ne pus me rapprocher d’elle après le repas : le reste du jour fut sans intérêt pour moi.




11 juillet.

J’ai rendu compte à mon père de cette chasse, en lui avouant qu’il avait eu raison, et que je m’y étais amusé. Ma colère contre la turbulence de Sara, mes caresses à mon pauvre cheval l’ont fait rire. Cependant, malgré le désir que je lui sais de me distraire, j’ai été étonné, lorsque, le lendemain matin, il m’a appris qu’il venait de proposer à lord et à lady Seymour de venir dîner chez lui, en famille, un des jours suivans. Il a ajouté qu’il les avait priés de l’excuser, s’il ne leur coffrait pas une société plus nombreuse, en leur disant qu’ils étaient les seuls que, dans notre grand deuil, nous nous fussions permis de voir.

Lord Seymour ayant annoncé qu’il viendrait hier, j’ai été fort occupé, le matin, à préparer dans le salon tout ce qui pouvait être agréable à lady Seymour. J’ai placé près de la cheminée un grand fauteuil comme le sien l’est chez elle, un coussin pour ses pieds, et une chaise près d’elle ; c’était pour Marie. Comme je pensais d’avance à la contrariété que j’éprouverais si une autre qu’elle venait s’y asseoir ! J’arrangeais l’autre côté du salon pour le reste de la famille. Mon père était présent à tous ces préparatifs : mon empressement le faisait sourire ; et pour achever de l’égayer, j’allai prendre quelques livres grecs et latins que je posai sur la table qui est dans le milieu du salon. « Voilà, dis-je à mon père, de quoi me réhabiliter dans l’estime de miss Eudoxie. » — Il entra dans cette plaisanterie de fort bonne grâce ; et me saluant avec un profond respect, il osait, disait-il, me représenter que c’était porter trop haut mes prétentions que de vouloir plaire à cette savante personne. — La bonne humeur de mon père ajoutait à la mienne ; et nous nous amusâmes à passer en revue les ridicules d’Eudoxie ; je me donnai la joie de me moquer de toutes ses prétentions ; car je trouvais un secret plaisir à me venger ainsi de l’ennui que sa seule vue allait m’inspirer. — Mon pauvre père ne parla point de Sara, et je n’en fus pas surpris ; mais j’étais un peu blessé qu’il ne songeât point que c’était à Marie qu’on pouvait sérieusement souhaiter de plaire… Je ne concevais pas qu’elle ne se présentât point à sa pensée : cependant je ne parlai pas d’elle non plus, peut-être parce que j’y pensais…

Lorsque nous entendîmes leur voiture arriver, nous allâmes au-devant d’eux. Mon père donna le bras à lady Seymour ; je fus condamné à offrir le mien à miss Indiana ; et les trois jeunes personnes, ainsi que lord Seymour, nous suivirent. — Mon père conduisit lady Seymour à la place que j’avais choisie pour elle. Je ressentis une véritable satisfaction, en voyant Marie se séparer de ses sœurs pour aller s’asseoir près de sa mère ; elle prit la chaise que je lui avais destinée !… C’était pour être plus à portée de prévenir les désirs de lady Seymour ; mais je lui savais autant de gré d’avoir suivi mes intentions, sans s’en douter, que si elle s’y fût soumise par complaisance. J’avais prévu les soins qu’elle donnerait à sa mère… j’avais deviné son cœur… je la connaissais comme aurait fait un ancien ami : ce sont déjà d’assez grands plaisirs !

Il y avait à peine un quart d’heure que cette famille était dans le salon, lorsqu’on vint annoncer que le dîner était servi. Nous passâmes dans la salle à manger. Mon père ayant placé lady Seymour à sa droite, je menai près de lui miss Indiana que je quittai bien vite ; mais je fus obligé de m’asseoir entre miss Eudoxie et Sara. — Marie, comme la plus jeune, passait toujours la dernière ; on ne la comptait, et elle ne se comptait elle-même qu’après tous les autres. Si elle n’était pas à côté de moi, du moins me trouvais-je assez près d’elle pour la voir, l’entendre, et toujours la comparer à ses sœurs ; combien elle y gagnait !

Après le dîner, les dames se retirèrent, et mon père fut assez bon pour ne me laisser qu’un quart d’heure à l’ennui d’une conversation de chasse qu’avait commencée lord Seymour. Il m’envoya dans le salon, sous le prétexte d’aller faire les honneurs de chez lui. — Je m’esquivai, sans écouter les cris de lord Seymour qui me rappelait ; et je trouvai lady Seymour faible, fatiguée et bien établie dans le fauteuil que j’avais nommé le sien. — Miss Eudoxie était près de la table ; j’aperçus, au dérangement des livres, qu’elle les avait tous ouverts, j’imagine pour juger de la solidité de mes lectures. Je me réjouissais de l’avoir vue tomber dans le piége que je lui avais préparé ; mais j’en fus bien puni, car elle m’appela près d’elle, pour entreprendre une dissertation sur un des plus graves auteurs. — Heureusement que Sara vint me tirer de sa pédanterie. D’abord elle avait commencé par ôter son chapeau, comme si elle eût été chez elle, et l’avait jeté sur la table près de laquelle nous étions : ensuite, elle s’avisa de couper toutes les belles phrases de sa sœur, en y mêlant les chiens, la chasse, des questions sur l’étendue des réserves que mon père faisait pour le gibier, et mille autres objets aussi intéressans. — Eudoxie se montrait saisie d’indignation : ses lèvres étaient pincées ; elle se redressait d’un air majestueux ; ses yeux étonnés se portaient sur moi, sur sa sœur ; et elle paraissait ne pouvoir pas comprendre tant d’irrévérence.

J’avais fort envie de rire ; Marie, qui s’en aperçut, ne put s’empêcher de me regarder en souriant aussi ; mais à l’instant, elle se détourna, comme si elle se fût reproché d’avoir abandonné Eudoxie à mon esprit moqueur. Que tous ses mouvemens sont aimables et doux ! On croirait que le ciel l’a placée à dessein près de ces deux insensées, pour faire ressortir toutes ses qualités.

Bientôt lord Seymour rentra avec mon père. « Eh bien ! » s’écria-t-il, d’un ton de voix dont l’éclat devait blesser lady Seymour : « est-ce que nous ne ferons pas un tour dans le parc, avant de nous en aller ? Qu’en dites-vous, Sara ? » — Chacun se leva pour le suivre. — Sara remit à la hâte son chapeau, sans se soucier qu’il fût de travers ou droit. — Eudoxie, voyant que tout le monde se disposait à sortir, voulut bien venir avec nous ; mais elle semblait marcher au supplice ; sa figure disait : « La nature n’est-elle pas la même partout ? Quel malheur de ne pas examiner les livres rares qu’il faut laisser sur cette table ? » — Cependant elle aimait mieux nous accompagner que de rester seule avec ces livres, dont on ne jouit pourtant jamais aussi bien que dans la solitude. Je fus tenté de le lui faire observer.

Lady Seymour demanda la permission de nous attendre dans le salon ; et Marie, sans dire un mot, sans que d’autres que moi y fissent attention, Marie resta près de sa mère. — J’avais bien envie de demeurer aussi ; mais Sara me dit avec son ton vif et assez impérieux : « Venez-vous ? » et elle avait déjà avancé son bras pour prendre le mien. Elle m’attendait ; je fus donc obligé de la suivre.

Notre promenade dura plus d’une heure ; miss Indiana et Eudoxie marchaient appuyées l’une sur l’autre : elles se parlaient bas, et nous regardaient d’un air mécontent et ennuyé. — Sara allait, venait, m’entraînait, sans faire la moindre attention ni à leur humeur, ni à leurs propos. — Lord Seymour donnait à mon père de fort bons conseils sur l’ordonnance des jardins ; mais aucun ne m’est resté dans la tête. Je ne voudrais pas me souvenir d’un seul, à moins que ce ne fût pour l’éviter. Si jamais lady Seymour est assez forte pour voir ce parc, et qu’elle veuille bien me dire ce qu’il faut y changer, alors que je serai heureux de me conformer à son goût !

On vint avertir lord Seymour que ses voitures étaient arrivées ; nous revînmes dans le salon. En entrant, il dit à sa femme : « Nous allons partir. » — Et, sans attendre sa réponse, il sortit avec l’air d’un homme qui est accoutumé à ne trouver ni résistance ni objection dans sa famille. Non-seulement il ne s’informe jamais de ce qui peut être agréable aux autres ; mais uniquement occupé de ce qui lui convient à lui-même, il force tous les siens à s’y soumettre, et cela le plus simplement du monde : c’est une habitude ; il ne se doute pas de son égoïsme. Quelle grande surprise il aurait, si on pouvait lui apprendre qu’il est insupportable ! — Je donnai le bras à lady Seymour pour la conduire à sa voiture. Elle y monta avec Marie, miss Indiana et Eudoxie. Lord Seymour partit en gig avec Sara.

Je les regardais s’en aller, en pensant que je n’avais presque point vu lady Seymour ni Marie, qui étaient les seules que j’aurais voulu voir. Il ne m’avait pas été possible de leur exprimer le plaisir que j’avais à les recevoir chez mon père. Elles n’avaient pu me dire un mot ; on ne m’avait pas laissé le temps de leur adresser une parole. J’étais excédé ; et, dans mon impatience, je me dis avec humeur « Quelle belle journée ! »




12 juillet.

Je suis sorti hier de bonne heure ; et naturellement, pour ainsi dire, à mon insu, j’ai tourné mes pas vers le parc de lord Seymour. Je crois qu’il en est de même de tous les premiers mouvemens ; on n’y fait attention qu’en se les rappelant. Enfin il est très-vrai que, sans y avoir pensé, je me suis trouvé près de la petite cabane où j’avais entendu cette voix ravissante. La porte en était fermée ; je n’ai pu y entrer. Le rosier n’a plus de fleurs ; quelque temps encore, et ses feuilles tomberont. Tout me jetait dans une disposition mélancolique.

Étendu sur le gazon, j’ai voulu me rendre compte de ce penchant qui m’entraîne vers Marie, moi, dont l’ame semble réunir tous les contrastes ; moi, jaloux, susceptible, exigeant, inquiet et léger ; oui, léger, car je fuirais Marie à l’aperçu d’un défaut ; et peut-être que la perfection me fatiguerait. Comment oserais-je me livrer à l’amour ! L’amitié n’a-t-elle pas eu mille fois à souffrir de mes injustices ? Marie me rendra malheureux, ou je la tyranniserai. Sera-t-elle calme ? je la supposerai indifférente. Si en me revoyant elle paraît gaie, je croirai qu’elle n’a point remarqué mon absence. Si je la trouve triste, c’est qu’elle ne jouira pas assez de mon retour. Enfin, je n’aime pas encore, et j’entrevois déjà toutes les agitations de l’amour.

J’étais livré à ces réflexions, lorsque Marie parut dans le sentier qui conduit à la cabane. Elle était suivie de deux femmes qui portaient des corbeilles de fleurs. Elle rougit en me voyant. — « Sara est montée à cheval, me dit-elle… Eudoxie passe toutes ses matinées dans la bibliothèque… Je venais ici préparer le déjeuner de ma mère ; elle aime cette retraite… Nous croyions être seules. » — Marie rougit encore plus en disant ces derniers mots. Était-ce une invitation de partager leur solitude, ou un avertissement de la respecter ? — Je cachai mon embarras en lui demandant des nouvelles de lady Seymour ? — « Elle est mieux aujourd’hui, répondit Marie ; il fait si beau ! » Elle sourit, et ce sourire ne me disait point de m’éloigner.

Marie tient la clef de la cabane ; elle ouvre la porte. Combien je cherche à m’aveugler ! Je prétends douter si je l’aime ; et mon cœur bat d’inquiétude pour savoir si elle me dira adieu, ou me priera de la suivre. Marie est encore plus troublée que moi ; elle a fait passer une de ses femmes, puis l’autre ; que va-t-elle faire ? Si elle ne songe même pas à moi, et qu’elle entre dans la cabane sans me rien dire, je m’en irai ; je ne la reverrai plus : mais sais-je quel chagrin j’en ressentirai ? Si elle m’offre de la suivre, ce sera une indiscrétion dont je suis sûr de la blâmer un jour. Marie, Marie ! possédez-vous déjà toute mon ame ? Je me surprends quelquefois me promettant votre bonheur, comme s’il dépendait de moi, et qu’il fût incertain ! À qui fais-je ces sermens dont vous ne vous doutez pas ? à moi ! à cette ame ardente, à ce caractère inquiet, sévère, que je redoute en connaissant l’amour.

Marie était toujours indécise, et je restais appuyé contre l’arbre le plus près d’elle : enfin, par une sorte d’inspiration, je lui demande si cette retraite lui appartient particulièrement. — « Oui, me dit-elle, c’est moi qui l’ai arrangée. » — Ma question lui semble peut-être une prière de satisfaire ma curiosité ; car elle s’avance, me fait place ; je la suis, et me voilà dans cette solitude, préférable au grand château de lord Seymour.

Pendant que j’ai l’air de regarder les meubles, les gravures, mes yeux ne quittent pas Marie. Elle arrange ses fleurs — pare sa table à thé — y place une tasse ; c’est pour sa mère — une seconde ; c’est pour elle — mais Marie en prend une troisième. Je me dis, c’est pour moi ; et je détourne mon visage, de peur qu’elle n’aperçoive tout le plaisir que j’éprouve. — Hélas ! il fut bientôt détruit ; — après avoir bien tourné, regardé cette troisième tasse, Marie la replaça sur la cheminée ; mais par une délicatesse dont elle seule est capable, que je puis seul deviner, elle ôta également la tasse qu’elle se destinait. Tout cela se faisait sans me parler, sans me regarder ; et ce silence, cet embarras n’étaient pas perdus pour mon cœur.

Lady Seymour parut ; Marie en témoigna une joie qui semblait me dire : « À présent seulement je puis avoir du plaisir à vous voir. » — Sans attendre que sa mère m’eût invité à déjeuner, elle remit sur la table les deux tasses, objet de son innocente inquiétude. Lady Seymour m’offrit du thé ; je me plaçai entre elle et sa charmante fille. Jamais je n’ai éprouvé un sentiment de bonheur si pur ni si vif. Lady Seymour avait aussi un air plus satisfait que de coutume. Elle ne me disait que des choses simples, ne parlait que d’objets indifférens ; mais chaque expression avait un accent touchant qui arrivait jusqu’à mon ame : il semblait que chacun de nous devinât ce que chacun de nous n’aurait osé ni entendre ni dire.

Après le déjeuner, lady Seymour proposa à Marie de chanter. Dès les premiers mots, je reconnus la même romance, les sons tendres, les paroles plaintives qui avaient pénétré mon cœur. Aussi, dès les premiers mots, mon émotion fut si grande, que lady Seymour la remarqua. — « Cet air, me dit-elle, vous rappelle-t-il quelque souvenir sensible ? » — « Pas cet air, repris-je troublé, mais cette voix. » — Elle parut étonnée : ses regarda m’interrogeaient ; ils demandaient une réponse… Après avoir hésité longtemps, je lui parlai de ma promenade près de cette même cabane. J’essayai de lui peindre le ravissement où j’avais été, lorsque, me croyant seul dans ses jardins, au milieu de la nuit, cette voix inconnue était venue se placer entre le ciel et moi… — Lady Seymour m’écoutait avec un plaisir qui animait sa figure, et semblait éclairer tous ses traits. Sa fille baissait les yeux ; mais lorsque, j’ajoutai que plusieurs personnes ayant applaudi, je m’étais éloigné, Marie s’écria : « C’est sûrement le jour que mes cousines ont passé ici. » — Ses cousines ! comme je l’ai mal jugée ! Sans doute de jeunes personnes, compagnes de son enfance ; — non, Marie n’est point coquette ; elle chantait parce que sa voix plaît à sa mère.

Marie, mon cœur vous appartient. Dans cette petite retraite, près de votre mère, avec vous, j’ai cru au bonheur. Mais pourrez-vous partager l’exaltation de mon amour, excuser ma bizarrerie ? J’étais heureux : eh bien ! dans cet instant même, je sentais que, s’il fût arrivé une seule personne ; si vous eussiez fait un seul pas dans le monde, le doute, l’inquiétude se seraient emparés de mon ame.




20 juillet.

Comment exprimer tout ce qui se passe en moi ! Ce matin j’ai rencontré Marie dans le village ; n’osant lui offrir mon bras, je me suis promené à côté d’elle. Marie est entrée dans différentes chaumières où l’on n’existe que par ses bienfaits : mon cœur palpitait d’amour et de joie, en voyant le respect, l’adoration qu’elle inspire.

Toutes les actions de Marie ont un charme qui n’appartient qu’à elle. Accoutumée à vivre, pour ainsi dire, inaperçue dans sa propre maison, loin de chercher comme ses sœurs à paraître, à briller, elle craint d’être distinguée. Aujourd’hui chez ces bonnes gens, « c’était de la part de sa mère qu’elle venait les trouver ; c’était à sa mère qu’elle rendrait compte des peines où du besoin de chaque pauvre famille. » — Marie, demain vous viendrez leur apporter des secours, des consolations ; et comptant pour rien vos pas, vos démarches, vos larmes même que j’ai vu couler sur le malheur, vous vous joindrez à eux pour bénir votre mère : c’est vers elle seule que vous porterez leur reconnaissance et leur amour.

Je regardais Marie, et me disais : Ce cœur-là n’a jamais été insensible à la pitié. Elle a fait le bien, tout le bien qu’elle a pu faire. Point de négligence, point d’oubli ; pas un sentiment qui n’ait été pur ; pas une action qui n’ait été généreuse ! Marie, je vous aimais hier presqu’involontairement ; aujourd’hui, c’est de toute la puissance de mon ame que je désire vous appartenir.

En quittant le village, Marie m’a dit adieu : je suis resté à la même place, tant que j’ai pu l’apercevoir. Elle s’est retournée plusieurs fois ; et toujours un signe obligeant m’a prouvé que non-seulement elle me voyait, mais qu’elle s’attendait à me voir. Arrivée près d’un sentier qui devait me la cacher entièrement, elle m’a regardé une dernière fois ; et de sa main et de son mouchoir, m’a dit un dernier adieu, tandis que moi, presqu’immobile, je ne pouvais même la saluer. N'osant la suivre, ne pouvant la fuir, je sentais de tristes pensées rentrer dans mon ame, à mesure qu’elle s’éloignait. Ô avenir ! avenir si vague, si incertain, qui n’arrivez jamais ni comme on le craint, ni comme on le désire, au moins ne me laissez pas sans espérance !

En m’en allant, j’ai salué à mon tour le dernier arbre qui m’avait caché Marie ; et, comme s’il eût pu m’entendre, je disais : Demain je reviendrai la chercher ici ; peut-être demain te regarderai-je bien longtemps avant de la voir paraître ! Jamais je ne passerai près de cet arbre sans éprouver un souvenir de regret et d’amour.




Ier août.

Je suis retourné plusieurs fois à la cabane, dans le village ; je n’y ai plus rencontré Marie !… Quand je la vois chez son père, je ne fais pas un pas que ses yeux ne me suivent ; je ne dis pas un mot que son regard ne réponde à chacune de mes expressions. Mais si je m’approche d’elle, aussitôt ce regard change, ses yeux se baissent, ils semblent m’éviter, ou craindre de m’entendre… Marie, pourquoi me faut-il deviner toutes vos pensées, interpréter toutes vos actions ? Ah ! n’éloignez pas trop le temps où, après m’avoir laissé lire dans votre cœur, vous vous direz : Il me connaît, si je me connais moi-même.

Aujourd’hui il y avait beaucoup de monde chez lord Seymour. Miss Eudoxie, miss Sara étaient habillées à cette mode nouvelle qui laisse à peine ces voiles que désirent également la pudeur et l’amour. Marie avait imité ses sœurs dans leur parure. Je suis loin de l’excuser : mais quelle joie je ressentis lorsque, dès qu’elle m’aperçut, je la vis prendre un schall derrière elle, et s’en cacher en rougissant ! Marie, votre cœur ne vous trompe pas ; mes yeux seuls sont ceux d’un amant. Avant que j’arrivasse, plusieurs hommes étaient près de vous ; et vous ne vous êtes pas aperçue qu’ils vous regardaient. Ah ! toute-puissance de l’amour, je te reconnais surtout à la mobilité de mes impressions ! Hier je n’aurais pu supporter l’idée de voir Marie si légèrement vêtue ; dans quelques instans peut-être je l’en blâmerai avec rigueur : mais en ce moment je ne voyais, ne sentais que l’émotion qu’elle éprouvait. Son ingénuité, ses grâces timides, sa craintive modestie ont fait naître mes sentimens ; et, je le sais, une erreur m’a découvert les siens. N’importe, je la lui pardonne : que cette fois seulement sa parure soit semblable à celle des autres femmes, j’y consens ; mais qu’à l’avenir tout la distingue, et que mes yeux et mon cœur la reconnaissent toujours.



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Marie.

Aimable et bonne Marie, vous avez vaincu mes préventions, détruit ma susceptibilité, calmé ma jalouse inquiétude ; je voulais vous dominer, votre douceur ma soumis.



FIN DE CHARLES ET MARIE, ET DU DEUXIÈME VOLUME.
  1. En Angleterre, à la mort d’une personne distinguée, on met sur la façade de sa maison le tableau de ses armoiries entouré d’un cadre noir.