Chronique de la quinzaine - 14 juin 1873

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Chronique n° 988
14 juin 1873


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juin 1873.

Il y a quelque chose comme trois semaines déjà qu’un mouvement politique équivalent presque à une révolution s’est accompli entre le matin et le soir d’un jour du mois de mai. Il n’a changé ni les institutions, ni le cadre de la vie publique française, ni la nature des pouvoirs, ni même le nom de ces pouvoirs et du régime que les événemens nous ont fait. Il a mis un président de la république à la place d’un président de la république, des ministres nouveaux à la place des ministres anciens, et, par une conséquence heureuse d’une paix intérieure patiemment reconquise depuis deux ans sur la confusion et le désordre, tout s’est réalisé non pas sans bruit, non pas sans une certaine tension d’un moment, mais sans secousse violente, sans agitation et sans trop de danger. Il faut rendre cette justice à tout le monde que, la situation étant donnée, on a fait ce qu’on a pu pour éviter d’envenimer une crise dont on sentait la gravité. Ce n’est pas le chef du dernier gouvernement qui a cherché à embarrasser ses adversaires, ses successeurs, en essayant de retenir ou de disputer un pouvoir dont il ne s’est servi que pour rendre la paix et l’ordre à la France. Les vainqueurs du 24 mai, de leur côté, ont certainement mis du zèle à désarmer les défiances, à rassurer sur le caractère et les suites de l’événement qui les portait aux affaires ; ils se sont empressés de désavouer toute pensée de coup d’état ou de coup de tête en renouvelant sous toutes les formes cette déclaration, que rien n’était changé dans les institutions. Les partis, à leur tour, sauf les tirailleurs d’avant-garde et les irréguliers, les partis ont tout d’abord émoussé quelque peu leurs violences et leurs colères. Dans l’assemblée, le premier moment a été à la satisfaction intime du succès chez les victorieux, à la surprise, à l’attente et au recueillement chez les vaincus. Quant au pays, il a vu le spectacle de loin et d’un œil tranquille ; il a connu le dénoûment presque aussitôt que la crise, il s’est calmé avant d’avoir eu le temps de s’émouvoir sérieusement, et en définitive tout s’est passé mieux qu’on ne l’aurait cru, mieux qu’on ne l’espérait peut-être. Ce n’est nullement un signe d’indifférence publique ou de sagesse universelle, c’est bien plutôt le signe d’une confiance instinctive dans une certaine force des choses faite pour s’imposer bon gré mal gré à tout le monde, pour contenir les impatiens, les violens, les poursuivans de solutions absolues, dans les limites de ce qui est possible.

Voilà donc ce nouveau gouvernement installé et occupé depuis trois semaines à se reconnaître, à s’orienter, à s’accréditer, à se compléter. L’assemblée a nommé le président, le président a nommé son ministère, et le ministère à son tour s’est mis à l’œuvre. Il a fait, lui aussi, ses changemens et ses choix dans la hiérarchie politique et administrative. Il a nommé des préfets et des sous-préfets, quelques procureurs-généraux. Il a reconstitué le gouvernement de l’Algérie pour le confier au général Chanzy. Il a fait d’autres choses encore, par exemple des circulaires, des circulaires de toute sorte, publiques ou confidentielles, et ce n’est vraiment pas dans ces morceaux de politique ou d’éloquence qu’il réussit le mieux jusqu’ici. Il a supprimé un journal radical à Paris. En un mot, il est entré en matière par des actes dont quelques-uns pouvaient être faciles à prévoir, ou par des modifications de personnel qui résultaient nécessairement de la circonstance. Il fallait bien nommer un préfet de la Seine à la place de M. Calmon, dont la démission était naturelle le jour où M. Thiers quittait le pouvoir, et on a nommé M. Ferdinand Duval, qui était à Bordeaux. Il fallait bien nommer un préfet à Lyon, où il n’y en avait pas, et on a envoyé M. Ducros, qui depuis deux ans a fait ses preuves d’énergie à Saint-Étienne, après avoir déployé son activité comme ingénieur pendant le siège de Paris. Il y a des fonctionnaires dont la révocation a pu être assez inattendue, il y en a d’autres dont la nomination a pu être tout aussi imprévue. Au fond cependant, pour rester dans la vérité des choses, on ne peut pas dire que le ministère ait été dévoré d’une ardeur de changement, qu’il ait laissé voir l’intention de faire une révolution de personnel, et qu’il ait multiplié les choix en dehors des cadres administratifs. S’il y a quelques nouveau-venus, beaucoup d’autres sont anciens, les uns exerçant leurs fonctions depuis longtemps, les autres tenant leur emploi de M. Thiers, et le même système a été suivi avec plus de circonspection encore dans tout ce qui touche à la représentation extérieure de la France. Ici peu de changemens, nulle destitution jusqu’à présent. M. le baron Baude va tout naturellement reprendre à Bruxelles un poste qu’il a déjà occupé avec distinction, et que la retraite volontaire de M. Ernest Picard rend ; vacant. M. Jules Ferry sera sans doute remplacé à Athènes. On ne semble point avoir encore accepté la démission de M. Lanfrey, qui s’est fait estimer à Berne, qui a pu se démettre par délicatesse, qu’on voudra probablement retenir par sympathie pour son talent et pour ses services.

Que le gouvernement du reste, dans la diplomatie comme dans l’administration supérieure, se préoccupe du choix des hommes nouveaux ou anciens en qui il peut mettre sa confiance, parce qu’il connaît leur loyauté et leurs lumières, ce n’est pas la question, c’est l’histoire de tous les gouvernemens ; ils sont dans leur droit tant qu’ils ne vont pas jusqu’à désorganiser par caprice, par favoritisme ou par esprit de parti les services publics, tant qu’ils ne font pas des fonctions de l’état un moyen de captation vulgaire ou le prix du servilisme et des connivences intéressées. On peut nommer qui on voudra, l’essentiel n’est pas là précisément. Ce qui est d’une bien autre importance et ce qui domine tous les choix de personnel, c’est l’attitude que prend un gouvernement nouveau, c’est ce qu’il fait pour se définir, pour caractériser sa situation, son action aux yeux de l’étranger comme aux yeux du pays. En d’autres termes, toute la question est dans la direction, dans la sûreté de sa politique extérieure, aussi bien que dans les conditions d’existence intérieure qu’il se crée à lui-même. Où en est le ministère du 24 mai au point de vue extérieur ? Peut-être a-t-il trop compté tout d’abord sur ces titres tout naturels qu’a un gouvernement régulier et honorable pour se présenter à l’Europe, — ou bien peut-être ne s’est-il pas entièrement rendu compte des anomalies qui résultent, pour les relations diplomatiques de la France, d’un régime sans fixité, sans caractère précis, aussi difficile à définir qu’à modifier. Toujours est-il qu’il a eu au premier moment, non pas des difficultés, il n’a eu de vraies difficultés d’aucune espèce, mais un certain embarras dans la manière de faire son entrée, pour ainsi dire, parmi les gouvernemens réguliers. On avait cru d’abord qu’il suffisait d’une simple notification faite par notre ministre des affaires étrangères aux représentans des puissances européennes à Paris et en même temps par nos agens extérieurs aux gouvernemens auprès desquels ils sont accrédités. Cela n’a pas suffi. Les cabinets de l’Europe, surtout ceux du nord, ont vu dans l’événement du 24 mai une sorte de révolution plutôt qu’une transmission ordinaire de pouvoirs, et ils ont tenu à une notification spéciale et supérieure émanant du nouveau président de la république lui-même. La Prusse est allée plus loin, elle a considéré comme une nécessité le renouvellement des lettres de créance des ambassadeurs. De nouvelles lettres ont dû être expédiées de part et d’autre, à M. de Gontaut-Biron comme à M. d’Arnim. L’Angleterre, quant à elle, est restée étrangère à ces questions de protocole ; elle n’a éprouvé aucun embarras à continuer avec la république française représentée par le maréchal de Mac-Mahon les relations qu’elle avait avec la république représentée par M. Thiers. Les autres puissances, la Russie, l’Autriche, sans suivre la Prusse jusqu’au bout, se sont contentées de la notification présidentielle. C’est tout cela qui a paru mettre un peu de lenteur dans l’inauguration des rapports diplomatiques du nouveau gouvernement français, sans qu’il y ait eu d’ailleurs la moindre interruption dans les relations avec les puissances étrangères.

Ce n’était nullement une complication, pas même l’apparence d’une complication, c’était une affaire d’étiquette, une formalité de diplomatie. Faut-il chercher plus loin ? Les puissances qui ont soulevé cette question, sans y attacher aucune importance aujourd’hui, n’ont-elles pas eu quelque pensée inavouée ? Soit, disons le mot qu’on n’a pas dit : ces puissances ont tenu à garder leur liberté, elles ont voulu établir que leurs représentans n’étaient pas accrédités indifféremment, implicitement ; ne fût-ce que pour un instant, auprès de tous les pouvoirs qui pouvaient sortir de combinaisons parlementaires fort improbables sans doute, mais toujours possibles après tout. Elles se sont réservé ainsi le droit de se prononcer selon les circonstances et selon leurs intérêts. Nous avons cette chance que les sympathies dont certaines nations ne nous refuseraient pas le témoignage ne sont pas sans un mélange d’inquiétude et de crainte. On est prudent dans la confiance qu’on met en nous. Assurément ce n’est pas à la présidence du maréchal de Mac-Mahon que s’applique cette réserve dont les derniers actes des cabinets sont la vague et insaisissable expression, et même, chose singulière, par cette apparence de précaution qu’on prend à l’égard du gouvernement du 24 mai, on a l’air de lui donner une consécration diplomatique. On lui accorde cette sanction, qui n’est peut-être pas indispensable, mais qui est toujours utile, d’une reconnaissance personnelle, et sous ce rapport le ministère n’avait vraiment aucune raison de ne pas se prêter avec empressement à la combinaison qu’on lui présentait comme. une nécessité. Le maréchal de Mac-Mahon a fait ses notifications ; M. d’Arnim a reçu ses lettres de créance, qu’il a remises au président, et si M. de Gontaut-Biron n’a pas remis les siennes à l’empereur Guillaume, c’est que le souverain allemand paraît être assez souffrant pour interrompre ses audiences. Tout cela est fait ou entendu, nous sommes en règle, nous avons pour nous toutes les vertus de l’étiquette.

Qu’on ne s’y méprenne pas cependant : sans rencontrer de vrais obstacles, le nouveau gouvernement a sa situation à faire en Europe, il a son crédit à établir, et de même que M. le duc de Broglie disait, au sujet du gouvernement renversé le 24 mai, qu’on ne se contenterait plus de paroles, de déclarations, qu’il fallait désormais des actes, on attend aussi le nouveau pouvoir à ses actes ; on veut savoir ce qu’il est, ce qu’il veut réellement. Sans doute il parle au nom de la France, et malgré tant de malheurs c’est encore beaucoup ; mais hier un autre parlait au nom de la France, qu’il avait ramassée dans la poussière sanglante pour la remettre sur pied ; cet autre était M. Thiers, et l’Europe s’était accoutumée désormais à le considérer comme le représentant éminent, difficile à remplacer, de notre pays ; elle avait pris confiance dans sa modération, dans son expérience et sa dextérité. Elle l’avait vu à l’œuvre, poursuivant patiemment les négociations les plus délicates, et arrivant à obtenir la libération anticipée de notre territoire, sachant écarter les complications là où elles auraient pu surgir, ménageant à la France l’estime du monde et des sympathies réelles, contenant les impatiences des partis dans un pays malheureusement dévoré par l’esprit de parti. Tout cela, c’est quelque chose pour accréditer un homme aux yeux de l’Europe, qui ne voit que les résultats sans avoir à se préoccuper des misères de nos luttes. Ce qu’on voyait de loin en M. Thiers, c’était l’habile et ingénieux réparateur, le politique occupé à replacer la France dans une attitude d’indépendance raffermie et rassurante pour tous, sans être menaçante pour personne. Survient un gouvernement déplaçant les rapports des partis, arrivant au pouvoir avec un surnom de guerre à l’intérieur, avec des alliés compromettans, qui, si on les écoutait, conduiraient à des complications de toute sorte. Naturellement on attend que ce gouvernement nouveau produise ses titres, ses lettres de créance. Le ministère l’a bien senti, et ce qu’il a trouvé de mieux a été de déclarer aussitôt que rien ne serait modifié dans la politique extérieure du dernier gouvernement. Pour éviter les déplacemens diplomatiques qui auraient pu avoir des inconvéniens, il a prudemment adopté pour règle de conduite qu’on ne ferait aucun changement, sauf là où une démission laisse un poste à occuper. M. le duc de Broglie y a joint les déclarations les plus tranquillisantes dans ses premières conversations avec les ministres étrangers, des circulaires destinées à expliquer le caractère conservateur de la révolution du 24 mai.

Certainement ce n’est pas par des déclarations de politique conservatrice que M. le duc de Broglie inquiétera beaucoup l’Europe. La question est toujours de savoir quelle est cette politique conservatrice, sur quoi elle s’appuie, comment on a l’intention de la pratiquer, quelle forme elle doit prendre ou quelles conséquences on veut en tirer dans les relations extérieures de la France. C’est ici surtout qu’on s’exposerait à ne rien gagner, qu’on risquerait de tout perdre en se laissant aller à de fausses démarches, à des paroles peu mesurées, ou même en se fiant un peu trop à cette pensée ingénue que la « politique résolument conservatrice » peut être pour un gouvernement un titre particulier aux yeux de l’Europe d’aujourd’hui. Notre nouveau ministre des affaires étrangères a une occasion naturelle de montrer sa prévoyance et son habileté en parlant peu, en faisant le moins de circulaires qu’il pourra, en se renfermant dans la seule politique possible, que nous n’avons pas même un grand mérite à suivre, puisqu’il n’y en a pas d’autre, — la politique de réserve, d’abstention, de « recueillement, » comme on disait autrefois pour la Russie. M. le duc de Broglie doit en être persuadé plus que personne. Ce qu’on a fait avant lui, il le fera, il le continuera, sachant bien que dans les conditions où est la France, tant que notre territoire n’est pas libre et même après qu’il sera libre, la meilleure diplomatie est celle qui fait le moins parler d’elle. Il n’y a pas de ministère, si « résolument conservateur » qu’il soit, qui pût tenir une heure, s’il voulait faire accepter au pays une autre politique, même s’il laissait entrevoir la possibilité d’une déviation. C’est notre dernière fortune que dans la douloureuse situation où les événemens nous ont laissés nous puissions du moins en finir avec toutes les infatuations, avec les banalités diplomatiques et les engagemens périlleux. Qu’on se pénètre donc de cette situation, de ce que la France a désormais à faire pour retrouver dans un temps donné des alliances qui seront le prix d’une politique reconstituée sans bruit, jour par jour, et surtout qu’on ne laisse pas s’introduire l’esprit de parti dans nos affaires extérieures.

Chose assez bizarre, le 24 mai une révolution s’accomplit, il s’agit de tout transformer, d’arrêter la France sur la pente de l’abîme où elle va rouler, et le lendemain qu’arrive-t-il ? Dans la politique extérieure, on se hâte de donner l’assurance qu’on ne fera rien de plus que ce qui se faisait la veille. Dans la politique intérieure, on déclare aussitôt que les institutions légalement existantes restent intactes, qu’on n’a pas eu la moindre intention de toucher au régime sous lequel nous vivons, qu’on exercera le pouvoir tout simplement dans les conditions où l’exerçait le gouvernement précédent. Que reste-t-il donc comme raison d’être et comme programme définitif de cette révolution ? C’est bien clair, c’est une histoire qui n’est pas nouvelle, on fera les mêmes choses, mais on les fera autrement ; on gouvernera avec le même appareil d’institutions, mais on donnera une autre direction, on s’efforcera de faire prévaloir un autre esprit plus décidé, plus conservateur, dans la marche de l’administration. Soit ; on restera dans les proportions modestes de ce qui est possible et pratique, et on a grandement raison du reste de ne pas se lancer dans les aventures ; mais, on n’y prend pas garde, le danger est justement là dans cette disproportion entre ce qu’on a eu l’air de tenter et le résultat, entre l’apparence et la réalité. On a pris un élan qu’on est obligé d’arrêter d’une façon un peu brusque ou qui conduirait au-delà de ce qu’on veut, de ce qu’on peut faire. On a mis en mouvement des idées, des espérances auxquelles on ne peut donner une pleine satisfaction. On a été forcé de nouer des combinaisons et des alliances qu’il ne sera pas facile de maintenir. Voilà le danger, voilà ce qui complique tout, et le ministère n’en est point certainement à s’apercevoir qu’il a d’étranges difficultés à surmonter, qu’on ne gouverne pas au milieu des partis comme on prépare des campagnes d’opposition.

Au premier moment, sans doute il a trouvé tout assez facile, il a eu sa lune de miel de quelques jours ; on lui a donné le temps de s’établir au pouvoir et d’organiser la victoire qu’il venait de remporter. Le nouveau gouvernement d’ailleurs, cela n’est pas douteux, a eu la bonne fortune de trouver ce qu’on pourrait appeler un capital de crédit et de prestige dans le nom de l’illustre chef qui le personnifie et le préside. L’honneur du soldat, l’intégrité de l’homme, ont été tout de suite pour la France un gage de sécurité. Le maréchal de Mac-Mahon a l’avantage d’avoir été jusqu’ici étranger aux affaires politiques, d’avoir dans le pays comme dans l’armée cette popularité honnête qui n’est une menace ni pour les lois ni pour les libertés publiques, et d’être enfin par ses habitudes heureusement dispensé de se mêler aux conflits des partis. Son pouvoir reste une magistrature constitutionnelle au-dessus ou en dehors des fluctuations parlementaires. Ce qui regarde le maréchal, on ne le discute pas ; mais le ministère, le ministère, c’est là la question. Il a la chance, ce ministère, de se trouver dès maintenant aux prises avec de singulières complications, et, pour tout dire, au milieu des difficultés qui l’entourent, il est peut-être un peu novice, il ne montre pas toujours l’expérience qui évite les mauvais pas ou qui sait s’en tirer quand elle y est engagée.

Qu’on y songe bien, ce n’est pas tout d’avoir eu un succès parlementaire en conduisant au combat des troupes passablement bariolées, venant de tous les camps. La question est aujourd’hui de maintenir une certaine cohésion parmi ces troupes qui forment l’armée de la « politique réellement conservatrice. » On est arrivé au terrible lendemain de la bataille, au partage des fruits de la victoire. Le ministère aura fort à faire, s’il veut contenter tout le monde. On le sent bien déjà il est assailli de toutes parts, c’est à qui lui demandera une révocation, une nomination ou une réintégration ; chacun veut avoir son préfet, ses sous-préfets, son procureur-général, son juge de paix. On n’a pas été jusqu’ici trop immodéré dans les hécatombes, nous en convenons, on y a mis quelque mesure ; mais on n’est pas au bout, et si le cabinet se révolte contre les exigences de tous ces députés qui croient trouver en lui un instrument docile, alors les mécontentemens commenceront, ils ont déjà commencé. On trouve qu’il y a de la lenteur dans la politique résolument conservatrice du cabinet. Comment ? on n’a pas encore destitué tout ce qui vient du 4 septembre ! On n’a pas donné la chasse aux républicains qui se sont glissés dans les fonctions ! On n’a pas replacé tout le personnel impérial, ce personnel d’élite qui a le monopole de l’expérience, du savoir, du coup de main « résolument conservateur ! » Mais alors que fait-on ? Il est donc vrai, on ne veut que continuer M. Thiers ! Le ministère est fort embarrassé, plus embarrassé qu’il ne l’avoue ; il subit la fatalité de la position qu’il s’est faite. Il lui a été dit le jour même du 24 mai, avant sa naissance, qui est du lendemain, ce mot terrible : « vous êtes les protégés de l’empire ! » Eh bien ! c’est malheureusement ainsi, on est réduit à ne pas se brouiller avec ces 20 ou 25 voix bonapartistes de l’assemblée qui ont aidé à la victoire. Avec quelle hauteur ne disait-on pas. au gouvernement de M. Thiers qu’il ne se soutenait que par la protection des radicaux ! C’était bien peu juste, puisque dans toutes les questions essentielles M. Thiers n’hésitait pas à se montrer ce qu’il était, un gouvernement conservateur et modéré, sans s’arrêter à cette considération, qu’il allait avoir les radicaux contre lui ; il n’en tenait aucun compte, il bravait leur hostilité sans affectation comme sans faiblesse. Il ne se soutenait pas par les radicaux, il les avait accidentellement avec lui, le plus souvent contre ce qu’il proposait. Ici c’est pour vivre qu’il faut subir l’appui de ces quelques bonapartistes de l’assemblée, qui font autant de bruit que s’ils étaient une légion et qui semblent fort disposés à faire sentir le poids de leur protection. Il faut traiter avec eux, il faut leur passer le voyage à Paris du prince Napoléon, dont la présence ; il est vrai, est bien peu dangereuse, à considérer l’effet qu’il produit. Les bonapartistes n’ont pas encore tout ce qu’ils veulent, c’est bien clair, ils espèrent l’avoir, parce qu’on a besoin d’eux, parce que, s’ils se retirent dans un jour de mêlée parlementaire, la majorité se déplace subitement, et on rétrograde tout à coup jusqu’à la situation qui existait avant le 24 mai.

Franchement, ce doit être dur pour quelques-uns des hommes du gouvernement de se sentir à la merci de ce contingent de l’empire, d’autant plus qu’ils ne sont pas trop sûrs de l’appui de ces bonapartistes, qui naturellement commencent à voir en eux de médiocres conservateurs. Si le ministère en était réduit définitivement à subir cette condition humiliante, il se trouverait engagé dans une voie où il ne serait plus maître de ses résolutions et de ses destinées, où il ne ferait plus que travailler pour d’autres. S’il aspire, comme il doit en avoir l’ambition légitime, à faire le bien du pays, c’est le moment pour lui de se dégager de tous ces liens compromettans, de chercher sa force dans le concours de toutes ces opinions modérées qui n’admettent une politique réellement conservatrice et libérale qu’en dehors de tous ces partis extrêmes ou excentriques, bonapartistes, légitimistes pointus ou radicaux.

Le malheur est qu’au milieu de tout cela le ministère ne semble pas avoir des idées bien précises, et qu’à l’ennui d’avoir des bonapartistes pour protecteurs ou pour alliés, il joint cet autre inconvénient de paraître un gouvernement assez inexpérimenté et assez novice. Il n’a que quelques jours d’existence, et déjà il a eu ses gaucheries qu’il aurait payées cher, s’il n’y avait eu dans l’assemblée une majorité si résolue à le soutenir dans ses premières épreuves. Qu’il soit conservateur et même « résolument conservateur, » nous le voulons bien. Encore faut-il suivre une politique avec assez d’habileté ou de prudence pour éviter de se laisser prendre du premier coup dans des aventures au moins singulières. Non vraiment, le ministère n’a pas été heureux pour ses débuts auprès de l’assemblée. Il a manqué d’aplomb au feu après avoir manqué de vigilance dans le conseil. Voilà toute l’affaire. Si le ministère s’était borné à supprimer simplement le journal radical le Corsaire, on n’aurait pu rien lui dire, puisqu’il n’avait fait qu’user d’un droit inhérent à l’état de siège, qui existait avant lui. Il a voulu de plus donner à cette suppression une apparence de mesure régulière en la motivant par toute sorte de considérans laborieusement préparés ; et il s’est imposé la tâche toujours difficile d’avoir à répondre à des interpellations, moins sur la suppression elle-même que sur ces considérans ; rédigés en effet de façon à prêter à des commentaires embarrassans ; mais ce n’est rien encore : voici qu’en pleine discussion on produit tout à coup une circulaire confidentielle émanant du ministère de l’intérieur, et par laquelle on demande aux préfets toute espèce de détails sur les journaux de départemens, sur leurs rédacteurs, sur leur situation financière, sur « le prix qu’ils attacheraient au concours bienveillant de l’administration. » Cette circulaire était sûrement une insigne maladresse, pour ne rien dire de plus, et ce qui est plus naïf encore, c’est d’avoir pu supposer qu’elle ne serait pas connue. Elle a été connue, elle a été lue en pleine assemblée, et le ministre de l’intérieur, M. Beulé, en a été visiblement déconcerté. Pour le coup, les bonapartistes se sont réjouis de la divulgation, en trouvant seulement que les conservateurs d’aujourd’hui étaient des conscrits, M. Beulé était vraiment fort malheureux, d’autant plus qu’il ne connaissait pas lui-même la fameuse circulaire, ou du moins il ne l’avait connue qu’après qu’elle avait été expédiée, ce qui n’était pas trop une excuse pour un ministre de l’intérieur. N’importe, la majorité lui est venue en aide, elle a voté sans conviction l’ordre du jour, et tout a fini par la démission du sous-secrétaire d’état, M. Pascal, qui était l’auteur de la circulaire et qui a payé les frais de l’aventure.

On a évité un échec, mais il ne faudrait pas recommencer souvent ce jeu périlleux. On fera bien surtout d’écrire moins ; puisque les circulaires réussissent peu au ministère. Qu’on laisse donc de côté les vulgaires pratiques, qu’on s’accoutume à prendre pour ce qu’ils valent tous ces petits moyens, qui servent si peu et qui risquent de beaucoup compromettre ceux qui ne dédaignent pas d’y avoir recours. Le meilleur moyen que puisse employer le gouvernement nouveau pour prendre un équilibre qu’il n’a pas encore, pour se fortifier, c’est d’aborder, de concert avec l’assemblée, les grandes questions qui intéressent réellement le pays. Ce n’est pas le travail sérieux qui manque ; on n’a qu’à s’occuper de la loi sur les municipalités, qui paraît déjà prête, de la loi sur l’organisation de y armée, sur laquelle la commission de l’assemblée et le gouvernement se sont mis d’accord. Enfin, si l’on veut faire une œuvre réellement, essentiellement conservatrice, qu’on se mette à élaborer une loi électorale. Voilà bien des travaux de l’ordre le plus sérieux dont l’assemblée et le gouvernement peuvent s’occuper ensemble sans préjugés, sans préventions, sans esprit de parti, simplement avec la résolution de faire de ces œuvres politiques la base de la réorganisation de la France.

Un homme va manquer désormais à cette tâche de bien public, à l’assemblée, dont il était un des vice-présidens, à l’Académie française, à laquelle il appartenait depuis longtemps, et on nous permettra d’ajouter à nous-mêmes, dont il était le collaborateur : c’est M. Vitet. Il vient de s’éteindre après quelques jours de maladie, dans la plénitude de ses facultés. C’était une de ces natures éminentes qui réunissent tout, l’esprit politique le plus ferme, le goût littéraire le plus élevé et le plus fin, le sentiment des arts le plus épuré. M. Vitet avait une carrière déjà longue où il avait déployé tous ses dons généreux, tantôt dans les assemblées, tantôt dans des œuvres comme les états de Blois, comme Eustache Lesueur, comme la Monographie de l’église de Notre-Dame de Noyon. Avec l’intelligence la plus diverse et la plus brillante, M. Vitet portait au fond de l’âme un ardent patriotisme. Nous nous souvenons encore de ces émotions éloquentes qui l’agitaient pendant le siège de Paris et qu’il traduisait dans des lettres publiées ici même, faites pour devenir une des forces morales de la défense. Il supportait avec nous cette épreuve, bientôt il lui était donné de coopérer comme député à une paix qui l’attristait profondément. Il disparaît maintenant au milieu de cette œuvre de réparation qui s’impose à tous, et dont il eût été un des plus utiles, un des plus illustres ouvriers.

Il y a aujourd’hui un pays en Europe qui pour son malheur possède tous les fléaux de la politique, la désorganisation dans ses pouvoirs, l’indiscipline dans son armée, la guerre civile dans ses campagnes, la détresse dans ses finances : ce pays, c’est l’Espagne. Comment l’Espagne sortira-t-elle de l’aventure où elle est engagée, où ses forces s’épuisent depuis près de six mois ? Une seule chose est certaine, il n’y a de progrès que dans la décomposition, dans le désordre, et ni les élections qui ont eu lieu dans le mois dernier, ni les cortès constituantes qui viennent de se réunir, ne semblent faites pour ramener le calme dans les esprits, l’argent dans le trésor, la fixité dans les institutions, pour pacifier la Navarre et la Biscaye, occupées par les carlistes, ou le midi, agité par les socialistes. Puisque la république existait sans avoir été encore officiellement proclamée, puisqu’il y avait un gouvernement républicain, les élections ont été naturellement ce qu’elles sont toujours au-delà des Pyrénées, la victoire complète et exclusive du parti en apparence dominant. Des conservateurs, il n’y en a plus en Espagne, ils ont disparu, on en compte à peine quelques-uns dans l’assemblée nouvelle ; il n’y a plus que des républicains, — mieux encore, il n’y a que des républicains fédéraux. Qui l’aurait cru il y a quelques années ? qui pourrait même dire aujourd’hui, en modifiant légèrement un vieux dicton, que ce n’est pas la république en Espagne, quelque chose comme ce qu’on appelait autrefois un château en Espagne ? Les nouvelles certes constituantes se sont donc l’assemblées l’autre jour à Madrid, et à peine. ont-elles été réunies qu’on s’est empressé, à la première difficulté, d’appliquer aux maux du pays le remède unique et souverain, la proclamation officielle et définitive de la république fédérale. Qu’est-ce que la république fédérale ? comment l’entend-on et comment doit-elle être organisée ? On s’occupera de cela plus tard. Le remède, à la vérité, n’est point infaillible, à ce qu’il paraît, puisque la réunion de l’assemblée nouvelle a été le signal de la plus étrange crise de pouvoir, qui n’est pas encore finie. S’il y avait de fréquentes crises ministérielles sous la monarchie au-delà des Pyrénées, la république ne semble pas devoir déroger aux traditions de la royauté. La première de toutes les difficultés a été de former un pouvoir exécutif, un cabinet.

On avait d’abord songé à maintenir l’ancien gouvernement, celui qui succédait il y a cinq mois au roi Amédée, et qui a régné depuis sous la présidence de M. Figueras ; mais le gouvernement, après avoir remis ses pouvoirs aux cortès, s’est retiré, et M. Pi y Margall est resté chargé de composer un cabinet. M. Pi y Margall y a mis la meilleure volonté : il a choisi le dessus du panier dans la « nouvelle couche sociale » de l’Espagne, et malgré tout son ministère n’a pas eu même un jour d’existence. Alors on s’est retourné vers l’ancien gouvernement, vers le triumvirat Figueras-Castelar-Pi y Margall, à qui on a demandé de rester ou de rentrer au pouvoir. Les ministres démissionnaires ont consenti à reprendre leurs portefeuilles. Malheureusement la combinaison n’est pas allée bien loin ; elle s’est évanouie presque aussitôt, et de nouveau M. Pi y Margall est resté désigné comme président du conseil ; seulement cette fois l’assemblée a voulu faire la besogne en règle : elle a élu les ministres au scrutin. Pour le coup, M. Figueras, fatigué de tous ces changemens, s’est empressé de prendre un passeport et de quitter Madrid. M. Castelar, lui aussi, est parti de son côté. Ces deux républicains distingués en ont eu assez. M. Pi y Margall, jusqu’à nouvel ordre, demeure donc seul avec les collègues, parfaitement inconnus, qui lui ont été donnés, et qui, pour commencer, ont à choisir entre un emprunt forcé et une émission de papier-monnaie, s’ils veulent avoir des ressources pour vivre. Notez que dans ces cortès nées d’hier il y a déjà une droite et une gauche, une majorité et les intraitables, les irréconciliables qui s’appellent les intransigens en Espagne. De temps à autre, le populaire se met aussi de la partie. Ces jours derniers, pendant que se déroulait la crise de gouvernement et que les cortès tenaient des séances de nuit, les partisans des uns et des autres prenaient les armes, occupaient les points stratégiques de Madrid, et on a été tout près d’en venir aux mains. On aurait été bien embarrassé pour trouver les moyens de maintenir ou de rétablir l’ordre. Les soldats étaient en partie mêlés à la foule. N’importe, c’est la république fédérale : il n’y a plus rien après cela. La république fédérale, les dépêches officielles l’assurent, a été accueillie dans toute l’Espagne avec le plus grand enthousiasme. L’ordre le plus complet règne partout, — bien entendu, partout où ne règnent pas les carlistes, qui ont leur police à eux, leur manière de maintenir l’ordre, de lever des contributions, et qui font même des traités avec les compagnies de chemins de fer pour leur laisser la liberté de leurs parcours. L’ordre règne partout où on ne se bat pas, où l’on ne s’insurge pas, comme cela s’est vu récemment à Vicalvaro, aux portés de Madrid, à Grenade, où il y a eu lutte à main armée, avec morts et blessés, entre les soldats et le « peuple. »

Comment en serait-il autrement ? Tout se désorganise à vue d’œil, il n’y a plus ni lois respectées ni apparence d’autorité régulière, la confusion est universelle. Le chef du nouveau ministère vient de commencer par déclarer avec solennité aux cortès que le gouvernement est décidé à sauver « la république et l’ordre, » qu’il veut « faire de l’ordre. » Et avec quoi fera-t-il de l’ordre ? Est-ce en abolissant la conscription et en multipliant les volontaires, qui sont les plus, dangereux artisans de désordre, ou en prenant pour ministre de la guerre le premier venu, qui commence par promettre la réforme des ordonnances sur la discipline et la révision de tous les états de service ? Avec quoi même le gouvernement peut-il vivre, puisque le crédit de l’état est absolument perdu ? Ce qui est bien clair pour le moment, c’est que, si la république est à Madrid, les carlistes s’établissent de plus en plus ou se promènent dans tout le nord de l’Espagne, en Biscaye, en Navarre, en Catalogne, et l’on n’a aucun moyen de les réduire, ni même de les forcer à se battre quand ils ne le veulent pas.

Rien n’est plus étrange en vérité que cette guerre, et les expéditions des généraux du gouvernement commencent à devenir d’assez plaisantes choses ou d’assez tristes aventures. Depuis plus de deux mois, le général Nouvilas, qui avait été d’abord rappelé à Madrid pour être ministre de la guerre, est revenu dans le nord. Il combine des plans de campagne mystérieux, il distribue des colonnes, il se dispose à frapper un coup infaillible ; chaque jour, il est sur le point d’envelopper ou de dissoudre les bandes carlistes, il va prendre tous ces chefs de l’insurrection, Dorregaray, Elio, Lizarraga ou le curé Santa-Cruz, puis tout d’un coup on télégraphie mélancoliquement : « Le plan de Nouvilas a échoué ! » Et en effet il a échoué, ce plan, puisque les carlistes sont partout, excepté sur le chemin de Nouvilas ; ils vont jusqu’à la côte recevoir des armes, ils passent de Biscaye en Navarre, ils menacent Bilbao, Saint-Sébastien ou Irun, ils traitent avec le chemin de fer du nord pour laisser circuler les trains moyennant rançon, et aussi à la condition qu’on s’engage à ne pas transporter de troupes. Bien mieux, on ne sait pas le plus souvent où est le général Nouvilas ; on a récemment envoyé de Madrid un ministre pour se mettre sur ses traces, pour arriver à savoir ce qu’il devenait, ce qu’il projetait ; le secret de ce voyage de découverte n’a pas été divulgué. En Catalogne, le général Velarde, chargé de diriger la campagne contre les carlistes, n’est vraiment pas plus heureux. Ce qu’il a fait se réduit à rien, et, comme il était, il y a peu de jours, à Igualada, sa division s’est insurgée, a refusé de lui obéir ; il a été obligé de partir avec ses officiers, il est allé jusqu’à Valence, d’où il aurait envoyé sa démission, que le gouvernement aurait refusée. On parle même de donner au général Velarde des pouvoirs extraordinaires, et qu’en ferait-il de ces pouvoirs extraordinaires, s’il n’a qu’une division toujours prête à s’insurger ? Le fait est que la mutinerie est devenue l’état habituel des troupes du gouvernement, et que les carlistes procèdent en Catalogne comme en Navarre. Ils sont bien plus maîtres du pays que le gouvernement ; ils lèvent des contributions, ils font des décrets sur la circulation des journaux, ils vont jusqu’aux portes de Barcelone, ils bloquent des villes comme Manresa, où l’on ne peut plus entrer, d’où l’on ne peut plus sortir. L’infant don Alphonse, frère de don Carlos, chevauche paisiblement avec sa jeune femme dans les montagnes, faisant de la Catalogne sa vice-royauté ; de temps à autre, il fait son entrée dans quelque petite ville. La campagne est son domaine, mais la république fédérale est proclamée avec enthousiasme, à Barcelone comme à Madrid !

Ainsi vont les choses. L’Espagne n’a qu’une chance, c’est que les carlistes, assez forts pour le moment de toute la faiblesse, de la désorganisation de leurs adversaires, n’ont pas une puissance réelle par eux-mêmes, ils n’avancent guère après tout, quoiqu’ils soient arrivés à grossir leurs bandes et même à avoir du canon. S’ils avaient représenté une cause moins impopulaire, s’ils avaient été autrement conduits, ils auraient pu faire du chemin en Espagne. Comme tous les autres partis, ils manquent d’hommes ; ils ont sans doute quelques chefs hardis et non sans habileté, tels que le général Elio, Dorregaray ; ils n’ont pas une tête, et de plus ils sont, comme tous les autres, dévorés de divisions et de rivalités. Ils sont de force à tenir devant une armée désorganisée, ils ont peu de chance de dépasser l’Èbre, s’ils vont jusque-là Les deux adversaires peuvent se combattre longtemps encore sans se détruire. Le malheur est que plus cette situation se prolonge, plus toutes les forces régulières, modérées, vraiment libérales, se dissolvent et se dispersent, et par cela même chaque jour enlève à l’Espagne les élémens naturels d’un gouvernement fait pour la tirer de ce chaos, pour lui rendre la paix et la sécurité à l’abri d’institutions protectrices. {(d|ch. de mazade.|3}}