Chronique de la quinzaine - 31 mai 1873

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Chronique n° 987
31 mai 1873


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mai 1873.

La crise a donc éclaté, les événemens se sont accomplis avec une rapidité presque fiévreuse que rien n’a pu ralentir. On aurait pu attendre encore trois mois, au moins six semaines, et prolonger cette trêve observée tant bien que mal jusqu’ici devant l’étranger, qui heureusement n’est plus campé que pour peu de temps sur notre sol. L’excitation des partis et la tension des choses ont précipité le dénoûment. En un jour, en quelques heures, la face des affaires de la France a changé. Un vote a emporté le président de la république de deux ans, le ministère de la veille. Le samedi 24 mai, on s’est réveillé sous le pouvoir de M. Thiers, le soir même on a pu s’endormir sous le pouvoir du maréchal de Mac-Mahon, après trois séances consécutives de l’assemblée où la question a été tranchée à l’emporte-pièce. D’un seul coup, tout ce qui représentait le gouvernement s’est trouvé changé et renouvelé. Il n’y a que les difficultés qui n’ont pas disparu, qui recommencent peut-être sous d’autres formes, et au milieu de ces mobilités de la scène publique il y a toujours le personnage invariable, le pays, assistant de loin à des agitations dont souvent il n’a pas le secret, où se jouent les intérêts de sa sécurité et de son avenir, se demandant ce qu’on fait, ce qu’on veut faire de lui, ce qu’il peut espérer ou ce qu’il peut craindre. Nous restons avec le pays, n’oubliant rien de ce qui a été fait depuis deux ans pour réparer d’immenses désastres, d’immenses désordres publics, confîans dans la fortune de la France, qui a passé par de bien autres épreuves, et attendant de la meilleure foi du monde ce qui va sortir de cette crise nouvelle, de ce coup de théâtre parlementaire qui vient d’éclater si brusquement à Versailles.

L’imprévu a pu être dans le dénoûment, il n’était point à coup sûr dans la crise elle-même, qui évidemment se préparait depuis assez longtemps, qui s’est compliquée et aggravée à travers une multitude de péripéties où tous les élémens possibles ont eu un rôle, les incompatibilités et les froissemens personnels autant peut-être que les dissentimens politiques. C’était un fait clair comme le jour que depuis un an surtout il y avait une sorte de malentendu à peu près permanent, à peine dissimulé, entre une fraction considérable de l’assemblée qui se donnait pour la majorité conservatrice et M. Thiers. Les conservateurs de toutes les nuances de la droite ne pardonnaient pas au président de la république d’hier la résistance qu’il opposait quelquefois à leurs prétentions, l’appui qu’il recevait de la gauche, et même ce qu’ils appelaient ses faiblesses pour les radicaux. Seulement M. Thiers avait pour lui la supériorité de son esprit, son expérience consommée, son dévoûment aux intérêts publics, les immenses services qu’il rendait, la confiance manifeste du pays, et avec cette force il était certainement homme à se défendre, à déconcerter les oppositions plus ou moins déguisées, à maintenir en fin de compte la ligne de gouvernement modéré, impartial, qu’il entendait suivre entre toutes les opinions sans se laisser absorber par aucun parti. C’était justement son système de n’être point un gouvernement de parti, de rester au contraire un pouvoir médiateur empêchant les partis de se déchirer entre eux, de chercher à se dominer mutuellement. Tant que les difficultés qui étaient la triste suite de la guerre étrangère et de la guerre civile subsistaient encore, M. Thiers gardait sans effort son ascendant, ses adversaires se sentaient impuissans ; ils laissaient le président de la république poursuivre cette œuvre de réparation qui restait le lien entre toutes les fractions de l’assemblée et le gouvernement, ils refusaient sa démission lorsqu’il lui prenait la fantaisie de la donner. Cette démission, ils la refusaient, les uns par conviction ou par patriotisme, les autres parce qu’ils comprenaient la difficulté de remplacer M. Thiers. Qui ne se souvient de ces crises suivies de réconciliations périodiques ? Le malentendu n’avait encore rien d’irréparable pour une double raison : d’abord on sentait bien que l’ordre matériel était en sûreté, qu’en tout ce qui touchait à la paix publique, aux affaires d’administration, M. Thiers était plus conservateur que bien des conservateurs qui l’accusaient ; puis on ajournait ses griefs et ses espérances en se disant que dans tout cela la question essentielle, souveraine et délicate de la forme définitive de gouvernement n’était point engagée, que cette terrible question de la république ou de la monarchie restait sous la sauvegarde de ce qu’on était convenu d’appeler le pacte de Bordeaux.

C’eût été au mieux, si le pacte de Bordeaux avait été compris et respecté comme il aurait dû l’être. Malheureusement on passait son temps à le violer, à le dénaturer de toute façon, en faisant au gouvernement seul une loi de l’observer. On l’invoquait quand on y voyait son intérêt ; on le diffamait, on le livrait à toutes les railleries lorsqu’on craignait de ne plus pouvoir s’en servir, et on ne s’apercevait pas qu’on créait ainsi au pouvoir exécutif, au mandataire de l’assemblée, une situation impossible, en l’enfermant dans une trêve qu’on s’ingéniait incessamment à ruiner de toutes parts. On ne voyait pas qu’à jouer ce jeu de démolir légèrement, aveuglément, le provisoire sans pouvoir ou sans vouloir faire du définitif, on développait un état d’incertitude et de trouble qui était un encouragement pour les partis extrêmes, une faiblesse pour l’autorité publique, et qu’il viendrait nécessairement une heure où le gouvernement lui-même serait obligé de prendre un parti, comme le disait récemment M. Thiers. Ce moment est venu en effet. C’est alors que la situation s’est accentuée et compliquée ; c’est ce jour-là qu’a commencé réellement la crise qui vient d’aboutir aux derniers événemens de Versailles. Ce jour décisif a été celui où M. Thiers allait porter à l’assemblée revenant de ses vacances le message du 12 novembre 1872, ce message par lequel il représentait la nécessité, sinon de proclamer bruyamment, fastueusement la république, du moins de créer les institutions organiques propres à faire vivre une situation légalement décorée du nom de république.

Lorsque M. Thiers agissait ainsi dans le sentiment de sa responsabilité, dépassait-il son droit ? commettait-il une usurpation ? Les partis ont pu le dire ; c’était évidemment une exagération singulière. M. Thiers n’imposait rien, ne décidait rien : il montrait le danger d’un provisoire indéfini ; il dénonçait la question, selon l’expression qu’il employait l’autre jour, il la livrait à l’autorité souveraine de l’assemblée. Même en se prononçant en faveur de la république, puisqu’il considérait la république comme seule possible, se laissait-il aller à des théories vagues et périlleuses ? flattait-il les idées, les fanatismes des radicaux ? Nullement à coup sûr ; sa préoccupation était au contraire de rester dans la pratique des choses, d’éviter tout ce qui pourrait blesser des convictions sincères, de chercher uniquement les moyens d’organiser une république adaptée aux intérêts et aux habitudes de la France, entourée de garanties, d’institutions tutélaires. Si la droite eût écouté sa raison au lieu de céder à ses défiances ou à ses préjugés, elle ne se serait pas révoltée aussitôt, elle aurait compris que dans les propositions de M. Thiers il y avait tous les élémens d’un gouvernement conservateur. Elle ne distinguait malheureusement dans le message du 12 novembre que cette idée de fonder définitivement la république ; elle ne voyait dans la résolution de M. Thiers qu’une avance de plus faite à la gauche, une condescendance dangereuse, encourageante pour le radicalisme lui-même, et devant cette manifestation qui la froissait, qui l’étonnait, à laquelle elle n’avait pas été peut-être assez préparée, qui lui apparaissait sous la forme d’une sorte de molu proprio, elle se redressait comme si elle avait eu à relever un défi. Il en résultait cette situation où M. Thiers, soutenu par toutes les fractions de la gauche, uniquement pour avoir prononcé le mot de république définitive, se voyait séparé de la majorité conservatrice, qui ne lui avait pas manqué jusque-là dont il aurait eu besoin plus que jamais pour établir la république telle qu’il l’entendait. La lutte était engagée, elle aboutissait promptement à ce rapport d’une commission parlementaire qui traçait le programme de ce qu’on appelait le « gouvernement de combat, » et au vote du 29 novembre, où le gouvernement, tout en gardant encore une majorité, se voyait à la merci de quelques voix. Un pas de plus, la scission était complète entre toutes les nuances conservatrices et le président de la république ; d’un instant à l’autre, M. Thiers, pouvait se trouver conduit à se retirer ou à devenir ce qu’il ne voulait pas être, un gouvernement de parti, non plus avec la droite, mais avec la gauche. Au fond, dans les rangs des conservateurs aussi bien que dans les conseils du gouvernement, on sentait le danger d’une rupture. Si certains groupes de la droite se montraient déjà implacables, décidés à tout, le centre droit hésitait devant l’extrémité d’une lutte systématique, à outrance, contre un gouvernement popularisé par ses services ; il voulait bien frapper un cabinet, essayer de faire prévaloir une politique nouvelle en se servant du principe de la responsabilité ministérielle, il évitait de prendre une attitude d’hostilité irréconciliable vis-à-vis du président de la république. M. Thiers de son côté, après avoir donné à la gauche cette grande satisfaction de se prononcer pour la république, comprenait bien qu’il ne pouvait pas rompre entièrement avec les fractions les plus modérées de la droite. Le vote du 29 novembre avait prouvé qu’on avait besoin les uns des autres. Le résultat était une sorte de rapprochement négocié et scellé non sans peine, non sans effort, non sans bien des froissemens intimes, dans la commission des trente issue du vote qui avait partagé l’assemblée en deux camps. De part et d’autre, on se faisait des sacrifices. M. Thiers, dont l’intervention incessante, personnelle, dans les débats parlementaires, était un perpétuel sujet d’ombrage, M. Thiers consentait à se laisser lier par un cérémonial étrangement minutieux, assez puéril, qui choquait son bon sens, auquel il se résignait néanmoins pour un bien de paix. La commission de son côté acceptait à demi un programme de lois organiques proposé par le gouvernement. — La loi sortie de ces pénibles délibérations était certes une œuvre confuse, elle avait cependant un mérite : en laissant le gouvernement chargé de préparer et de présenter les lois acceptées en principe sur les attributions et la transmission des pouvoirs publics, sur l’organisation d’une seconde chambre et sur la réforme électorale, elle créait un terrain sur lequel on pouvait s’entendre, et par le fait, entre la majorité conservatrice et le gouvernement, les rapports semblaient s’être adoucis. Cette rupture avec les radicaux qu’on avait si souvent demandée, M. Dufaure l’accomplissait assez rudement dans la discussion engagée au sujet des pétitions qui demandaient la dissolution de l’assemblée. M. Dufaure traitait M. Gambetta sans ménagement. Conservateurs et gouvernement se retrouvaient d’accord dans le vote de la loi sur une organisation nouvelle de la municipalité lyonnaise. Il y avait sans doute encore bien des nuages, bien des dissonances intimes éclatant à l’improviste dans des incidens qui se succédaient. Le péril d’une crise immédiate semblait du moins écarté, d’autant plus qu’on se trouvait en présence d’une libération prochaine, anticipée, du territoire, obtenue par le traité du 15 mars dernier, et en définitive, lorsque l’assemblée, aux premiers jours d’avril, entrait en vacances pour quelques semaines, on se quittait assez pacifiquement en se donnant rendez-vous sur le terrain des lois qui ne pouvaient être après tout que l’organisation de la république. Il y avait beaucoup de chances pour qu’un accord pût s’établir.

La paix était au moins dans les apparences, et les apparences en se prolongeant finissent quelquefois par devenir la réalité. Comment donc la guerre est-elle sortie de nouveau et tout à coup de cette situation ? Comment ceux qui avaient quitté Versailles à demi tranquillisés sont-ils revenus avec la résolution d’engager sur-le-champ, sans perdre un instant, la lutte décisive ? Ah ! c’est ici que les choses se précipitent et que survient d’abord la grande victoire du radicalisme dans les élections partielles du 27 avril et du 11 mai. Les radicaux ont voulu profiter de l’occasion pour attester leur puissance numérique dans quelques-unes des principales villes de France, et ils ont cru fort habile de propager une équivoque dangereuse pour le gouvernement en prétendant qu’ils ne voulaient que donner de la force à M. Thiers contre les réactionnaires, contre les monarchistes, contre l’assemblée de Versailles, afin d’arriver plus vite à la dissolution et à la république définitive ! On a même imaginé cet euphémisme ingénieux, qu’on grossissait un peu la voix pour se faire mieux entendre à Versailles et à la présidence. On a fait nommer M. Barodet à Paris, M. Ranc à Lyon, M. Lockroy à Marseille. Le triomphe a été complet, — il a eu pour lendemain la dernière crise ! On l’avait assez dit aux radicaux, les républicains les plus éprouvés avaient eux-mêmes signalé l’écueil contre lequel on allait se jeter, ils avaient montré le danger des candidatures radicales. C’était bien facile à prévoir. Les élections du 27 avril et du 11 mai ont eu une double conséquence : elles ont porté d’abord un coup direct et décisif au gouvernement, atteint surtout à Paris par l’échec de l’homme éminent qui était alors ministre des affaires étrangères. C’était un affaiblissement évident pour M. Thiers, pour la république conservatrice, dont il avait à défendre la cause devant l’assemblée. Qu’on se représente un instant la différence de situation, si M. Thiers avait pu arriver à l’assemblée de Versailles avec l’élection de M. de Rémusat accomplie à Paris ! En même temps ces malheureux scrutins avaient un autre résultat qui n’était pas moins aisé à pressentir : ils imprimaient une commotion à tous les instincts conservateurs, ils alarmaient les intérêts, et nécessairement ils donnaient des raisons nouvelles, des prétextes si l’on veut, dans tous les cas des armes très sérieuses aux partis de l’assemblée, dont ils justifiaient les prévisions et les craintes, de sorte que ces élections malvenues avaient pour conséquence tout à la fois d’affaiblir le gouvernement et de fortifier ses adversaires.

C’était déjà bien assez des élections, M. Jules Simon aurait pu se dispenser d’ajouter aux embarras du moment en offrant le spectacle d’un ministre tenant ses pouvoirs d’une assemblée ou du chef du gouvernement délégué de l’assemblée, et parlant avec peu de mesure de cette assemblée dans une réunion de représentans des sociétés savantes où la politique n’avait que faire. M. Thiers lui-même, avec son tact supérieur, ne pouvait manquer de trouver le procédé assez léger. Il ne pouvait laisser croire qu’il approuvait un tel langage, surtout lorsqu’on lui faisait honneur, à lui personnellement et à lui seul, de la libération du territoire, en refusant à la chambre toute participation à ce grand acte. Il autorisait, il devait autoriser le ministre de l’intérieur, M. de Goulard, à désavouer son collègue de l’instruction publique devant la commission de permanence qui se réunissait à Versailles. M. de Goulard, à son tour, accentuait assez vivement, peut-être un peu au-delà de la pensée du président de la république, le désaveu dont il était autorisé à se faire l’organe devant la commission de permanence, et voilà une complication de plus. Elle serait toujours venue, à vrai dire, cette complication, puisque M. Jules Simon par ses affinités avec la gauche, M. de Goulard par ses affinités avec le centre droit, représentaient au sein du gouvernement un conflit d’opinions à peu près permanent, puisque cet antagonisme, qui venait de se révéler dans un incident imprévu, était l’expression même d’une situation plus générale. Seulement le ministre de l’instruction publique aggravait fort gratuitement une crise inévitable en compromettant M. Thiers, ne fût-ce qu’en apparence, ne fût-ce que pour un instant, dans une manifestation d’hostilité contre l’assemblée. Après le discours de M. Jules Simon et le désaveu infligé au ministre de l’instruction publique par M. de Goulard, surtout après les élections, il y avait un parti à prendre.

La question était de savoir ce qu’il y avait à faire, et le choix n’était ni aussi simple ni aussi facile qu’on pourrait le croire. Si M. Thiers, cédant à ce sentiment de conservation qui se réveille en présence des menaces d’un parti extrême, inclinait vers la droite, fortifiait dans le ministère les opinions représentées par M. de Goulard, il avait l’air d’obéir à un dépit de vaincu de scrutin et d’exercer des représailles contre le suffrage universel. Si, faisant un pas de plus dans le sens de la république, il se plaçait entièrement, exclusivement au centre gauche, il avait l’air de rendre à moitié les armes devant le vote de quelques grandes villes, et il s’exposait à rencontrer devant lui, dans l’assemblée, une majorité parlementaire irritée de se voir absolument évincée de la direction des affaires par l’exclusion de son dernier représentant, M. de Goulard. M. Thiers était entouré de toutes les obsessions, et ici, au moment de se décider, on nous permettra de le dire, l’ancien président de la république se méprenait peut-être : il se laissait peut-être un peu trop aller à cette idée, dont on le berçait, dont on l’assourdissait, qu’on n’avait pas voté contre lui, que les élections étaient dirigées uniquement contre le parlement de Versailles, qu’il suffirait de dégager la situation de ce qu’elle avait encore d’indécis ou d’obscur, d’affirmer complètement la république, pour tout simplifier. De là le caractère de la reconstitution ministérielle qui s’accomplissait à la veille de la rentrée de la chambre par l’accession de M. Casimir Perier, de M. Bérenger, qui venaient de se prononcer plus que jamais pour la république.

C’était une politique plausible assurément, d’autant plus qu’on ne pouvait mettre en doute l’esprit conservateur de M. Casimir Perier, de M. Bérenger, qui tout récemment avait prononcé le discours le plus vigoureux sur l’organisation municipale de Lyon ; mais cela répondait-il aux nécessités du moment ? M. Casimir Perier était-il même sûr d’être suivi par tous ses amis ? En mettant les choses au mieux, on marchait à un second vote du 29 novembre, c’est-à-dire à une majorité incertaine et précaire, composée du centre gauche, de la gauche, des radicaux eux-mêmes, tandis que le centre droit, toutes les fractions de la droite, retrouvant leur cohésion, se ralliaient, s’organisaient pour livrer un combat décisif. Sur ces divers groupes conservateurs, les élections avaient produit un effet surprenant. Tous ces députés, et il y en avait même qui avaient presque toujours voté pour le président, revenaient de leurs départemens dans un état d’animation extraordinaire. Ils le disaient tout haut, le ministère tel qu’il venait de se reconstituer ne leur suffisait pas. Les modérés eux-mêmes de la droite, sans se proposer le renversement de M. Thiers ni de la république, voulaient un changement de système, une politique « résolument conservatrice, » c’était le mot d’ordre. Ils se montraient surtout décidés à ne pas se diviser, et c’est ainsi qu’on se retrouvait le 19 mai à Versailles, au moment où se rouvrait la session parlementaire. Un souffle de combat circulait partout.

Dès la première heure en effet, il était clair que la question se posait dans les termes les plus serrés et les plus pressans, de façon à ne pouvoir être ni éludée ni ajournée. Sans perdre un instant, on déposait une demande d’interpellation sur les dernières modifications ministérielles, et c’est à peine si on laissait au gouvernement jusqu’au lendemain pour fixer le jour de la discussion. Le ministère présentait les projets de lois constitutionnelles, et on refusait même d’entendre la lecture de l’exposé des motifs, qui est pourtant une œuvre savante et habile. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que l’extrême gauche, ne voulant pas être en reste, se hâtait à son tour de proposer une motion réclamant la dissolution de l’assemblée et protestant contre la présentation des projets constitutionnels. Malheureusement ceux qui déposaient cette proposition oubliaient qu’un instant auparavant ils venaient de voter avec le gouvernement pour la lecture de ces mêmes projets auxquels ils prétendaient pourtant refuser le droit de se produire ; on ne parvient pas toujours à concilier le mandat impératif et la logique. La vérité est qu’il ne s’agissait ni de la dissolution demandée par la gauche, ni des projets constitutionnels, ni de l’exposé des motifs ; il s’agissait avant tout de savoir où était la majorité, quelle serait la direction du gouvernement et même quel serait le gouvernement. C’était la question résumée tout entière dans l’interpellation, et qui devait être tranchée par la discussion ouverte quatre jours après.

On ne peut le nier, cette campagne a été conduite avec habileté, trop d’habileté, avec un esprit de décision et de discipline qui ne se voit pas souvent dans les partis, surtout dans les coalitions. C’est M. le duc de Broglie qui a engagé la lutte, et on le sentait bien à la portée calculée des termes, à la dureté de l’attaque à peine voilée d’une modération apparente, il n’y avait plus de transaction possible. M. Dufaure a relevé le défi avec vigueur sans doute, peut-être aussi un peu en homme secrètement affligé d’un combat où s’entre-choquaient des forces qu’il aurait voulu voir unies pour le bien du pays ; mais ce n’était plus visiblement le sort du ministère, c’était le sort du gouvernement tout entier qui se jouait, et celui qui représentait le gouvernement, qui a revendiqué toute la responsabilité, c’était M. Thiers, qui a bien été obligé de recourir à la loi des trente pour se faire entendre. Il a été effectivement entendu le samedi, à neuf heures du matin.

M. Thiers a été sans effort et sans peine ce qu’il est toujours. Il a parlé de lui-même avec une simplicité fière, en homme qui veut bien comparaître devant le pays et devant l’histoire, qui « fait défaut devant les partis. » Il a exposé sa politique tout entière avec cette vivacité familière de raison et cette séduction d’éloquence qui lui ont fait gagner tant de victoires sur les champs de bataille parlementaires. Il a montré la bienfaisante utilité d’un gouvernement éclairé, modéré, impartial, au milieu des fatales divisions des partis et du pays lui-même, la nécessité de la république naissant de l’impossibilité de la monarchie, M. Thiers gardait-il toute sa confiance jusqu’au bout, ou bien avait-il déjà pris son parti ? Toujours est-il qu’il ne faisait aucune concession à ses adversaires pour essayer de ramener le succès ; il se relevait au contraire plus que jamais devant l’opposition dont il se voyait l’objet, et lui-même il donnait à la situation toute sa gravité, on pourrait dire sa solennité, en disant que le verdict proposé à l’assemblée s’adresserait à lui, qu’il le prendrait pour lui seul, qu’on savait d’avance le résultat de la décision qui allait être prise. Le discours de M. Thiers est le premier acte de cette journée, et c’est ici que les événemens se pressent. Rien qu’au choix de l’heure matinale, fixée la veille pour entendre le président de la république, on sentait bien que les partis avaient hâte d’en finir, qu’on ne voulait pas renvoyer jau lendemain une résolution d’où pouvait dépendre le repos du pays. Évidemment on voulait se donner le temps d’avoir une seconde séance en restant dans les termes de la loi des trente. A deux heures, on se retrouvait. Quel avait été dans l’intervalle l’effet du discours présidentiel ? Ce qui apparaissait d’abord comme un signe grave, c’est qu’on ne répondait pas même à M. Thiers.

C’était parfaitement clair, il y avait une idée arrêtée de ne pas laisser se prolonger et s’égarer la discussion, d’en venir tout de suite au vote après les explications échangées entre M. le duc de Broglie, seul organe de l’opposition conservatrice, et le gouvernement, représenté par M. Dufaure, puis par M. Thiers. Le programme s’accomplissait avec une rigueur méthodique. Vainement le ministre de l’intérieur, M. Casimir Perier, essayait-il de relever pour son compte les accusations ou les insinuations de M. le duc de Broglie, et d’attester le caractère conservateur du cabinet où il venait d’entrer, le discours de M. Casimir Perier était peu écouté et avait peu d’effet. On voulait aller au scrutin. Le débat se resserrait et s’agitait entre l’ordre du jour pur et simple, réclamé par le gouvernement, et un ordre du jour motivé dont le premier signataire était M. Ernoul, qui avait eu déjà un rôle comme orateur dans les discussions du mois de novembre dernier. Cet ordre du jour, programme d’une révolution légale, était on ne peut plus significatif. Mettant hors de doute la forme de gouvernement, constatant que l’assemblée restait « saisie des projets constitutionnels présentés en vertu d’une de ses décisions, » il exprimait la pensée qu’il importait, « pour rassurer le pays, de faire prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice, » et il manifestait le regret que « les récentes modifications ministérielles n’eussent pas donné aux intérêts conservateurs la satisfaction qu’ils avaient droit d’attendre. » La question se posait aussi nettement que possible. On commençait par l’ordre du jour pur et simple avant d’en venir à l’ordre du jour motivé, s’il y avait lieu. Au dernier moment cependant survenait une dernière péripétie qui laissait voir ce qu’il y avait d’incertitude et d’anxiété dans quelques esprits. Un certain nombre de députés, ils étaient quinze, M. Target en tête, appartenant au groupe de M. Casimir Perier, et sur lesquels le ministère croyait sans doute pouvoir compter, essayaient de s’interposer pour tempérer le choc ; ils se rattachaient à l’opposition par leur désir de voir adopter une « politique résolument conservatrice, » ils se rattachaient au gouvernement par leur adhésion à la république représentée par M. Thiers. Ils semblaient hésiter encore, peut-être aurait-on pu déplacer ces quinze voix ; on ne paraît pas avoir assez songé à cela, et tout s’est accompli. Dans le scrutin sur l’ordre du jour pur et simple, la majorité contre le gouvernement était de 14 voix ; dans le vote de l’ordre du jour motivé, cette majorité était de 16 voix. On touchait au dénoûment.

Qu’allait-on faire maintenant ? On était au samedi : quelques députés amis de la paix comptaient encore sur le répit de la journée du dimanche, qui permettrait d’adoucir la crise, de l’empêcher d’aller jusqu’au bout ; mais la majorité, qui venait de triompher, ne voulait pas laisser quarante-huit heures à l’incertitude et à l’agitation ; elle décidait aussitôt qu’il y aurait une troisième séance du soir où l’on attendrait les communications que le gouvernement pourrait avoir à faire. C’était énergiquement conduit, il faut l’avouer. Le soir, ce qu’on pouvait aisément prévoir arrivait : M. Thiers envoyait sa démission de président de la république après avoir accepté la démission du ministère. Une dernière tentative était faite. On proposait de refuser la démission de M. Thiers ; cette fois la majorité contre le gouvernement était de trente voix. Alors la gauche se retirait, et la majorité, poussant jusqu’au bout sa victoire, nommait par 390 voix sur 392 votans le maréchal de Mac-Mahon président de la république. Ainsi en moins de quinze heures la crise avait parcouru toutes ses phases, elle était arrivée au dernier degré d’intensité, et elle venait de se dénouer. Avant minuit, le gouvernement de la France avait changé.

Ce n’est point une révolution, non sans doute, puisque c’est l’acte légal d’une assemblée qui reste la dépositaire de la souveraineté nationale ; c’est dans tous les cas, on nous permettra de le dire, un de ces actes qu’une assemblée, fût-elle investie de la puissance souveraine, ne risque pas sans péril, et qu’elle est tenue de justifier après les avoir accomplis sans considération pour les services rendus. Il est bien certain qu’en tout cela on a déployé un acharnement, une violence singulière à l’égard de celui qu’on a été trop heureux de trouver il y a deux ans pour négocier une paix qui était une douleur patriotique pour tous, mais qui l’était encore plus assurément pour celui qui acceptait de la signer au nom de la France mutilée. La reconnaissance, nous le savons bien, n’est pas la vertu des assemblées ni des peuples ; l’ingratitude n’est une vertu pour personne, et elle est quelquefois d’un mauvais exemple. Au point où en étaient venues les choses, M. Thiers ne pouvait éviter de donner sa démission, il aurait été obligé de soutenir des luttes constantes ou d’incliner sa pensée devant une politique qu’il n’approuvait pas. Que les partis qui se croient bien victorieux poursuivent de leurs iniquités le président d’hier, ils font leur bruyant et banal métier ; Ce que la France n’oublie pas, ce que le gouvernement nouveau lui-même ne peut ni ne doit oublier, c’est que l’homme qui vient d’abdiquer la première magistrature de l’état sans faire un effort pour la retenir est depuis deux ans a la lutte, à la peine et au travail pour arracher la nation française à une des plus effroyables crises où un pays ait jamais été plongé. Qu’on se rappelle un instant où en était la France au moment où M. Thiers, élu par vingt-six départemens, acceptait la rude et accablante charge du gouvernement le 17 février 1871. L’ennemi répandu sur la moitié du territoire et maître de marcher sur Lyon ou sur Bordeaux, nos armées désorganisées ou découragées, l’état réduit à vivre de quelques prêts de la Banque, les villes du midi envahies par une démagogie turbulente et dissolvante, Paris tombant des agitations du siège dans une insurrection déjà menaçante contre laquelle on était sans forces, voilà où nous en étions. Qu’on regarde la France aujourd’hui. Sans doute elle se ressent de ses cruelles épreuves ; mais elle a retrouvé la paix. L’étranger est près de quitter le territoire. Notre armée se relève par degrés. Des emprunts gigantesques ont pu s’accomplir et attester la renaissance du crédit national. L’ordre est rentré dans les villes et dans les campagnes. Croit-on que cela s’est fait tout seul ? L’assemblée y a contribué sans doute ; mais pense-t-on que l’assemblée eût aussi bien réussi dans une telle œuvre, si elle n’avait eu auprès d’elle et à sa tête un homme de cette prodigieuse activité, de cette expérience, inexorable pour le désordre, doux et facile dans le gouvernement de tous les jours, comprenant qu’on ne ramène pas un blessé à la santé par des coups de force et de violence ? La justification de M. Thiers, c’est ce qui arrive en ce moment même, c’est cette transmission d’autorité qui s’accomplit non sans exciter d’émotion, mais en pleine paix publique, — c’est ce pouvoir passant simplement, régulièrement des mains de M. Thiers lui-même aux mains du maréchal de Mac-Mahon, et, par une étrange coïncidence de plus, tout cela s’est fait le 24 mai, l’anniversaire du jour où l’armée reconstituée par l’ancien président de la république, replacée par lui sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon, rentrait, il y a deux ans, dans Paris, victorieuse de la commune !

M. Thiers a pu se retirer le cœur tranquille, et, puisqu’il quittait la présidence, nul certes n’était mieux fait pour être élevé à un pareil poste que le maréchal de Mac-Mahon, que le soldat vaillant et modeste devenu illustre sans jamais avoir cherché l’éclat, et qui a si souvent dans sa longue carrière accompli des actions héroïques comme les choses les plus simples. C’est un des caractères du nouveau président de se voir appelé à un rôle politique sans y avoir aspiré ou sans avoir jamais rien fait pour acquérir cette popularité qui donne quelquefois le pouvoir. La confiance de l’assemblée est allée le trouver au poste où l’avait placé M. Thiers. Que s’est-il passé entre le nouveau et l’ancien président ? Nous croyons peu aux scènes qu’on a racontées. M. Thiers s’est abstenu vraisemblablement de donner un conseil quelconque. Pour sûr, le maréchal a été ce qu’il devait être avec celui qui était allé le chercher, à peine relevé de ses blessures, pour lui offrir une occasion nouvelle de servir la France. L’autorité du maréchal de Mac-Mahon est dans l’honneur de sa vie, dans la loyauté de son caractère et de sa parole, dans l’indépendance qu’il a toujours pratiquée sans bruit et sans faste. Les bonapartistes, qui croient voir un succès personnel dans son avènement, oublient un temps qui doit être connu d’eux, où l’on ne parlait pas beaucoup, où ce qui se disait dans les conseils transpirait encore moins, et où seul dans le sénat le général de Mac-Mahon parlait et votait contre la loi de sûreté générale au mois de février 1858. « Je me rappelle, disait-il, l’adage de nos pères : fais ce que dois, advienne que pourra. Sur ma conscience, je crois cette loi inconstitutionnelle, susceptible de conséquences fâcheuses… En honnête homme qui a juré obéissance à la constitution, en homme indépendant, en qualité de législateur, je me crois obligé de voter contre… » Il admettait des lois sévères s’il le fallait, point d’arbitraire. L’homme qu’un de ses compagnons d’armes cherchait à retenir au moment de ce discours en lui disant qu’il allait laisser son bâton de maréchal sur la tribune, et qui pouvait parler ainsi dans le sénat de 1858, cet homme ne peut faire courir à son pays les aventures du césarisme et de l’arbitraire. Celui qui invoquait les principes de 1789, les lois contre l’empire, ne peut les oublier ni au profit de l’empire ni au profit d’un autre régime qui les méconnaîtrait. Par l’inspiration du bon sens autant que par loyauté et par patriotisme, il est le premier serviteur de la loi et de la France, Voilà pourquoi le nom du maréchal devenu chef du pouvoir exécutif a été reçu avec sympathie. D’ailleurs le président du 24 mai aurait déjà montré que, sans avoir été mêlé à la politique jusqu’ici, il a un guide éclairé dans son jugement ; il aurait eu, dit-on, son opinion sur la distribution des portefeuilles dans le cabinet qu’il a formé, et il aurait tenu à éviter de placer au ministère de l’intérieur des hommes dont le nom pourrait donner au gouvernement nouveau la signification d’un gouvernement de réaction ou de combat. C’est ainsi que M. Beulé se serait trouvé ministre de l’intérieur, parce que quelques-uns de ses collègues n’auraient pu l’être sans donner une couleur trop marquée à la politique du cabinet.

Tout indique donc que, s’il y a eu une révolution, cette révolution garde un sens déterminé et trouve ses limites pour ainsi dire dans les conditions faites à la France depuis deux ans. L’ordre du jour motivé, qui est devenu le programme des récentes transformations, portait que la forme de gouvernement était hors de discussion, et que l’assemblée restait saisie des projets constitutionnels qui lui ont été présentés. Une des premières paroles du maréchal de Mac-Mahon a été pour déclarer que rien n’était changé dans les institutions. Avant même que le nouveau chef du pouvoir exécutif eût été nommé, le président de l’assemblée, M. Buffet, posait la question de la manière la plus précise. « Je dois faire remarquer, disait-il, qu’il ne s’agit d’adopter aucune modification dans les lois et dans les institutions existantes. Le président de la république qui sera élu en remplacement de M. Thiers se trouvera exactement dans les conditions légales et constitutionnelles où se trouvait M. Thiers lui-même. » C’est sur ce terrain qu’on s’est placé. Rien n’est changé dans le régime public de la France : on veut être seulement un gouvernement plus conservateur avec le maréchal de Mac-Mahon pour président de la république, avec un cabinet parlementaire où sont entrés M. le duc de Broglie comme ministre des affaires étrangères, M. Magne comme ministre des finances, M. Beulé comme ministre de l’intérieur, M. Batbie comme ministre de l’instruction publique, M. Ernoul comme garde des sceaux. C’est une expérience nouvelle qui va se faire, l’expérience de la politique « résolument conservatrice » qu’on demandait à M. Thiers d’adopter et de suivre. Le tout est de savoir ce qu’on entend par la politique conservatrice et comment on prétend la pratiquer soi-même ; nous allons voir les suites de cette aventure nouvelle.

Le ministère nouveau a sans doute envie de vivre et de durer. Il ne se dissimule pas probablement qu’il a bien des difficultés à vaincre. Il trouvera des difficultés dans ses propres engagemens, dans la situation du pays et de l’assemblée, dans les divergences mêmes de toutes ces fractions de la droite par lesquelles il est arrivé au pouvoir, — dans les ambitions, les ressentimens et les intérêts qui lui demanderont satisfaction. Si on en est déjà à transporter un préfet d’un département dans un autre département par cette raison qu’il est protestant et qu’il ne convient pas à un député légitimiste, on peut aller loin. Le ministère peut y réfléchir : il verra que ce qu’il a de mieux à faire, c’est de suivre une politique de mesure et de prudence faite pour rallier toutes les opinions modérées, sans tenir compte des alliés excentriques qui ne pourraient que le compromettre. Il y a surtout un point où le cabinet nouveau va nécessairement avoir à prendre une attitude, c’est ce qui touche aux relations de la France avec l’Italie au sujet de Rome. Le gouvernement nouveau, nous le supposons bien, n’a nulle envie de reprendre des questions qui n’existent plus, qui, si elles se relevaient, provoqueraient immédiatement des complications devant lesquelles aucun ministère ne pourrait tenir, parce que le pays ne le suivrait pas ; mais il ne suffit point d’éviter des conflits directs et violens, il faut se conduire de façon à ne pas réveiller des défiances entre des nations faites pour rester des alliées. Il n’y a aucune raison sérieuse de donner des inquiétudes par un changement de notre ministre à Rome qui pourrait être mal interprété dans un moment où les Italiens se préoccupent nécessairement de ce qui se passe à Versailles. Le gouvernement de M. Thiers avait réussi à rétablir les relations de notre pays et de l’Italie dans les meilleures conditions d’apaisement et de sympathie. Il n’y a point évidemment d’autre ligne à suivre, et M. le duc de Broglie ne doute pas lui-même certainement que le meilleur service qu’il puisse recevoir de ses dangereux amis de l’extrême droite, c’est le silence. La France, éprouvée comme elle l’a été, atteinte de tous les malheurs, a aujourd’hui assez à faire de s’occuper de ses propres intérêts, de travailler à se relever dans sa vie intérieure, en restant l’alliée de tout le monde, en évitant par-dessus tout les aventures sans issue.

ch. de mazade.