Comptes rendus de l’Académie des sciences/Tome 1, 1835/30 novembre

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SÉANCE DU LUNDI 30 NOVEMBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN.



CORRESPONDANCE.

M. le Garde-des-sceaux, Ministre de la justice, transmet deux Mémoires, travail fait en commun par MM. Chevallier et Boys-de-Loury, sur les moyens à mettre en usage pour rendre moins fréquens les crimes d’empoisonnement. Une commission, composée de MM. Dumas, Double et Robiquet, est chargée d’examiner ce travail et d’en rendre compte à l’Académie. (Voyez ci-après à l’article des Mémoires présentés.)

M. Constant Prevost, à qui l’Académie confia, en 1831, la mission scientifique de l’exploration de l’île Julia, présente aujourd’hui de nouvelles pièces relatives aux résultats de cette mission : savoir, le catalogue des collections géologiques de l’île Julia, de Malte, de Sicile et des environs de Naples ; des vues et un plan original de l’île Julia ; des cartes géologiques de la Sicile, de Malte, etc. Au reste, s’il n’a point été fait encore de rapport sur les précédentes communications de l’auteur, c’est qu’il a désiré lui-même que l’époque de ce rapport fût retardée, afin d’avoir le temps d’ajouter ces nouveaux documens et ces nouvelles preuves à l’appui de son premier travail.

M. Nicod désirerait que MM. les professeurs de clinique qui font partie de l’Académie, pussent lui fournir des occasions de soumettre au procédé qui lui est propre le traitement des fistules urinaires opiniâtres.

M. Beau adresse quelques propositions relatives au mécanisme des mouvemens du cœur ; propositions qui seront développées dans un mémoire que l’auteur annonce.

Météorologie. — Extrait d’une lettre de M. Millet Daubenton à M. Arago, sur un météore lumineux.

M. Millet écrit que le vendredi 13 novembre 1835, vers neuf heures du soir, par un ciel serein, on aperçut dans l’arrondissement de Belley (département de l’Ain), un brillant météore. Sa course semblait dirigée du sud-ouest au nord-est. À son apparition, il avait déjà la forme d’un globe incandescent. Au-dessus du village de Belmont, il grandit et laissa derrière lui une traînée lumineuse qui semblait avoir 3 à 4 mètres d’étendue. Il y eut alors une détonation assez forte, semblable à celle du tonnerre. Le globe éclata près du château de Lauzières. « Il se dispersa, dit M. Millet, en une infinité de globules et de rayons lumineux de couleurs variées et d’un éclat éblouissant. Le tout paraissait occuper une longueur de 60 à 80 mètres sur une largeur de 40 à 50.

» M. Collon, agriculteur, allait se coucher lorsqu’il entendit la détonation. Il sortit aussitôt et vit la couverture en bois et chaume de sa grange en feu. Les remises, les écuries, les récoltes, les bestiaux, tout fut brûlé en quelques minutes.

» Aucun des observateurs de ce météore igné ne suivit de l’œil l’immense pluie de feu qu’il forma après avoir éclaté, jusque sur le toit même du fermier Collon ; ainsi l’on pourrait nier que cette pluie ait été la véritable cause de l’incendie.

» À un semblable doute, M. Millet répondrait que M. Collon et sa famille n’ont point d’ennemis connus dans le pays ; qu’un incendiaire n’aurait certainement pas choisi une nuit aussi belle, aussi claire que celle du 13 novembre pour commettre un crime ; que le feu prit simultanément sur toute la surface du toit ; enfin, que peu de minutes avant la détonation, plusieurs individus, et M. Collon lui-même, étaient sortis et n’avaient rien aperçu.

» Depuis l’événement, M. Millet a cherché près de la maison, et dans les champs environnans, s’il ne trouverait pas quelque pierre d’une nature inconnue.

» Il en a déjà recueilli deux, de la grosseur d’un petit œuf, qui lui semblent avoir ce caractère ; elles sont irrégulières, anguleuses ; leur pâte est grisâtre, bleuâtre, à teintes blanchâtres variées ; on y distingue des pyrites ; à l’air humide, elles se couvrent d’une sorte de rouille ; enfin elles paraissent avoir subi un commencement de fusion, car l’extérieur est formé d’une couche mince noirâtre. »

Le phénomène décrit par M. Millet est surtout intéressant à cause de la date de son apparition. On aura remarqué, en effet, que cette date est précisément ce 13 novembre, sur lequel, dans notre précédent Compte Rendu (Voyez p. 394 et 395) nous avions appelé l’attention des observateurs.

L’Académie autorise M. Arago à remercier, en son nom, M. Millet de sa communication importante, et à le prier d’envoyer à Paris une des pierres qu’il a recueillies afin qu’on puisse la soumettre à l’analyse chimique.

Physique du globe.Action des aurores boréales.

M. Arago annonce que les instrumens magnétiques de la Bonite, ont été soigneusement comparés à ceux de l’Observatoire. Pendant qu’on se livrait à ces vérifications le 17 et le 18 novembre dernier, les aiguilles des variations diurnes, tant celle de l’Observatoire établie dans la grande salle méridienne, que l’aiguille de l’expédition placée à l’extrémité sud du jardin, éprouvèrent des mouvemens brusques, irréguliers, très considérables. Quoique le ciel fût couvert, M. Arago n’hésita pas, dès la matinée du 17, à conclure de ces affolemens qu’une aurore boréale se montrerait. Le 18, les oscillations inusitées étaient devenues si fortes, qu’on se crut autorisé, malgré un ciel entièrement couvert, à chercher dans le nord des traces d’aurore. Des lueurs vives, changeantes, y furent aperçues en effet : elles perçaient un rideau de nuages épais et continu.

Depuis que ces remarques diverses ont été consignées dans les registres de l’Observatoire, les journaux anglais ont annoncé que des aurores boréales se sont montrées à Londres durant la nuit du 17 au 18 novembre, et pendant la nuit suivante. Elles étaient si brillantes, que, dans plusieurs quartiers, les pompiers les prirent pour des indices d’incendie. Ainsi, voilà un nouvel exemple ajouté à tant d’autres, d’un dérangement de l’aiguille aimantée évidemment engendré par ces lumières mystérieuses dont le foyer paraît être le pôle magnétique. « Au surplus, ajoute M. Arago en terminant sa communication, j’ai cité les perturbations du 17 et du 18 novembre, seulement parce qu’elles se sont présentées pendant des vérifications d’instrumens dont l’Académie m’avait chargé, car je prétends avoir établi démonstrativement depuis plusieurs années, à l’aide d’un grand nombre d’observations, que les aurores boréales agissent sur les aiguilles aimantées de Paris, alors même qu’elles n’atteignent pas l’horizon de cette ville. »

Suite aux instructions relatives au voyage de la Bonite.

« J’ai l’honneur, dit M. Biot, de prévenir l’Académie que l’appareil destiné à la Bonite, pour puiser de l’eau à de grandes profondeurs, avec l’air qu’elle peut contenir, est déposé dans les cabinets. Cet appareil est fondé sur le principe du renversement, comme celui que j’ai employé en 1808 dans la Méditerranée. Mais j’y ai ajouté un appendice extensible, au moyen duquel l’air contenu dans l’eau que l’on ramène pourrait être aussi condensé que dans l’eau de Seltz, sans qu’il en résultât plus de difficulté pour le recueillir. L’instrument a été construit avec beaucoup d’intelligence par M. Pixii ; mais je n’aurais jamais espéré qu’il eût pu être exécuté dans le court délai qui nous était donné, si notre confrère M. Savart, auquel la pratique des arts n’est pas moins familière que l’esprit des sciences, n’eût bien voulu dérober quelques momens à ses belles recherches pour guider l’artiste dans son travail ; et je regarde comme un devoir de lui en faire mes remercîmens publics. »

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Chimie médicale.Essai sur les moyens à mettre en usage dans le but de rendre moins fréquent le crime d’empoisonnement ; par MM. Chevallier et Boys-de-Loury.
(Commissaires, MM. Dumas, Double, Robiquet.)

Les auteurs se sont proposé pour but d’établir :

« 1o. Que l’on pourrait rendre moins fréquens les empoisonnemens si l’on exigeait que les poisons, dans un grand nombre de cas, et lorsque cela ne nuirait pas à leur emploi, fussent colorés ou rendus sapides ;

» 2o. Qu’il serait bon que l’arsenic blanc, destiné au chaulage, fût mêlé de poudre d’aloës, dans la proportion de 10 parties d’aloës sur 90 d’acide arsénieux ;

» 3o. Qu’il en serait de même pour l’acide arsénieux destiné à être appliqué à l’extérieur par les vétérinaires, et par quelques individus qui emploient cet acide au traitement de la gale ;

» 4o. Qu’il serait nécessaire que l’acide arsénieux, destiné à l’empoisonnement des rats, des souris, fût mêlé au bleu de Prusse, ou à l’indigo soluble, dans la proportion de 90 parties d’acide arsénieux pour 10 de matière colorante ;

» 5o. Que l’arsenic métallique pulvérisé, livré au commerce pour la destruction des mouches, fut mêlé d’un dixième de son poids de bleu soluble ;

» 6o. Que, dans divers cas, le goût communiqué par les substances vénéneuses aux alimens empoisonnés avait suffi pour avertir les victimes, et les sauver du danger auquel elles étaient exposées ;

» 7o. Que, dans d’autres circonstances, la couleur du poison avait été un avertissement salutaire. »

Astronomie nautique.Double sextant, par M. Rowland.
(Commissaires, MM. Arago, Beautemps-Beaupré, Poinsot, Mathieu et de Freycinet.)

Cet instrument se compose de deux sextans superposés, à l’aide desquels on peut mesurer des angles de toutes grandeurs.

Statistique.Note annexe au mémoire sur la durée de la vie de l’homme en France, depuis le commencement du XIXe siècle, par M. Bienaymé.
(Commissaires, MM. Lacroix, Arago, Poisson et Libri.)

Cette première Note, car l’auteur en annonce une seconde, a surtout pour but d’établir l’authenticité des documens sur lesquels il a fondé son Mémoire.

Analyse mathématique.Mémoire sur le développement des fonctions ou parties de fonction en séries, dont les divers termes sont assujettis à satisfaire à une même équation différentielle du second ordre, contenant un paramètre variable ; par M. Liouville.
(Commissaires, MM. Lacroix, Poisson, Libri.)

« Les séries de cette espèce se présentent souvent, dit l’auteur, en physique mathématique, et l’on est conduit à s’en occuper, dans la théorie de la chaleur, lorsqu’on cherche les lois du mouvement du calorique dans une barre hétérogène. M. Liouville s’est proposé de les considérer en elles-mêmes, abstraction faite des problèmes où elles se présentent, et d’en trouver les valeurs par un procédé direct et rigoureux. La question dont il s’agit avait été déjà signalée comme utile et comme difficile par plusieurs géomètres, et en particulier par M. Poisson. L’auteur croit être parvenu à la résoudre d’une manière très simple, en faisant usage de quelques beaux théorèmes, que M. Sturm a découverts et qui expriment diverses propriétés des termes successifs de la série dont on cherche la somme. »

Astronomie.Observations sur la comète de Halley (en allemand) ; par M. Schwabe.

Ce mémoire est accompagné de dessins qui représentent les changemens physiques de cette comète, du 7 au 30 octobre.

Chirurgie.Conclusions sur certains points anatomiques, relatifs à la hernie inguinale, et Mémoire sur une nouvelle méthode de débrider les anneaux herniaires ; par M. Thomson.
(Commissaires, MM. Double, Roux, Breschet.)

Ce mémoire est accompagné d’un instrument (nouveau bistouri herniaire), construit de façon, dit l’auteur, à pouvoir dispenser de l’emploi d’une sonde cannelée, à laisser par conséquent la main gauche de l’opérateur libre, et à empêcher l’intestin d’être blessé pendant l’opération.

Botanique.Exposé d’une série d’expériences faites sur la carie (uredo caries), pendant le courant des années 1834 et 1835 ; par M. Philippar.
(Commissaires, MM. de Mirbel, Turpin, Ad. Brongniart.)

La présence du champignon, vulgairement appelé carie (uredo caries) sur les céréales, provient, comme on sait, de séminules, ou semences très ténues, très fines. Mais quel est le mode de fixation de ces séminules sur le grain ?

Selon l’auteur, les germes, ou séminules de l’uredo caries ne sont ni répandus dans la terre pour y être absorbés par les racines et transportés dans la plante par la sève, comme l’a pensé M. Decandolle, ni disséminés dans l’air pour y être absorbés par les pores corticaux des feuilles, comme l’a cru M. Banks ; ils sont fixés sur le péricarpe, particulièrement dans le sillon longitudinal du grain, et sur tous les points enfoncés de sa surface, d’où ils pénètrent dans l’intérieur de la plante lors de sa germination, et se fixent sur les points les plus favorables à leur développement.

Selon l’auteur encore, le grain carié, lors de sa maturité, laisse échapper ses séminules sur les grains qui l’environnent dans le même épi, et même sur les épis voisins ; par le battage, le criblage, le tassement des grains dans les meules ou les granges, les séminules sont transportées sur les grains sains ; la communication des germes peut avoir lieu même par le simple contact des grains sains avec les grains viciés, dans les greniers, etc.

Selon l’auteur, enfin, l’utilité du chaulage consiste précisément à détruire les germes fixés sur les grains, et ce chaulage a d’autant plus d’effet que les grains ont été plus frottés les uns contre les autres, et avec la substance préservatrice, c’est-à-dire que les germes ont été plus complètement détruits.

Salubrité et propreté publiques.Sur les causes des boues qui abondent dans les rues et sur les places de la capitale ; par M. Lenoir.
(Commissaires, MM. Dulong, Navier, Dumas.)

« Les eaux pluviales qui tombent, dit l’auteur, sur les chemins et les routes quelconques, traversent leur surface, atteignent le sol, le détrempent, et la pression des chevaux et des voitures, l’ascension capillaire même, font remonter ces eaux chargées des terres qu’elles ont délayées. Cela se fait lorsque tous les espaces sont remplis, et que la contiguïté des parties est parfaite.

» Il en résulte que ce sol délayé est rapporté en boue à la surface ; qu’il s’affaisse, et que les chemins et les routes se défoncent promptement. C’est leur base qui est rapportée en-dessus et dissipée en poussière.

Pour empêcher et la boue à la surface, et l’affaissement des chemins et des routes, l’auteur propose de mettre entre la croûte supérieure et le sol inférieur, une cloison imperméable, une sorte de corroi qui retiendrait les eaux en-dessus, et le sol en-dessous. »

LECTURES.
Physiologie.Note additionnelle aux observations nouvelles sur l’endosmose ; par M. Dutrochet.

« J’ai dit, dans le mémoire que j’ai communiqué dernièrement à l’Académie, que l’endosmose ne dépend point du degré respectif de la viscosité des deux liquides que sépare la cloison perméable de l’endosmomètre. J’en ai donné pour preuve, qu’à poids égal de substance dissoute, l’eau gommée est plus visqueuse que l’eau sucrée, et que cependant le courant d’endosmose est dirigé de l’eau gommée vers l’eau sucrée, c’est-à-dire que c’est le liquide le plus visqueux qui traverse la membrane animale de l’endosmomètre avec le plus de facilité. Un de mes honorables collègues m’a fait observer que mon assertion sur le degré respectif de la viscosité de l’eau gommée et de l’eau sucrée, aurait dû être appuyée sur des mesures exactes, et non sur le simple aspect de ces deux liquides, cette dernière manière de juger de la viscosité pouvant être trompeuse. Je me suis empressé de me rendre à cette observation. J’ai mesuré le degré comparatif de la viscosité de l’eau gommée et de l’eau sucrée, en observant le temps que chacun de ces deux liquides, à volume égal, met à s’écouler par un tube capillaire de verre et par une température semblable. J’ai préparé, 1o une solution de 1 partie de sucre dans 32 parties d’eau ; 2o une solution de 1 partie de gomme arabique dans 32 parties d’eau ; 3o une solution de 2 parties de gomme arabique dans 32 parties d’eau.

» Par une température de +7 degrés centésimaux, 15 centilitres d’eau pure s’écoulèrent par un canal capillaire de verre en 157 secondes ; 15 centilitres de la solution de 1 partie de sucre dans 32 parties d’eau, s’écoulèrent en 159 secondes  ; 15 centilitres de la solution de 1 partie de gomme dans 32 parties d’eau, s’écoulèrent en 262 secondes  ; 15 centilitres de la solution de 2 parties de gomme dans 32 parties d’eau, s’écoulèrent en 326 secondes.

» On voit, par ces expériences, que la viscosité de l’eau sucrée qui contient 1 partie de sucre sur 32 parties d’eau (densité 1,014), est très peu supérieure à la viscosité de l’eau pure ; que la viscosité de l’eau gommée qui contient 1 partie de gomme sur 32 parties d’eau, est bien supérieure à la viscosité de l’eau sucrée ci-dessus ; on voit, enfin, que l’eau gommée qui contient 2 parties de gomme sur 3 parties d’eau (densité 1,023), possède une viscosité deux fois plus forte que celle de l’eau sucrée, qui contient 1 partie de sucre sur 32 parties d’eau. Or, chacune de ces deux solutions de gomme étant séparée de l’eau sucrée susmentionnée par un morceau de vessie, le courant d’endosmose a lieu de l’eau gommée vers l’eau sucrée. Ainsi, il est prouvé que l’eau gommée, deux fois plus visqueuse que l’eau sucrée, passe cependant par endosmose dans l’eau sucrée. L’endosmose n’est donc point généralement un phénomène dépendant de la viscosité. Cette assertion trouve un surcroît de preuves dans le phénomène de l’endosmose inverse opérée par l’acide tartrique à certaines densités et par certaines températures. Ainsi, par une température inférieure à +8 degrés centésimaux, une solution de 7 parties d’acide tartrique dans 25 parties d’eau, étant séparée de l’eau pure par un morceau de vessie, le courant d’endosmose est dirigé de l’acide vers l’eau. D’après la théorie qui fait dépendre l’endosmose de la viscosité, il semblerait que la solution d’acide tartrique doit être moins visqueuse que l’eau, et que c’est pour cela qu’elle marche par endosmose vers ce dernier liquide. Alors la solution d’acide tartrique devrait s’écouler plus promptement que l’eau par un tube capillaire ; or l’expérience prouve que c’est le contraire qui a lieu. En effet, par une température de +7 degrés centésimaux, 15 centilitres d’eau s’écoulant par un canal capillaire de verre en 157 secondes, le même volume de la solution d’acide tartrique susmentionnée s’écoule en 301 secondes. La viscosité de cette solution est donc presque double de celle de l’eau pure ; et, malgré cela, ce liquide acide, par la température de +7 degrés, passe par endosmose dans l’eau, c’est-à-dire traverse la membrane animale plus facilement et en plus grande quantité dans le même temps, que ne le fait l’eau qui passe par exosmose dans le liquide acide.

» Il semble que l’on ne puisse rien ajouter à ces preuves, qui démontrent que l’endosmose ne dépend point de la viscosité des liquides ; cependant, j’offrirai encore ici une nouvelle preuve de cette vérité. Le fait très singulier que je vais faire connaître, prouvera en même temps que les cloisons séparatrices de diverses natures exercent une influence spéciale sur le sens dans lequel s’opère l’endosmose.

» On sait qu’en séparant l’eau de l’alcool par une membrane animale ou végétale organisée, le courant d’endosmose est dirigé de l’eau vers l’alcool. J’ai établi une cloison séparatrice entre ces deux liquides avec du taffetas gommé enduit, comme on sait, de caout-chouc ; ce qui équivalait à une membrane mince de caout-chouc pur. Pendant les trente-six premières heures de l’expérience, j’ai observé un courant d’endosmose extrêmement lent, dirigé de l’alcool vers l’eau. Après ce temps l’endosmose, dirigée toujours de même, est devenue très rapide. J’attribue cet accroissement de la vitesse de l’endosmose à ce que le caout-chouc, altéré par l’action de l’alcool, était devenu plus facilement perméable. Toujours est-il certain que, dans cette expérience, on voit le courant d’endosmose dirigé de l’alcool vers l’eau, au lieu d’être dirigé de l’eau vers l’alcool, ainsi que cela a toujours lieu, lorsqu’on place une cloison séparatrice organisée entre l’alcool et l’eau. On voit ici, d’une manière manifeste, l’influence qu’exerce la cloison séparatrice sur la direction du courant d’endosmose. Avec une cloison séparatrice animale ou végétale organisée, l’alcool et l’eau offrent l’endosmose directe ; avec une cloison séparatrice de caout-chouc, l’alcool et l’eau offrent l’endosmose inverse.

» En même temps que le courant d’endosmose porte l’alcool vers l’eau en traversant la cloison de caout-chouc, le courant d’exosmose porte l’eau vers l’alcool en traversant de même la cloison. Je me suis assuré, en effet, que dans cette expérience, l’alcool avait reçu de l’eau, mais en moindre quantité que l’eau n’avait reçu d’alcool. Cependant on sait que le caout-chouc n’est point perméable à l’eau dans l’état naturel. Il paraît que la perméation de l’eau au travers de cette substance avait été rendue possible par l’action que l’alcool avait exercée sur le caout-chouc. J’ai répété quatre fois cette expérience, et j’ai toujours obtenu le même résultat.

» D’après tous ces faits, il est évident que la théorie qui fait dépendre l’endosmose de la différence de la viscosité des deux liquides séparés par une cloison perméable doit être abandonnée. J’ignore encore quelle est la véritable théorie à laquelle on doit s’arrêter relativement à ces phénomènes, que je me contente d’exposer. »

Géologie.Notice sur la carte géologique générale de la France ; par M. Brochant de Villiers.

« On sait depuis long-temps que l’administration des mines s’occupe de faire exécuter une carte géologique générale de la France. Elle a fait connaître, en 1827, le plan de cette entreprise, par une notice insérée dans les Annales des mines. Le travail scientifique de cette carte, c’est-à-dire les explorations géologiques, étant aujourd’hui terminé et la gravure seule retardant la publication, M. Brochant de Villiers, qui a été chargé de diriger ce travail, a été autorisé par M. le Directeur général des ponts-et-chaussées et des mines, à le faire connaître à l’Académie, et à mettre sous ses yeux un exemplaire de cette carte, encore fort imparfait en ce qui concerne la gravure, mais présentant déjà toutes les indications géologiques. »

L’auteur rappelle les travaux qui ont été faits à différentes époques, pour parvenir à connaître la constitution du sol de la France : les premiers essais de Guettard et Monnet dans le siècle dernier, les nombreux mémoires géologiques que, depuis 1794, l’administration des mines a mis un zèle constant à provoquer et à recueillir, et qu’elle a publiés successivement dans le journal et les Annales des mines, les autres travaux contenus dans d’autres recueils scientifiques, les ouvrages importans, publiés isolément, tels que la Description géologique des environs de Paris, par MM. Cuvier et Brongniart, et la Description géologique des Pyrénées, par M. de Charpentier ; enfin, l’Essai d’une carte géologique de la France, publiée en 1822, par MM. Coquebert de Montbret et Omalius de Halloy.

« On possédait donc, dit-il, une grande masse de documens sur la géologie de la France, mais il était impossible d’en tirer une description géologique générale du royaume, et de tracer une carte géologique avec la précision que l’on exige aujourd’hui. On conçoit que toutes ces publications, ayant eu lieu à des époques plus ou moins reculées, se ressentent nécessairement de l’état où était alors la science. Des terrains qu’on rapportait alors à un certain étage géologique, sont aujourd’hui reconnus comme appartenant à un autre, souvent très différent ; dans d’autres cas, des terrains très étendus et d’une grande puissance étaient décrits en masse, sans aucune distinction des différentes formations qu’on y a reconnues depuis.

» Il était donc nécessaire de vérifier les observations déjà faites dans divers cantons, et de visiter ceux qui n’avaient pas encore été décrits, pour parvenir à tracer une carte géologique de la France.

» Dans le Corps des mines, on avait constamment en vue l’utilité de cette entreprise, mais il fallait que le gouvernement pût fournir les moyens d’exécution. Ayant été chargé, dès l’année 1802, de professer la géologie à l’École des mines, j’ai fixé constamment mes idées sur cet objet, et je me suis fait un devoir et un honneur de rechercher les meilleurs moyens de réaliser enfin ce grand travail. — En 1811, je présentai au Directeur général des mines un projet d’exécution de la carte géologique ; mais ce projet ne put alors avoir aucune suite, ni dans les années suivantes. »

En 1822, l’occasion parut plus favorable. Le conseil de l’École des mines, en recevant la belle Carte géologique de l’Angleterre, publiée par M. Greenough, qui en avait fait hommage à l’administration des mines, renouvela le vœu qu’un travail semblable fût enfin exécuté en France, le Corps des mines en étant chargé par plusieurs actes du gouvernement. Ce vœu fut accueilli par M. Becquey, alors Directeur général des ponts-et-chaussées et des mines, et M. Brochant de Villiers proposa un plan d’exécution qui fut approuvé par le conseil de l’École et adopté par le Directeur général.

« La marche qui a été suivie a été à peu près conforme à ce projet, dont je vais faire connaître les dispositions principales ; mais pour mieux les faire apprécier je dois d’abord mettre en avant quelques courtes considérations sur les cartes géologiques en général.

» Le but qu’on se propose en traçant ces cartes est de faire connaître la nature du sol dans une contrée ; mais, de même que pour les cartes géographiques ordinaires, les cartes géologiques doivent varier dans leur confection suivant le genre d’utilité auquel elles sont destinées. Des propriétaires, des constructeurs, des exploitants de mines ou de carrières, ont besoin de connaître la nature et la disposition de toutes les couches qui se rencontrent dans un canton, tant les couches solides que les dépôts d’alluvions anciennes ou modernes. Les savans au contraire tiennent bien plus à suivre les diverses formations dans leurs prolongemens sur une grande étendue, afin de pouvoir saisir leurs rapports et les caractères distinctifs, essentiels de chacune d’elles, abstraction faite de toutes les variations locales accidentelles. Il faut à ces derniers une carte générale, et aux autres des cartes de détail ; celles-ci devant être nécessairement sur une échelle beaucoup plus grande que la première. Mais on conçoit que la carte générale doit être la première base des autres ; on peut la comparer à une grande triangulation à laquelle doivent se rattacher ensuite dans chaque canton tous les plans cadastraux. Et de même que, pour des cartes géographiques ordinaires, on confie la triangulation à des ingénieurs ou des géomètres très exercés aux grands travaux géodésiques, opérant avec les instrumens de précision les plus rigoureux ; de même, pour une carte géologique générale d’un pays très étendu, comme la France, il paraît plus convenable de la faire exécuter par un petit nombre de géologues de profession, ayant déjà beaucoup observé, se maintenant parfaitement au courant de tous les progrès de la science, et par conséquent présumés capables de bien caractériser les terrains qu’ils rencontrent dans leurs explorations. On sait d’ailleurs que cette détermination de la véritable nature géologique d’un terrain exige le plus souvent un champ d’observation très étendu et qu’elle est souvent impossible par des recherches circonscrites dans une seule contrée. On se souvient que la grande et longue discussion géologique sur la véritable origine des basaltes de l’Allemagne, n’a été terminée il y a trente ans que lorsqu’on est venu chercher la solution de la question en Auvergne et en Vivarais.

» Ce sont les principes qui viennent d’être exposés qui ont été la base principale du plan d’exécution des cartes géologiques de la France. Ainsi on a admis qu’il fallait deux sortes de cartes ; d’abord une carte géologique générale, d’une échelle moyenne, assez grande pour pouvoir y distinguer avec une netteté suffisante les différentes espèces de terrains et même leurs grandes subdivisions, et néanmoins assez petite pour que ses différentes feuilles puissent être assemblées en une seule d’une dimension convenable ; et ensuite des cartes de détail ou plutôt des cartes géologiques topographiques de départemens, sur une échelle beaucoup plus grande que la première.

» C’est la carte géologique générale dont l’administration des mines a ordonné d’abord l’exécution, remettant après son achèvement, à faire travailler aux cartes de détails, c’est-à-dire aux cartes géologiques de départemens. »

Ce travail a été confié à trois personnes, savoir : M. Brochant de Villiers, pour diriger l’entreprise, et, deux ingénieurs, MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, pour faire des voyages, chacun dans une partie de la France qui lui a été assignée, ceux-ci devant revenir chaque hiver à Paris pour se communiquer leurs observations et en conférer avec M. Brochant de Villiers.

En 1823, ils firent tous trois un voyage préparatoire en Angleterre, afin d’y visiter les divers points classiques, d’après lesquels des géologues anglais avaient tout récemment perfectionné l’étude des terrains secondaires. Ils eurent ainsi l’avantage de s’habituer à observer ensemble et de recueillir les mêmes termes de comparaison.

Grâce à l’obligeante bienveillance des savans anglais, ce voyage, qui dura cinq à six mois, a eu tout le succès désirable. MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont se sont aussi occupés de recueillir de nombreux documens, sur les mines et les usines de l’Angleterre, qu’ils ont publiés successivement en plusieurs mémoires qui réunis forment un volume in-octavo.

C’est en 1825 que les voyages pour la carte géologique ont commencé ; et ils ont continué sans interruption depuis cette époque. M. Élie de Beaumont a été chargé de visiter la partie orientale de la France, et M. Dufrénoy la partie occidentale. La séparation entre ces deux divisions a été une ligne tirée de Honfleur sur Alençon, de là en tournant au sud-est vers Avallon et Châlons-sur-Saône, puis, suivant le cours de la Saône et du Rhône jusqu’à la Méditerranée. Cette séparation a été fondée uniquement sur des considérations géologiques.

« Au reste chacun des deux voyageurs a été autorisé à étendre ses observations jusque dans l’autre division, afin d’y suivre, au moins jusqu’à une certaine distance, les prolongemens des terrains qu’ils avaient à explorer. Bien plus, on leur a imposé l’obligation de visiter les pays étrangers limitrophes de leur division, non-seulement dans un but analogue, mais en outre, afin de pouvoir tracer sur la carte, au moins avec une exactitude suffisante, la nature géologique des portions de ces pays étrangers qui sont comprises dans son cadre… Il y a eu trois campagnes où chacun d’eux a été accompagné d’un ingénieur ou d’un aspirant (MM. de Billy et Fénéon). Dans chaque département où se trouvait un ingénieur des mines stationné, ils ont pris soin de recueillir de lui tous les renseignemens géologiques que ses tournées d’inspection avaient pu lui procurer.

» À la fin de 1829, c’est-à-dire après cinq campagnes, déjà toute la France avait été explorée par eux, sauf des lacunes isolées, encore en assez grand nombre. Mais en comparant entre elles toutes les observations recueillies, il se présentait des doutes et des difficultés à résoudre. Des résultats obtenus par l’un des voyageurs paraissaient ne concorder qu’imparfaitement avec ceux obtenus par l’autre. On reconnut alors qu’il était utile dans les années suivantes, que, tout en continuant séparément de compléter leurs observations, chacun dans sa division, ces deux ingénieurs se réunissent dans le cours de la campagne pour visiter ensemble certaines contrées sujettes à discussion. »

Les cinq campagnes qui suivirent celle de 1829 furent donc employées en grande partie à ces voyages en commun ; et M. Brochant de Villiers se joignit à eux en 1830 dans les Alpes et dans l’Ardèche. Toutefois la campagne de 1834 a été abrégée par un voyage aux volcans de l’Italie. Il n’y a eu que quelques voyages de vérifications dans la campagne dernière.

« La mesure prise dans les cinq dernières années, de réunir ces deux voyageurs dans les mêmes excursions, a produit comme on l’avait espéré, un très grand avantage. Ayant à observer ensemble les mêmes terrains, ils ont pu y comparer ceux qu’ils avaient observés séparément, se communiquer leurs doutes, et s’éclairer mutuellement par des discussions, qui sont toujours si profitables, quand elles ont lieu à la vue des faits. Ces fréquens rapprochemens, ces discussions ont produit entre eux un accord parfait et une conformité entière de manières de voir, au moins en général. Il en est résulté ce grand avantage, que dans l’origine on avait désiré plutôt qu’espéré : que la carte géologique, quoique exécutée par deux ingénieurs, observant séparément, chacun dans une moitié de la France, ne sera pas la réunion de deux travaux distincts, mais un ouvrage d’ensemble dont toutes les parties seront en rapport entre elles. — Toutefois le tracé des limites des différens terrains dans chacune des divisions, est un travail qui demeure exclusivement propre à l’ingénieur qui en était chargé. »

« MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont ont déjà fait connaître une partie des résultats de leurs observations par un certain nombre de mémoires qu’ils ont publiés presque chaque année dans les Annales des Mines, et qui réunis, forment déjà trois volumes. Mais ces mémoires ne sont pour ainsi dire que des fragmens que ces ingénieurs ont extraits de leurs journaux de voyage ; ils ont pour objet plutôt de développer des opinions scientifiques, d’après des exemples tirés de la France, que de donner des descriptions géologiques de certaines parties du royaume. »

M. Brochant de Villiers annonce que MM. Élie de Beaumont et Dufrénoy s’occupent de rédiger une description géologique de la France, qui sera publiée en même temps que la carte.

Il donne ensuite sur l’exécution matérielle de cette carte divers détails dont voici les plus importans :

On s’est décidé à faire copier le trait de la carte hydrographique de la France qui a été publiée par l’administration des ponts-et-chaussées, sauf quelques perfectionnemens dans le tracé des pays étrangers limitrophes. Elle est sur l’échelle de , et les 6 feuilles réunies forment un carré d’environ 2 mètres de côté.

On a figuré par des signes les exploitations de mines, minières et carrières, et de même les usines métallurgiques. Enfin on y a tracé, par des lignes ponctuées, les limites entre les différens terrains, lesquelles doivent servir à guider dans le coloriage.

Quant à l’expression du relief du sol sur la carte, par une combinaison de hachures qui doivent en faire sentir les proéminences, on n’a pris aucune carte pour modèle ; on a fait dessiner ce relief au lavis sur une épreuve de la carte, d’après un grand nombre de relèvemens de hauteurs, et notamment d’après celles qui ont été publiées par M. Puissant, dans sa Description géométrique de la France.

C’est ce relief qu’un habile graveur topographique est maintenant occupé à graver ; on espère que son travail pourra être terminé à la fin de 1836.

L’exemplaire qui a été mis sous les yeux de l’Académie, est une épreuve tirée avant le commencement de la gravure du relief ; il y manque encore beaucoup de noms de lieux, qui ne doivent être gravés qu’en dernier ; mais il est entièrement colorié.

M. Brochant de Villiers entre dans quelques détails sur les principes qui ont déterminé le système de coloration, qu’on se réserve néanmoins encore de perfectionner. Au reste, pour éviter toute confusion, on a pris soin d’indiquer les différens terrains, non-seulement par des couleurs, mais encore par des lettres.

« On pourrait croire, dit M. Brochant de Villiers, en voyant la Carte géologique générale de la France entièrement couverte de couleurs, que tous les plus petits cantons ont été explorés, et que la constitution du sol de chaque lieue carrée, ou même de chaque kilomètre carré, y est exactement représentée. Les auteurs de cette carte sont loin d’avoir cette prétention ; on doit même concevoir qu’il leur aurait été impossible d’exécuter, en 10 ou 11 années, une reconnaissance aussi minutieuse : je dirai plus, c’est que ce travail de détail les aurait détournés de la grande tâche qui leur était imposée ; savoir, la détermination exacte des différentes natures de terrains, et des limites qui les séparent l’un de l’autre ; et même, relativement à ces limites, ils se sont contentés de les reconnaître et de les constater sur plusieurs points plus ou moins rapprochés, qu’ils ont joints ensuite par des lignes, sans vérifier ces limites dans tous les espaces intermédiaires. C’est ainsi qu’ils devaient opérer. La véritable direction à donner à ces limites, ou plutôt les sinuosités plus ou moins grandes qu’elles forment réellement, ne pourront être tracées que dans les cartes géologiques de détail, qui exigeront pour cela des excursions bien plus multipliées ; mais les auteurs osent espérer que les points de ces limites qu’ils ont constatés demeureront invariables. Sans doute aussi les progrès de la géologie pourront amener des perfectionnemens dans la manière de considérer et de subdiviser les terrains ; d’où résultera la nécessité de faire des changemens à la carte géologique. Mais c’est le sort inévitable de tous les travaux de ce genre ; et l’on ne peut exiger de ceux qui s’en occupent, que de représenter fidèlement les différens terrains qui se montrent à la surface du sol qu’ils entreprennent de faire connaître, en les considérant de la manière la plus conforme aux connaissances géologiques de l’époque où ils exécutent leur travail. »

M. Brochant de Villiers termine en annonçant à l’Académie que M. le Directeur général des ponts-et-chaussées et des mines, voyant l’achèvement du travail scientifique de la Carte géologique générale de la France, a pensé que le moment était venu de s’occuper des Cartes géologiques topographiques des départemens, dont déjà quelques-unes, mais en très petit nombre, ont été publiées par des ingénieurs des mines et autres savans. Par une circulaire adressée à cet effet au mois d’août dernier, il a invité MM. les préfets à obtenir la coopération des conseils-généraux dont quelques-uns s’y étaient déjà montrés disposés. Beaucoup d’entre eux ayant accueilli cette demande dans leur dernière session, les explorations nécessaires pour exécuter ces cartes commenceront en 1836, dans environ la moitié des départemens.

Géologie.Recherches sur la structure et l’origine du mont Etna, par M. L. Élie de Beaumont.
(Commissaires, MM. Brongniart, Brochant de Villiers, Cordier, Beudant Berthier.)

Ce mémoire a principalement pour objet de faire connaître et d’expliquer plus exactement qu’on ne l’avait fait précédemment, les accidens orographiques qui altèrent la régularité de la pyramide de l’Etna.

L’auteur présente une carte, quatre vues et un modèle en relief de l’Etna, construits en partie d’après ses propres relèvemens. On trouvera, dit-il, que la carte, les vues et surtout le modèle en relief répondent bien peu à l’image poétique que Pindare nous a laissée de l’Etna, la colonne du ciel. L’auteur s’applique, dans ce mémoire, à rendre raison de cette circonstance.

« Les grandes éruptions de l’Etna, ajoute-t-il, commencent par des secousses de tremblemens, par lesquelles la montagne se fend suivant des plans méridiens. Les parois des fentes s’écartent d’une quantité plus ou moins grande, qui s’élève quelquefois à plusieurs mètres. La lave qui bouillonne dans la cheminée centrale finit presque toujours par s’y frayer un passage par lequel elle s’écoule latéralement sur les flancs du volcan.

» Lorsque l’éruption a cessé, la partie inférieure de chacune des fentes méridiennes reste remplie de lave qui y produit un filon. Quant à la partie supérieure de la fente située au-dessus du point d’écoulement de la lave, elle se remplit souvent de scories ou de matières d’éboulement. Quelques-unes de ces fentes sont néanmoins restées baillantes.

» Dans l’éruption de 1832, le phénomène des fractures méridiennes s’est manifesté avec des circonstances remarquables ; et le massif de l’Etna s’est complètement étoilé.

» Une fente a coupé en deux le terre-plein du piano del lago et elle a changé le niveau relatif de ses deux segmens de manière à y produire d’un seul coup un changement de forme plus considérable que n’avaient fait pendant plusieurs siècles les produits des éruptions qui ne s’élèvent pas à deux mètres, autour des fondemens de la Torre del Filosofo. Ce changement de niveau relatif montre que l’Etna ne repose pas sur des fondemens inébranlables, et que les segmens dans lesquels les fentes méridiennes le divisent sont susceptibles d’un certain jeu.

» Les parois des fentes s’étant écartées, il est évident que la surface de la montagne a subi un agrandissement, et cet agrandissement suppose nécessairement une tuméfaction. La montagne a donc été soulevée, et elle l’a été d’une quantité qui pourrait aisément se calculer si les largeurs et les longueurs des fentes étaient exactement connues. Cette quantité serait évidemment très petite, mais sa seule existence est un fait important.

» En examinant le noyau de l’Etna, l’auteur a observé un défaut de relation entre la structure des assises et la pente qu’elles affectent, fait diamétralement contraire à ce qu’on observe aujourd’hui dans toutes les grandes coulées de lave, dont la forme varie constamment avec l’intensité de la pente.

» Selon lui, il est évident que celles de ces assises dont l’inclinaison originaire a changé sont celles qui sont aujourd’hui fortement inclinées, et que celles qui sont presque horizontales ont au contraire conservé à peu près, relativement à l’horizon, leur position originaire.

» Les considérations qui viennent d’être analysées, dit l’auteur en terminant son Mémoire, montrent donc que les parties des assises des escarpemens au Val del Bove, qui sont fortement inclinées, ne sont plus aujourd’hui dans la position dans laquelle elles se sont primitivement entassées.

» L’inclinaison qu’ont éprouvée quelques parties de ce système de couches n’a pas été un simple mouvement de tassement ou l’effet de dislocations purement locales ; mais celui d’une tuméfaction qui, en élevant tout le massif de la gibbosité centrale, a imprimé aux parties latérales un mouvement de bascule.

» Le soulèvement ne paraît pas s’être opéré ici avec le même degré de simplicité que dans les localités où il a donné naissance à des cratères de soulèvement réguliers, tels que celui de l’île de Palma ou les cirques de Ténériffe et de la Somma. L’effort qui a soulevé la gibbosité de l’Etna paraît avoir agi, non en un point unique et central, mais suivant une ligne droite représentée par l’axe de l’ellipse dont font partie les flancs méridionaux, septentrionaux et orientaux du Val del Bove ; et il paraît avoir agi inégalement sur les diverses parties de cette ligne droite de manière que son extrémité occidentale, qui répond à la cheminée volcanique actuelle, a été soulevée plus que tout le reste.

» Un pareil soulèvement n’a pu se produire sans que les masses soulevées aient été déchirées, et les déchirures ont dû coïncider principalement avec la ligne de soulèvement ou diverger en rayonnant de ses extrémités, circonstance dont le mémoire fait voir en détail l’accord avec l’état présent du massif.

» Le cirque elliptique du Val del Bove présente donc tous les caractères d’un cratère de soulèvement irrégulier. Resterait à savoir si le soulèvement a été graduel, ou bien s’il s’est opéré subitement et d’un seul coup. Cette dernière supposition paraît à l’auteur la seule admissible. La ressemblance presque complète qui existe entre les déjections dont se compose le noyau de la gibbosité centrale et celles que l’Etna produit aujourd’hui, conduit à penser que le feu volcanique actuel n’est que la continuation de celui qui a produit ces anciennes déjections. Or, le feu ne s’étant pas éteint, si le soulèvement avait été graduel, il y aurait continuité et enchevêtrement entre les produits anciens et les produits modernes ; il n’y aurait pas entre eux cette discordance complète de gisement qui constitue un des traits les plus frappans de la structure de l’Etna. »

Géologie.Sur le mode de formation des cônes volcaniques, et sur celui des chaînes de montagnes ; par M. Constant Prevost.

L’auteur demande à développer et appuyer sur des faits les deux propositions suivantes :

« 1o. La forme conique commune aux volcans de toutes les époques, est un résultat nécessaire de la disposition en talus, que prennent sur le sol les matières qui y sont versées ou projetées par les bouches volcaniques.

» 2o. Rien, dans la disposition et l’état actuel des terrains divers que recouvrent les cônes volcaniques, et à travers lesquels les matériaux qui composent ceux-ci sont sortis ; rien, dans les phénomènes qui accompagnent les éruptions de gaz, la projection des cendres et fragmens ; rien, dans l’arrivée, le déversement et l’écoulement des laves, ne peut faire présumer, dans le foyer des volcans, l’existence ou le développement d’une force capable de soulever non-seulement toute la portion consolidée de l’épiderme terrestre, mais même des strates continues de plusieurs dixaines de mètres d’épaisseur, ou des masses volumineuses.

» Après avoir établi ces deux propositions fondamentales, M. C. Prevost se propose d’en faire l’application au système de la formation des chaînes de montagnes par soulèvement. »


L’Académie autorise le Secrétaire perpétuel pour les sciences physiques à ouvrir le billet cacheté qui se trouve joint à un Mémoire sur l’origine et l’usage de la bile, adressé pour le concours au prix de physiologie expérimentale de l’année 1834. Ce Mémoire, renvoyé déjà de l’année dernière à celle-ci, va l’être de nouveau à l’année prochaine, vu le besoin qu’éprouve la Commission de connaître l’auteur, soit pour lui demander la répétition de ses expériences, soit pour obtenir, relativement à ces expériences, tous les développemens et tous les renseignemens nécessaires.

L’Académie arrête que le nom de l’auteur restera secret, et qu’il lui sera écrit sur-le-champ pour l’instruire des motifs qui se sont opposés jusqu’ici à l’examen définitif de son travail.

La séance est levée à 5 heures.

F.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l’Académie des Sciences, no 17, 1835, in-4o.

Mémoires de la Société Linnéenne de Normandie, publiés par M. De Caumont ; années 1829–1833, 5e vol. in-4o, Paris, 1835.

Séance publique de la Société Linnéenne de Normandie tenue lejuin 1835, in-8o, Caen.

Mean declinations of 172 principal fixed stars for january 1, 1835, from observations made at the observatory, Cape of Good Hope, in the years 1832 and 1833  ; by M. T. Henderson ; Edinburgh, 1835, in-4o.

Astronomische Nachrichten ; nos 290–292, in-4o.

Éphémérides de la Comète de Halley ; par M. Rosenberger ; in-4o.

Plan et Colline de l’Observatoire de Poulkova.

Voyage dans l’Inde ; par M. V. Jacquemont ; 5e livraison, in-4o.

No 5. — Note sur l’Île Julia, pour servir à l’histoire des montagnes volcaniques ; par M. Constant Prevost ; in-4o.

Mémoires de la Société Royale d’Agriculture, Histoire Naturelle et Arts utiles de Lyon ; 1833–1834 ; in-8o.

Programme des prix proposés par la Société Royale d’Agriculture de Lyon, pour 1836, in-8o.

Histoire Naturelle et Iconographie des Insectes coléoptères ; par MM. de Castelnau et Gory ; 4e livraison, in-8o.

Extrait des Annales des Sciences naturelles. — Prodromus Floræ Fernandesianæ ; pas prima ; par M. C. Montagne ; in-8o.

Nouvelles Recherches sur le Rhumatisme articulaire aigu en général ; par M. J. Bouillaud ; Paris, 1836, in-8o.

Notice sur le Choléra-Morbus, observé à Avignon en 1835, par M. Gérard ; in-8o.

Description d’une Moisissure (mucor), etc. ; par MM. Vandenhecke et Philippar ; brochure in-8o.

Notice sur l’asile départemental des aliénés établi à Rouen, par M. de Boutteville ; Rouen, 1835, in-8o.

Traité de Médecine pratique ; 7e livraison, 15 novembre 1835, in-8o.

Inauguration du monument Cuvier ou Précis historique de la cérémonie qui a eu lieu à Montbéliard, in-8o.

Mémoire sur quelques modifications à introduire dans l’opération de la Staphyloraphie, par M. J. Guyot, in-8o.

Annales de Chimie et de Physique, par MM. Gay-Lussac et Arago ; tome 59, août 1835 ; in-8o.

Gazette médicale ; tome 3, no 48.

Gazette des Hôpitaux ; nos 139, 140 et 141.

Journal de Santé ; no 118.

Athénée royal ; programme pour l’an 1836, in-8o.


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