Comptes rendus de l’Académie des sciences/Tome 1, 1835/31 août

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SÉANCE DU LUNDI 31 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. O’Farell, médecin irlandais, réclame en faveur de son compatriote M. le docteur Murray, la priorité d’invention des appareils pneumatiques considérés comme agens thérapeutiques. Cette réclamation est sans objet, puisque, dans leur rapport (voyez p. 61), les commissaires de l’Académie ont reconnu que le docteur Murray se servait depuis long-temps d’appareils analogues à ceux du docteur Junod.

M. Gerdy annonce qu’un nouveau sujet, guéri d’une hernie par la méthode qu’il a fait connaître, est dans la salle d’attente où les membres de l’Académie pourront l’examiner.

M. Barbier désire qu’on l’admette à établir les avantages du nouveau système d’écriture qu’il a imaginé.

M. Scoutetten, chargé par le ministre de la guerre de se rendre à Alger pour y combattre le choléra, demande qu’on veuille bien lui signaler les recherches qui sembleraient devoir plus particulièrement fixer l’attention des hommes de l’art. La section de Médecine et de Chirurgie est priée de s’entendre avec M. Scoutetten, à qui le secrétaire adressera les remercîmens de l’Académie.

Histoire naturelle. — Conservation des animaux morts.

M. A. Lereboullet, conservateur du Musée d’Histoire naturelle de Strasbourg, transmet les résultats de quelques expériences relatives à la conservation des objets d’Anatomie et de Zoologie. Le liquide dont on se sert à Strasbourg, ne diffère que par les proportions de celui que M. Gannal a employé depuis long-temps pour préparer les cadavres.

Il renferme :

16 parties d’eau,
4 parties de chlorure de calcium,
2 parties de sulfate d’alumine et de potasse,
1 partie de nitrate de potasse.

« Nous conservons dans ce liquide, dit M. Lereboullet, des squelettes de poissons cartilagineux, des préparations de muscles, de viscères, de cerveaux, de nerfs, des pièces injectées, ou des corps entiers de mammifères, d’oiseaux, de reptiles ou de poissons destinés à l’Anatomie.

» Une tête de chat, sur laquelle on a préparé les muscles de la mastication et de la déglutition, ainsi que les glandes salivaires, sert, depuis plus d’un an, aux démonstrations d’Anatomie comparée, et se trouve en très bon état.

» Dans un envoi que le Musée reçut de Pensylvanie, en 1834, plusieurs poissons étaient très mous et en mauvais état ; ils reprirent, dans le liquide, une consistance ferme, sans que leur forme en fût altérée. Mais c’est surtout pour la conservation des cerveaux que la solution saline est des plus recommandables. L’alcool a besoin, comme on sait, d’être concentré, pour donner à la substance cérébrale une certaine fermeté ; on obtient le même résultat avec l’eau salée, et de plus, on a l’avantage de conserver intacte la forme du cerveau, parce qu’il ne plonge entièrement au fond du vase que lorsque toutes ses parties ont été pénétrées par le liquide, tandis qu’en employant l’alcool, le cerveau tombe de suite au fond, et s’affaisse toujours plus ou moins sur lui même.

» Cette composition nous a offert plusieurs fois l’inconvénient de racornir les tissus ; mais il suffit, pour leur rendre leur flexibilité, de les tenir plongés quelque temps dans de l’eau fraîche.

» Du reste, nous n’en sommes encore qu’aux essais ; nous nous proposons de continuer et de varier nos expériences, afin de déterminer quelles sont les circonstances dans lesquelles on peut substituer ce liquide à l’alcool, qui, outre sa cherté, n’est pas lui-même exempt d’inconvéniens. »

Botanique. — Maladie des feuilles de la vigne.

M. Duby vient de faire insérer dans les mémoires de la Société de Physique et d’Histoire naturelle de Genève, tome 7, une note sur une maladie particulière des feuilles de la vigne et sur une nouvelle espèce de mucédinée. M. Vallot écrit à l’Académie pour lui montrer que ce sujet avait déjà été anciennement traité par Malpighi, par Guettard, par Schrader et plus tard (en 1820) par l’auteur même de la réclamation, dans les mémoires de l’Académie de Dijon. M. Vallot attribue la maladie en question à la présence d’une plante cryptogame intestinale.

Magnétisme terrestre. — Variations irrégulières de l’aiguille de déclinaison.

M. L. Baudouin-des-Marattes, ancien géomètre en chef du cadastre, communique à M. Arago les remarques qu’il dit avoir faites sur la marche irrégulière de l’aiguille aimantée, dans le canton de Josselin, département du Morbihan. Les causes de ces perturbations paraissent devoir être cherchées dans le voisinage de la rivière d’Oust. En marchant de l’intérieur des terres vers la mer, le long d’une certaine ligne droite traversant le canton de Guillac, les valeurs de l’orientation de cette ligne données par la boussole restaient à peu près les mêmes tant que l’observateur était éloigné de la rivière ; mais, dès qu’il en approchait, les changemens devenaient considérables, tantôt dans un sens et tantôt dans le sens contraire. Une fois, M. Baudouin ne trouva pas moins de 6° de variation pour un déplacement de 150 mètres. Sur d’autres lignes, 5 mètres de marche conduisirent à une perturbation d’un degré ! Les expériences faites à diverses époques et par toute sorte de circonstances atmosphériques, donnèrent toujours des résultats identiques pourvu que l’observateur eût l’attention de se transporter exactement aux mêmes stations.

Pour découvrir la cause des variations observées, M. Baudouin fit exécuter des fouilles sur le point où l’aiguille avait accusé le dérangement le plus fort ; elles ne conduisirent à aucun résultat satisfaisant.

La Physique, la Géologie, et peut-être aussi la Métallurgie, semblent intéressées à une étude approfondie du phénomène signalé par M. Baudouin-des-Marattes.

Botanique. — Sur les gales de quelques plantes.

M. Vallot écrit qu’en étudiant en 1820 (mémoires de Dijon), les gales en clou du tilleul, il y avait trouvé des cirons (acarus plantarum) pareils à ceux que M. Turpin a décrits récemment. Des recherches postérieures lui ont fait reconnaître des cirons analogues dans plusieurs fausses gales, entre autres dans les têtes cotonneuses du serpolet, dans les fausses gales du gaillet jaune, etc. Mais, dit M.  Vallot, les cirons ne sont pas seuls en possession de produire de fausses gales. Les bourrelets marginaux décrits et figurés par Réaumur auraient, suivant lui, pour origine les larves de l’endomyer, lesquelles étant apodes ne sauraient être confondues avec les cirons.

Médecine. — Sur la transmission de la rage.

Le docteur Capello, de Rome, a déduit d’un bon nombre d’observations récentes bien circonstanciées, que si la rage spontanée se transmet en Italie, par voie de morsure, de l’animal qui en est affecté aux autres animaux, avec tout autant de facilité que dans les climats moins chauds, il n’en est pas de même de la rage communiquée. Celle-ci ne paraît pas contagieuse : l’animal qui en est atteint éprouve précisément les mêmes symptômes que l’hydrophobe spontané ; il mord, comme ce dernier, tout ce qui se présente à lui, mais sa maladie ne se communique pas.

Lorsque j’ai cité à l’Académie ce résultat puisé dans un des articles de sa correspondance, M. Magendie a rappelé qu’ayant fait autrefois des expériences sur la communication de la rage, soit de l’homme aux animaux, soit d’animal à animal, il vit toujours la maladie spontanée se transmettre une première fois ; passer ensuite du premier animal mordu à un second, du second à un troisième, et n’aller jamais plus loin. Dans chaque expérience, des chiens enragés à la troisième transmission, mordirent impunément six autres chiens. Ces derniers furent gardés plusieurs mois sans que leur santé parut altérée.

En comparant les anciennes expériences de M. Magendie à celles du docteur Capello, on est amené naturellement à se demander si la cause qui rend l’hydrophobie plus rare dans les climats chauds, n’aurait pas aussi la faculté d’y affaiblir, suivant une progression beaucoup plus rapide, les propriétés malfaisantes du virus auquel cette maladie peut être attribuée.

Statistique commerciale. — Nombre d’ouvriers et valeur de la puissance motrice employés en Angleterre, en Écosse et en Irlande, dans les manufactures où l’on travaille le coton, la laine, le lin et la soie.

L’ouvrage intitulé The Philosophy of manufactures que le docteur Ure vient de présenter à l’Académie, renferme un tableau précieux sur l’état actuel des manufactures de la Grande-Bretagne où l’on travaille le coton, la laine, le lin et la soie. J’ai cru devoir en extraire les résultats suivans qui ont été empruntés à des documens parlementaires parfaitement authentiques.

L’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande comptaient en 1814 :

1250 manufactures dans lesquelles on travaillait le coton,
1315 
la laine,
352 
le lin,
237 
la soie.
Total 
3154 

Ces 3154 manufactures employaient :

Ouvriers mâles. femelles.
Coton 
100 000 
119 000
Laine 
31 000 
28 000
Lin 
10 000 
23 000
Soie 
10 000 
21 000
Totaux 
151 000 
191 000
Total général 
342 000 ouvriers des deux sexes.
Sur ce nombre total 
10 000 ouvriers avaient moins de 11 ans ;
157 000 étaient âgés de 11 à 18 ans.

Les mêmes manufactures, moins celles du Leicestershire, du pays de Galles et du sud de l’Irlande, au nombre de 696, pour lesquelles le recensement n’a pas été fait, exigeaient une force motrice équivalente à celle de 64 800 chevaux. Cette force était engendrée par

Machines à vapeur 
1 961
Roues hydrauliques 
1 327

Ce dernier nombre, pour le dire en passant, montrera à tout le monde que nos voisins, quand ils peuvent mettre à profit des forces naturelles, se gardent bien de recourir à l’action dispendieuse de la vapeur.

En 1770, quand Arkwrigh commença à répandre ses procédés, le coton travaillé dans les manufactures de la Grande-Bretagne, ne s’élevait pas, en poids et…

par an, à 
4 000 000 de livres anglaises ;
en 1834, on en a manufacturé 
270 000 000 de livres.
MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mécanique.Nouveau système de rames applicable à toute navigation et surtout à celle des canaux ; par Ant. George, mécanicien.
(Commissaires, MM. Dupin, Navier, Séguier.)

M. George, inventeur d’une nouvelle forme de rames propre à servir dans la navigation des canaux étroits, s’est aperçu qu’il avait été devancé dans l’application de ce système, par M. Vileroi. Toutefois, comme il y a entre les deux appareils des différences essentielles ; que celui du bateau-poisson de M. Vileroi est submergé, tandis que dans l’autre on n’a eu en vue que la navigation des bateaux ordinaires, M. George s’est décidé à le présenter à l’Académie. Nous reviendrons sur cet objet, dès que les commissaires auront fait leur rapport.

Art vétérinaire.Traitement de l’affection calcaire, connue vulgairement sous le nom de morve ; par M. Galy, pharmacien.
(Commissaires, MM. Magendie, Serres, Dumas.)

M. Galy annonce qu’on guérit la morve, en aiguisant avec de l’acide hydrochlorique l’eau que boivent les chevaux atteints de cette maladie. Toutefois, il a trouvé préférable d’introduire l’acide dans les tissus au moyen de frictions opérées sur des parties du corps de l’animal où l’on avait rasé les poils. M. Galy cite d’assez nombreuses expériences, desquelles il résulterait que la morve n’est pas contagieuse.

RAPPORTS.
Chimie minérale. — Rapport sur un mémoire de M. Pelouze, intitulé : Sur quelques combinaisons d’azote, de soufre et d’oxigène.
(Commissaires, MM. Thénard, Chevreul, et Robiquet rapporteur.)

« En 1802, Davy consigna dans le tome 20 de la Revue Britannique une observation très curieuse, mais qui demeura pour ainsi dire inaperçue, parce qu’on la considéra comme un fait isolé dont on ne prévit pas toutes les conséquences. M. Pelouze vient de lui donner un heureux développement et d’en faire jaillir des résultats bien remarquables. Davy avait vu que le deutoxide d’azote, ou gaz nitreux, pouvait être complétement absorbé par un mélange de potasse ou de soude et d’un sulfite alcalin, et il constata que de cette réaction résultait une matière particulière qui avait pour caractère principal de dégager abondamment du protoxide d’azote par son contact avec les acides. Comme cette absorption du deutoxide d’azote par un sulfite, ne pouvait avoir lieu sans la présence d’un alcali libre, et que les acides, même les plus faibles, chassaient de cette combinaison, non plus du deutoxide, mais bien du protoxide d’azote, Davy crut pouvoir en conclure que le deutoxide d’azote cédait la moitié de son oxigène au sulfite pour le transformer en sulfate, et que le protoxide qui en résultait se trouvant là à l’état naissant, s’enchaînait aux bases libres par un lien très faible, qui cédait aux moindres influences. M. Pelouze peu satisfait de cette explication, et sachant bien tout ce qu’on peut gagner à connaître le fond des choses, s’est livré à de nouvelles recherches pour se rendre un compte exact de ces phénomènes ; et d’abord, il a voulu s’assurer si un sulfite seul, n’était pas susceptible d’absorber le deutoxide d’azote dans son entier ; mais il a immédiatement reconnu qu’en faisant varier les circonstances, il faisait aussi varier les résultats. En effet, à la température ordinaire, le deutoxide d’azote qu’on fait passer au travers d’une dissolution de sulfite d’ammoniaque, perd la moitié de son volume, se convertit en protoxide d’azote, et transforme une quantité proportionnelle de sulfite en sulfate. À 0°, les résultats sont encore les mêmes ; mais si l’on abaisse la température jusqu’à −15° ou −20°, alors les phénomènes sont tout autres, l’absorption du gaz est complète, et l’on voit apparaître un produit cristallin qui possède des propriétés bien remarquables. Ainsi, et c’est un fait très digne d’attention, puisqu’il avertit le chimiste de ne jamais se hâter de conclure de ce qui arrive dans une circonstance pour ce qui doit arriver dans une autre, nous voyons un simple abaissement de quelques degrés de température, suffire pour déterminer des combinaisons d’un autre ordre ; et puisqu’à −20° le deutoxide d’azote est absorbé sans reste par le sulfite neutre, il en faut bien conclure que l’excès d’alcali supposé indispensable par Davy, ne le devient que dans les circonstances où cet illustre chimiste a opéré. Si maintenant on remarque avec M. Pelouze que cette combinaison de liquide, de sulfite neutre et de deutoxide d’azote est tellement éphémère qu’elle se détruit spontanément à mesure que son refroidissement artificiel cesse, on est naturellement conduit à admettre comme lui que la présence de l’alcali libre, ne sert qu’à donner de la stabilité à cette combinaison, et c’est en effet ce que ses expériences lui ont démontré.

» Une fois le fait principal bien constaté, M. Pelouze a cherché à en établir la théorie, et voici comment il y est parvenu.

» Lorsqu’on fait passer une solution de potasse caustique dans une éprouvette contenant 2 vol. de deutoxide d’azote et 1 vol. d’acide sulfureux, tout est absorbé ; si l’on outre-passe cette proportion de gaz nitreux, l’excédant reste ; lorsqu’on en met moins, une quantité relative de sulfite demeure libre. Ainsi, point de doute, cette combinaison s’effectue dans des proportions bien nettement déterminées. M. Pelouze en conclut que ces deux gaz, réunis dans le rapport indiqué, constituent un acide nouveau, qu’il nomme nitro-sulfurique ; mais il reconnaît que cet acide comme quelques autres, ne peut exister qu’à l’état de combinaison. Du moins, M. Pelouze a fait jusqu’à présent d’inutiles tentatives pour l’isoler.

» On aurait pu supposer, comme le fait remarquer l’auteur, que cet acide est formé d’acide sulfurique et de protoxide d’azote, dans lequel celui-ci remplacerait le protoxide d’hydrogène de l’acide ordinaire ; mais s’il en était ainsi, les sels barytiques formeraient dans les combinaisons de cet acide un précipité insoluble dans l’acide nitrique, et c’est ce qui n’a pas lieu. On ne peut pas supposer davantage que le deutoxide d’azote et l’acide sulfureux demeurent en quelque sorte indépendans l’un de l’autre, puisque d’une part le sulfate rouge de manganèse n’est point décoloré comme dans le cas des sulfites, et que de l’autre la dissolution sulfurique d’indigo reste dans cette combinaison sans y éprouver d’altération, ce qui n’arriverait certainement pas si la solution contenait des nitrates ou des nitrites.

» M. Pelouze admet donc que ces deux gaz combinés dans le rapport de 2 à 1, constituent un acide nouveau, et que cet acide ne doit point être considéré comme la réunion de deux combinaisons binaires, mais bien comme composé de trois élémens unis dans la proportion de 1 atome de soufre, 2 d’azote et 4 d’oxigène. Cette manière de voir viendrait appuyer l’opinion émise par quelques chimistes, sur la nature de diverses combinaisons organiques.

» M. Pelouze, après avoir constaté l’existence et la nature de cet acide nouveau, a étudié ses principales combinaisons avec les alcalis, et il a profité, pour les obtenir dans les circonstances ordinaires, de la stabilité qu’ils reçoivent d’un excès de base. Ainsi, par exemple, il a fait passer pendant plusieurs heures, un courant de deutoxide d’azote dans une dissolution concentrée de sulfite d’ammoniaque mêlée avec cinq ou six fois son volume d’ammoniaque liquide ; on voit alors, au bout d’un certain temps, se déposer successivement de beaux cristaux de même nature que ceux obtenus à −20°, avec le sulfite neutre. On lave ces cristaux avec de l’ammoniaque préalablement refroidie, puis on les fait sécher et on les enferme dans des flacons hermétiquement bouchés. Ils sont inaltérables tant qu’on les prive du contact de corps étrangers, et surtout de l’humidité. Ce sel, projeté sur les charbons ardens, y brûle avec scintillation ; il peut être chauffé jusqu’à 110° sans subir de décomposition ; mais au-delà, le dégagement de protoxide d’azote est si rapide, qu’il y a explosion. Le nitro-sulfate d’ammoniaque se dissout facilement dans l’eau ; mais il s’y décompose avec d’autant plus de rapidité, que la température est plus élevée. Tous les acides en dégagent subitement du protoxide d’azote, et le font passer à l’état de sulfate d’ammoniaque.

» On voit par quel faible lien sont unis les élémens de ces sels, puisque la seule réaction de l’eau plus ou moins prolongée, suffit pour en opérer la séparation. Cette excessive mobilité a fait penser à M. Pelouze qu’il en serait des nitro-sulfates comme de l’eau oxigénée, c’est-à-dire qu’ils pourraient subir une rapide décomposition par le contact passif, du moins en apparence, de certains corps ; et c’est, en effet, ce que l’expérience a pleinement confirmé. La mousse de platine, l’oxide d’argent, et beaucoup d’autres corps, agissent avec une extrême rapidité sur le nitrosulfate d’ammoniaque, et cependant ils ne lui prennent ni ne lui cèdent rien.

» Il en est, de ces combinaisons éphémères, comme de l’équilibre que le moindre souffle peut rompre. L’argent fulminant détonne sous la plus légère pression d’une barbe de plume ; l’eau oxigénée retourne à son état primitif par le froissement de quelques molécules étrangères, mais, chose bien digne de remarque et dont on ne prévoit aujourd’hui aucune explication, les acides paralysent instantanément cette dernière réaction, tandis que, pour les nitro-sulfates, il n’y a que les alcalis qui puissent suspendre l’action de présence.

» M. Pelouze appelle de tous ses vœux l’attention des physiciens sur ces phénomènes inexpliqués jusqu’ici, et il conçoit possible que la solution de cette question conduise à l’intelligence complète de l’important phénomène de la fermentation ; phénomène qui, malgré tant d’efforts et de recherches, nous laisse encore indécis sur le véritable rôle que joue la levûre.

» Enfin, M. Pelouze, après avoir reconnu qu’en mêlant sous l’eau pure 2 volumes de deutoxide d’azote et 1 volume d’acide sulfureux, il y a production d’acide sulfurique et dégagement d’un volume de protoxide d’azote, en induit que les diverses théories proposées pour rendre compte de la transformation du soufre en acide sulfurique, devront subir quelques modifications, puisqu’en définitive l’air n’est pas absolument indispensable à cette acidification, et qu’il est impossible qu’il ne se dégage pas du protoxide d’azote dans les chambres de plomb pendant la combustion du soufre. L’auteur annonce que depuis long-temps il s’occupe de recherches à cet égard, et il espère pouvoir en communiquer sous peu les résultats à l’Académie.

» En résumé, vos commissaires pensent que le Mémoire de M. Pelouze renferme des résultats aussi intéressans qu’imprévus ; que ce Mémoire mérite l’entière approbation de l’Académie, et ils vous proposent d’en ordonner l’insertion dans le Recueil des Savans étrangers. »

L’Académie approuve les conclusions du rapport.

Après la lecture du rapport, M. Magendie dit qu’il a étudié le mode d’action du nitro-sulfate d’ammoniaque sur les animaux et sur l’homme malade.

Sur des chiens, 6 grains de nitro-sulfate d’ammoniaque dissous dans l’eau et injectés immédiatement dans les veines n’ont causé qu’un trouble passager dans les fonctions cérébrales. À la dose de 12 grains il n’est rien résulté d’apparent de l’introduction de ce sel dans l’estomac.

Soit hasard, soit résultat d’une influence particulière du nitro-sulfate d’ammoniaque, des malades de l’Hôtel-Dieu, affectés de fièvres typhoïdes, ont été hors de danger après avoir pris 12 grains de ce sel dissous dans l’eau au moment où il devait être administré. La dose totale qui a été donnée à chaque malade en plusieurs jours est d’environ 1 gros.

Chimie organique.Rapport sur un Mémoire de M. Guérin-Varry, concernant l’action de la diastase sur l’amidon de pommes de terre, et les propriétés du sucre d’amidon.
(Commissaires, MM. Robiquet, Dumas.)

« L’Académie nous a chargés, M. Robiquet et moi (M. Dumas) de lui rendre compte du Mémoire de M.  Guérin-Varry dont nous venons de rappeler le titre ; nous allons remplir ce devoir.

» L’Académie a été si souvent entretenue des expériences dont l’amidon est devenu l’objet depuis quelque temps, qu’il nous semble peu nécessaire de lui remettre sous les yeux les résultats sur lesquels l’auteur du mémoire que nous examinons a pu s’appuyer. Nous chercherons seulement à préciser l’état de la science à l’égard des points sur lesquels il s’est proposé de jeter quelque lumière.

» M. Dubrunfault avait mis hors de doute que l’orge germée exerce une action spéciale sur l’amidon ; qu’elle le fluidifie et le convertit en matière sucrée. MM. Payen et Persoz ont montré plus tard qu’une matière remarquable à laquelle ils ont donné le nom de diastase, existe dans l’orge germée et en reproduit toutes les propriétés avec une intensité vraiment singulière.

» En combinant les résultats de leurs propres observations avec ceux auxquels étaient parvenus les physiologistes ou les chimistes qui ont étudié l’amidon, MM. Payen et Persoz se trouvaient amenés à des conséquences fort remarquables et fort simples.

» Considérant alors l’amidon comme formé d’une substance particulière renfermée dans un sac membraneux, ces deux chimistes pensaient qu’à la température de 65 ou 70°, la diastase déterminait la rupture des sacs et qu’ainsi mise en contact avec la matière intérieure, elle convertissait celle-ci en une substance d’apparence gommeuse, la dextrine, ou bien en sucre de raisin. Avec un contact court, on obtenait beaucoup de dextrine ; avec un contact plus prolongé, le sucre devenait prédominant.

» La diastase se développant dans l’acte de la germination, il devait sembler évident qu’elle servait à fluidifier ou saccharifier l’amidon du grain et l’on expliquait par son influence, la formation de sucre qui accompagne toujours cette fonction : c’est ce que pensèrent les auteurs.

» Quelque temps après, un de nos confrères, M. Dutrochet, étudiant l’action de la diastase sur l’amidon, admit ces mêmes idées, et les prit pour base d’une théorie par laquelle il expliquait la fluidification de cette dernière substance par l’orge germée ou la diastase.

» Les expériences de M. Guérin-Varry changent les principaux élémens de ce problème physiologique et chimique à la fois, et dont le double caractère explique en même temps la difficulté et l’intérêt.

» On peut ramener à trois principales modifications, celles que l’amidon éprouve dans la classe de phénomènes qui nous occupe : sa conversion en empois ; la fluidification de celui-ci ; enfin la saccharification de la matière devenue fluide. L’auteur du mémoire que nous examinons, séparant soigneusement ces effets successifs, étudie sur chacun d’eux l’influence de la diastase.

» D’après ses observations, une proportion de diastase, très forte même, ne produit aucun effet sur l’amidon à la température ordinaire, les deux matières étant délayées dans l’eau. Bien plus, à une température de 50 ou 53°, l’amidon demeure intact sous l’influence de la diastase, tout comme sous celle de l’eau pure.

» Cette remarque est nouvelle ; elle est importante. À partir de 54 jusqu’à 65°, la fécule se dilate et se déchire sous l’influence de l’eau ; elle se convertit en empois. Quand on fait intervenir la diastase, on observe des effets analogues, à de légères nuances près que l’auteur signale, mais l’empois se liquéfie et se saccharifie à mesure de sa formation.

» Ainsi, la diastase ne semble intervenir en rien dans l’hydratation de l’amidon ; elle n’agit que sur l’amidon hydraté, et le convertit promptement en sucre. Sans contredire les faits observés par les auteurs qui ont précédé M. Guérin-Varry, ces expériences en donnent une interprétation nouvelle.

» On vient de voir qu’à la température à laquelle l’eau seule changerait l’amidon en empois, la diastase convertit celui-ci en matière sucrée. Il était essentiel d’examiner si, l’empois une fois produit, la diastase pourrait le saccharifier à de basses températures.

» L’auteur s’est assuré qu’à 20° et en vingt-quatre heures, la diastase convertit en sucre une grande partie de l’amidon pris à l’état d’empois, pourvu qu’on l’emploie en proportion un peu forte. Il a pu obtenir ainsi 77 parties de sucre par 100 d’amidon.

» En quinze minutes, 100 d’amidon à l’état d’empois, ont fourni 35 de sucre par l’action de la diastase à la même température de 20°.

» À la température de la glace fondante, la diastase agit encore, quoique plus lentement sur l’empois et le saccharifie. 100 d’amidon pris à l’état d’empois, traités par un grand excès de diastase, ont fourni environ 12 de sucre.

» Enfin, en formant de l’empois avec une dissolution de sel marin, et l’exposant à l’action de la diastase à une température qui varia de 9 à 5° au-dessous de zéro, pendant deux heures, l’auteur n’a obtenu aucune trace de sucre, quoique l’empois fût devenu sensiblement fluide. Il en conclut qu’à cette basse température, le pouvoir saccharifiant de la diastase disparaît. Cependant, on peut craindre que le sel marin introduit dans le liquide et destiné à prévenir sa congélation, n’ait contribué pour quelque chose à annuler l’action de la diastase. Il est à désirer que l’auteur examine l’action de ce corps à d’autres températures, car dans ces phénomènes obscurs, où l’on n’est guidé par aucune analogie, l’expérience seule peut prononcer sur la nature des effets de chacun des agens mis en présence.

» Nous ajouterons qu’il serait de quelque importance d’étudier comparativement les phénomènes résultant de l’action de la diastase sur l’empois produit au moyen de l’eau pure et sur celui produit par des liqueurs chargées de divers réactifs salins ou autres. Il ne serait pas difficile d’en trouver qui anéantiraient l’action de la diastase, mais on en rencontrerait peut-être qui seraient capables de rendre cette action très énergique, ce qui serait à la fois utile aux arts et curieux pour la théorie.

» Nous nous sommes étendus sur cette partie du mémoire de M. Guérin-Varry, parce qu’elle renferme des observations dirigées avec sagacité et qu’elle jette quelque lumière sur les réactions de l’un des corps les plus curieux que la Chimie organique possède. La diastase, le ferment, la matière active de la présure, celle qu’on peut supposer dans le suc gastrique, sont autant d’agens organiques qui à de faibles doses produisent des phénomènes fort remarquables et d’un haut intérêt. Le mystère qui enveloppe leurs réactions fait désirer que tout ce qui concerne la diastase, le seul de ces principes qui ait été à peu près isolé, soit étudié avec un soin extrême.

» On trouve dans le mémoire de M. Guérin-Varry d’autres observations ; mais comme elles ont surtout pour objet l’étude du sucre d’amidon, et qu’en général, elles ne font que confirmer des faits connus, nous les mentionnerons rapidement.

» L’auteur s’est assuré par de nombreuses épreuves, que le sucre obtenu par l’acide sulfurique et l’amidon, et celui qu’on prépare à l’aide de la diastase, sont exactement semblables. Il est parvenu à les préparer l’un et l’autre à un état de pureté extrême, parfaitement incolores et cristallisés en petits prismes à faces rhomboïdales. On sait que cette espèce de sucre cristallise très difficilement ; mais déjà M. Mollerat, en 1828, avait obtenu des cristaux déterminables de sucre d’amidon fait par l’acide sulfurique, et cette observation se trouve consignée dans le journal de la Côte-d’Or du 17 septembre de cette année.

» L’auteur a déterminé avec soin les principaux caractères du sucre d’amidon. Il en a fait l’analyse élémentaire, et il a confirmé les résultats obtenus par M. Th. de Saussure.

» Il a cherché à contrôler cette analyse par un examen attentif des produits de la fermentation de cette espèce de sucre. Il a déterminé avec soin l’acide carbonique et l’alcool obtenus, mais il s’est constamment présenté une perte de trois centièmes environ, qu’il attribue à la formation des acides acétique et lactique qui se produisent pendant la fermentation.

» Enfin, l’auteur a étudié la matière gommeuse, dont la formation précède celle du sucre, et il en donne les caractères principaux. On doit regretter qu’il n’en ait pas fait l’analyse, car elle eût jeté quelque lumière sur les rapports des trois substances qui se lient si intimement, l’amidon, la matière gommeuse ou dextrine, et le sucre d’amidon.

» Parmi les conséquences que l’auteur tire des faits que nous avons énoncés, il en est une sur laquelle nous devons attirer l’attention de l’Académie.

» On sait que la germination des céréales et celle de l’orge en particulier, donnent naissance à la diastase, et qu’en même temps une partie de l’amidon contenu dans ces graines se transforme en dextrine et même en sucre d’amidon. On a été conduit à lier ces faits et à considérer la diastase comme un produit créé par la germination, et destiné à convertir l’amidon en produits solubles à l’usage de la jeune plante. L’action que la diastase exerce sur l’amidon à 60° environ, étant connue, on avait préjugé qu’elle se reproduirait à la température ordinaire, à l’aide du temps. Les expériences de M. Guérin-Varry prouvent qu’un contact de deux mois entre l’amidon et la diastase ne détermine aucune réaction.

» Faut-il en conclure que la diastase n’intervient pas dans les changemens que l’amidon éprouve pendant la germination ? Nous ne le pensons pas. Il semble seulement que la fécule des graines s’hydrate d’abord par quelque mécanisme qui nous est encore inconnu, et qu’une fois hydratée, elle éprouve l’action de la diastase à froid, comme tout cela arrive avec l’empois ordinaire.

» Reste à trouver comment la fécule des graines se dispose à subir l’action de la diastase ? Comme la question paraît maintenant bien posée, tout porte à croire qu’elle sera promptement résolue par les personnes qui ont fait une étude spéciale des phénomènes physiologiques de la végétation.

» En résumé, le Mémoire de M. Guérin-Varry renferme des observations nouvelles, que nous avons vérifiées en partie, sur les rapports de la diastase avec l’amidon. Il contient des détails intéressans sur les propriétés du sucre d’amidon ou de la dextrine. On y trouve l’indication de plusieurs précautions utiles à connaître pour la préparation du sucre d’amidon et de la dextrine. Il renferme quelques observations microscopiques sur la fécule, et des remarques sur le dosage des produits de la fermentation alcoolique.

» Parmi les résultats que l’auteur rapporte, nous avons dû distinguer ceux qui se rattachent à l’action de la diastase sur l’amidon. Ils nous ont paru nouveaux et dignes de l’intérêt de l’Académie, ce qui nous engage à proposer l’insertion de son Mémoire dans le recueil des Savans étrangers. »

L’Académie adopte les conclusions du rapport.

Procédé industriel.Pâtes destinées à faire couper les instrumens tranchans, présentées par M. Valpêtre, D. M.
(Commissaires, MM. Chevreul, Dumas, Poncelet.)

M. Valpêtre n’ayant pas fait connaître la composition de ses pâtes, les commissaires qui furent désignés à l’époque de la présentation du mémoire, ont pensé qu’ils devaient s’abstenir de tout examen. L’Académie a sanctionné cette détermination.

LECTURES.
Minéralogie.Note sur une grande masse de malachite, trouvée dans les mines ouraliennes de M. Demidoff ; par M.  Al. de Humboldt.

« Une grande masse de malachite vient d’être trouvée dans les mines ouraliennes de M. Demidoff. Cette masse pèse près de cinq mille kilogrammes. La découverte en est d’autant plus importante que, depuis un grand nombre d’années, la malachite, recherchée dans les arts à cause de sa belle couleur, est devenue assez rare, les célèbres mines de Goumelchefskoy[sic] dans l’Oural ayant cessé d’en fournir. M. Schwetzoff, qui dirige avec beaucoup d’habileté les travaux des mines de Nijné-Taguilsk, a fait d’excellentes études à Paris, à l’École des Mines. D’après des hauteurs circumméridiennes du soleil, que j’ai prises dans mon voyage d’Asie septentrionale, la latitude de Nijné-Taguilsk, si riche en platine, en or et en malachite, est de 57° 54′ 58″. Voici le détail que donne la lettre que j’ai reçue de Sibérie ; elle porte la date du 26 juin de cette année :

» On écrit de Nijné-Taguilsk qu’il vient d’être découvert par M. Schwetzoff, dans les mines de cuivre de MM. Paul et Anatole Demidoff, sur le versant des monts Ourals, un gisement de malachite dont on a déjà extrait 80 pouds, près de 3200 livres (1280 kil.), et qui le cède très peu en beauté à celles qui provenaient jadis des mines de Fourchaninoff.

» Dans le même endroit où a été découverte cette malachite, c’est-à-dire à 36 toises de profondeur, et dans la galerie nommée Nadejdnoi, il se présentait une énorme masse de malachite, sans aucune crevasse.

» On a fait des travaux pour la déblayer, et jusqu’à présent sa longueur est déjà de 7 archines et demi (5m,25) ; la largeur de 3 arch. et demi (2m,45) ; sa hauteur de 4 arch. (2m,8) ; ce qui fait juger que son poids peut être de 300 à 350 pouds, 12000 à 14000 livres russes (4800 à 5600 kil.). Le morceau le plus gros connu jusqu’ici, est celui qui a été extrait des mines de Fourchaninoff, de la galerie de Goumelchefskoi[sic] ; il se trouve au Musée du corps des mines à Saint-Pétersbourg ; son poids n’est que de 90 pouds (1440 kil.) Comme il faudrait percer un nouveau puits pour faire arriver le bloc de malachite en entier à la surface du sol, on se propose, après l’avoir isolé et nettoyé de toute la roche décomposée qui l’environne, de construire une espèce de grotte, pour que les curieux puissent l’admirer sur place.

» Les travaux ultérieurs nous apprendront si la masse a plus d’étendue, car on n’en connaît pas encore exactement les dimensions, et l’on suppose qu’elle s’étend davantage en profondeur et en longueur. »

Astronomie.Comète de Halley.

M. Arago annonce que cette comète a été observée à Paris, presque tous les jours de la semaine dernière. Bientôt il présentera à l’Académie le résultat des comparaisons journalières entre les positions observées et calculées. Le nouvel astre augmente rapidement d’intensité. Déjà, la nuit dernière, on commençait à l’entrevoir dans une simple lunette de nuit. On espère pouvoir faire prochainement les premiers essais de la méthode que M. Arago a indiquée pour décider si les comètes brillent d’une lumière propre.

Anatomie.Examen de l’œuf humain, par M. Coste.
(Commissaires, MM. Magendie, Serres, Roux.)

M. Coste s’est proposé de prouver dans son mémoire, que l’œuf et l’embryon humain se développent exactement comme l’œuf et l’embryon des mammifères et des oiseaux. Dans un œuf humain qui devait être fort jeune, puisque l’ombilic était encore largement ouvert, M. Coste a vu simultanément une vésicule allantoïde en tout semblable par ses relations et ses usages à celle des mammifères, et la masse réticulée que M. Velpeau a présentée naguère comme l’allantoïde humaine. L’auteur croit que cette masse est le simple résultat de la coagulation des fluides dont l’œuf est imbibé.

Chimie.Recherches sur la composition de l’atmosphère ; par M. Boussingault.
(Commissaires, MM. Thénard, Dumas)

Nous avons déjà donné, page 36, dans l’extrait d’une lettre de M. Boussingault à M. Arago, les principaux résultats auxquels ce chimiste est arrivé en analysant l’air atmosphérique de la ville de Lyon. Nous pourrons donc aujourd’hui nous borner à faire connaître dans cette courte notice, le moyen d’observation dont M. Boussingault s’est servi pour doser le carbone qui existe dans l’air à tout autre état qu’à celui d’acide carbonique.

« L’air traverse d’abord une dissolution de potasse caustique à 45° de Baumé, dans laquelle il se dépouille d’acide carbonique. Il passe ensuite dans un flacon contenant de l’eau de baryte. Cette eau est troublée légèrement : elle agit en s’emparant des dernières portions d’acide carbonique qui peuvent avoir échappé à la potasse. Vient ensuite un flacon dans lequel on a mis de l’eau de baryte étendue. Ce flacon sert de témoin : la limpidité que conserve l’eau de baryte qui s’y trouve contenue, atteste que l’air a été rigoureusement dépouillé d’acide carbonique. C’est alors que cet air parcourt un tube de porcelaine incandescent, d’où il sort pour se laver de nouveau dans de l’eau de baryte étendue. Ce dernier flacon d’eau de baryte est séparé du tonneau aspirateur[1] par un flacon d’huile.

» Lorsqu’on a fait passer de l’air parfaitement privé d’acide carbonique, à travers le tube chauffé au rouge, il arrive que l’eau de baryte placée immédiatement après le tube, se trouble d’une manière très sensible, de sorte que, en opérant sur une quantité suffisante d’air atmosphérique, il est possible de recueillir le carbonate de baryte et d’apprécier ainsi le poids du carbone qui a été brûlé pendant le trajet de l’air dans le tube chauffé au rouge. Voici le résultat d’une expérience terminée le 5 août, et qui avait été entreprise dans le but de doser le carbone. L’appareil était monté dans la cour de la Faculté des Sciences de Lyon.

» On a fait passer 205l d’air.

» Température moyenne 22°, pression corrigée, 0m,733.

» Ce volume d’air pesait 237g,5 ; le temps était beau pendant l’expérience, l’air calme.

» L’eau de baryte placée avant le tube incandescent est restée d’une limpidité parfaite.

» L’eau de baryte placée après le tube s’est troublée fortement. Le carbonate de baryte a été recueilli ; la portion de ce sel qui adhérait aux parois du vase, a été enlevée au moyen de l’acide acétique.

» Le carbonate, transformé en sulfate, a pesé 0g,685, équivalant à 0g,130 d’acide carbonique, ou à 0g,031 de carbone ; par conséquent, l’air de Lyon contenait 0,00012 de son poids de carbone. Si ce carbone s’y trouvait à l’état d’hydrogène carboné, l’air aurait contenu 0,00022 de son volume de ce dernier gaz.

» Il devient donc intéressant de joindre à la recherche de l’hydrogène, celle du carbone dans les expériences de chimie météorologique. Le principe carburé, dont je viens de signaler la présence dans l’air de Lyon, est-il un produit accidentel dû à la population ? ou bien fait-il réellement partie de l’atmosphère ? C’est à de nouveaux travaux à résoudre cette question. Ce qui est important maintenant, c’est de créer des méthodes qui permettent de découvrir et de doser dans l’air, les principes qui échappent aux moyens ordinaires de l’eudiométrie. Ces méthodes, une fois créées, il ne faudra plus que du temps et de nombreuses séries d’observations, pour obtenir des résultats dont chacun peut dès à présent concevoir toute l’importance. »

Chimie.Théorie des acides hydrogénés ; par M. Longchamp.
(Commissaires, MM. Thénard, D’Arcet, Dumas.)

M. Longchamp annonce avoir été conduit, par une méthode qu’il pourra faire connaître ultérieurement, à cette règle très simple : Il n’y a que trois combinaisons possibles entre deux élémens et de nature contraire, savoir :  ;  ; . Pour concilier cette règle avec les quatre combinaisons connues du soufre et de l’oxigène admises par les chimistes ; avec les quatre combinaisons connues de l’oxigène et de l’azote, l’auteur a recours à la théorie des oxides et des acides hydrogéniques, qu’il a publiée en 1833. Il applique ensuite la même théorie à l’explication des étranges phénomènes que présente le nouvel acide découvert par M. Pelouze.

Dans l’introduction au Mémoire dont nous venons de donner une idée générale, on lit quelques passages tirés textuellement de Stahl, et destinés à prouver que, dans plusieurs de ses expériences, ce grand chimiste croyait, contre l’opinion généralement répandue aujourd’hui, avoir isolé le principe de l’inflammabilité ou le phlogistique. Ainsi, dit M. Longchamp, on n’affirmera plus que pour le chimiste allemand, le phlogistique était un principe insaisissable ou hypothétique.


M. Arago annonce à l’Académie qu’elle vient de perdre M. Léopold Nobili, l’un de ses correspondans de la section de Physique.

M. Nobili, ancien officier d’artillerie dans l’armée du royaume d’Italie, était un observateur exact, scrupuleux, plein de sagacité, de ressources, et animé pour les progrès des sciences d’un zèle que rien ne rebutait. À Paris où il séjourna quelque temps comme réfugié politique, M. Nobili sut se concilier l’estime et l’amitié de tous ceux qui le connurent. Il est mort le 19 août dernier, à Florence, des suites d’une maladie de poitrine dont les premiers symptômes se manifestèrent pendant la campagne de Russie. L’Europe savante tout entière s’associera à nos vifs regrets.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, année 1835, no 4, in-4o.

Geological report of an examination made in 1834 of the elevated country between the Missouri and red Rivers ; by M. G.-W. Featherstonhaugh ; Washington, 1835, in-8o.

Astronomische Nachrichten, n° 284, in-8o.

Correspondance mathématique et physique de l’Observatoire de Bruxelles ; par M. Quetelet, 1835, in-8o.

Esquisses des premiers principes d’Agriculture ; par M. John Lindley ; traduit de l’anglais par M. Charles Morren ; Bruxelles, 1835, in-12.

Carte céleste, sur un plan nouveau ; par M. Hartmann, à Genève.

Carte céleste muette, à l’usage des commençans ; par le même.

Cours élémentaire d’Astronomie ; par M. Emmanuel Develey ; nouvelle édition, Lausanne, 1835, in-8o.

Voyage dans l’Amérique méridionale ; par M. d’Orbigny ; 5e livraison, in-4o.

Fragmens d’Histoire naturelle systématique et physiologique sur les Musaraignes ; par M. G.-L. Duvernoy ; Strasbourg, 1835, in-8o.

Quelques observations sur le canal alimentaire des Semnopithèques ; par le même, in-4o.

Notice critique sur les espèces de grands chats nommés par Hermann Felis Chalybeata et Guttata ; par le même ; in-4o.

Essai de Géologie descriptive et historique ; par M. H. Reboul ; Paris, 1835, in-8o. (M. Brochant de Villiers est chargé d’en rendre un compte verbal.).

Mémoire sur les Courtillières ; par M. Lacène ; Lyon, 1835, in-8o.

Rapport sur les travaux de la Société Géologique de France, pendant les années 1832 et 1833 ; par M. Puillon-Boblaye ; tome 4, Paris, in-8o.

Résumé des travaux de la Société Géologique de France, de novembre 1833 à novembre 1834 ; par M. Rozet ; tome 6, Paris, 1835, in-8o.

Mémoires de la Société royale d’Agriculture et des Arts du département de Seine-et-Oise ; Versailles, 1835, in-8o.

Gazette médicale de Paris, no 35.

Gazette des hôpitaux, no 103.

Gazette de santé, no 105.



Observations météorologiques. — Août 1835


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  1. M. Boussingault appelle ainsi un tonneau qu’on remplit d’eau au commencement de l’expérience, et qui est muni, à sa partie inférieure, d’un robinet. À mesure que l’eau coule, l’air traverse tout l’appareil pour aller occuper la partie de la capacité supérieure du tonneau que le liquide abandonne.