Comptes rendus de l’Académie des sciences/Tome 1, 1835/3 août

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SÉANCE DU LUNDI 3 AOÛT 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN, VICE-PRÉSIDENT.



CORRESPONDANCE.

M. Tréviranus, nommé dernièrement correspondant de la section de Botanique, remercie l’Académie.

M. Demonville demande que des Commissaires soient chargés d’examiner les travaux qu’il vient de terminer concernant Jupiter, ses satellites et la Lune. Ces nouveaux mémoires n’étant que des paraphrases d’une théorie sur laquelle il a déjà été fait deux rapports, on ne donne aucune suite à la demande de M. Demonville.

Le conseil municipal de Montbéliard écrit qu’une statue représentant George Cuvier, sera érigée sur une des places de cette ville le 23 Août prochain, jour anniversaire de la naissance de l’illustre naturaliste. Il témoigne le vœu qu’une députation de l’Académie puisse assister à cette cérémonie.

Météorologie.Diminution des sources dans l’ancien Poitou et dans la Charente-Inférieure.

M. Fleuriau de Bellevue, correspondant de l’Académie, lui a transmis les résultats des recherches auxquelles il s’est livré, dans la vue de répondre à cette question posée par le congrès scientifique de Poitiers en septembre 1834 : Quelle est la cause de la diminution que l’on remarque depuis vingt ans dans le nombre et le volume des sources ?

Suivant M. Fleuriau, c’est seulement depuis dix ans et non pas, comme on le dit, depuis environ vingt ans, que les sources ont diminué dans la contrée qu’il habite. Ce phénomène, il l’attribue exclusivement à une diminution dans la quantité d’eau qui est tombée sous forme de pluie. M. Fleuriau ne croit pas qu’il soit nécessaire d’en chercher la cause, ainsi que divers météorologistes l’ont fait, dans les travaux de dessèchement, d’irrigations, de canalisation ; dans les tranchées pratiquées tant pour les routes nouvelles, les mines et les carrières, que pour la grande division des propriétés, et qui ne permettent pas aux eaux souterraines voisines de la surface, de parcourir d’aussi longs trajets qu’autrefois. Quoique l’appauvrissement et la disparition des sources aient été, dans ces dix dernières années, pour le Poitou et la Charente-Inférieure une véritable calamité, les récoltes ne paraissent pas en avoir souffert. Ce fait curieux, notre auteur l’explique en remarquant que la diminution annuelle de la pluie n’a pas porté également sur tous les mois. Voici, au surplus, et presque dans les propres termes de M. Fleuriau, le résumé des observations météorologiques sur lesquelles il se fonde. Elles ont été faites à La Rochelle, de 1777 à 1793, et dans le canton de Courçon, de 1810 à 1833 inclusivement[1].

La diminution sensible des pluies ne date que de l’année 1825.

Les huit mois de février à septembre inclusivement ne reçoivent, à La Rochelle, en général, que des pluies médiocres, qui, étant bientôt absorbées par l’action du soleil, des vents et de la végétation, ne peuvent pénétrer assez profondément pour alimenter suffisamment les sources.

On voit, en effet, que la moyenne de ces huit mois n’a été que de 20 lignes 3 dixièmes par mois, dans les trente-deux années qui précèdent 1825, et que de 19 lignes 9 dixièmes dans les neuf dernières années, y compris 1833.

Les quatre mois d’octobre, novembre, décembre et janvier sont, en quelque sorte, les seuls qui puissent approvisionner les sources pour un certain temps, à raison du grand volume et de la longue durée de leurs pluies, ainsi que de la faible évaporation qui règne dans cette période de l’année. On a recueilli, en effet, mensuellement, pendant ces quatre mois des trente-deux années précitées, 32 lignes 8 dixièmes, ce qui donne près d’un pouce d’eau de plus par mois que les huit mois précédens de la même période ; or il n’est tombé que 23 lignes 5 dixièmes d’eau dans les quatre pareils mois des neuf dernières années ; il y a donc une diminution, dans la cause alimentaire des sources, de 28 pour cent entre ces deux périodes, différence suffisante pour expliquer le phénomène que les environs de La Rochelle ont présenté.

L’égalité presque complète qui existe entre les quantités totales de pluie des huit mois de février à septembre de l’une et de l’autre période (la différence n’est, en effet, que de 4 dixièmes de ligne par mois, ou d’environ 2 pour cent), mérite d’autant plus d’être signalée, que ces huit mois sont ceux pendant lesquels la plupart des végétaux prennent leur accroissement et parviennent à la maturité.

D’après cette remarque, on ne doit pas s’étonner si la forte diminution de pluie des neuf dernières années, ne paraît avoir eu aucune influence sur les récoltes de cette même période, qui, en général, a été tout aussi productive que la précédente.

L’année 1834 a présenté le plus grand de tous les déficits. On n’y compte que quatre-vingt-quatorze jours de pluie et 17 pouces 4 lignes 8 dixièmes d’eau, tandis que les moyennes des trente-deux années précitées, ont été de cent quarante-huit jours et de 24 pouces 5 lignes 4 dixièmes, ce qui donne une diminution de 29 pour cent sur l’année entière, et spécialement de 55 pour cent sur les quatre mois de janvier, octobre, novembre et décembre.

Géographie physique.Statistique des forages artésiens du département des Pyrénées-Orientales.

Il n’existait naguère, dans le département des Pyrénées-Orientales, aucune source artésienne artificielle. Aujourd’hui les forages s’y multiplient si rapidement, que M. Farines, auteur de la note communiquée à l’Académie et qui fait le sujet de cet article, a déjà pu, sans trop de prétention, l’intituler Statistique des puits forés de l’ancien Roussillon.

Le tableau suivant fera connaître la situation des principaux de ces puits, leur profondeur, la hauteur du jet au-dessus du sol, et enfin, les quantités d’eau qu’ils fournissent par minute, exprimées en litres.

DATE
du forage.
LOCALITÉS ;
leur orientation par rapport à Perpignan.
PROFONDEUR
du sondage.
HAUTEUR
du jet au-dessus du sol.
QUANTITÉ
d’eau en une minute.
1829
Puigsec, O 
42m 0,50
20l
1833
Bages, S 
46 1,50
1140
1833
Rivesaltes, NO 
56 0,60
450
1834
Rivesaltes, NO 
55 0,55
630
1834
Bages, S 
53 1,60
1000
1834
Belrig, SE 
53 0,60
20
1835
Toulouges, OSO 
70 0,45
940

Le nombre des puits non terminés, mais en cours d’exécution, et dont on peut espérer tout succès, est en ce moment de cinq ou six dans le seul voisinage de Perpignan.

L’eau de tous ces puits est de bonne qualité. Celle du plus profond, je veux dire du puits de Toulouges, jaillit, d’après les observations de M. Farines, à +18°5 centigrades, ce qui, en prenant 15°,5 pour la température moyenne de Perpignan, donnerait un degré centigrade d’augmentation pour 23 mètres d’enfoncement. Ce nombre est probablement un peu trop petit.

Les propriétaires de puits artésiens vivent dans la continuelle appréhension que les percemens exécutés dans leur voisinage, ne viennent les priver de la totalité ou d’une grande partie des eaux dont ils jouissent. Ces craintes ne sont pas sans quelque fondement. Lorsque l’eau commença à jaillir du second trou de sonde de Bages, le volume de liquide fourni par le premier qui, à la vérité, n’en est éloigné que de 33 mètres, diminua subitement de moitié. M. Farines cite, d’autre part, et par voie de compensation, la seconde source de Rivesaltes, dont le produit s’est élevé, aussi tout d’un coup et avec une grande émission de sable et de gravier, de 350 litres par minute à 630 litres.

« Les terrains des Pyrénées-Orientales traversés par la sonde, ont tous offert, dit M. Farines, des couches d’argile marneuse ou sableuse, alternant avec des sables plus ou moins fins. Dans quelques cas il a été rencontré des marnes et des grès coquillers. » L’eau jaillissante s’est toujours trouvée dans une couche de sable grossier. Moins cette couche offrait de résistance à l’action de la sonde, plus elle était désagrégée, et plus le courant de liquide ascendant avait de volume. Dans aucun des forages des Pyrénées-Orientales, on n’a traversé en totalité les terrains de sédiment tertiaires.

AstronomieNouvelle Éphéméride de la Comète de Halley.

Parmi les articles de correspondance de la séance d’aujourd’hui, nous avons remarqué au no 287 des Astronomische Nachrichten de M. Schumacher, une nouvelle éphéméride de la comète de Halley, due à M. Lehmann, pasteur à Derwitz près de Potzdam. M. Lehmann a calculé avec un soin minutieux les perturbations que la comète a éprouvées pendant ses deux dernières révolutions. Les élémens elliptiques, pour l’époque actuelle, qui sont sortis de cette laborieuse discussion, ont ensuite servi à déterminer les positions consignées dans le tableau suivant, où la distance moyenne du soleil à la terre est censée l’unité.

DATE. ASCENSION
droite
de la comète.
DÉCLINAISON. DISTANCE
de la comète
au soleil.
DISTANCE
de la comète
à la terre.
18 Août 1835 85°54′
22°25′ Bor.
1,87 2,19
30 88.8
23.30
1,71 1,81
3 Septemb. 88.44
23.54
1,66 1,68
15 90.30
25.47
1,51 1,28
27 92.14
29.35
1,32 0,84
5 Octobre 93.55
35.17
1,20 0,55
13 98.46
53.10
1,08 0,27
14 100.44
58.13
1,07 0,24
15 104.6
64.34
1,05 0,21
16 112.14
72.35
1,04 0,18
17 141.39
81.12
1,02 0,17
18 227.13
79.38
1,01 0,16
19 252.36
66.54
0,99 0,15
20 259.59
53.13
0,98 0,16
21 263.10
41.3
0,96 0,17
22 265.1
31.9
0,95 0,20
23 266.12
23.22
0,93 0,22
24 267.2
17.19
0,92 0,25
25 267.38
12.34
0,90 0,28
29 268.48
1.3 Bor.
0,84 0,42
2 Novemb. 269.2
4.47 Aust.
0,78 0,57
10 268.40
10.37
0,68 0,86
18 267.17
13.51
0,61 1,12
26 264.41
16.16
0,59 1,36

Ces résultats diffèrent, à plusieurs égards, de ceux qui ont été déjà publiés. Ainsi, par exemple, M. Lehmann fait remarquer que d’après l’éphéméride calculée par M. Boguslawski sur les élémens elliptiques de M. de Pontécoulant, la comète serait à sa moindre distance de la terre, le 6 octobre, tandis que, suivant lui, le passage de l’astre par le point de cette moindre distance n’aura lieu que le 19 du même mois[2]. Cette différence est importante ; car le 19 et le 6 octobre correspondent, le premier de ces jours à une nouvelle, et le second à une pleine lune. Si l’éphéméride de M. Lehmann est exacte, la comète se verra bien plus éclatante qu’on ne devait l’espérer.

Astronomie.Élémens paraboliques de la Comète découverte au commencement de cette année par M. Boguslawski.
Passage au périhélie 
1835. avril, 3,4476 temps moyen de Greenwich.
Longitude du périhélie 
204°.19′.33″
Comptés de l’équin. moyen de 1835.
Nœud 
59°.4′.12″
Inclinaison 
9°.1′.56″
Log. de la distance 
0,3140222
Sens du mouvement 
rétrograde.

Ces élémens ont été calculés par M. C. Rumker.

Antiquités égyptiennes. — M. Richard, capitaine de corvette en retraite, écrit qu’il a trouvé, dans les phénomènes d’équidistances lunaires, les moyens d’expliquer naturellement ce que les monumens égyptiens renferment de plus extraordinaire. « Tout le ridicule qu’on voudra, dit-il, si je me trompe ; un peu de justice si je dis vrai. Voilà ce que je demande. »

M. Richard sera invité à envoyer son mémoire.

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Mécanique appliquée.Machine pour faire artificiellement de la glace. Soufflerie continue, par M. J.-B. Cellier-Blumenthal.
(Commissaires, chargés d’examiner ce mémoire, MM. Girard, Navier, Poncelet.)

Le moyen dont M. Cellier veut faire usage pour engendrer artificiellement de la glace, est celui de Leslie. La nouvelle machine présente seulement une beaucoup plus grande étendue de surface absorbante et est destinée à fonctionner d’une manière continue. Suivant M. Cellier, sa glace ne reviendrait qu’à 1 fr. 50 c. les 100 kilogrammes.

On se fera une idée suffisante de la seconde machine de M. Cellier, de sa soufflerie continue, si l’on imagine que six soufflets ordinaires soient attachés longitudinalement, chacun par une de ses joues, aux six rayons d’une roue verticale, tandis que l’autre joue de chaque soufflet conserve toute sa mobilité, mais est chargée d’un gros poids. Ces poids, pendant la rotation de la roue, se trouvent tantôt au-dessous et tantôt au-dessus de chaque soufflet. Dans le premier cas, ils écartent leurs deux joues ; dans l’autre ils les rapprochent, produisant ainsi alternativement, par la seule action de la pesanteur, le double mouvement ordinaire de ce genre d’appareil. Supposez maintenant toutes les tuyères dirigées vers le centre de la roue, et vous y engendrerez non-seulement un vent continu, mais qui plus est, un vent à peu près constant.

Chimie.Nouvelles Recherches pour servir à l’histoire de l’Opium et de ses principes, par M. J. M. J. Pelletier.
(Commissaires, MM. Thénard, Dumas, Robiquet.)

Ce nouveau travail de M. Pelletier a été fait, pour la majeure partie, non sur l’opium en nature, mais sur une masse considérable d’eaux-mères accumulées, provenant d’une manufacture de produits chimiques. Les recherches de l’auteur ont d’abord porté sur les eaux-mères ammoniacales de morphine, qu’on avait jusqu’ici perdues, et qui semblent, cependant, pouvoir fournir des quantités notables de morphine, de narcéïne et de codéïne. M. Pelletier prouve ensuite que les eaux-mères alcooliques elles-mêmes méritent quelque attention. Un chapitre est consacré à la matière trouvée dans l’opium, en 1826, par M. Dublanc. Cette matière, suivant M. Pelletier, serait un mélange de méconine et de codéïne.

En essayant d’extraire la morphine à l’aide de la chaux, l’auteur du mémoire retrouve la substance qu’il appelle para-morphine, parce que sa composition chimique est précisément celle de la morphine, dont elle diffère, au reste, en ce qu’elle ne rougit pas par l’acide nitrique concentré ; en ce qu’elle ne forme pas de sels cristallisables avec les acides ; en ce qu’elle ne devient pas bleue par les sels de fer.

M. Pelletier a fait l’analyse d’un opium que le général Lamarque avait recueilli dans sa terre d’Eyrès, département des Landes. Il y a trouvé la morphine en plus grande proportion que dans l’opium d’Orient, tandis que la narcotine n’y existe pas. Cette disparition complète d’un principe immédiat, est de nature à intéresser les physiologistes ; mais elle ne pourra nuire à la valeur commerciale de l’opium du midi de la France, car, en Pharmacie, on cherche, tant qu’on peut, à dépouiller l’extrait d’opium de narcotine.

La narcéïne sur laquelle l’auteur promet de plus amples recherches, a comme l’amidon, la propriété de colorer l’iode en bleu.

Le dernier chapitre du mémoire de M. Pelletier, est relatif à une substance que ce chimiste appelle pseudo-morphine à cause qu’elle jouit des deux propriétés les plus caractéristiques de la morphine, savoir, celle de rougir par l’acide nitrique, et la propriété de devenir bleue par les sels de fer. La pseudo-morphine n’est pas vénéneuse. L’analyse chimique y a fait trouver : 52,7 de carbone ; 5,8 d’hydrogène ; 4,1 d’azote et 37,4 d’oxigène. Il y a ici, environ un quart de moins de carbone que dans la morphine et le double d’oxigène.

Chimie pharmaceutique. — Mémoire sur la préparation de tous les extraits pharmaceutiques par la méthode de déplacement, au moyen d’un appareil approuvé par l’École de Pharmacie ; suivi d’un tableau donnant exactement les quantités d’extraits fournies par chaque plante ; par M. Dausse.
(L’auteur présente ce mémoire pour le concours Montyon.)

M. Dausse ne décrit pas dans son mémoire le procédé qu’il emploie ; il le fera fonctionner sous les yeux des commissaires de l’Académie. L’auteur voudrait que les médecins ordonnassent seulement des extraits secs, attendu, dit-il, qu’ils se prêtent mieux aux mélanges, et qu’ils permettent un dosage plus exact. Deux grands tableaux font connaître le rapport trouvé par M. Dausse, entre le poids de chaque nature de substance et celui de l’extrait sec qu’elle fournit.

Mécanique.Mémoire sur la Pénétration des projectiles dans divers milieux résistans, et sur la Rupture des corps par le choc ; par MM. Piobert et Morin, capitaines d’artillerie.
(Commissaires, MM. Dupin, Navier, Poncelet.)

Les résultats consignés dans le mémoire dont on vient de lire le titre, sont extraits d’un travail exécuté à Metz par une commission que le ministre de la guerre a chargée de faire des expériences principalement relatives au service de l’artillerie. On y trouve des recherches sur les lois de la pénétration des projectiles dans divers milieux, et notamment dans les pierres, les maçonneries, les terres, les bois et les métaux ; des observations sur le mode de rupture des boulets ; sur le mouvement d’un corps sphérique dans un milieu mou, sous l’action d’un effort de traction constant ; etc.

En attendant que les commissaires de l’Académie aient apprécié le mérite du mémoire de MM. les capitaines Piobert et Morin, et qu’il nous soit possible d’insérer dans ces feuilles une analyse de leur Rapport, nous signalerons en peu de mots plusieurs des conséquences auxquelles ces officiers sont arrivés.

Lorsque des corps sphériques vont choquer des roches calcaires, des maçonneries, des moellons, du bois, de la fonte, du plomb, le volume de l’impression faite dans le milieu choqué, est proportionnel à la force vive du projectile, c’est-à-dire à sa masse multipliée par le carré de la vitesse.

Cette loi, déjà indiquée par don George Juan, n’avait jamais été vérifiée pour de grandes vitesses. Les auteurs du Mémoire ont ordinairement employé des boulets de 24, de 16, de 12, lancés sur le but à des distances de 20 à 25 mètres, avec des charges qui allaient quelquefois jusqu’à la moitié du poids du boulet ; avec des vitesses qui, au moment du choc, s’élevaient jusqu’à 575 mètres. Dans plusieurs expériences, ils se sont même servis de boulets de 39 kilogrammes, tirés à l’aide de l’obusier de 8 pouces.

Si l’on appelle K le rapport, constant pour un même milieu, de la force vive du projectile au volume de l’impression, on déduit des expériences les valeurs suivantes :

Bois de sapin. 
K = 3 940 000.
Maçonnerie de moellons avec la chaux de Metz. 
K = 4 620 000.
Bois de chêne. 
K = 6 020 000.
Calcaire oolithique de Metz. 
K = 8 350 000.
Plomb. 
K = 22 150 000.
Fonte. 
K = 164 600 000.

« Jusqu’à une certaine limite de dureté et de vitesse, le projectile se rompt en se divisant suivant des secteurs sphériques dont l’arête commune de séparation est le diamètre normal du point qui a, le premier, touché le but. Quand le métal du boulet est très dur et cassant, comme la fonte blanche ou mêlée, le projectile ne se déforme pas avant de se rompre. S’il est un peu malléable, comme la fonte grise, le projectile s’aplatit à la partie choquante, s’élargit vers le milieu, et c’est ensuite qu’il se partage en secteurs.

» Quand le corps choqué est très dur, comme la fonte, et que la vitesse d’arrivée dépasse 70 mètres par seconde, le mode de rupture est différent. Alors la partie antérieure du boulet se déforme et devient la base d’un, ou, plus généralement, de plusieurs noyaux coniques, qui s’enveloppent les uns les autres, et dans lesquels les angles des bases et des génératrices diminuent graduellement à mesure que la vitesse augmente. En outre, le reste du projectile se partage autour de l’axe de ces noyaux, suivant des plans méridiens. »

Le travail de MM. Piobert et Morin renverse de fond en comble les espérances que divers officiers avaient conçues sur l’emploi de la fonte comme armature des revêtemens à l’emplacement des brèches, comme massifs d’embrasures, et comme base principale de la construction du matériel d’artillerie destiné à la défense des places. Pour le prouver, il nous suffirait sans doute de dire, qu’en deux coups de boulet de 24 animés de la faible vitesse de 265 mètres par seconde, ces officiers fendirent, sur un mètre de profondeur, un bloc de fonte qui avait 0m,30 de large et un mètre de hauteur. Ajoutons, toutefois, que dans ces expériences, des éclats métalliques volumineux étaient quelquefois lancés à des distances de 30 à 40 mètres.

La chaleur développée au moment de la pénétration d’un projectile dans des pierres calcaires ou dans du mortier, n’a pu être appréciée avec exactitude. Il suffit, cependant, de remarquer que la poussière contenue entre la roche et le boulet, n’est plus à l’état de carbonate, qu’elle a complétement la saveur caustique de la chaux vive, que son acide s’est dégagé, pour qu’on soit autorisé à affirmer que cette chaleur est très intense.

Quant à la température qu’engendre le choc d’un boulet sur un corps métallique, MM. Piobert et Morin essaient de la déduire de la teinte bleue que prennent les bords tranchans des diverses lignes de rupture. Des expériences de Karsten les conduisent à supposer que cette chaleur est d’environ 600° centigrades.

Chimie appliquée.Mémoire sur la fabrication et plus particulièrement sur le séchage de la poudre de guerre, par le lieutenant-général Bazaine au service de la Russie.
(Commissaires, MM. Gay-Lussac, Rogniat, Séguier.)

Le mémoire de M. Bazaine renferme un examen détaillé des méthodes de séchage employées dans les diverses manufactures de France, d’Angleterre et de Russie, et surtout la description d’un procédé à l’aide duquel, en mettant simultanément en jeu la chaleur et la vitesse de l’air, cet officier-général pense avoir obtenu toute la promptitude d’action et la sûreté désirables.

Médecine.Mémoire concernant l’action des plantes contenant du Tannin et l’action du Tannin lui-même, sur la propriété vomitive du Tartrite antimonié de potasse, et sur diverses conséquences thérapeutiques nouvelles ; par M. A. Toulmouche, médecin à Rennes.

Dans ce mémoire, destiné au concours Montyon, l’auteur se propose d’établir :

1o.Que le tannin n’empêche nullement l’action vomitive du tartre stibié et que, par conséquent, il ne doit pas être employé comme antidote ;

2o.Qu’il en est de même des décoctions de plantes qui contiennent du tannin, telles que celles de quinquina, de noix de galle, des racines de ratanhia, de gentiane, de rhubarbe, de gomme kino, quoiqu’elles soient préconisées comme décomposant le tartrite antimonié de potasse et susceptibles d’arrêter ses effets ;

3o.Que la poudre de quinquina et surtout celle de noix de galle, empêchent l’action de l’émétique, alors seulement qu’elles arrivent dans l’estomac préalablement mélangées avec ce sel ;

4o.Enfin, que le quinquina n’exerce aucune influence sur l’action vomitive du kermès et de l’ipécacuanha.

Physique.Recherches sur les Variations que les sels dissous en diverses proportions produisent dans le point d’ébullition de l’eau ; par M. J.-N. Legrand.
(Commissaires, MM. Gay-Lussac, Dulong, Dumas.)

M. Legrand s’est proposé, ainsi que le titre de son mémoire l’indique, d’évaluer la variation qu’éprouve le point d’ébullition de l’eau, suivant les proportions de divers sels que cette eau peut tenir en dissolution. Pour chaque nature de sel, l’expérience a été poussée depuis l’eau pure jusqu’à l’eau entièrement saturée. Voici les principaux résultats :

Noms des sels. Proportion de sel
pour 100 d’eau,
au point de saturation.
Retard du terme d’ébullition
de l’eau saturée, en prenant
pour point de départ le degré d’ébullition de l’eau pure.
Chlorate de potasse 
61,5 
4°,2 centigrades.
Chlorure de barium 
60,1 
4,4
Carbonate de soude 
48,5 
4,6
Chlorure de potassium 
59,4 
8,3
Chlorure de sodium (sel marin) 
41,2 
8,4
Hydrochlorate d’ammoniaque sublimé 
88,9 
14,2
Tartrate neutre de potasse 
296,2 
14,6
Nitrate de potasse 
335,1 
15,9
Chlorure de strontium 
117,5 
17,8
Nitrate de soude 
224,8 
21,0
Carbonate de potasse 
205,0 
35,0
Nitrate de chaux 
362,2 
51,0
Chlorure de calcium 
325,0 
79,5

M. Legrand a remarqué, pendant l’ébullition de ces diverses dissolutions salines, les soubresauts, si bien connus des physiciens, auxquels l’eau pure est sujette. Quelques sels, même en petites proportions, les préviennent presque complètement ; d’autres, et en première ligne le tartrate neutre de potasse, les favorisent à un haut degré. On croit généralement que pour empêcher ces soubresauts, il suffit de jeter dans le liquide des parcelles d’un métal quelconque ; M. Legrand regarde cette opinion comme une erreur : suivant lui, la nature du métal est le point essentiel, et les métaux les plus oxidables, tels que le zinc et le fer, sont ceux qui agissent avec le plus d’efficacité.

Botanique.Harmonie des organes végétaux étudiés principalement dans l’ensemble d’une même plante, par le comte de Tristan.
(Commissaires, MM. Mirbel, Adrien de Jussieu, Richard.)

Le mémoire de M. de Tristan se compose de plus de 300 pages in-4o. Pressés par le temps, nous sommes forcés de renvoyer la publication de l’analyse de ce travail, à l’époque où les commissaires de l’Académie feront leur rapport.

LECTURES.
Physique.Des propriétés électriques particulières que les substances minérales conductrices acquièrent quand elles sont en contact avec l’eau ; par M. Becquerel.

M. Becquerel avait déjà fait voir que deux lames, l’une d’or et l’autre de platine, ne donnent naissance à aucun effet électrique de tension par leur contact mutuel. Il résultait, de plus, de ses expériences, que si après avoir attaché ces deux lames aux deux extrémités du fil d’un multiplicateur, on les plonge dans un liquide qui ne réagit pas chimiquement sur l’or et sur le platine, il n’en résulte aucun courant. D’autre part, le simple contact de ces mêmes métaux avec le peroxide de manganèse, l’anthracite, la plombagine, etc., engendre de l’électricité de tension. Il était donc naturel d’étudier les courans dans des circuits fermés dont ces mêmes substances feraient partie. Tel est le principal objet des recherches que M. Becquerel a soumises aujourd’hui à l’Académie.

Supposons qu’une lame de platine et un cristal de peroxide de manganèse soient plongés en partie dans une même couche d’eau distillée, c’est-à-dire dans un liquide qui n’agit chimiquement ni sur le premier, ni sur le second de ces corps ; que les deux extrémités du fil d’un multiplicateur, puissent être amenées, ensemble ou séparément, à toucher, l’une la lame, la seconde le cristal, en sorte que le circuit soit ouvert ou fermé à la volonté de l’expérimentateur. Eh bien ! il y aura deux cas distincts à considérer : Quand on ouvre et ferme le circuit à de courts intervalles, l’aiguille magnétique de l’appareil reste en repos ; dans le cas, au contraire, où la solution de continuité a existé pendant plus de cinq minutes, l’aiguille se dévie au moment de la fermeture du circuit ; l’angle qu’elle parcourt croît avec la durée de l’interruption, mais la déviation ne subsiste que quelques instans. Cette augmentation d’effet a probablement une limite, déterminée par la force avec laquelle les électricités tendent à s’échapper des corps à la surface desquels elles se sont accumulées. M. Becquerel annonce, au surplus, des expériences qui montreront à tous les yeux, jusqu’à quel point il est permis d’assimiler les surfaces de la lame de platine et du cristal de peroxide de manganèse, à la couche isolante du condensateur.

L’instantanéité de la décharge, dans les expériences dont nous venons de rendre compte, n’a plus lieu quand la portion immergée du cristal a une grande étendue, c’est-à-dire, plusieurs centimètres carrés, par exemple. Suivant M. Becquerel, le peu de conductibilité du minéral ne permet pas alors à toute l’électricité intermoléculaire de s’écouler subitement.

M. Becquerel ayant plongé dans l’eau, mais seulement à moitié, un morceau de peroxide de manganèse composé de cristaux groupés irrégulièrement, a pu reconnaître, à l’aide des deux fils du condensateur promenés successivement sur toutes les parties de ce groupe cristallin, comment l’électricité s’y trouve distribuée. Peu de temps après l’immersion, les points non mouillés, mais les plus rapprochés de la portion immergée, possèdent l’électricité négative ; les points les plus éloignés du liquide, l’électricité positive. Il existe, comme de raison, des points neutres ou privés de toute trace d’électricité, entre les points négatifs et les points positifs. Un cristal de peroxide de manganèse à moitié plongé dans l’eau, devient donc, quant à ses propriétés électriques, une sorte de tourmaline[3].

La place que le peroxide de manganèse, l’anthracite, la plombagine, occupent sur notre globe, permet de croire que M. Becquerel vient de toucher à des considérations dont il ne sera plus guère permis aux géologues de faire abstraction.

Cristallographie.Sur les moyens de produire à l’aide de forces électriques très faibles, de la Malachite semblable à celle que l’on trouve dans la nature ; par M. Becquerel.

Il y a un an, M. Becquerel avait formé de la Malachite par des actions chimiques faibles et long-temps prolongées. Un morceau de calcaire grossier ayant été plongé entièrement dans une dissolution de nitrate de cuivre, se recouvrit à sa surface de petits cristaux de sous-nitrate de cuivre. Ce composé, mis en contact avec une dissolution de bicarbonate de soude, fut changé en double carbonate de cuivre et de soude, lequel, traité par le sulfate de cuivre, donna naissance à un sous-sulfate de cuivre et à du carbonate de cuivre hydraté. Voici maintenant de quelle manière, avec des forces électriques très faibles, il est possible d’arriver au même résultat :

On recouvre une lame de cuivre, de cristaux de double carbonate de cuivre et de soude, et l’on dispose l’appareil de telle sorte que cette même lame, plongeant dans de l’eau, en soit le pôle positif ; on fait arriver ensuite lentement sur ce pôle, de l’oxigène et de l’acide sulfurique destinés d’une part, à oxider le cuivre, et de l’autre à décomposer le double carbonate. Il se forme alors du sulfate de soude, lequel reste dissous, et du carbonate de cuivre, qui cristallise en petites aiguilles.

Magnétisme animal.Mémoire sur le Magnétisme animal ; par M. Dupotet.

M. Dupotet demande à l’Académie la permission de la rendre témoin d’expériences qui, suivant lui, « semblent, par leur nature, ne devoir être sujettes à aucune contradiction… Ces expériences, ajoute-t-il plus loin, ne pourront être confondues avec aucune de celles qui ont été tentées ou proposées pour arriver à prouver l’existence du magnétisme animal : elles sont entièrement différentes, et m’appartiennent en propre. »

L’Académie, d’après ses usages, ne refuse de commissaires qu’aux prétendus inventeurs du mouvement perpétuel, de la quadrature du cercle et de la trisection de l’angle. Elle a donc chargé une commission composée de MM. Gay-Lussac, Dulong, Magendie, Becquerel, Serres, Double et Roux, d’examiner les expériences annoncées. Toutefois, et en exécution du Réglement, les commissaires, avant de se livrer à aucun travail, exigeront de M. Dupotet un mémoire, dans lequel toutes les expériences qui devront être l’objet de leurs investigations, seront décrites et analysées avec des détails suffisans.

NOMINATIONS.
Nomination d’un correspondant.

Les candidats, dans l’ordre présenté par la section de physique générale, étaient : MM. Melloni, à Parme ; Marianini, à Venise ; Amici, à Florence ; Erman, à Berlin ; Rudberg, à Stockholm ; Bellani, à Monza. Quarante-deux membres prennent part au scrutin.

M. Melloni réunit 33 voix ; M. Marianini 4 ; MM. Amici, Erman et Bellani chacun une. Il y avait deux billets blancs. M. Melloni est proclamé correspondant de l’Académie.

Nomination de la commission de Mécanique du concours Montyon.

La commission, nommée au scrutin, qui devra statuer sur les pièces envoyées au concours pour le prix de Mécanique de la fondation Montyon, est composée de MM. Poncelet, Navier, Dupin, Prohy et Girard.


Il est donné lecture d’une lettre par laquelle M. le ministre de l’Instruction publique informe l’Institut qu’une députation de douze de ses membres fera partie mercredi prochain du cortége funèbre des victimes de l’attentat du 28 juillet.

M. le Président est invité à désigner lui-même les membres de l’Académie des Sciences qui se joindront aux députations des quatre autres Académies de l’Institut.

La séance est levée à 5 heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Mémoires minéralogiques concernant le Wurtemberg et la Forêt Noire, par M. Henri de Struve ; 1807, un vol. in-8o (en allemand).

Bibliothèque universelle de Genève, avril 1835.

Traité élémentaire d’Histoire naturelle, par MM. Martin Saint-Ange et Guérin, 19e livraison, in-8o.

Bulletin général de thérapeutique médicale et chirurgicale, par M. Miquel, tom. 9, 5e livraison, in-8o.

Nouvelles astronomiques de M. Schumacher, nos 382 et 227 ; Altona, in-4o (en allemand).

Bulletin de la Société industrielle d’Angers, nos 3 et 4, 6e année, et Compte rendu de la séance générale et annuelle des Sociétés d’Agriculture, industrielle et de Médecine de la même ville.

Tableau statistique de l’École pratique de Metz, et résultat des opérations de cet établissement en 1834.

Journal des Connaissances médicales-pratiques, par MM. Tavernier et Baude, tom. 2, avril 1835.

Gazette médicale de Paris, no 31.

Gazette des Hôpitaux, no 89 à 92.

Journal de Santé, no 101.

Écho du Monde savant, no 69.



Observations météorologiques. — Juillet 1835


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  1. Ces observations ont été faites d’abord à 4 et ensuite à environ 12 mètres au-dessus du niveau de la mer, savoir, les premières par feu M. Seignette, secrétaire de l’Académie ; celles de 1810 à 1829, à la Vallerie, par feu M. de Monroy, directeur (avec M. Fl.) d’un dessèchement de 6 mille hectares sur les bords de la Sèvre Niortaise ; finalement, elles ont été continuées à Courçon par M. Vincent. On a toujours employé le même udomètre, qui (on s’en est assuré) est encore parfaitement intact. Le sommaire de ces observations, jusqu’en 1827, est consigné dans les Annales de Chimie et de Physique de 1829, tome XLII, page 360. (Note de M. Fleuriau.)
  2. Une éphéméride, calculée par M. Bouvard, sur des élémens obtenus aussi par M. de Pontécoulant, donnait le neuf octobre pour la date de la moindre distance de la comète à la terre.
  3. Depuis la communication faite à l’Académie, M. Becquerel ayant répété cette expérience, a conçu que l’effet observé pourrait être attribué à une couche d’humidité excessivement mince qui adhérerait à la surface du cristal dans la portion inférieure voisine du liquide, tandis que l’autre partie en serait exempte. En appliquant, en effet, à deux points très voisins du peroxide de manganèse, les deux bouts du fil du multiplicateur, il obtenait les effets décrits dans le texte, toutes les fois que l’un de ces bouts venait d’être plongé dans l’eau et quoique avant d’opérer on l’eût essuyé.