Concours de Fay-le-Froid en 1880

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CONCOURS
DES ANIMAUX REPRODUCTEURS

DE LA RACE BOVINE DU MEZENC,
TENU À FAY-LE-FROID LE 26 SEPTEMBRE 1880.


Rapporteur : M. A. Jacotin.


Le Comice agricole du Puy a tenu le dimanche, 6 septembre, à Fay-le-Froid, le concours des animaux de la race bovine du Mezenc. La ville s’était mise en fête, et, grâce aux soins intelligents de son honorable maire, cette solennité a été fort brillante. Rien n’y manquait, et, malgré la fièvre aphtheuse qui a fait, comme on le sait, de cruels ravages dans cette belle et riche contrée du Mezenc, les agriculteurs avaient amené un grand nombre de bêtes de premier choix. Cette affluence inaccoutumée d’exposants prouve que l’élève du bétail est en voie de progrès dans ces régions dont les luxuriants et gras pâturages résistent, sans peine, aux longs et durs hivers.

À neuf heures du matin, le jury, précédé de la fanfare de Tence, s’est rendu sur l’emplacement du concours. Les opérations ont commencé par l’examen des taureaux au-dessous de deux ans. Bien que quelques sujets laissassent à désirer au point de vue de la conformation extérieure, il y avait, néanmoins, quelques beaux spécimens. Les éleveurs savent, du reste, qu’à cet âge on ne peut espérer de trouver des animaux complètement sans reproches.

Les taureaux de deux à trois ans offraient un ensemble remarquable par la perfection et l’harmonie générale des formes. La plupart des sujets, au nombre de 17, avaient le dos horizontal, la culotte bien descendue et bien fournie. Quelques-uns même présentaient une grande analogie avec des types de races beaucoup plus fines et plus précoces.

La commission n’a eu que l’embarras du choix parmi les 57 génisses soumises à son appréciation. Ce qui frappait surtout dans cette catégorie, c’était la grande pureté originelle de la race du Mezenc, qui, quoique moins résistante à la fatigue que la race d’Aubrac, et moins lactifère que la race tarentaise, est digne d’une grande sollicitude à cause de sa parfaite adaptation à la culture de notre département, et de ses qualités précoces pour la boucherie.

Les quarante-cinq vaches de tout âge présentaient des produits remarquables de forme et de finesse. Avec de pareils animaux, les éleveurs de la montagne ne peuvent qu’obtenir d’excellents résultats. Cependant, on ne saurait trop leur recommander de veiller sur le choix des taureaux et de soigner davantage l’alimentation pendant le jeune âge. En outre, ce n’est que par une sélection bien entendue qu’ils arriveront à faire des animaux d’un engraissement plus précoce et produisant une plus grande quantité de lait.

Quoique l’éleveur du Mezenc s’adonne surtout à la production des animaux dont il peut tirer profit, on remarquait parmi les bœufs des sujets dignes de la plus grande attention. Dans un pays où la culture n’est que secondaire, on ne saurait demander à l’agriculteur des bêtes de travail irréprochables et il est bon de lui tenir compte des efforts qu’il a faits pour exposer des sujets dont les appariements ne sont pas trop défectueux.

Après les travaux du jury, des réjouissances publiques ont eu lieu. Le tir à la cible, les courses de chevaux, le mât de cocagne, le jeu du tourniquet, etc., ont terminé cette journée de fête dans laquelle n’ont cessé de régner l’entente et la cordialité la plus parfaite. À quatre heures, devant la justice de paix, on a procédé à la distribution des prix.

M. le docteur Morel, député de l’arrondissement et maire du Puy, assistait à cette cérémonie.

M. Lemardelay, vice-président du conseil de préfecture, président d’honneur du concours, a ouvert la séance par le discours suivant :


« Messieurs,

M. le Préfet, s’il n’était retenu loin du département, aurait voulu présider lui-même ce concours, parce qu’il estime qu’on ne saurait trop marquer de sympathie pour ces fêtes agricoles et que tout ce qui se rattache à l’agriculture mérite la plus grande sollicitude de la part des représentants directs du gouvernement.

C’est donc à son absence seule que je dois l’honneur d’occuper cette place, honneur dont je suis fier et dont je me félicite, sachant apprécier, comme elle le mérite, la mission qui m’est confiée.

En présence des excellents résultats que ce concours a donnés, vous me permettrez, messieurs, de vous adresser, au nom de l’autorité préfectorale que je représente, des félicitations et des encouragements.

Votre race bovine du Mezenc jouit, depuis longtemps déjà, d’une large réputation due en partie à ses mérites propres, mais à laquelle aussi n’ont pas été étrangers et vos efforts laborieux et votre esprit de progrès. Et, si cette réputation va chaque jour se fortifiant, c’est que par une méthode de sélection bien entendue, vous êtes arrivés progressivement à obtenir des produits de plus en plus parfaits.

Vous avez vite compris, en effet, que l’avenir de votre race bovine dépendait du choix que vous feriez des animaux reproducteurs, et c’est grâce à la mise en pratique de cette idée que vous êtes arrivés à faire de cette race une des premières de notre beau pays.

Persévérez, messieurs, dans cette voie qui vous a déjà réussi et par laquelle vous pouvez obtenir mieux encore : c’est pour vous la richesse et pour cette région un accroissement de prospérité !

Il faut convenir, messieurs, que vous trouvez dans la tranquillité des temps un puissant auxiliaire et que rien n’est autant de nature à favoriser l’essor de vos travaux champêtres que la période de calme et de paix que nous traversons.

Vous avez, en effet, le rare bonheur de vivre sous un gouvernement qui place son ambition à assurer au pays le bien-être matériel, et qui, quand il a aidé au développement de la richesse nationale par de grandes entreprises de travaux publics, ou quand il a contribué à élever le niveau intellectuel de la nation par de larges subventions à l’instruction primaire, pense avoir mieux rempli sa mission que s’il avait répandu le sang de vos enfants sur une terre étrangère, quand ce n’est pas sur une terre française.

Plus heureux que vos ancêtres qui, sur le sol même que nous foulons, au milieu de cette nature, riante aujourd’hui, mais bien désolée alors, ont subi, aux plus mauvais temps de la Monarchie, toutes les horreurs d’une guerre sans merci et de massacres sans nom, et n’ont pas connu cette vie calme et laborieuse que vous avez en partage ; vous pouvez, dans la sécurité dont le Gouvernement de la République vous entoure, vous adonner librement aux travaux des champs.

Utilisez, Messieurs, cette heureuse situation, et ne ménagez pas vos efforts, convaincus qu’avec un régime de paix et de liberté comme celui que nous avons et grâce à l’impulsion nouvelle que vous saurez lui imprimer, l’agriculture dans ces régions ne peut que devenir de plus en plus prospère.

Après l’allocution de M. le Président du concours, allocution qu’accueillent des applaudissements répétés, M. É. Mauras, président du Comice agricole du Puy, adresse à nos éleveurs quelques conseils. Il recommande principalement aux lauréats de la catégorie des taureaux, de mettre à la disposition de leurs voisins les reproducteurs qu’ils possèdent. Il engage aussi vivement les agriculteurs à envoyer leurs enfants à l’école primaire, où il trouveront certainement auprès de nos braves instituteurs d’utiles leçons dont ils pourront tirer profit pour l’amélioration de leurs exploitations.

M. le Secrétaire du Comice proclame ensuite les prix dans l’ordre suivant :


Taureaux de un an à deux ans.
1.  Prix.  
Chanal Joseph, de Chaudeyrolles.
2.    —    
Michel Pierre, des Estables.
3.    —    
Descours Alexandre, id.
4.    —    
Pessemesse Pierre, de Freycenet-Lacuche.
5.    —    
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
6.    —    
Chanal Régis, id.
7.    —    
Charat Jacques, de Saint-Voy.
8.    —    
Bosse Joseph, de Saint-Front.
9.    —    
Jouve Jean-Pierre, des Vastres.


Taureaux de deux à quatre ans.
1.  Prix.  
Michel Pierre.
2.    —    
Descours Alexandre.
3.    —    
Michel Régis, des Estables.
4.    —    
Eyraud Louis, des Estables.
5.    —    
Chanal Pierre.
6.    —    
Sanial Louis, des Estables.
7.    —    
Carle Joseph, de Fay.


Génisses de un à deux ans.
1.  Prix.  
Descours Alexandre.
2.    —    
Pessemesse Pierre.
3.    —    
Bosse Joseph.
4.    —    
Hilaire Baptiste, des Estables.
5.    —    
Maisonnier Jacques, de Saint-Voy.
6.    —    
Eyraud Louis.
7.    —    
Cuoq Claude, de Fay.
8.    —    
Exbrayat Théofrède, du Béage.


Génisses de deux à trois ans.
1.  Prix.  
Eyraud Louis.
2.    —    
Pessemesse Pierre.
3.    —    
Chazalet Pierre, de Fay.
4.    —    
Descours Alexandre.
5.    —    
Exbrayat Théofrède.
6.    —    
Sanial Louis.


Vaches de tout âge.
1.  Prix.  
Michel Régis.
2.    —    
Descours Alexandre.
3.    —    
Pessemesse Pierre.
4.    —    
Eyraud Louis.
5.    —    
Sanial Louis.
6.    —    
Chanal Pierre.
7.    —    
Chanal Régis.
8.    —    
Cuoq Claude.


Bœufs de travail.
1.  Prix.  
Cortial Auguste, de Saint-Front.
2.    —    
Michel Pierre.
3.    —    
Exbrayat Théofrède.
4.    —    
Descours Alexandre.


Bandes.
1.  Prix.  
Descours Alexandre (médaille de vermeil).
2.    —    
Pessemesse Pierre (médaille de vermeil).
3.    —    
Michel Pierre, médaille d’argent (grand module).
4.    —    
Eyraud Louis (médaille d’argent).
5.    —    
Chanal Pierre (médaille d’argent).
6.    —    
Sanial Louis (médaille d’argent).


    
Musique de Tence, médaille d’argent grand module.


Un prix a surtout été accueilli favorablement par le public ; c’est celui décerné à la musique de Tence, dont chacun a pu apprécier les excellentes qualités.

Le soir, après une brillante retraite aux flambeaux, un feu d’artifice a été tiré sur le sommet de la montagne qui domine la ville de Fay. Les rues, dont les maisons étaient pavoisées de drapeaux aux couleurs nationales et fort bien illuminées, présentaient une grande animation, et, de tous côtés, on entendait de joyeux chants qui ne se sont terminés que fort avant dans la nuit.

Le lendemain, jury, visiteurs et exposants s’éloignaient de Fay-le-Froid, emportant le souvenir profond de sa grande et cordiale hospitalité.


A. Jacotin.