Contes choisis des frères Grimm/Le festin céleste

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Traduction par Frédéric Baudry.
L. Hachette (p. 112-114).

LE FESTIN CÉLESTE.

Un pauvre petit paysan entendit un jour à l’église le prêtre dire que, quand on voulait entrer au paradis, il fallait marcher droit. Il se mit en route, allant toujours tout droit devant lui, par monts et par vaux, sans jamais se détourner. A la fin, son chemin le conduisit dans une grande ville et au milieu d’une belle église où on célébrait le service divin. En voyant toute cette magnificence, il s’imagina qu’il était arrivé dans le ciel, et, plein de joie, il s’y arrêta.

Quand l’office fut terminé, le sacristain lui dit de sortir, mais il répondit : « Non, je ne sors pas, je suis enfin au ciel et j’y reste. » Le sacristain alla trouver le curé, et lui dit qu’il y avait dans l’église un enfant qui ne voulait pas en sortir et qui s’imaginait être en paradis. « S’il le croit ainsi, dit le curé, il faut l’y laisser. » Là-dessus, il vint auprès de l’enfant et lui demanda s’il voulait travailler. Le petit répondit que oui et qu’il était habitué au travail, mais qu’il ne voulait pas sortir du ciel.

Il resta donc dans l’église ; et, comme il y voyait les fidèles adorer à genoux une statue en bois de l’enfant Jésus, il s’imagina que c’était là le bon Dieu et dit à cette image : « Que tu es maigre, ô mon Dieu ! certainement ces gens-là ne te don-

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nent pas à manger : je partagerai mon pain avec toi tous les jours. » Il entendit alors une voix qui lui disait : « Donne à ceux qui ont faim, et tu me nourriras. »

A la porte de l’église, une pauvre vieille femme tendait sa main tremblante aux passants. L’enfant lui donna la moitié de son pain ; puis il regarda la statue, et il lui sembla qu’elle souriait ; il fit ainsi chaque jour, et la statue paraissait contente.

Quelque temps après il tomba malade, et pendant huit jours il ne sortit pas de son lit. Dès qu’il put se lever, il vint s’agenouiller aux pieds de l’enfant Jésus. Le curé, qui le suivait, l’entendit prier ainsi : « Mon Dieu, ne m’accuse pas si depuis si longtemps je ne t’ai pas nourri ; j’étais malade, je ne pouvais me lever. »

Comme il restait à genoux, le curé lui demanda ce qu’il faisait. « Oh ! mon père, répondit-il, voici ce que me dit l’enfant Jésus : « J’ai vu ta bonne volonté, et cela suffit. Dimanche prochain ce sera toi qui viendras avec moi au festin céleste. »

Le prêtre pensa que Dieu lui ordonnait de donner la communion au pauvre petit ; il le prépara donc à ce grand jour. Le dimanche l’enfant assista au service divin ; mais au moment de la communion, Dieu le rappela à lui et le fit asseoir un festin céleste.