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Contes et fables/La Couleuvre

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Traduction par Ely Halpérine-Kaminsky.
Contes et fablesLibrairie Plon (p. 136-141).


LA COULEUVRE

CONTE


Une femme avait une fille, Mascha. Mascha alla se baigner avec ses amies ; les petites filles ôtèrent leur chemise ; qu’elles déposèrent sur le gazon, et entrèrent dans l’eau.

Une couleuvre sortit des roseaux et se glissa dans la chemise de Mascha.

La petite fille sortit de l’eau, prit sa chemise et courut chez elle.

Quand Mascha, approchant de l’isba, s’aperçut qu’une couleuvre s’était blottie dans sa chemise, elle voulut la chasser avec un bâton, mais la couleuvre lui dit d’une voix humaine :

— Promets-moi de m’épouser, Mascha !

Mascha se mit à pleurer et répondit :

— Retire-toi seulement de ma chemise, et je ferai tout ce que tu voudras.

— M’épouseras-tu ?

— Oui ! répondit la petite fille.

La couleuvre s’échappa de la chemise et rentra dans l’eau.

Mascha mit sa chemise et courut à la maison. Là, elle dit à sa mère :

— Petite mère ! une couleuvre s’est posée sur ma chemise et m’a dit : Épouse-moi ! et j’ai promis.

La mère sourit et lui dit :

— Tu l’as rêvé !

La semaine suivante, une légion de couleuvres rampa vers la maison de Mascha.

La petite fille, en les voyant, eut peur et dit à sa mère :

— Petite mère, les couleuvres qui viennent me chercher !

La mère ne croyait pas l’enfant, mais, à la vue des reptiles, elle s’effraya et ferma la porte de la chambre.

Les couleuvres rampèrent sous la porte cochère, mais ne purent pénétrer dans l’isba ; alors, elles se réunirent en boule, et, s’élançant contre la fenêtre, brisèrent un carreau.

Puis, elles se répandirent dans la chambre et grimpèrent sur la table, sur le poêle.

Mascha s’était réfugiée dans un coin ; mais les reptiles la trouvèrent et l’entraînèrent dans l’eau.

La mère courut après elle, et ne put la rejoindre ; les couleuvres avaient disparu avec l’enfant dans la profondeur des eaux.

La pauvre mère pleura, croyant sa fille morte.

Un jour, longtemps après, la mère se trouvait près de la fenêtre et regardait dehors. Soudain, elle aperçut Mascha qui tenait un enfant par la main et un bébé sur son bras.

La mère, pleine de joie, embrassa sa fille, et lui demanda d’où elle venait et qui étaient ces jeunes enfants.

— Ce sont les miens, répondit Mascha ; le reptile m’a épousée, et j’habite le Palais des couleuvres.

Et la mère lui demanda encore si l’on était bien dans l’eau.

La jeune femme lui avoua qu’on y était mieux que sur terre ; et comme sa mère la suppliait de rester, elle refusa, car elle avait promis à son mari de retourner bientôt.

— Mais, lui dit sa mère, comment retourneras-tu chez toi ?

— Je crierai : Ossip ! Ossip ! il viendra sur le bord et me prendra.

— C’est bien ! mais reste au moins chez moi cette nuit !

Mascha se coucha et s’endormit ; et la mère prit une hache et alla près de l’eau.

Là, elle cria : Ossip ! Ossip ! Sors, sors !

Le reptile parut. Alors, la mère, d’un coup de hache, lui trancha la tête ; l’eau se teignit de son sang.

La mère retourna à la maison. Mascha venait de se réveiller, elle lui dit :

— Je vais maintenant retourner chez moi, ma petite mère.

Elle prit dans ses bras sa petite fille, son fils par la main, et s’éloigna.

Lorsqu’elle fut près de l’eau, elle appela :

— Ossip ! Ossip ! viens nous chercher ! Mais personne ne répondit à son appel ; elle vit que l’eau était rouge, et plus loin, sur la surface, flottait la tête de la couleuvre.

Alors, Mascha embrassa son fils et sa fille, et leur dit :

— Si vous n’avez plus de père, vous n’aurez plus de mère. Toi, ma fille, sois hirondelle ! vole au-dessus des eaux ; et toi, mon fils, sois rossignol ! chante à l’aurore ; quant à moi, je serai coucou, je pleurerai mon mari mort.

Et tous trois s’envolèrent dans différentes contrées.