Coran Savary/013

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Traduction par Claude-Étienne Savary.
Dufour (1p. 238-244).





LE TONNERRE.


donné à la mecque, composé de 43 versets
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Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


A. L. R. [1] Tels sont les signes du Coran. La doctrine que tu as reçue du ciel est véritable ; cependant le plus grand nombre des hommes ne croiront point.

Dieu éleva les yeux sans colonnes visibles, et s’assit sur son trône. Il ordonna au soleil et à la lune de remplir leur tâche. Tous les corps célestes se meuvent dans la route qu’il leur a tracée. Il gouverne l’univers. Il vous offre des merveilles sans nombre, afin que vous croyez à la résurrection.

C’est lui qui étendit la terre, qui éleva les montagnes, qui forma les fleuves, qui vous donna les fruits divers. Il créa l’homme et la femme ; il fait succéder le jour et la nuit. Ces prodiges sont des signes pour ceux qui pensent.

La terre offre à chaque pas un tableau diversifié : ici sont des jardins ornés de vignes et de légumes ; là croissent des palmiers isolés ou réunis sur une souche. Tous les fruits sont arrosés par la même eau. Cependant ils diffèrent en bonté. Ainsi nous donnons des marques de notre puissance à ceux qui comprennent.

Si leur infidélité t’étonne, quelle doit être ta surprise, lorsque tu les entends dire : Se peut-il que la poussière de nos corps devienne une créature nouvelle ?

Ils ne croient point en Dieu. Leurs cous seront chargés de chaînes, et ils seront éternellement en proie aux flammes.

Ils te solliciteront plutôt de hâter le courroux du ciel que ses bienfaits. De semblables exemples les ont précédés ; mais si le Seigneur est indulgent pour le coupable, il est terrible dans ses châtimens.

Quelque signe divin distingue-t-il le prophète ? demandent les incrédules. Tu n’es chargé que de la prédication. Chaque peuple a eu son guide. Dieu sait ce que la femme porte dans son sein, de combien la matrice se resserre ou s’élargit. Tout est pesé devant lui.

Tous les secrets sont dévoilés à ses yeux. Il est le grand, le Très-Haut.

Celui qui parle en public, celui qui s’enveloppe des ombres de la nuit, et celui qui paraît au grand jour, lui sont également connus.

L’homme est environné d’anges [2] qui se succèdent sans cesse. Dieu les a chargés de veiller à sa conservation. Il ne retire ses grâces que quand l’homme est perverti. Lorsqu’il voudra le punir, rien ne pourra lui mettre obstacle, parce qu’il n’y a point d’abri contre sa puissance.

C’est lui qui fait briller la foudre à vos regards [3], pour inspirer la crainte et l’espérance. C’est lui qui élève les nuages chargés de pluie.

Le tonnerre célèbre ses louanges [4]. Les anges tremblent en sa présence. Il lance la foudre et elle frappe les victimes marquées. Les hommes disputent de Dieu. Il est le fort, le puissant.

Il est l’invocation véritable. Ceux qui implorent d’autres dieux ne seront point exaucés. Ils ressemblent au voyageur qui, pressé par la soif, tend la main vers l’eau qu’il ne peut atteindre. L’invocation des infidèles se perd dans la nuit de l’erreur.

Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre rend à l’Éternel un hommage volontaire ou forcé. L’ombre du soir et du matin l’adore.

Quel est le souverain des cieux et de la terre ? Réponds : C’est Dieu. L’oublierez-vous pour chercher des patrons impuissans qui ne peuvent ni se protéger ni se nuire ? Comparerez-vous l’aveugle à celui qui voit, et les ténèbres à la lumière ? Leurs divisions chimériques ont-elles produit une création semblable à celle de dieu ? Dis : L’univers est son ouvrage. Il est le Dieu unique. Tout est soumis à sa puissance.

Il fait descendre la pluie des cieux, et les torrens roulent dans leurs lits, entraînant dans leur cours l’écume qui surnage. Telle est dans la fournaise l’écume des métaux que les hommes travaillent pour leur utilité et leur parure. Dieu tire ainsi l’instruction de la vérité et de la vanité. L’écume disparaît bientôt. Ce qui est utile reste dans la terre. Ainsi Dieu propose ses paraboles.

Ceux qui sont soumis à sa volonté posséderont le souverain bien ; mais les rebelles, quand ils auraient une fois plus de trésors que la terre n’en contient, ne pourront se racheter des tourmens. L’enfer sera leur demeure. Ils y seront couchés sur un lit de douleur.

Celui qui sait que Dieu t’a envoyé la vérité du ciel ressemblera-t-il à l’aveugle ? Les sages ouvriront les yeux.

Ceux qui, dociles aux commandemens du Seigneur, n’enfreignent point son alliance, ceux qui unissent ce qu’il lui a plu d’unir [5], qui craignent Dieu, et le compte qu’ils auront à rendre ;

Ceux que l’espoir de voir Dieu rend constans dans l’adversité, qui font la prière, qui donnent, en secret ou en public, une portion des biens que nous leur avons dispensés, et qui effacent leurs fautes par de bonnes œuvres, seront les hôtes du paradis.

Ils seront introduits dans les jardins d’Eden. Leurs pères, leurs épouses et leurs enfans qui auront été justes, jouiront du même avantage. Là, ils recevront la visite des anges qui entreront par toutes les portes.

La paix soit avec vous, leurs diront-ils. Vous avez été patiens. Jouissez du bonheur qu’a mérité votre persévérance.

Ceux qui violent le pacte de Dieu, qui divisent ce qu’il a uni, et qui répandent la corruption sur la terre, seront précipités dans l’enfer, chargés de malédictions.

Dieu étend ou resserre ses faveurs à son gré. Ils se livrent aux jouissances de cette vie ; mais qu’elles sont faibles en comparaison de la félicité éternelle !

Sa mission, disent les infidèles, est-elle annoncée par quelque signe céleste ? Réponds-leur : Dieu égare qui il lui plaît, et éclaire ceux qui se repentent.

La pensée de Dieu fera régner la paix dans l’âme des croyans. Son souvenir n’est-il pas la paix des cœurs ? Les fidèles qui auront fait le bien posséderont la béatitude.

Nous t’avons envoyé à un peuple que d’autres ont précédé, afin que tu lui enseignes nos révélations. Ils ne croient point au miséricordieux. Dis-leur : Il est mon Seigneur. Il n’y a de Dieu que lui. J’ai mis ma confiance en sa bonté. Je reparaîtrai devant son tribunal.

Quand le Coran ferait mouvoir les montagnes [6] ; quand il partagerait la terre en deux, et ferait parler les morts, ils ne croiraient pas ; mais Dieu est le juge des actions. Les croyans ignorent-ils qu’il peut à son gré éclairer toute la terre ?

L’infortune s’est attachée sur les pas des infidèles, parce qu’ils sont criminels. Nous ne cesserons d’assiéger leurs villes jusqu’à ce que les promesses du ciel soient accomplies. Ses promesses sont infaillibles.

Avant toi, mes ministres furent les objets de la raillerie ; mais après avoir laissé les incrédules s’endormir au sein des plaisirs, je les châtiai, et quels furent mes châtimens !

Quel est celui qui observe toutes les actions des hommes ? Ils ont donné des égaux à l’Éternel. Dis-leur : Nommez vos divinités. Apprendrez-vous à Dieu quelque chose qu’il ignore ? Ou les noms que vous créez ne sont-ils qu’un vain son ? Ils se sont parés de leur iniquité, et ont quitté la voie du salut, parce que ceux que Dieu égare, marchent sans guide.

Ils ont été punis dans ce monde. Leurs supplices seront bien plus terribles dans l’autre ; ils n’auront point de protecteur contre Dieu.

Les jardins de délices, arrosés par des fleuves, ces jardins où l’on trouvera une nourriture éternelle, et des ombrages toujours verts, seront le prix de la piété. Les incrédules auront les flammes pour récompense.

Ceux qui ont reçu les écritures se réjouissent des vérités qui t’ont été révélées. D’autres à qui ont les propose en rejette une partie. Dis-leur : Dieu m’a commandé de l’adorer, de ne point lui donner d’égal. J’invoque son nom. Je retournerai à lui.

Nous t’avons envoyé le Coran en langue arabe. Après la science dont le ciel t’a favorisé, si tu suivais leurs désirs, quel asile trouverais-tu contre un Dieu vengeur ?

D’autres prophètes t’ont précédé [7]. Nous leur donnâmes des épouses et une postérité. Ils n’opérèrent point de miracle sans la volonté du Seigneur. Chaque livre a son temps marqué.

Il efface et laisse subsister ce qu’il veut. L’original est en ses mains [8].

Soit que nous te fassions voir l’accomplissement d’une partie de nos menaces, soit que ta mort les prévienne, ton emploi se borne à la prédication. A nous appartient le soin de juger.

Ne voient-ils pas que nous avons pénétré dans leur pays, et que nous en avons resserré les limites ? Dieu juge, et ses arrêts sont irrévocables. Il est prompt dans ses comptes.

Leurs pères étaient fourbes ; mais Dieu ne peut être trompé. Il connaît les mérites de chacun. Les infidèles verront quels seront les hôtes du paradis.

Les incrédules nieront la vérité de ta mission. Réponds-leur : Le témoignage de Dieu et de ceux qui possèdent les écritures, est une preuve suffisante en ma faveur.


  1. A. L. R. Gelaleddin se débarrasse à son ordinaire de l’explication de ces caractères en disant : Dieu sait ce qu’ils signifient.
  2. Ce sont, dit Elhaçan, quatre anges chargés de veiller les actions de chaque homme, deux pendant le jour et deux pendant la nuit. Ils se succèdent sans relâche dans cet emploi. Jahia.
  3. L’ange qui fait briller la foudre est celui qui préside aux nuages. Il les pousse les uns contre les autres ; Il publie les grandeurs de l'Éternel, et répète sans cesse ces mots : Louange à Dieu ! Gelaleddin.
  4. Mahomet avait envoyé un musulman zélé pour convertir un idolâtre et lui faire embrasser l’islamisme. Quel est ton Dieu ? lui demanda l’infidèle ? est-il formé d’or, d’argent ou de cuivre ? La foudre frappa l’impie et il périt. Gelaleddin.
  5. Unir ce que Dieu a voulu unir, c’est, suivant les auteurs arabes, croire à tous les prophètes, et ne mettre aucune différence entre eux.
  6. Ce verset fut révélé à Mahomet lorsque les infidèles lui dirent : Si tu es prophète, transporte les montagnes de la Mecque, fais en jaillir des fontaines, fais-en couler des fleuves, afin que nous puissions planter et semer. Ranime les cendres de nos pères, et qu’ils attestent que tu es l’apôtre de Dieu. Gelaleddin.
  7. Mahomet oppose ce verset aux juifs qui lui reprochaient la polygamie. Il dit que les prophètes venus avant lui, qu’Abraham, Jacob, David, Salomon, eurent plusieurs femmes.
  8. L’original est en ses mains : c’est la table gardée où tout est écrit, et où rien ne s’altère. Dieu y a tracé la chaîne de tous les êtres. Gelaleddin.