Coran Savary/041

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Traduction par Claude-Étienne Savary.
Dufour (2p. 233-238).






L'EXPLICATION.


donné à la mecque, composé de 55 versets
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Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


H. M. Le Dieu clément et miséricordieux t’a envoyé le Coran.

Il est le dépôt de la vraie foi. Il est écrit en arabe. Il instruit les sages.

Il promet, il menace. La plupart s’en éloignent, et ne veulent point entendre.

Nos cœurs, disent-ils, sont fermés à ta voix. Un poids bouche nos oreilles. Une voix s’élève entre nous et toi. Suis tes principes ; nous suivrons les nôtres.

Dis-leur : Je ne suis qu’un mortel comme vous. Le ciel m’a révélé qu’il n’y a qu’un Dieu. Soyez justes devant lui. Implorez sa miséricorde. Malheur aux idolâtres !

Malheur à ceux qui rejettent le précepte de l’aumône, et qui nient la vie future !

Le fidèle qui exercera la bienfaisance jouira d’un prix inestimable.

Refuserez-vous de croire à celui qui a créé le ciel et la terre en deux jours [1] ? Donnerez-vous un égal au souverain des mondes ?

Il éleva sur sa surface les montagnes. Il bénit son ouvrage. Dans quatre jours il créa tout ce qui sert d’aliment aux êtres animés.

Il porta ses regards vers le ciel qui n’était qu’un amas de fumée. Il dit au ciel et à la terre : Venez, obéissez à ma voix. Le ciel et la terre répondirent : Nous obéissons.

Il forma les sept cieux dans deux jours. Il prescrivit à chacun son emploi. Il orna le firmament d’astres lumineux, et lui donna des gardiens : tel fut l’ordre que le créateur suprême établit dans l’univers.

S’ils rejettent ces vérités, prédis-leur le sort de Themod et d’Aod.

Les ministres de la foi leur prêchèrent le culte d’un Dieu unique. Ils répondirent : S’il eût voulu nous éclairer, il nous aurait envoyé des anges. Nous nions votre mission.

Les Adéens livrés à l’orgueil et à l’iniquité s’écrièrent : Qui peut nous le disputer en puissance ? Ne voyaient-ils pas que le Dieu qui les avait créés était plus puissant qu’eux ? Ils rejettèrent la vraie religion.

Nous déchaînâmes contre eux un vent violent dans les jours du malheur. Punis, chargés d’opprobres dans cette vie, ils subiront des peines plus honteuses dans l’autre, et ils ne trouveront point de défenseur.

Nous prêchâmes la vérité aux Thémudéens : Il préférèrent l’aveuglement à la lumière. Le courroux du ciel les fit disparaître. L’opprobre sera le prix de leurs crimes.

Les croyans et ceux qui craignent le Seigneur, furent à l’abri de nos fléaux.

Un jour les ennemis de Dieu rassemblés seront entraînés dans les flammes.

Leurs oreilles, leurs yeux, leurs peaux rendront témoignage de leurs actions.

Pourquoi, leur diront les coupables, témoignez-vous contre nous ? Ils répondront : Dieu nous y force. Il commande, et les êtres inanimés parlent. Il est votre créateur, et le terme de toutes choses.

Vous ne pouviez vous soustraire au témoignage de vos oreilles, de vos yeux, de vos peaux, et vous vous flattiez que Dieu ignorerait une partie de vos œuvres.

Cette pensée vous a perdus. Elle est la source de votre malheur.

La patience ne diminuera rien de l’ardeur des flammes. Leurs prières et leurs vœux seront rejetés.

Adorateurs des démons qui leur faisaient des peintures trompeuses du présent et de l’avenir, ils ont été soumis à l’arrêt lancé contre les générations passées et les esprits rebelles ; la réprobation est leur partage.

N’écoutez point la lecture du Coran, disent les infidèles. Armés de plaisanteries, efforcez-vous de l’ensevelir dans l’oubli.

Les tourmens puniront leur incrédulité.

Nous leur rendrons le mal qu’ils ont fait.

Des flammes éternelles seront le prix des ennemis de Dieu qui ont nié la vérité de sa religion.

Seigneur, s’écrieront les réprouvés, montre-nous les faux docteurs et les démons qui nous ont séduits [2], afin que nous les foulions aux pieds et que nous les chargions d’opprobres.

Nous enverrons les anges porter à l’adorateur d’un Dieu unique, à l’homme juste mourant, ces paroles consolantes : Bannis la crainte et le chagrin ; nous t’annonçons le jardin de délices.

Nous fûmes tes protecteurs sur la terre, nous le serons dans le ciel. Va t’enivrer des plaisirs éternels. Forme des vœux, ils seront accomplis.

Le miséricordieux a préparé ce séjour pour ses élus. Quoi de plus louable que d’élever la voix pour appeler les mortels à Dieu, que de travailler pour faire le bien et de dire : Je suis musulman ?

Le bien et le mal n’auront point une égale récompense. Exerce la bienfaisance envers ton ennemi, et il deviendra un ami tendre.

Il n’y a que l’homme qui sait souffrir, capable de cette générosité, ou celui dont l’excès du bonheur a élevé l’âme.

Si le tentateur te sollicite au crime, cherche un asile dans le sein de Dieu ; il voit et entend.

La nuit, le jour, le soleil et la lune publient ses grandeurs. N’adorez point le soleil ni la lune. Adorez Dieu qui les a tirés du néant, si vous êtes au nombre de ses serviteurs.

Si l’orgueilleux lui refuse son hommage, les esprits qui sont en sa présence le louent nuit et jour. Ils ne s’ennuient jamais de célébrer ses louanges.

Vois la terre stérile s’émouvoir et s’enfler lorsque la pluie pénètre son sein ; c’est un signe de la puissance divine. Celui qui la vivifie rend la vie aux morts. Rien ne limite sa puissance.

Nous connaissons ceux qui se jouent de notre doctrine. L’impie condamné au feu sera-t-il mieux partagé que le fidèle qui verra sans crainte le jour de la résurrection ? Agissez au gré de vos désirs. Il voit vos actions.

Ils ont refusé de croire au Coran ; et il est le livre par excellence.

Aucun des livres sacrés ne l’a accusé de fausseté. Celui qui possède la sagesse et la louange l’a fait descendre sur la terre.

La calomnie ne t’épargnera pas davantage que les prophètes qui t’ont précédé. Si Dieu est indulgent, il est terrible dans ses vengeances.

Si nous avions écrit le Coran dans un idiome étranger, ils se seraient écriés : Pourquoi n’est-il pas écrit dans notre langue ? Réponds-leur : Son style est-il barbare ? Son auteur est-il arabe ? Ce livre est la lumière et la guérison des croyans. Les incrédules ont un poids dans les oreilles. Un nuage couvre leurs yeux. Ils n’entendront point.

Nous donnâmes le Pentateuque à Moïse, sujet de mille débats. D’un mot, Dieu pouvait les terminer. Il ne l’a pas voulu. Les Hébreux flottent encore dans le doute et l’incertitude.

L’homme vertueux et le méchant travaillent chacun pour soi. Dieu ne fera d’injustice à personne.

Il s’est réservé la connaissance de l’heure. Le fruit qui perce sa tendre enveloppe, l’enfant que la mère porte dans son sein, celui qu’elle met au jour lui sont connus. Un jour il appellera les idolâtres, et leur demandera : Où sont les dieux que vous associiez à ma puissance ? Nous l’avons déclaré, Seigneur, nous n’en avons point de connaissance.

Les idoles se déroberont à leurs regards, et ils verront qu’il n’est plus pour eux d’asile.

L’homme ne se lasse point de demander les biens terrestres, et lorsque le malheur le visite, il se désespère, il perd confiance.

Faisons-nous succéder, aux disgrâces, les jours brillans de la prospérité, il regarde nos bienfaits comme une dette, et nie la résurrection ; quand même, ajoute-t-il, je retournerais à Dieu, la félicité serait mon partage.

Nous dévoilerons aux infidèles les crimes qu’ils ont commis, et nous leur ferons éprouver des tourmens rigoureux.

Comblés de nos faveurs, ils s’éloignent de nous ; à peine ont-ils senti les atteintes de l’adversité qu’ils nous adressent de longues supplications.

Si le Coran vient de Dieu et que vous rejetiez sa doctrine, est-il un égarement comparable au vôtre ? Que pensez-vous de cette vérité ?

Le ciel et la terre leur offriront des prodiges ; ils seront frappés eux-mêmes jusqu’à ce qu’ils reconnaissent que le Coran est la vérité. Ne leur suffit-il pas pour croire, que Dieu soit le témoin universel ?

Ne doutent-ils pas de la résurrection ? La science du Tout-Puissant n’embrasse-t-elle pas l’univers ?


  1. Ces deux jours sont, suivant Gelaleddin, le dimanche et le lundi.
  2. Les auteurs arabes disent que c’est Éblis et Caïn qui les premiers ont séduit les hommes en leur enseignant l’infidélité et l’homicide