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Correspondance 1812-1876, 6/1871/DCCLXXVI

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 61-62).


DCCLXXVI

À M. EDME SIMONNET, À NEVERS


Nohant, 12 janvier 1871.


Nous avons reçu ta lettre de bonne arrivée ; nous t’embrassons tous bien tendrement et nous sommes impatients d’avoir des nouvelles plus récentes. Le général Vergne m’a écrit (outre les télégrammes) qu’il espérait bien de toi, qu’il te fallait apprendre à penser et à agir en même temps. Cela répond sans doute à ce que tu me disais : J’ai la tête à l’envers. Je pense bien qu’il y a de quoi, au sortir d’une vie si calme, si morne. Mais tu prendras le dessus et j’espère qu’à présent tu vois clair dans tes occupations.

Auras-tu trouvé à manger et à te nicher dans Nevers ? Vous ne devez pas camper par ce temps affreux. Nous avons ici un pied de neige et, la nuit, on grelotte dans son lit.

Qu’est-ce que ce doit être !…

Enfin, je ne veux pas t’attendrir sur toi-même, puisque tu en fais bon marché que tu veux tout souffrir pour le devoir.

Nous recevons bien peu de nouvelles ici, quelquefois pas du tout. Ce qui nous arrive semble prouver que la résistance est tenace et vaillante, et qu’avec de l’énergie et de l’héroïsme, car il en faut, nous sauverons notre chère France. Écris-nous quelques détails sur toi, dès que tu pourras. Nous en avons faim. Je ne sais pas si René est revenu de Nevers. Je pense que non ; car il nous aurait apporté de tes nouvelles.

Nous t’embrassons encore.

Ta tante,
G. SAND.