Correspondance 1812-1876, 5/1864/DLXII

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DLXII

À MADAME LINA SAND, À GUILLERY


Palaiseau, 14 juillet 1864.


Ma pauvre chérie,

J’ai été bien inquiète hier de ne rien recevoir. Aujourd’hui, cher et cruel anniversaire ! je reçois ta lettre du 12, qui me tranquillise un peu ; car, dans la journée d’hier et toute cette nuit, j’étais découragée et désespérée. J’attends maintenant le télégramme promis… Ah ! si vous pouviez me répondre : Beaucoup mieux ! je bénirais encore ce 14 juillet, que je détestais ce matin. Ce qui est déchirant, c’est de penser à ce que souffre ce pauvre ange et à ce que vous souffrez, Maurice et toi, en le voyant souffrir. Prenez espoir et courage, mes pauvres chers enfants ! Moi, j’en manque, je suis vieille et usée. Mais l’avenir est à vous. Surtout, ne sois pas malade à ton tour, ma petite chérie. Impossible d’élever des enfants sans inquiétude, sans maladie, sans souffrance et sans danger. Le contraire serait un miracle. Mais quels jours amers à passer !

Maurice, ne te décourage pas. Songe à soutenir les forces de ta Lina. Dieu, quel bonheur si vous me dites ce soir qu’il est mieux. J’ai mille livres de plomb sur le cœur. Ne me laissez pas sans nouvelles, écrivez-moi, ne fût-ce qu’un mot. Le silence m’épouvante. Voici l’heure de la poste. Je vous embrasse et je vous aime.


Onze heures du soir.

Ma lettre a dépassé l’heure de la poste. Je la rouvre, pour vous dire que j’ai reçu le télégramme à six heures. À chaque coup de cloche, je suis folle. Enfin il y a du mieux ! Béni soit le jour qui nous rend l’espoir. Si le mieux continue demain, nous pourrons respirer. Comme vous en avez besoin mes pauvres enfants !