Correspondance 1812-1876, 5/1864/DLXI

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DLXI

À M. LUDRE-GABILLAUD, À LA CHÂTRE


Palaiseau, 12 juillet 1864.


Cher et bon ami,

Je serais la plus tranquille et la plus contente du monde, si mon pauvre petit Marc n’était malade à Guillery. Il a la dyssenterie très fort et je suis cruellement inquiète depuis quelques jours. Autrement tout allait bien : les enfants en humeur de voyager, et moi à même enfin de me reposer un peu.

Le pays où nous sommes est délicieux ; la petite habitation charmante, et pas d’importuns. Je m’y occupe de bon cœur et avec toutes mes aises. J’ai une excellente domestique et je suis riche, puisque les dépenses, qui allaient à Nohant par billets de mille francs, sont ici dans la proportion de cent francs. J’aurai donc de quoi voyager quand le cœur m’en dira. Mais, aujourd’hui, mon cœur, serré par l’inquiétude, ne me dit rien, sinon que j’aspire à la guérison du petit.

Vous êtes la bonté et l’obligeance mêmes, mon cher ami. Je vous remercie de votre sollicitude pour Nohant et je ferai ce que vous conseillerez. Certes je crois qu’un garde est utile. Mais où en trouver un qui garde réellement ? Quant à l’assurance, faites-la, c’était convenu, et faites-la comme vous l’entendrez, avec la Compagnie que vous jugerez la meilleure. Rappelez-vous aussi que le gâteur d’arbres contre lequel un garde me serait utile est mon fermier lui-même, qui laisse ses métayers tenir des chèvres, les mener dehors et permet d’ébrancher autrement qu’il n’est convenu. Tenez la main à ce qu’il en soit puni en ne recevant pas les arbres que je lui cède ordinairement pour son usage.

Bonsoir et merci encore, mon bon Ludre ; Vous ne venez donc pas à Paris ? La première fois que vous y aurez quelque affaire, iL faut venir dîner avec nous. On peut arriver ici à six heures et repartir à neuf et à dix.

Embrassez bien pour moi votre chère femme, et aimez-moi, comme je vous aime.

GEORGE SAND.