Correspondance 1812-1876, 5/1864/DLXXV

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DLXXV

À M. ÉDOUARD RODRIGUES, À PARIS


Palaiseau, vendredi soir, 29 octobre 1864.


Cher ami,

Je ne sors pas de mon petit jardin, où je fais planter et déplanter, et je n’écris guère, c’est vrai ! figurez-vous tous les préparatifs indispensables pour une installation d’hiver, et plus la maison est petite, plus il est difficile d’y être bien sans de grands soins. Nous arriverons à y avoir chaud ; il est bien nécessaire de n’avoir pas les doigts engourdis pour griffonner. Je me plais on ne peut plus dans ce petit coin. Pourtant je vais passer quinze jours auprès de mes pauvres enfants à Nohant. Ils ne s’y habituent guère sans moi, surtout sous le coup de ce chagrin encore si saignant de la perte du pauvre petit.

Comme vous me lisez souvent, cher ami ! Je suis toute honteuse et tout effrayée, moi qui ne me relis que contrainte et forcée ! J’ai peur que vous ne vous dégoûtiez de cet écrivain trop fécond ! Il m’amuse si peu, que, ayant à faire une pièce qu’on me demande, avec Mont-Revêche, je n’ai pas le courage de relire le livre !

À vous.

G. SAND.