Correspondance 1812-1876, 5/1865/DXCI

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DXCI

À M. LOUIS ULBACH, À PARIS


Palaiseau, 27 juin 1865.


Cher monsieur,

Combien je suis heureuse d’avoir à vous remercier ! Quand votre loyale et forte main signe un brevet de talent, l’apprenti passe maître et prend son rang. Vous avez surtout senti ce qui ne pouvait échapper à un coup d’œil comme le vôtre, mais ce qu’il était bien utile pour mon fils de dire au public vulgaire : c’est qu’il a une individualité qui est bien sienne et qu’aucune direction n’a pu lui donner. Tout mon rôle, a moi, était de ne pas la lui ôter et de comprendre sa réelle valeur. C’est à quoi je me suis attachée toute ma vie, et j’en suis récompensée, le jour où vous me le prouvez, vous en qui je crois, que je ne me suis pas fait d’illusions maternelles sur cette valeur de talent.

Votre appréciation, si franche et si délicate, est une joie réelle pour moi, et je vous remercie du fond du cœur d’avoir lu le livre avec cette conscience et cet esprit de généreuse protection. J’envoie l’article à Maurice, qui est à Nohant avec sa femme. Tous deux seront bien heureux et bien reconnaissants.

Et votre livre, à vous, ce livre dont vous me parliez à l’Odéon, est-il publié ? Je ne sais rien là où je suis, garde-malade affligée, et blessée par-dessus le marché, par suite d’une chute. Quand vous paraîtrez, ne m’oubliez pas. Je vous serre les mains, cher confrère, et suis, avec affection, tout à vous.