Correspondance 1812-1876, 5/1868/DCLXXXII

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DCLXXXII

À M. ALEXANDRE DUMAS FILS, À PUYS


Nohant, 31 octobre 1868.


Cher fils,

Je ne sais pas plus que vous pourquoi la presse s’est tant déchaînée de tous les côtés contre Cadio : ceci d’un côté ; — de l’autre, l’immense personnel de la féerie, qui ne veut pas de littérature à la Porte-Saint-Martin et qui, par les filles nues, a tant de ramifications au dehors ; Roger, qui faisait mal à voir et à entendre ; Thuillier trop malade ; le directeur, qui s’était fait trop d’illusions et qui a jeté le manche après la cognée ; les titis, qui ne trouvaient pas leur compte de coups de fusil et ne comprenaient pas Mélingue bon et vrai ; que sais-je ? La pièce n’a pas fait d’argent et la voilà finie ; mais je la crois bonne tout de même.

Il me semble que le travail de Paul Meurice est excellent. Je trouve que l’idée du livre était une idée. Donc, il n’y a pas de honte et les affronts ne nous atteignent pas. Gagner de l’argent n’est que la question secondaire ; n’en pas gagner, c’est l’éventualité qu’il faut toujours admettre.

Ce qui me console de tout, c’est que la chose vous a plu, et que vous n’avez pas eu à rougir de l’intellect de votre maman.

Et vous, nous faites-vous encore un chef-d’oeuvre ? Il y en a bien besoin ; car je n’ai rien vu de bon depuis longtemps. Je vous envoie toutes les tendresses de Nohant pour madame Dumas et pour vous. Vous ne ne me parlez pas de sa santé, à elle ; j’espère que c’est bon signe. Ici, nous sommes tous enrhumés. Mais, sauf la petiote, qui fait ses premières dents et qui en souffre, nous sommes tous de bonne humeur et occupés ; Aurore m’habitue à écrire avec un chat sur l’épaule, une poupée à cheval sur chaque bras et un ménage sur les genoux. Ce n’est pas toujours commode, mais c’est si amusant !

Bonsoir, mon fils ; dites-moi quand vous serez à Paris et comment vous vous portez tous.

Votre maman.
G. SAND.