Correspondance 1812-1876, 5/1868/DCLXXXVI

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DCLXXXVI

À MADAME EDMOND ADAM, AU GOLFE JOUAN


Nohant, 20 décembre 1868.


Chère enfant,

Je n’ai pas eu un instant pour vous répondre. Nohant a été sens dessus dessous pour les fêtes de nos baptêmes spiritualistes ; je ne veux pas dire protestants, bien que le premier sens du mot soit le vrai ; avec cela, il fallait finir un gros travail[1]. On s’est amusé beaucoup, et on va se calmer ; mais bientôt il faudra aller à Paris pour aviser à faire fructifier les griffonnages, et je ne pense pas avoir le temps de saluer cette année le soleil du Midi. Si je pouvais trouver quelques jours de liberté, ce serait une simple course pour vous embrasser d’abord, puis pour revoir la Corniche et revenir. Disposez donc de la belle villa du Pin, et, si vous m’en croyez, n’y mettez pas gratis des enfants et des nourrices.

Merci mille fois pour moi et les miens de l’offre trop gracieuse. Il se passera encore quelque temps avant que Lina puisse promener sa marmaille si loin et laisser son intérieur, qui leur est encore si nécessaire. Nous ne pouvons rêver que des promenades détachées, et encore ! La vie de travail pèse toujours sur nous de tout son poids, et c’est sans doute un bonheur malgré la privation de liberté, puisque nous n’avons jamais de dissentiments ni de tracas.

Vous voilà entrée dans la grande aisance, vous. J’espère que vous allez guérir vos nerfs et travailler pour votre satisfaction ; je n’ai pas encore relu votre livre, ç’a été plus qu’impossible ; mais cela viendra. J’y mettrai la conscience que vous savez et je vous dirai mon impression comme on la doit à ceux qu’on aime.

On vous embrasse tendrement tous, de la part de tous, vous reverrez sans doute bientôt notre cher gros Plauchut, que nous retenons le plus possible et qui vous racontera nos noces et festins.

À vous de cœur, à Adam et à ma belle Toto[2].

G. SAND.

  1. L’Autre.
  2. Madame Alice Segond.