Correspondance 1812-1876, 5/1869/DCCXV

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DCCXV

AU MÊME


Nohant, 18 décembre 1869.


Les femmes s’en mêlent aussi ? Viens donc oublier cette persécution à nos cent mille lieues de la vie littéraire et parisienne ; ou plutôt, viens t’en réjouir ; car ces grands éreintements sont l’inévitable consécration d’une grande valeur. Dis-toi bien que ceux qui n’ont pas passé par là restent bons pour l’Académie.

Nos lettres se sont croisées. Je te priais, je te prie encore de venir, non pas la veille de Noël, mais l’avant-veille pour faire réveillon le lendemain soir, la veille c’est-à-dire le 24. Voici le programme : On dîne à six heures juste, on fait l’arbre de Noël et les marionnettes pour les enfants, afin qu’ils puissent se coucher à neuf heures. Après ça, on jabote et on soupe à minuit. Or la diligence arrive au plus tôt ici à six heures et demie ; ce qui rendrait impossible la grande joie de nos petites, trop attardées. Donc, il faut partir jeudi 23 à neuf heures du matin, afin qu’on se voie à l’aise, qu’on s’embrasse tous à loisir, et qu’on ne soit pas dérangé de la joie de ton arrivée par des fanfans impérieux et fous.

Il faut rester avec nous bien longtemps, bien longtemps ; on refera des folies pour le jour de l’an, pour les Rois. C’est une maison bête, heureuse, et c’est le temps de la récréation après le travail. Je finis ce soir ma tâche de l’année. Te voir, cher vieux ami bien-aimé, serait ma récompense : ne me la refuse pas.

G. SAND.