Correspondance 1812-1876, 5/1870/DCCXVIII

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DCCXVIII

À MADEMOISELLE NANCY FLEURY, À PARIS


Nohant, 6 janvier 1870.


Chère filleule dont je suis fière et que j’aime, merci de ton bon souvenir.

Tu as si peu le temps de m’écrire, que je bénis le jour de l’an, sachant qu’il m’apportera de tes nouvelles. Ta lettre m’arrive avec celle de Barbès, qui ne manque pas encore à l’appel, malgré sa pauvre santé, et qui, comme toi, est plus courageux et plus tendre que jamais.

Je suis contente que vous alliez tous bien, à la frontière[1] et ici ; je suis bien sûre que la seconde petite de Valentine est aussi jolie que la première et qu’elle sera aussi adorée. C’est une force qu’on a contre l’horrible idée qui vient quelquefois au milieu du bonheur, qu’on pourrait perdre ces chers êtres.

On se répond qu’il faut les aimer d’autant plus et qu’une existence se mesure non pas à sa durée, mais à la joie et aux tendresses qui l’ont remplie.

Lina, Maurice et nos chères fillettes, qui vont à merveille, vous envoient à tous des tendresses et des baisers. Aurore est toujours merveilleuse de raison et d’amabilité. Ta filleule, qui trotte comme une souris, commence à dire la fin des mots. Elle prend pour cela un air capable et important qui est très comique. Elle sera, dit-on, plus jolie qu’Aurore ; nous n’avons pas d’opinion là-dessus à la maison ; nous les voyons toutes deux avec trop d’imagination.

Non, il n’y a pas de photographe à la Châtre et ceux qui passent sont des maladroits. Pour connaître ta filleule, il faudra que tu aies deux ou trois jours à voler à Valentine, qui nous en vole tant avec son Strasbourg.

Embrasse-la mille fois pour nous, cette chère mignonne, et souhaite, pour nous aussi, à ton cher Gaulois de père[2] et à ta petite maman la bonne année la plus tendre. J’espère vous voir prochainement. Que ne puis-je vous mener, c’est-à-dire emmener les enfants !

Je te bige mille fois !

G. SAND.
  1. La sœur de mademoiselle Nancy avait épousé un avocat de Strasbourg, M. Engelhard.
  2. Alphonse Fleury.