Correspondance 1812-1876, 5/1870/DCCXXVII

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DCCXXVII

À GUSTAVE FLAUBERT, À PARIS


Nohant, 19 mars 1870.


Je sais, mon ami, que tu lui es très dévoué. Je sais qu’Elle[1] est très bonne pour les malheureux qu’on lui recommande ; voilà tout ce que je sais de sa vie privée. Je n’ai jamais eu ni révélation ni document sur son compte, pas un mot, pas un fait, qui m’eût autorisée à la peindre. Je n’ai donc tracé qu’une figure de fantaisie, je le jure, et ceux qui prétendraient la reconnaître dans une satire quelconque seraient, en tout cas, de mauvais serviteurs et de mauvais amis.

Moi, je ne fais pas de satires : j’ignore même ce que c’est. Je ne fais pas non plus de portraits : ce n’est pas mon état. J’invente. Le public, qui ne sait pas en quoi consiste l’invention, veut voir partout des modèles. Il se trompe et rabaisse l’art.

Voilà ma réponse sincère. Je n’ai que le temps de la mettre à la poste.

G. SAND.

  1. Lettre écrite à propos du bruit qui courait, que, dans un des principaux personnages de son roman de Malgrétout, George Sand avait voulu peindre l’impératrice Eugénie ; lettre qui fut envoyée par Flaubert à madame Cornu, filleule de la reine Hortense et sœur de lait de Napoléon III.