Correspondance 1812-1876, 6/1871/DCCCVIII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 126-127).


DCCCVIII

À MADAME ARNOULD-PLESSY, À PARIS


Nohant, 29 mai 1871.


Merci de m’avoir écrit, ma bonne fille ; j’étais dans une inquiétude mortelle. Est-ce fini ? La mesure est comble, j’espère ! Ces infâmes ont-ils assez assassiné la République ? Et pourquoi vouloir brûler Paris, anéantir la population ? C’est une folie furieuse, odieuse, et qui, s’il était possible, tuerait jusqu’à la pitié qu’on doit aux vaincus.

A-t-on des nouvelles des otages, de l’archevêque des pauvres prêtres, que je n’aime pas, vous le savez, mais dont je veux qu’on respecte la vie et la liberté ! Nous nous attendons, demain, à apprendre les atrocités de la dernière heure. Les représailles seront cruelles aussi. Et comme la race humaine se civilise avec ce régime !

Enfin, vous avez courage et résignation au milieu de tout cela et vous n’êtes pas personnellement frappée. C’est une consolation pour nous ; mais comme on est consterné, indigné, navré de tant d’autres malheurs et d’une si ignoble barbarie ! Écrivez-moi encore, chère fille ; dites-moi que vous n’êtes pas malade et que vous ne craignez plus rien. Votre lettre nous a fait tout le bien possible ; nous vous en remercions et vous embrassons tendrement.

G. S.