Correspondance 1812-1876, 6/1871/DCCCVII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 124-125).


DCCCVII

À M. CHARLES PONCY, À TOULON


Nohant, 25 mai 1871.


La voilà vaincue, cette chimérique insurrection. J’espère que le mari de Solange va revenir sain et sauf, ou qu’elle pourra le rejoindre. Donnez-moi de ses nouvelles dès que votre inquiétude sera dissipée. Ce sera bientôt, j’espère. On ne peut se défendre d’espérer après des jours si troublés. La logique des événements permet toujours de croire au bien quand la coupe du mal est épuisée. Ne l’est-elle pas ? Je ne sais ce que la France peut subir de plus douloureux. Elle a eu la dernière des humiliations : le ridicule après l’odieux. C’est une douleur pour ceux qui aiment l’égalité et qui ont cru aux nobles instincts des masses, et j’étais de ceux-là.

Nous allons tous bien et notre contrée continue à être l’idéal du calme.

Seulement nous sommes menacés d’une sécheresse comme celle de l’année dernière. Nos blés ont gelé et, si nous n’avons pas d’herbe pour les bestiaux, ce sera la famine. Plaie d’argent n’est pas mortelle, pour ceux qui en ont, de l’argent ; mais ceux qui n’en ont pas ?

Amitiés de nous tous, mon cher enfant. Merci de votre bon souvenir à l’occasion de la fête des maçons. Je ferai votre commission auprès de Plauchut, quand il nous reviendra. Il est maintenant à Angoulême chez un de ses frères.

Donnez courage à la pauvre Solange. Ayez-en pour deux.

G. SAND.