Correspondance 1812-1876, 6/1872/DCCCXLV

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 196-197).


DCCCXLV

À MADAME EDMOND ADAM, AU GOLFE JOUAN


Nohant, 8 février 1872.


Les ai-je cherchées, ces lettres que vous retrouvez à Bruyères ! J’ai pensé souvent que je devais les y avoir laissées, mais que, si elles y étaient, vous me les auriez renvoyées. Je les y avais portées pour les rendre au fils de Rollinat, qui était alors à Marseille ; mais nous nous sommes croisés sans pouvoir nous rencontrer. — Il paraît qu’à Bruyères, c’est comme à Nohant, on peut laisser tout ce qu’on veut et le retrouver à la même place dix ans après. Renvoyez-moi ce paquet par la poste, chère enfant, et surtout ne payez pas le port.

Vous êtes, je le vois, Notre-Dame de Bon-Secours, c’est votre vie et votre mission, et la fatalité vous donne de l’ouvrage. Votre lettre sur la mort d’Arlès-Dufour est d’un bon grand cœur et paraît toute simple à ceux qui vous connaissent ; mais, quand on songe à la rareté des âmes comme la vôtre, on vous aime comme vous le méritez.

Une douleur nous a frappés aussi. Notre cher Micro[1] s’est éteint comme une lampe ; et c’est une lumière de moins pour mon esprit, en même temps qu’un déchirement pour le cœur. Je m’y attendais tous les hivers ; mais ce n’est pas un allégement : c’est perdre, au contraire, plusieurs fois au lieu d’une.

Nous vous embrassons mille fois ; écrivez-nous dès que vous serez à Paris.

  1. Gustave Tourangin, savant botaniste et entomologiste.