Correspondance de Victor Hugo/1860

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1860.


À Ernest Hamel[1].


Hauteville-House, 6 janvier 1860.


Monsieur,

C’est plus qu’un remercîment que je vous dois, c’est une émotion.

Je viens de lire l’article éloquent que vous avez bien voulu me consacrer dans le Courrier de l’Europe du 24 décembre. Tant de sympathie exprimée avec tant de talent, une cordialité si douce mêlée à des vues si hautes, cela me charme, je dis mieux, cela me touche, et je sens le besoin de vous serrer la main.

Ce serrement de main, je vous l’envoie ; ma lettre vous le portera ; vous l’y sentirez, n’est-ce pas ? Déjà j’avais eu l’occasion de vous exprimer ma profonde estime pour l’historien philosophe qui est en vous ; trouvez bon, je vous prie, qu’à cette estime s’ajoute désormais l’affection ; nous servons la même cause, nous luttons pour les mêmes principes, je me sens deux fois votre ami.

Victor Hugo[2].
À Michelet.


Hauteville-House, 20 janvier 1860.

Je l’ai, et je le lis, et je le relis, ce livre profond, pénétrant et doux[3], où il y a des passages d’Iliade et des pages d’Évangile. Tel paragraphe sur la France est une strophe, et semble appeler tout l’avenir au combat contre le présent, et en même temps la grâce et la tendresse et l’émotion sont partout ; c’est une œuvre charmante et forte, et, quel prodige ! vous dites tout et vous ne froissez rien, la pudeur et la science peuvent vous lire en se touchant du front, et, à force d’élévation et de chasteté dans le vrai, vous faites accepter la lumière par l’intimité et le plein midi par le mystère. Vénus nue, cela n’est que beau ; mais Marie nue, c’est grand.

Or la vierge et la mère, c’est là toute la femme ; c’est ainsi que vous l’avez comprise, c’est ainsi que vous l’avez peinte, et vous avez mis à votre poëme un fond d’étoiles. Et en somme ce livre est poignant, car la femme est pathétique ; et l’on trouve dans votre œuvre toute cette Ève avec sa faiblesse, son génie et sa beauté.

Laissez dire « la cabale ». Un siècle où il y a des hommes comme vous n’est pas un temps de décadence, mais un temps de renaissance. Le dix-neuvième siècle est une aube ; vous êtes un de ses plus splendides et un de ses plus chauds rayons.


Votre ami
Victor Hugo[4].


À Thécel[5], de l’Indépendance belge.


Janvier 1860.

Je viens de lire une ravissante page, et fort belle et fort grave en même temps, écrite par vous sur les romans champêtres de George Sand[6]. Je vous applaudis de toutes mes forces et je vous remercie d’avoir glorifié George Sand, particulièrement en ce moment-ci.

Il y a, à cet instant où nous sommes, une sorte de mauvais entraînement à réagir contre cette belle renommée et contre cet éminent esprit. Les premiers symptômes de cette assez méchante épidémie remontent à quelques années déjà.

Certes, personne ne comprend et n’admet plus que moi la critique haute et sérieuse, à laquelle Eschyle, Isaïe, Dante et Shakespeare eux-mêmes appartiennent, et qui a les mêmes droits sur les taches d’Homère que l’astronome sur les taches du soleil ; mais la sauvagerie des haines littéraires, mais des acharnements d’hommes contre une femme, mais jusqu’à de la rhétorique de cour d’assises dépensée contre un noble et illustre écrivain, voilà ce qui m’étonne et me froisse profondément.

George Sand est un cœur lumineux, une belle âme, un généreux et puissant combattant du progrès, une flamme dans notre temps ; c’est un bien plus vrai et bien plus puissant philosophe que certains bonshommes plus ou moins fameux du quart d’heure que nous traversons. Et voilà ce penseur, ce poëte, cette femme, en proie à je ne sais quelle réaction aveugle et injuste ! Je répète le mot réaction, car il a un sens multiple, et il dit tout.

Quant à moi, je n’ai jamais plus senti le besoin d’honorer George Sand qu’à cette heure où on l’insulte. Je serais même bien fâché que, par une sorte de petite fatalité taquine, La Légende des siècles ne lui fut pas parvenue. Elle y pourrait voir un oubli, dans un moment où je me tourne vers elle plus que jamais.

Victor Hugo[7].


À Henri de Lacretelle.


Hauteville-House, 4 février 1860.

Il n’y a pas de consolation, cher poëte, pour des douleurs comme la vôtre. Hélas ! cette charmante femme, cette fleur de votre jeunesse, cette aube de votre vie, cette vision lumineuse de notre passé à tous, la voilà donc évanouie[8] ! C’était un sourire, c’est un fantôme. Nous sommes faits pour être quittés par tout ce qu’il y a de meilleur ici-bas. Moi, il y a dix-sept ans qu’un ange que j’avais, ma fille, s’en est allée ; mais je l’ai toujours ; je ne la vois pas, mais je la sens dans ma vie et je l’attends dans ma mort. Vous aussi, vous vous tournez de ce côté-là maintenant. C’est la loi. Nous devons mourir successivement dans tous ceux que nous aimons pour revivre en eux plus tard.

Vous avez toutes les grandes et sérieuses préoccupations de la poésie et de l’art ; votre noble esprit pansera les blessures de votre cœur navré.

Courage, cher poëte. Je vous serre tendrement la main.


À Marie Hugo. [Carmélite.]


H.-H., 7 février 1860.

Tu as raison, chère Marie, de nous aimer toujours un peu car nous t’aimons bien. Je te sais heureuse, et c’est là une des douceurs de ma vie. Quand je t’écris, il me semble que c’est le sacrifice qui écrit au sacrifice. Nous obéissons à Dieu tous les deux. Il n’y a que cela de vrai sous le ciel.

Ta douce lettre nous a fait grand plaisir. Pense à nous, prie pour nous. Dieu écoute les anges ; il t’entendra.

Ma femme et moi nous t’embrassons tendrement.

Victor H.

Ta cousine et tes cousins t’envoient leur plus fraternel souvenir.

Ta belle-sœur Julie qui est chez moi en ce moment t’aime bien[9].


À George Sand.


Hauteville-House, 11 février 60.

Vous avez raison de m’aimer un peu. Je suis une tête fière, mais bonne, faite pour le rocher, de là mon exil, et pour l’amour, de là le reste de ma vie.

L’admiration, vous le savez, madame, est une sorte d’amour, et c’est cet amour-là que je sens pour vous, comme je le sens pour Virgile, pour Dante, pour Horace, et pour quiconque est philosophe. Ma solitude aime la vôtre, mon âpreté aime votre douceur, et il y a dans les belles choses que vous écrivez un rayonnement qui me convient.

On m’a fort déchiré depuis que j’existe, sans éveiller autre chose en moi qu’un certain dédain.

Mais j’étais vraiment froissé des violences dirigées contre vous. Vous avez bien voulu, vous qui n’avez besoin de rien, ni de personne, désirer une marque publique de mon estime et de mon respect[10]. J’ai été heureux de vous l’offrir et puisqu’il m’a été donné de faire un moment plaisir à votre grande âme, je suis content.

Je serre et je baise votre main.

Victor Hugo[11].


À Charles Griffin[12].


Monsieur,
Hauteville-House, 1er mars 1860.

Je suis très reconnaissant de la communication toute spontanée et toute gracieuse que vous voulez bien me faire. Je n’ai fait aucune modification à l’article biographique que vous trouverez dans ce pli et que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer.

Quelques petits faits inexacts sont moins graves à mes yeux que l’inexactitude des appréciations[13]. Or, je comprends que sur ce point toute liberté doit être laissée à l’auteur de la biographie, dont je reconnais du reste avec empressement la parfaite politesse et la parfaite bonne foi.

Veuillez, monsieur, lui transmettre et recevoir pour vous-même l’assurance de mes sentiments très distingués.

Victor Hugo[14] .


À Paul Meurice[15].


Hauteville-House 1er mars [1860].

Ah çà, je ne lâche pas prise, il nous faut vous, il nous faut madame Meurice, il nous faut un vrai versement de l’avenue Frochot dans la street Hauteville. Ma femme a dû vous le dire, et je vous préviens, ô mon doux et cher et noble ami, que je ne la crois pas capable de revenir sans vous.

Savez-vous qu’ici on improvise un théâtre, on joue la comédie, on invente des acteurs et on trouve des actrices. Ni plus ni moins qu’à Ferney en 1760 ; avec Voltaire de moins, mais avec l’océan de plus.

Quelle joie de vous avoir dans toutes ces petites fêtes ! Vous en seriez — non pas, — serez l’inspiration et la lumière.

À tout à l’heure donc ! je vous serre tendrement les mains.

Soy tuyo,


À Champfleury[17].


Hauteville-House, 18 mars 1860.

Je réponds en hâte à votre affectueuse lettre.

Faites, monsieur. L’œuvre que vous tentez[18], menée à bonne fin par un homme tel que vous, ne peut que servir le mouvement des esprits. L’art n’est pas perfectible ; c’est là sa grandeur, et c’est de là que vient son éternité (je prends ce mot dans le sens humain, bien entendu) ; Eschyle reste Eschyle, même après Shakespeare ; Homère reste Homère, même après Dante ; Phidias reste Phidias, même après Michel-Ange ; seulement la venue des Shakespeare, des Dante et des Michel-Ange est indéfinie ; les constellations d’hier ne barrent pas la route aux constellations de demain ; et cela par une bonne raison, c’est que l’infini ne s’encombre pas. Donc en avant ! Il y a place pour tous. On ne peut dépasser les génies, mais on peut les égaler. Dieu, qui fait le cerveau humain, ne s’épuise pas, et le remplit d’étoiles.

J’applaudis de tout cœur à votre entreprise et je vous crie courage !

Je l’ai dit dès 1830, en rejetant toutes les appellations qui passent et qui ne caractérisent rien : — La littérature du dix-neuvième siècle n’aura qu’un nom ; elle s’appellera la littérature démocratique.

Elle n’aura qu’un but : l’agrandissement de la lumière humaine, par le double rayonnement combiné du réel et de l’idéal.

Le roman est presque une conquête de l’art moderne ; le roman est une des puissances du progrès et une des forces du génie humain en ce grand dix-neuvième siècle ; et vous êtes, monsieur, par la précision comme par l’élévation de votre esprit, l’un des maîtres du roman. Courage donc ! — Je vous serre cordialement la main.

Victor Hugo[19].


À Monsieur Heurtelou, rédacteur du Progrès
à Port-au-Prince (Haïti).


Hauteville-House, 31 mars 1860.

Votre lettre m’émeut. Vous êtes, monsieur, un noble échantillon de cette humanité noire si longtemps opprimée et méconnue. D’un bout à l’autre de la terre, la même flamme est dans l’homme, et vous êtes un de ceux qui le prouvent. Y a-t-il eu plusieurs Adams ? Les philosophes peuvent discuter la question, mais ce qui est certain, c’est qu’il n’y a qu’un Dieu. Puisqu’il n’y a qu’un père, nous sommes frères. C’est pour cette vérité que John Brown est mort ; c’est pour cette vérité que je lutte. Vous m’en remerciez, et je ne saurais vous dire combien vos belles paroles me touchent. Il n’y a sur terre ni blancs, ni noirs, il y a des esprits ; vous en êtes un. Devant Dieu, toutes les âmes sont blanches.

J’aime votre pays, votre race, votre liberté, votre république. Votre île magnifique et douce plaît à cette heure aux âmes libres ; elle vient de donner un grand exemple : elle a brisé le despotisme.

Elle nous aidera à briser l’esclavage. Car l’esclavage disparaîtra. Ce que les États du Sud viennent de tuer, ce n’est pas John Brown, c’est l’esclavage.

Dès aujourd’hui, l’union américaine peut être considérée comme rompue. Je le regrette profondément, mais cela est désormais fatal. Entre le Sud et le Nord il y a le gibet de Brown.

La solidarité n’est plus possible. Un tel crime ne se porte pas à deux. Continuez votre œuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haïti est maintenant une lumière. Il est beau que, parmi les flambeaux du progrès éclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main du nègre.

Votre frère.
Victor Hugo[20].


À Paul Chenay.


31 mars [1860].

Au moment où vous recevrez ce mot, mon cher et excellent beau-frère, vous aurez vu Paul Meurice et il vous aura lu ma lettre d’avant-hier. J’ai dû vous dire la vérité et vous avez certainement compris que je ne pouvais vous donner une plus grande marque de mon amitié. Je connais votre courage et à l’heure qu’il est vous vous êtes encore mis à l’œuvre pour refaire le portrait[21], car il n’y a en effet pas de temps à perdre. — Tout le mal est venu de ce que vous n’avez pas eu, à Paris, le modèle sous les yeux. Je vous l’envoie, vous trouverez sous ce pli une très belle épreuve de la photographie à reproduire. Voilà ce qui est digne d’être étudié et scrupuleusement rendu par votre souple et habile burin. Fac-similé, tout est là. La dimension et le fond importent au plus haut point. Ce n’était pas une chose heureuse que cette figure perchée comme dans un coin, au-dessus de la signature. Faites une belle œuvre cette fois. Cela vous est facile ; je dis plus, cela vous est naturel.

Courage! à bientôt, à toujours. Je vous embrasse fraternellement.

Victor H.

P. S. Nous allons vous rendre Julie, c’est avec un grand regret. Vous et elle, vous nous semblez désormais le complément gracieux et charmant de

Hauteville-House[22].
À Paul Meurice[23].


Dimanche 7 avril [1860].

C’est Pâques, et c’est à vous que je veux chanter une litanie : oui, vous êtes admirable et charmant et bon, et toutes les épithètes de Mad. de Sévigné. Quelle foi il faut avoir en vous pour vous demander de si délicats services ! Bigre ! quelle ambassade en effet ! total : je vous aime bien.

Tout ce que vous désirez a été fait ou sera fait. Au moment où je recevais votre lettre, Chenay recevait de moi la lettre que vous souhaitiez. Dieu sait combien est profond mon intérêt pour lui, et combien je lui suis cordialement attaché. Comme vous le sentez et comme vous le dites, supprimer le portrait mal venu (il y a des choses mal venues peut-être dans l’œuvre même de Dieu) c’était un service qu’il fallait lui rendre. Il a compris, et il a fait résolument ce que j’attendais de son talent, de son intelligence et de son courage ; tout est bien. Je me charge d’Hetzel. Rien ne sera changé au traité ni aux paiements. J’en fais mon affaire. Seulement il est de la plus haute importance pour les opérations de Hetzel que Chenay livre le portrait fin mai. Soyez assez bon pour lui dire cela. Vous pouvez lui lire tout ce paragraphe de ma lettre. Il y a pour le pendu[24] l’unanimité qu’il y avait contre le portrait. On m’écrit de tous côtés que la gravure est admirable, que c’est un vrai fac-similé, et que, comme vous dites, l’effet est saisissant. Félicitez bien, je vous prie, Chenay et dites-lui que j’attends sa belle œuvre avec impatience.

Le mauvais temps et la semaine sainte ont retardé notre chère petite Julie, elle partira cette semaine avec M. Busquet. M. Busquet est un charmant homme qui nous laisse le plus agréable souvenir. Il a quelque envie de se fixer un peu ici ; il lorgne les cottages, marchande les maisons, etc. Je serais charmé qu’il réalisât cette bonne idée.

Et vous ! c’est vous que j’attends ! c’est vous que nous appelons tous ! vous et votre charmante femme dont j’ai en ce moment un ravissant petit chef-d’œuvre sous les yeux, l’infante[25]. Je connais cette infante-là, et cela m’enchante. Venez vite avec madame Meurice. Elle nous apportera la joie, nous lui rendrons la santé. Je suis convaincu que le printemps attend votre arrivée pour venir. Les esprits comme le vôtre ont des intimités avec l’azur et des intrigues avec le soleil.

Voici deux lettres. Est-ce que vous voudrez bien vous en charger ? — Indulge amico. Crux nova est évidemment la meilleure exergue ; cependant il ne faut pas hésiter à mettre celle qui ne fera pas obstacle. Quant au mode de lancement de la gravure John Brown, tout ce que vous me dites me paraît excellent. Faites pour le mieux. Vous ne pouvez vous tromper[26].


À Lamartine.


12 avril [1860].


Mon cher Lamartine,

Je viens de lire dans les journaux de France l’annonce de votre édition complète. Je m’inscris parmi les souscripteurs. Trouvez bon que je grave dans votre impérissable monument notre fraternité inaltérable.

Votre ami,
Victor Hugo[27].


À Charles Baudelaire.


Hauteville-House, 29 avril 1860.

Vous m’avez envoyé, cher poëte, une bien belle page[28] ; je suis tout heureux et très fier de ce que vous voulez bien penser des choses que j’appelle mes dessins à la plume[29]. J’ai fini par y mêler du crayon, du fusain, de la sépia, du charbon, de la suie et toutes sortes de mixtures bizarres qui arrivent à rendre à peu près ce que j’ai dans l’œil et surtout dans l’esprit. Cela m’amuse entre deux strophes.

Puisque vous connaissez M. Méryon[30], dites-lui que ses splendides eaux-fortes m’ont ébloui. Sans la couleur, rien qu’avec l’ombre et la lumière, le clair-obscur tout seul et livré à lui-même, voilà le problème de l’eau-forte. M. Méryon le résout magistralement. Ce qu’il fait est superbe. Ses planches vivent, rayonnent et pensent. Il est digne de la page profonde et lumineuse qu’il vous a inspirée.

Vous avez en vous, cher penseur, toutes les cordes de l’art ; vous démontrez une fois de plus cette loi, que, dans un artiste, le critique est toujours égal au poëte. Vous expliquez comme vous peignez, granditer.


À Auguste Vacquerie[31].


H.-H. Dimanche 13 mai [1860].

Accablé comme vous l’êtes de travaux et d’affaires, cher Auguste, vous êtes bien bon de vous offrir à moi si gracieusement pour l’affaire Lucrèce Borgia, et moi j’accepte avec vivacité, vu que je ne connais pas de meilleur conseiller et de meilleur point d’appui que vous. Donc voici les questions :

1° Je ne sais plus trop où en sont les théâtres aujourd’hui. Qu’est-ce que le Cirque ? jadis le parterre était pris par les chevaux. L’a-t-on rendu aux hommes ?

2° Si oui, vous savez que je suis peu aristocrate en fait de théâtres, mais enfin quel est votre avis ? faut-il faire jouer Lucrèce Borgia au Cirque ? Silva sine consule digna, ce théâtre peut-il avoir à un jour donné une physionomie littéraire ?

3° M. Hostein[32] ferait-il grandement les choses, décors, costumes, mise en scène ? Cela importe.

4° Cela doit être un coup. Après l’éclipse, il faut le rayonnement. L’obtiendrait-on de cette façon ? Quel est votre avis ?

5° Comment la pièce serait-elle jouée ?

6° Il va sans dire que j’ignore le gouvernement. Y a-t-il lieu à autorisation ? cela ne me regarde pas. Qu’on s’arrange. Je dis mieux. Je ne veux absolument rien faire pour tirer le régime actuel du petit cul-de-sac où il s’est mis en ce qui me concerne par l’interdiction de mon répertoire.

Enfin, pensez à ce que j’oublie. Soyez assez bon pour voir M. Hostein de ma part. Dites-lui que vous me représentez, et écrivez-moi vos impressions et votre avis définitif. Remercîments de todo el mio corazon.

Seriez-vous assez bon pour remettre vous-même ce mot à Mme Clarisse Miroir ? lisez-le, ensuite cachetez de noir.

Dites à M. Mario Proth[33] que nous ne recevons point du tout la Revue internationale. Je regrette de n’avoir point lu l’article qui me concerne, j’eusse écrit à l’auteur pour le remercier[34].


À Nefftzer[35].


12 juin Hauteville-House [1860].

Vous l’ai-je déjà dit ? oui probablement. Vos lettres dans l’exil sont pour moi ce qu’était votre apparition dans la prison : — de la joie. — Il y a en vous tout ce que j’aime : la pensée haute, le ferme esprit, le brave cœur. Nous contestions sur Dieu autrefois ; je suis sûr que nous serions d’accord aujourd’hui. Il faut détruire toutes les religions afin de reconstruire Dieu. J’entends : le reconstruire dans l’homme. Dieu, c’est la vérité, c’est la justice, c’est la bonté ; c’est le droit et c’est l’amour ; c’est pour lui que je souffre et c’est pour lui que vous luttez. Je le remercie à toutes les heures de ma vie, aujourd’hui surtout qu’il me fait cet immense honneur de m’éprouver. L’adversité, quelle élection !

Nous vous aimons ici ; nous parlons bien souvent de vous ; mes fils vous regrettent, et je vous désire. Aussi quand vous m’écrivez, il me semble que vous me serrez la main.

Merci — et à vous toujours.

Victor Hugo.

Mes hommages à votre charmante et gracieuse femme[36].


À Madame Victor Hugo.


[Jersey] 14 juin [1860], 1 heure du matin.

Chère amie, soirée admirable, succès immense, toute la ville en rumeur et en fête[37], je vous regrette profondément toutes les deux, je n’ai pas de vraie joie sans vous, j’espère que ma chère petite fille va mieux, vous auriez une bien bonne idée de venir, car je suis ici au moins jusqu’à lundi. Tes fils t’embrassent, tout va ici admirablement, Hetzel et Deschanel sont ici, nous avons des montagnes de choses à vous dire, nous parlons de toi sans cesse, je t’ai vue triste en partant, ce souvenir me suit et m’attriste, vrai et du fond du cœur je veux que tu sois heureuse. Crois que je t’aime bien profondément. Je t’embrasse et j’embrasse mon Adèle chérie. Tâchez de venir demain samedi. À toi. À vous deux[38].


À Paul Meurice.


Jersey, 16 juin 1860.

Cette date ne vous surprend pas, je pense, cher Meurice, et Auguste vous a probablement raconté tout ce charmant incident de Jersey sollicitant de moi son amnistie, et l’ovation succédant à l’expulsion. Je vous envoie, sous ce pli, mon speech et le récit du meeting dans le principal journal français de Jersey, et aussi un article du journal anglais qui vous mettra au fait de l’enthousiasme. Tout cela est significatif et touchant. Voulez-vous vous entendre avec Auguste pour ce discours ? J’en crois la publication très possible en France. Voulez-vous remettre ceci de ma part à M. Havin, Garibaldi étant permis, il n’y aura pas, je crois, de difficultés à la publication dans Le Siècle. S’il fallait couper quelque chose, j’autorise les ciseaux. L’important c’est que la France ait un peu l’écho de ce que j’ai dit là. Je crois ce discours utile.

Me revoici donc dans cette île, où votre douce visite de 1855 a précédé de si près notre expulsion. Charles et Victor sont avec moi ; nous revoyons ensemble tous ces lieux que vous connaissez et où il y a de votre ombre, et de votre lumière aussi. Nous les aimons à cause de cela. Répondez-moi à Guernesey, je serai à Hauteville-House dans trois jours — et je vous y verrai cet été. Quel bonheur !

Tuus.

Je n’ai pas besoin de vous dire que le plus tôt possible pour la publication

du discours sera le mieux[39].
À Madame Victor Hugo[40].


Jersey 17 juin [1860]. Dimanche matin.

Chère amie, nous comptons toujours vous arriver mardi matin. Je pense que Hetzel et Deschanel viendront deux jours à Guernesey. Prépare le déjeuner pour eux comme pour nous. J’espère que ma chère petite Adèle est mieux. Embrasse-la bien pour moi. Si tu vois l’excellent M. Marquand, donne-lui sur la fête qu’on nous fait ici tous les détails que tu as. Du reste il a dû tout voir dans les journaux et le journal de Harney lui a tout apporté dès le vendredi matin. L’accueil de ce bon petit peuple est charmant, je regrette bien qu’Adèle et toi vous n’en ayez pas joui, mais nous reviendrons et vous reviendrez avec nous. Tout le monde nous le fait promettre. Figure-toi que les murs sont couverts d’énormes affiches portant ceci :

Victor Hugo
has arrived !


Nous devions faire aujourd’hui le tour de la ville dans une façon de voiture omnibus, mais il pleut, et je pense que nous resterons. Nous déjeunons tous ce matin à la Pomme d’or chez Hetzel et ce soir nous dînons chez Asplet (Charles). Tes fils sont charmants et tout est bien. Sois heureuse et aime-nous. Nous t’aimons bien.

Je vous embrasse tendrement toutes deux[41].


À Paul Chenay.


Hauteville-House dimanche 24 juin 1860.

Mon excellent et cher beau-frère, salut. Vous avez fait une fort belle chose que M. Hetzel nous apporte, mon portrait d’après la photographie. Cela est parfait de réalité, de vie, de finesse, de pensée, de regard. Pour que ce fût ce qu’est votre pendu, tout à fait un chef-d’œuvre, il suffirait de bien peu de chose. Vous n’auriez qu’à enlever un gonflement qui, peu marqué à la joue gauche, (je parle de la gauche et de la droite, non du portrait, mais du spectateur), est très sensible à la joue droite. Quelques retouches comme vous les savez faire enlèveraient cette petite fluxion qui alourdit le bas du visage, rétabliraient la ressemblance absolue avec la photographie et votre portrait serait absolument admirable. Ce n’est rien et c’est tout. Car vous, artiste supérieur, vous connaissez cette loi de l’art : achever. En une heure ou deux, vous aurez fait de lui quelque chose d’achevé. Du reste, je vous le répète, toutes vos qualités sont là : couleur, lumière, délicatesse et fermeté du burin. Je vous envoie mon plus cordial bravo.

Songez bien à ceci : en Allemagne, en Belgique, à Haïti surtout, le John Brown serait une très belle affaire. Cela me revient de toutes parts. Parlez-en à notre excellent Hetzel, quand il sera à Paris.

Soyez assez bon pour me renvoyer mon dessin bien réemballé dès que vous aurez une occasion sûre, avec le nombre d’exemplaires de la gravure, que vous pourrez me donner. Je n’ai encore qu’une épreuve d’essai. Si vous n’avez pas d’occasion plus proche, Meurice voudra peut-être bien s’en charger et viendra dans trois mois.

J’embrasse sur les deux joues ma bonne petite Julie et je serre fraternellement vos mains dans les miennes.

V. H.[42]


À Paul Meurice[43].


Mercredi 4 juillet [1860].

Merci de tous vos excellents renseignements. Je vais faire le tri dans tous ces volumes, et je vous l’écrirai. Si, dès à présent, vous étiez à temps pour comprendre dans l’envoi immédiat des livres que vous nous annoncez, les annuaires de l’Institut et du bureau des longitudes, je vous en serais bien obligé. Soyez assez bon pour dire à Michelet que dès que j’aurai son livre sur la révocation de l’Édit de Nantes, je lui écrirai. C’est un fait que j’ai étudié de mon côté, et je lirai avidement le grand livre de Michelet. Ma femme vient de faire son bazar pour les petits enfants pauvres de Guernesey. Cela a extrêmement réussi. Dites à madame Paul que son exquise petite infante a fait merveille. Et vous, que faites-vous donc en ce moment ? Quelle œuvre forte, profonde et charmante nous préparez-vous ? Je suis avide de vous applaudir comme de vous voir. — À cet automne.

Je me suis remis aux Misérables dont l’affaire de Jersey m’avait un peu distrait.

Serez-vous assez bon pour faire remettre ces trois lettres ? À vous. Ex intimo[44].


À Michelet.


14 juillet [1860]. Hauteville-House.

Je viens de recevoir votre livre[45], et je l’ai lu sans respirer. Les hommes comme vous sont nécessaires. Puisque les siècles sont des sphynx, il faut qu’ils aient des Œdipes. Vous arrivez devant ces sombres énigmes, et vous en dites le mot terrible. Ce faux grand siècle, ce faux grand règne, il fallait le démasquer, lui ôter cette perruque qui cachait la tête de mort, montrer le crime sous la pompe, vous l’avez fait. Je vous remercie. — Oui, je vous remercie de ce livre comme d’un fait personnel. Ce Louis XIV me pèse. Dans un poëme encore inédit[46] j’en ai parlé comme vous. J’aime cet accord entre nos deux âmes.

Tous vos livres sont des actions. Comme historien, comme philosophe, comme poëte, vous gagnez des batailles. Le progrès et la pensée vous compteront parmi leurs héros. Et quel peintre vous êtes ! Vous faites revivre ce règne avant de le décapiter. Je finis cette lettre, mais c’est pour reprendre votre livre, je ne vous quitte pas.

Cher grand penseur, je vous embrasse.

Victor Hugo[47].


À Herzen[48].


Hauteville-House, 15 juillet 1860.

Cher compatriote de l’exil — (car l’exil est à cette heure la patrie des âmes honnêtes), je vous serre la main. Je vous remercie du livre excellent que vous m’avez envoyé[49], vos mémoires sont un registre d’honneur, de foi, de haute intelligence et de vertu. Vous savez bien penser et bien souffrir ; les deux plus grands dons que puisse recevoir l’âme humaine. Je vous félicite du fond du cœur.

Je ne regrette rien dans ce beau et bon livre qu’une page (218) ; vous étiez plus que personne digne d’apprécier cette grande génération de 1830 qui, en France, a complété la révolution des faits par la révolution des idées, qui a enfanté d’un seul jet le socialisme et le romantisme, c’est-à-dire le monde nouveau avec son verbe, et qui continue aujourd’hui son apostolat dans la résistance et son sacerdoce dans la proscription. Un jour cette idée de justice vous saisira, et vous glorifierez la jeunesse de 1830 en flétrissant la jeunesse de 1860[50].

À cette page près, je vous le répète, j’applaudis votre livre d’un bout à l’autre. Vous faites haïr le despotisme, vous aidez à l’écrasement de l’infâme ; il y a en vous un combattant intrépide et un penseur généreux. Je suis avec vous.

Victor Hugo[51].


À Paul Meurice[52].


19 juillet [1860].

Encore un boisseau de lettres que je vous envoie. Cinq du coup. (Michelet. Guérin. Mario Proth. Lebailly. Hetzel). Hetzel est-il à Paris ? Je le pense. Est-il encore hôtel Valois ? Vous l’avez vu sans doute, et vous aurez facilement son adresse. Soyez assez bon pour acheminer tous mes messages. Esto Colomba mea.

Je suis en plein dans les Misérables, mais l’œuvre est à perte de vue, et me mènera plus loin que je ne croyais. Je ne pense pas avoir fini avant décembre. Ceci veut dire qu’il faut que vous veniez sans vous préoccuper de son achèvement. Cela ne m’empêchera pas de vous en lire des bribes, si vous désirez toujours voir çà et là un ongle ou un orteil du monstre. Je me figure, si cette lettre surnageait, les Planche et les Sainte-Beuve et les cuistres futurs devisant sur ce mot : montre. Il en convient donc ! s’écriraient-ils. Habemus confitentem. — Voyez-vous quelquefois notre cher Parfait ? Je voudrais bien que vous vissiez Deschanel, qui est un gracieux et ferme esprit. Il est venu ici, et je lui ai déraisonné de vous. — Quelle œuvre préparez-vous en ce moment ? Faites-m’en confidence. J’aime voir votre couvée, mon noble et doux cygne.

Décidément nous n’aurons pas d’été. Juillet n’est qu’un avril médiocre. Dans deux mois l’automne. Qu’elle soit la bienvenue, puisqu’elle doit vous amener ! Parlez un peu de moi à ceux qui m’aiment. Mon speech fait rage en ce moment en Italie. — Tout va.

À vous[53].


À Mario Proth[54].


Hauteville-House 19 juillet 1860.
Monsieur,

Trois numéros d’une revue excellente, la Revue internationale, m’ont été envoyés. J’y ai trouvé mon nom écrit par vous, et prononcé avec un accent qui m’a ému. Je connais depuis un certain temps déjà votre jeune et généreux talent, et je suis des yeux avec un intérêt profond votre esprit qui grandit et qui monte. Vous avez en vous le sens de ce grand siècle où nous sommes, vous comprenez la liberté, le progrès, la France, le génie, l’art, vous êtes une âme faite pour les larges essors. J’aime dans ma solitude tous ceux qui tentent l’œuvre sainte, tous ceux qui soutiennent la lutte sacrée, tous ceux qui secouent de la lumière et de la vie dans l’ombre qui voudrait revenir, tous ceux qui sont bons, sincères, vaillants et forts ; vous êtes de ceux-là. Vous comprenez fièrement votre droit et votre devoir, qui sont de marcher en tête des nouvelles générations, et de leur éclairer la voie. Courage donc. Ce que vous faites est bien. L’avenir glorieux vous attend. Je vous serre la main, et je suis du fond du cœur avec vous.

Victor Hugo[55].


À Auguste de Châtillon[56].


[Bruxelles, 23 août 1860]

Mon cher poëte, je suis hors de Guernesey pour quelque temps. Ma belle-sœur, chargée d’ouvrir mes lettres pendant mon absence, m’écrit que vous me demandez une recommandation pour mon éditeur. Je crois peu aux recommandations, mais beaucoup à votre talent. Néanmoins voici ce que vous désirez.

Votre ancien ami.
V. H.[57]


À MM. les Membres du Comité pour le monument de Ribeyrolles[58],
à Rio-de-Janeiro.


4 novembre 1860.
Messieurs,

Ribeyrolles est allé chez vous, et il a écrit sur vous un beau livre, un livre digne de votre noble nation, de votre illustre histoire, de votre admirable pays[59]. Il a signalé avec une sympathie enthousiaste votre marche de plus en plus lumineuse vers le progrès. Il vous a fraternellement rendu justice au nom de la démocratie et de la civilisation. Plusieurs des pages de son livre sont comme des tables de marbre où votre gloire est écrite, où votre avenir est prédit. Il est mort en faisant cette œuvre, il est mort proscrit, il est mort pauvre ; vous aviez, vous peuple brésilien, une dette envers lui ; vous avez voulu la lui payer magnifiquement. Ribeyrolles avait élevé un monument au Brésil ; le Brésil élève un monument à Ribeyrolles. Honneur à vous ! Ainsi recevoir et ainsi rendre, cela est deux fois admirable.

Vous désirez une épitaphe pour cette tombe et c’est à moi que vous vous adressez ; vous me demandez ma signature sur ce monument. Je sens profondément l’honneur que vous me faites. Je vous en remercie.

Depuis que l’histoire existe, deux espèces d’hommes conduisent l’humanité : les oppresseurs et les libérateurs. Les uns la dominent pour le mal, les autres pour le bien. De tous les libérateurs, le penseur est le plus efficace ; son action n’est jamais violente ; la plus douce des puissances, et par conséquent la plus grande, c’est l’esprit. L’esprit fait des plaies mortelles au mal. Les penseurs émancipent le genre humain. Ils souffrent, mais ils triomphent ; c’est par le sacrifice d’eux-mêmes qu’ils arrivent au salut des autres. Ils peuvent mourir dans l’exil ; qu’importe ! Leur idéal leur survit, et continue après leur mort l’œuvre de liberté qu’ils ont commencée pendant leur vie.

Charles Ribeyrolles était un libérateur.

La mise en liberté de tous les peuples et de tous les hommes, c’était là son but. L’humanité libre, les peuples frères ; il n’eut pas d’autre ambition que celle-là.

Cette pensée fixe, qui devait aboutir à sa proscription et à sa gloire, c’est là ce que j’ai essayé d’indiquer dans les six vers que voici et que vous pourrez graver sur sa tombe si vous le jugez utile.

Quant à moi, je suis heureux de l’appel que vous me faites. Je m’empresse d’y répondre. Vous êtes de nobles hommes, vous êtes une généreuse nation ; vous avez le double avantage d’une terre vierge et d’une race ancienne ; vous vous rattachez au grand passé historique du continent civilisateur ; vous mêlez au soleil d’Amérique la lumière de l’Europe. C’est au nom de la France que je vous glorifie.

Ribeyrolles l’avait fait avant moi. Il vous avait salués de toute son éloquence ; il vous applaudissait, il vous aimait. Vous honorez sa mémoire et cela est bien. C’est la grande fraternité humaine qui s’affirme ; c’est la rencontre des deux mondes sur le cercueil d’un proscrit ; c’est la main du Brésil qui serre la main de la France par-dessus les océans.

Soyez remerciés ! Ribeyrolles vous appartient en effet comme à nous ; de tels hommes sont à tous ; leur proscription même a cette vertu de mettre en lumière la communion universelle ; et, quand les despotes leur ôtent la patrie, il est beau que les peuples leur donnent un tombeau.

Je vous salue et je suis votre frère.

Victor Hugo.
À CHARLES RIBEYROLLES.


Il accepta l’exil ; il aima les souffrances ;
Intrépide, il voulut toutes les délivrances ;
Il servit tous les droits par toutes les vertus ;
Car l’idée est un glaive et l’âme est une force,

Et la plume de Wilberforce
Sort du même fourreau que le fer de Brutus.

  1. Ernest Hamel collabora à plusieurs journaux comme homme politique ; républicain, il combattit l’empire ; il écrivit quelques articles de critique littéraire, mais se distingua surtout par d’importants travaux historiques.
  2. Cette lettre fut insérée en 1860 en tête d’une étude : Victor Hugo, publiée par E. Hamel.
  3. La Femme.
  4. Musée Carnavalet. — Jean-Marie Carré. Michelet et son temps. Revue de France, 15 février 1924.
  5. Thécel, pseudonyme d’Édouard Lemoine.
  6. L’Indépendance belge, 26 novembre 1859.
  7. Cette lettre est citée dans le Courrier de Paris, L’Indépendance belge, 28 janvier 1860, à propos de la publication de Lui, par Paul de Musset.
  8. Mme Henri de Lacretelle venait de mourir.
  9. Louis Barthou, Les Amours d’un poète.
  10. George Sand avait, par Hetzel, fait savoir à Victor Hugo qu’elle serait heureuse et fière de se voir défendue par lui contre les attaques qui l’assaillaient de divers côtés ; puis, le 1er février, elle avait remercié Victor Hugo de la lettre adressée à Thécel, et publiée dans L’Indépendance belge.
  11. Gustave Simon. Revue de France, 1er décembre 1922. — Archives de Mme Lauth-Sand.
  12. Inédite. — Charles Griffin était directeur du Dictionary of contemporary Biography.
  13. L’auteur de l’article biographique avait dit, tout en louant Le Dernier jour d’un condamné, que ce roman ne s’accordait pas en doctrine avec les autres œuvres de Victor Hugo.
  14. Communiquée par le British Museum.
  15. Inédite.
  16. Bibliothèque Nationale.
  17. Champfleury, dont l’œuvre touffue et diverse défie la nomenclature, collabora dès 1844 au Corsaire et à l’Artiste ; il fit jouer nombre de pantomimes, publia plusieurs études de critique d’art ; ses travaux si appréciés sur la céramique le désignèrent au poste de conservateur des collections du musée de Sèvres.
    Dès ses débuts, Champfleury sollicita le patronage de Victor Hugo qui lui fut toujours dévoué, ce qui n’empêcha pas Champfleury d’écrire à Jules Troubat en 1869 : La décadence de Lamartine n’était rien à côté de celle d’Hugo. Il est vrai qu’en 1878, le 1er juin, après avoir lu le discours sur Voltaire, Champfleury écrit à son « cher maître » une lettre débordante d’enthousiasme. L’ère de la décadence était passée.
  18. Champfleury venait de fonder Le Bulletin du romancier.
  19. Archives de la famille de Victor Hugo.
  20. Lettre reproduite dans Le Progrès de Port-au-Prince.
  21. Paul Chenay avait été chargé de graver le portrait de Victor Hugo, d’après la photographie faite en 1856 à Guernesey.
  22. Communiquée par M. Victor Déséglise.
  23. Inédite.
  24. En apprenant l’exécution Je John Brown, Victor Hugo avait aussitôt fait un dessin que Paul Chenay avait demandé à graver, qui fut exposé et qui obtint un grand succès. Tous les détails concernant ce dessin sont publiés dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  25. Mme Paul Meurice, élève d’Ingres, avait envoyé à Mme Victor Hugo, pour sa vente de charité, une peinture représentant l’infante d’Espagne tenant une rose {La rose de l’Infante. La Légende des siècles.)
  26. Bibliothèque Nationale.
  27. Le Figaro, 10 mars 1928.
  28. Sur le Salon de 1859. — Revue Française, 20 juillet 1859.
  29. « ... La magnifique imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo, comme le mystère dans le ciel. Je parle de ses dessins à l’encre de Chine, car il est trop évident qu’en poésie, notre poëte est le roi des paysagistes.
  30. Méryon quitta la carrière de la marine pour se consacrer aux arts ; à partir de 1850, il exposa des dessins et des gravures des principales vues de Paris, il devint un maître aquafortiste.
  31. Inédite.
  32. Directeur du Théâtre du Cirque.
  33. Mario Proth, alors jeune journaliste, fit, après la chute de l’empire, partie du gouvernement de la Défense nationale en 1870.
  34. Bibliothèque Nationale.
  35. Inédite.
  36. Communiquée par la fille de Nefftzer.
  37. Les Jersiais avaient ouvert une souscription pour venir en aide aux Siciliens révoltés. Une adresse signée par cinq cents notables habitants de Jersey avait été envoyée à Victor Hugo pour le prier de revenir à Jersey pour prendre la parole en faveur de Garibaldi et de son entreprise.
  38. Lettre publiée dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale. Collection Louis Barthou.
  39. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  40. Inédite.
  41. Communiquée par la librairie Cornuau.
  42. Maurice Clouard. — Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  43. Inédite.
  44. Bibliothèque Nationale.
  45. Louis XIV et la révocation de l’Édit de Nantes.
  46. Les Quatre Vents de l’Esprit. La Révolution. Écrit en 1857, ce poème ne parut qu’en 1882.
  47. Musée Carnavalet. Jean-Marie Carré. Michelet et son temps.Revue de France, 15 février 1924.
  48. Inédite.
  49. Premier volume des Mémoires de Herzen, traduction de Delaveau.
  50. Voici le passage qui a provoqué la protestation de Victor Hugo :
    « Les derniers jeunes gens qu’ait produits la France sont les Saint-Simoniens et les Fouriéristes. Quelques exceptions ne sauraient changer le caractère platement prosaïque de la jeunesse française actuelle. Escousse et Lebras se sont suicidés, parce qu’ils se sentaient jeunes dans une société de vieillards. Les autres se débattaient comme le poisson jeté sur un rivage boueux, jusqu’à ce qu’ils tombassent sur quelque barricade, ou se fussent laissé prendre à l’hameçon jésuitique.
    Mais comme les droits de l’âge sont imprescriptibles, la plus grande partie des jeunes gens, en France, passent actuellement leur temps d’une façon artistique, c’est-à-dire que, s’ils sont pauvres, ils boivent dans de petits cafés, avec de petites grisettes du quartier latin ; ou dans de grands cafés, avec de grandes lorettes, s’ils ont de l’argent. Ce n’est point Schiller, mais Paul de Kock qui est leur héros ; ils épuisent à la hâte et assez misérablement leurs orces, leur énergie, tout ce qu’ils ont de jeune, et ils sont prêts… à être commis marchands. La période artistique de la jeunesse française ne laisse au fond du cœur qu’une seule passion, l’amour de l’argent, et tous les autres intérêts de la vie lui sont sacrifiés ; ces hommes pratiques se moquent des questions sociales, et méprisent les femmes par suite des nombreuses victoires qu’ils ont remportées sur les filles soumises par métier. »
    Mémoires d’Herzen, tome Ier, traduction de Delaveau.
  51. Communiquée par l’Institut d’Histoire sociale. Amsterdam.
  52. Inédite.
  53. Bibliothèque Nationale.
  54. Inédite.
  55. Collection Édouard Champion.
  56. Le peintre Auguste de Châtillon exposa les portraits de Théophile Gautier, de Victor Hugo tenant son fils François-Victor (Maison de Victor Hugo). Invité à Fourqueux le jour de la première communion de Léopoldine, il fit un tableau représentant cette cérémonie. — Il publia un volume de poésies : À la Grand’Pinte, et une fantaisie qui le fit connaître : La levrette en pal’tot. — De 1830 à 1851, il fut reçu très cordialement par Mme Victor Hugo, qui l’aidait discrètement. Quand vint l’exil, Victor Hugo lui témoigna, en plus d’une circonstance, son amitié.
  57. Bibliothèque Nationale.
  58. livre sur le Brésil, il avait déjà publié Les Bagnes d’Afrique et Les Compagnons de la Mort.
  59. Brasil pittoresco, 3 volumes, 1859.