Correspondance de Victor Hugo/1862

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1862.


À M. Octave Giraud.


Hauteville-House, 17 janvier 1862.

Je vous remercie, monsieur, de m’avoir fait lire votre excellent écrit sur l’esclavage. L’esclavage est la plus grande des questions purement terrestres ; la moitié du monde disparaît sous cette nuit hideuse, une république s’y abîme : toutes les forces du progrès doivent se tourner de ce côté. Là est la honte, là est le crime, là sont les ténèbres. « L’homme possédé par l’homme ! » Ceci est la plus haute offense qui puisse être faite à Dieu, seul maître du genre humain. Un seul esclave sur la terre suffit pour déshonorer la liberté de tous les hommes. Aussi l’abolition de l’esclavage est-elle, à cette heure, le but suprême des penseurs. Vous avez bien fait, monsieur, d’élever la voix, vous tirez noblement l’épée pour la cause sainte ; vous êtes éloquent et vaillant ; avec des combattants tels que vous, le droit vaincra. Je vous remercie et je vous félicite.

Encore quelques efforts, le jour approche. L’esclavage est un ulcère à la face de la jeune république américaine, elle a beau se débattre ; malgré elle nous la délivrerons de son ulcère, et nous la guérirons.

Je vous serre la main, monsieur.

Victor Hugo[1].
À Albert Lacroix.


Dimanche, 19 janvier [1862].

Je vous envoie, monsieur, courrier par courrier, les cinq bon à tirer des cinq feuilles 6, 7, 8, 10 et 11. — Je vous recommande instamment les corrections. J’ai jugé inutile de vous réexpédier les pages sans faute. Je pense que vous comprendrez aisément les petits fascicules ci-inclus.

On a généralement négligé de corriger D… il faut D. — Veuillez, je vous prie, le rappeler aux correcteurs.

J’attends, pour vous envoyer le manuscrit de la deuxième partie, votre réponse à ma dernière lettre.

Il court, me dites-vous, des vers signés de moi sur l’affaire de Charleroi[2]. Ces vers ne sont pas de moi. Je suis tellement enfoui dans le travail depuis six semaines, et ce travail me fait un tel redoublement de solitude, que je n’ai pu lire un journal tous ces temps-ci, et que je ne connais pas l’affaire de Charleroi. C’est la première fois depuis dix ans que je m’isole à ce point. Je ne trouve, certes, pas mauvais qu’on use, et même qu’on abuse de mon nom pour le bien ; mais l’invraisemblable, c’est, dans ma position, de me faire écrire à un roi, fût-ce au roi Léopold, dont j’apprécie toutes les qualités, comme homme et personnellement, mais auquel je ne pourrais écrire sans être illogique. Quand je suis intervenu en 1854 pour tâcher de sauver Tapner, je me suis adressé au peuple de Guernesey, non à la reine d’Angleterre. — Vous pouvez parfaitement démentir les vers qu’on m’attribue. Mais qu’est-ce donc que cette affaire de Charleroi ? est-ce que vraiment j’y pourrais être utile ? Si occupé et si absorbé que je sois, je me détournerais un moment de mon travail, s’il y avait là un devoir à remplir. Soyez assez bon pour m’écrire un mot à ce sujet.

Je recommande de nouveau mes corrections à votre excellente sollicitude et je vous serre la main.

V. H.

M. P. Meurice attend toujours. Il me semble qu’il serait grand temps de

commencer l’édition de Paris[3].
À Albert de Broglie[4].


Hauteville-House, 27 janvier [1862].
Monsieur,

Nous appartenons, vous et moi, à deux groupes d’idées, à coup sûr, bien différentes, mais je sens tout ce qu’il y a d’élevé et de noble dans votre esprit. Vous avez cette générosité d’âme qui est la source même du talent.

Mon absence de France est une protestation pour la France ; il n’y a pas pour moi de France sans liberté ; ce sentiment est aussi le vôtre. Cette volonté d’être libre, qui est le mens divinior de l’écrivain, vous l’avez, monsieur, aussi je suis certain que, dans un avenir qui m’est inconnu, nous pourrons bien avoir quelques dissidences comme collègues, mais que, comme confrères nous nous serrerons toujours la main.

Recevez, je vous prie, l’assurance de ma haute considération.

Victor Hugo[5].


À Albert Lacroix[6].


H.-H., 3 février [1862] lundi.

Je prends cette page blanche pour vous et pour moi, cher monsieur Lacroix. Je viens de m’apercevoir, à l’instant même, par les dernières épreuves arrivées, que votre tome II n’avait que dix-sept feuilles. Ce n’est vraiment pas assez. Le premier n’en a que vingt, ce qui est déjà un minimum. Le troisième sera également faible. Ceci me paraît grave et corrobore tout ce que je vous ai dit déjà au sujet de la mise des deux volumes en trois. Il y a inconvénient à donner au public, pour la première fois depuis que j’écris, des volumes de moi où il lui semblera qu’on tire à la page. Et puis voyez les conséquences : Si l’ouvrage, à raison de deux volumes par partie, devait avoir huit ou neuf volumes, ce qui était le probable, il va en avoir douze ou quatorze, peut-être quinze, car il faudra diviser trois par trois. Représentez-vous un succès condamné à lever ce poids de quatorze ou quinze volumes, et quel poids ! Même à 5 francs le volume, le livre coûtera donc 75 francs ! Vous m’inspirez le plus profond et le plus cordial intérêt, vous êtes pour moi un cœur et un esprit, vous êtes un des hommes qui honorent par leur talent la nationalité belge, votre associé est évidemment à la hauteur de votre intelligence si rare et si sympathique. Eh bien, croyez à mon avertissement. Il est tout à fait temps encore, revenez à la division de chaque partie en deux volumes. L’aspect de l’ouvrage entier y gagnera. Si nous avons cinq parties, nous n’aurons que dix volumes. À quatre parties, nous en aurons huit. Le prix sera abordable, le succès s’en accroîtra, et par conséquent votre bénéfice auquel je tiens comme au mien propre. La première partie aura deux bons volumes de quatre cent cinquante pages chaque ; la deuxième, deux également, et, si nous avons cinq parties, ce que je ne puis encore calculer avec certitude, mais ce qui est possible, vous aurez dix bons volumes bien pleins et bien réussis. Cela étant, je crois au plus grand succès possible. Ce qui est tiré du tome II est insignifiant, et il vous sera facile de reporter l’année 1817, tout entier à la fin du tome premier. De cette façon, vos deux volumes sont admirablement construits.

Je recommande vivement tout ceci à votre excellent esprit. J’attends demain mardi un envoi de vous, et je vous serre bien affectueusement la main.

V. H.[7].


À Albert Lacroix[8].


Mardi 4 [février 1862]. Après minuit.
Cher monsieur,

Lettre envoyée à Paris. Avez-vous entre les mains l’enveloppe ?

Porte-t-elle ces mots : Paris-France, écrits de ma main ?[9]

Je crois cela impossible. L’erreur doit venir de la poste.

Retard du manuscrit[10]. J’ai mis le gros paquet à la poste (chargé) le 29. Il est parti le 30 au matin. Il a dû arriver, sauf retard de mer, le 1er février. Voici les pièces justificatives des deux envois. Plaignez-vous à la poste, et réclamez, s’il y a lieu.

Rejet d’un chapitre d’un livre à un volume suivant[11]. Il faut éviter cela le plus possible. L’édition serait fort défigurée par là. Quant à Petit Gervais, c’est absolument impossible. Ce chapitre est une conclusion. — Du reste, tout ce que vous m’écrivez à ce sujet vient en aide à ma lettre d’hier 3. Relisez-la. Faites deux volumes et non trois.

Question de prix[12]. Vous faites erreur. J’ai là sous les yeux vos calculs écrits de votre main, ici, à raison de 6 francs par volume, 3 francs l’édition populaire. Or, 7 francs n’a jamais été admis par vous. En disant 6 francs, vous maintenez le prix ancien. Il n’y aurait de rabais que si, comme vous me le disiez dans une lettre, vous mettiez le volume à 5 francs (et 2 fr. 50 le bon marché). Pensez-y. Tout ceci vient encore à l’appui de ma lettre d’hier. Ne faites que deux volumes.

Depuis dix jours, pas d’épreuves. Je n’y comprends rien. Travaillant au manuscrit le matin, je corrige les épreuves le soir. Il arrive souvent que cette correction me mène tard dans la nuit (comme aujourd’hui), alors je vais moi-même les jeter à la boîte pour qu’elles partent le lendemain matin. En ce cas-là, elles doivent vous arriver d’autant plus sûrement qu’elles ne sont pas affranchies, les bureaux de poste étant fermés. Quoique les envois d’épreuves soient à votre charge, j’affranchis quand je peux. Ces frais là seraient simplifiés et réduits à presque rien, si je corrigeais sur l’édition de Paris, ce que je vous avais conseillé (quatre onces de papier pour six sous), et nous irions plus vite. Quoi qu’il en soit, vous devez avoir en ce moment tout jusqu’à la feuille 14 du tome II inclusivement. Aujourd’hui vous avez en plus quatre feuilles.

Je conçois votre hâte, et je la partage (c’est pour cela que la voie de Paris eût mieux valu), mais réfléchissez. Si je passe la nuit à corriger les épreuves, je ne puis travailler le matin, et ce que vous gagnez en rapidité du côté de l’impression, vous le perdez du côté du manuscrit. Il serait fâcheux que je fusse forcé de renoncer à de certains développements. Il serait regrettable, par exemple, que le temps m’eût manqué pour écrire Waterloo. — Quand viendra le moment d’imprimer les tables, les titres, les couvertures, prévenez-moi un peu d’avance, j’ai beaucoup d’indications utiles à donner pour ce moment-là. La préface n’aura que deux pages[13].

Je vous ai envoyé hier lundi une feuille (la 15e). Aujourd’hui sous ce pli trois feuilles, la 16e et la 17e dont il me faudra des secondes, et le bon à tirer de la feuille 1 du tome III, que voici.

Avec mes cordialités les plus vraies et les plus affectueuses. — Pesez bien mes deux lettres  !

Votre ami.
V. H.[14]
À Albert Lacroix.


H.-H., vendredi 7 [février 1862].

Cher monsieur, voici un avis qui me parvient. La lettre m’arrive par l’occasion du Weymouth et vient d’une personne que je connais peu. J’en coupe les lignes que voici :

« Je puis vous assurer qu’il y a ici quelqu’un qui se vante, qui s’est vanté à moi-même (à condition de ne pas être nommé) de connaître les Misérables et d’avoir eu la seconde partie, Cosette, entre les mains. »

Je n’attache à cette lettre qu’une importance relative. Cependant, pour le cas où il y aurait là quelque chose de fondé, je signale le danger à votre attention. Il importe au plus haut point que le manuscrit ne soit communiqué à qui que ce soit. Méfiez-vous des offreurs d’avis, qui, sous un air de sollicitude, ne songent qu’à satisfaire leur curiosité.

Je vous mettrais presque en garde contre vous-même. L’inconvénient de ce livre, pour ceux qui cherchent à s’en rendre compte, c’est son étendue. S’il pouvait être publié d’un seul bloc, je crois que l’effet en serait décisif ; mais ne pouvant être encore à cette heure lu que morcelé, l’ensemble échappe ; or c’est l’ensemble qui est tout. Tel détail qui peut sembler long dans la première ou la deuxième partie est une préparation de la fin, et ce qui aura paru longueur au commencement ajoutera à l’effet dramatique du dénouement. Comment en juger dès à présent ? Vous-même, avec votre intelligence si pénétrante et si ouverte, vous risqueriez de vous tromper en essayant d’apprécier définitivement ceci ou cela, et, ne voyant pas la perspective du Tout, vous commettriez des erreurs d’optique. Ce livre est une montagne ; on ne peut le mesurer, ni même le bien voir qu’à distance. C’est-à-dire complet. Ne communiquez donc, je vous prie, le manuscrit à personne, pas même à votre meilleur ami. J’accepte le jugement du public, et surtout le jugement de la postérité ; mais non les opinions individuelles. Pour un livre comme celui-ci, il faut tout le monde — ou personne.

Ceci n’est qu’un mot en courant pour vous mettre sur vos gardes. À demain des épreuves. J’insiste toujours pour le retour aux deux volumes, et plus que jamais. Nous ne pouvons éviter le morcellement, n’y ajoutons, pas le délaiement.

Je vous serre très cordialement la main.

V. H[15].


À Albert Lacroix.


Mercredi 12 février [1862].

Je vous félicite, vous et votre honorable associé, du retour aux deux volumes. L’obstacle au succès disparaît. C’était une idée funeste que ces trois volumes, vous l’aviez couvée bien malgré moi, mais votre excellent bon sens vous fait revenir à la vérité, et je vous félicite. Rien n’était fait encore ; quant au papier épais, d’abord faites votre mea culpa, c’est votre faute ; ensuite réjouissez-vous, vous vous en tirez à bon marché. Je continue de croire de plus en plus aux cinq parties, elles se dessinent très distinctement. N’appelez pourtant pas cela une promesse, ce ne peut être un engagement, mais vous connaissez mon absolue bonne volonté, et je crois être sûr qu’il y aura cinq parties.

Maintenant, c’est à vous, cher monsieur Lacroix, que je m’adresse spécialement.

Tu quoque ! vous aussi, vous-même, noble et rare esprit, vous voyez la petite question avant la grande, et le succès avant la beauté. Eh bien, cela a un côté juste, et je reconnais que, si élevée que soit une intelligence, fût-ce la vôtre, l’homme de l’affaire doit dans une certaine mesure peser sur l’homme de l’idée. Je ne rejette aucune opinion sans l’entendre, à plus forte raison quand elle vient d’un homme comme vous. Envoyez-moi donc, courrier par courrier, car nous n’avons pas une seconde à perdre, et tous ces petits remaniements prennent du temps, envoyez-moi in haste les deux livres le Petit Picpus et Parenthèse, avec l’indication au crayon des abréviations ou des suppressions que vous souhaiteriez. J’examinerai. Quant au livre Waterloo, vous reconnaissez vous-même, et cela est évident, que c’est un puissant intérêt de curiosité et d’histoire ajouté au livre. Ne perdez pas une minute pour m’expédier les deux livres en question. Je ne puis faire ces indications-là, si je m’y décide, que sur la copie.

Recevez mon plus cordial serrement de main.

V. H.

Aller à Bruxelles est impossible en ce moment, et outre ma santé, il y a votre intérêt, l’intérêt du travail que je fais pour vous. — Mais vous, qui êtes jeune et si vivant, que ne venez-vous faire un tour ici, pour le deuxième paiement et la troisième partie. Réfléchissez-y.

(Bleuet vient de bleu. Ne tenir aucun compte de la stupide orthographe des dictionnaires qui sont tous faits par des ânes[16].)


À Albert Lacroix.


13 février [1862].

Il y a juste aujourd’hui trente et un ans que Notre-Dame de Paris paraissait. Nous suivrons de près, je l’espère, cher monsieur, cet anniversaire qui vous portera bonheur.

Ce qui vous réussira certainement, et grandement, c’est le retour aux deux volumes. Ceci est une mesure de haute raison. Ne me parlez pas, je vous prie, à ce sujet, du sacrifice que vous faites ; vous faites, en donnant au public deux bons volumes, ce que feraient tous les éditeurs, et ce qui était convenu. 6 francs est un très fort prix. Les volumes des Girondins contenaient plus de matière encore, et ne coûtent que 5 à 6 francs. Les volumes de mes œuvres, édition Houssiaux, contiennent un bon tiers de plus, et ne coûtent que 5 francs. Quant au papier épais, et au caractère trop gras qui tient trop de place, c’est la faute de votre faux point de départ et de la malheureuse idée de trois volumes que vous abandonnez avec la plus louable sagacité. Permettez-moi donc de ne voir là-dedans aucun sacrifice. Je vous apprécie par tant d’autres côtés, et vous avez tant de mérites réels, que vous devez être le premier à ne pas vouloir d’un mérite factice. Si, comme je l’espère de plus en plus, vous avez dix volumes, c’est-à-dire deux volumes par-dessus le marché, vous pourrez bien continuer de rimer en fice, mais il faudra dire : bénéfice, et non sacrifice.

Je ris, cher monsieur, car je suis content de vous voir dans l’excellente voie où votre sens si droit et si net doit toujours vous maintenir.

Je vous envoie les corrections de deux feuilles, très chargées, comme vous verrez, et je ferme bien vite cette lettre, pour qu’elle parte à temps.

Mille affectueux compliments.


À George Sand.


Hauteville-House, 18 février 1862.

Où êtes-vous ? où cette lettre vous trouvera-t-elle ? Est-ce à Nohant ? est-ce à Paris ? pensez-vous quelquefois à un ami lointain que vous n’avez jamais vu, et qui vous est sérieusement et profondément acquis ? Tout ce que vous avez fait de bon, de grand et de beau pour tous dans ce siècle, vous, femme, avec votre tendresse, vous, sage, avec votre amour, me constitue un de vos débiteurs, et, au milieu des choses immenses qui m’entourent, mer, ciel, astres, nature, humanité, tempêtes, révolutions, je vous appelle et je songe à vous, et mon esprit dit au vôtre : Venez.

Je suis accablé de travail et d’affaires, et dans cette situation que vous connaissez, où l’on n’a pas un instant à soi, une lettre à écrire semble une aggravation ; mais vous écrire, c’est un repos.

Votre gloire est de celles dont le rayonnement est doux. La contemplation d’une lumière comme la vôtre est un enchantement pour l’âme.

Quand pourrons-nous causer, et nous voir, et nous dire tant de choses ? Hélas ! il me semble que la France recule pour moi, je voudrais bien que Guernesey pût se rapprocher de vous.

Il me semble que, si vous vouliez, vous êtes assez prophète pour faire venir à vous la montagne.

Je baise votre main et je la remercie et je la félicite d’écrire tant de belles œuvres.

À vos pieds, madame.

Victor Hugo[18].


À Paul Meurice[19].


H.-H, 25 février [1862].

Cher Meurice, demain 26 le papier sera prêt, l’impression commencera à Paris, deux forts volumes. Il serait utile de paraître vers le 15 mars. Sera-ce possible ? Je sais à quel point vous êtes, vous et Auguste, d’admirables amis, et que l’impossible sera fait. Je vais relire les bonnes feuilles pour vous signaler les fautes qui auraient échappé dans l’édition belge. M. Lacroix m’écrit que le livre paraîtra en même temps traduit en sept langues, allemand, anglais, hollandais, espagnol, portugais, italien et polonais.

Je remets donc ce livre en vos mains. Je ne vous remercie plus. Mon cœur accroît silencieusement sa dette envers vous.

Tuus.
V.

Voici deux lettres. Seriez-vous assez bon pour jeter l’une à la poste, et pour remettre l’autre à Charles ; il me semble que le jour où ceci vous parviendra est le jour même où vous le voyez.

Mes hommages à votre charmante femme.

Ma femme va vous arriver. Je la charge de vous embrasser tous les deux[20].


À Albert Lacroix.


H.-H., 4 mars [1862].

Cher monsieur, je ne dis pas que Bruxelles est le loup, mais, à coup sûr, Guernesey est l’agneau. Jugez plutôt :

Il y a des retards. Bruxelles s’en plaint.

1° L’impression qui devait, de convention expresse, commencer le 25 décembre, commence le 8 janvier. Retard. Imputable à qui ?

2° Guernesey avait livré deux volumes. Bruxelles veut en faire trois. Perte de temps à tâtonner sur cet allongement pendant trois semaines, puis retour raisonnable aux deux volumes. Retard. Imputable à qui ?

3° Bruxelles commence par corriger admirablement les épreuves, puis se relâche, et me renvoie jusqu’à deux et trois fois les mêmes fautes, rendant ainsi des troisièmes épreuves nécessaires. Retard. Imputable à qui ?

4° Voilà quinze jours aujourd’hui que vous auriez pu prendre livraison de la troisième partie. Vous semblez n’y pas songer. Je vous ai averti pourtant et je vous avertis encore. Le manuscrit est là qui attend. La troisième partie pourrait et devrait être sous presse. Elle n’y est pas. Il y aura un retard dont vous vous plaindrez. Retard. Imputable à qui ?

Vous voyez bien que Guernesey est l’agneau.

J’ajoute ceci : toutes les fois que, changeant ce qui a été débattu et convenu entre nous (question des trois volumes, question du petit format, question de Waterloo ne tombant pas en belle page, etc.), toutes les fois que, par de l’imprévu de ce genre, vous me faites écrire lettres sur lettres, et de longues lettres, c’est autant de temps perdu pour la correction des épreuves et la revision du manuscrit. Retard. Imputable à qui ?

Vous connaissez comme moi le danger des remaniements. Dans un remaniement pour corriger une faute, l’ouvrier en fait souvent de nouvelles. Or, toutes les fois que, par l’inattention du correcteur, vous m’envoyez dans une deuxième épreuve, soit une faute par récidive, et opiniâtre, soit une faute amenant un remaniement, vous me forcez de demander une troisième épreuve. À qui imputer le retard ?

Tenez, si pour vous faire toucher toutes ces petites vérités du doigt, je n’eusse pas été forcé d’écrire aujourd’hui cette lettre-ci, j’aurais pu corriger une feuille de plus, et vous eussiez été avancé d’autant.

Comme remède, vous demandez mon séjour à Bruxelles, et vous m’offrez votre propre maison de la façon la plus charmante : mais mon séjour à Bruxelles (sans parler du voyage que ma gorge malade ne me permet pas en ce moment) utile peut-être à l’impression, serait désastreux pour le travail de revision. Je vous l’ai dit déjà, et je vous le répète. Voulez-vous que nous marchions vite ? Revenez à votre premier mode de correction des épreuves, apportez-y le plus grand soin, envoyez-moi (l’excellence de la copie vous le permet) des premières épreuves aussi correctes que possible ; vous aurez très souvent tout de suite le bon à tirer, et dans tous les cas, ne m’envoyez jamais de grosses fautes dans les deuxièmes épreuves.

Et quand voulez-vous la troisième partie ?

Je vous serre très affectueusement la main.

V.

J’ajoute pourtant, à la décharge de Bruxelles, que tous les retards dont Bruxelles est cause n’auront produit qu’un ajournement d’un mois. Au lieu du 15 février, on paraîtra le 15 mars[21].


À Paul Meurice[22].


Dim., H.-H.

Bruxelles, cela est facile à dire. Mais rendez-vous compte de ce que je fais ici. Le matin, de sept à onze heures, je revois mon manuscrit, car j’y travaille jusqu’à la dernière minute, et encore çà et là des choses m’échappent ; l’après-midi, de deux heures à six, pendant que deux femmes, deux dévouements, copient et collationnent sans relâche leur copie, moi je revise ce qu’elles ont collationné, puis je classe et je divise ce qui sera la copie définitive sur laquelle on imprimera ; le soir, de huit heures à minuit, je corrige les épreuves, quelquefois jusqu’à six feuilles par jour[23], et j’écris les lettres. Pas une poste ne part sans un envoi de moi. Maintenant, aller à Bruxelles, emporter un volume in-folio de notes manuscrites et autres éparses sur une immense table, les empaqueter, les reclasser et les dépaqueter là-bas, emmener les deux copistes, car les remplacer, impossible, il faut dévouement et discrétion, et on n’a pas cela pour de l’argent, emporter le manuscrit qui a déjà assez hasardeusement passé l’an dernier quatre fois la mer, surtout le laisser manier par l’abominable douane anglaise. Pour tous ces arrangements et dérangements, au moins huit ou dix jours perdus. À Bruxelles, tout mon entrain envolé, au lieu de ma solitude, cinquante visites par jour, forçant ma porte, et quelques-unes fort bonnes et fort nécessaires, redoublement du tourbillon de lettres, plus d’isolement, plus de concentration, les épreuves allant peut-être un peu plus vite, et encore ! (La copie est excellente. On peut m’envoyer ici des épreuves sans faute. Les deuxièmes épreuves pourraient être évitées avec plus de soin dans la correction première en Belgique). Vous voyez que le voyage de Bruxelles irait droit contre le but. J’ajoute que mon mal de gorge chronique s’en accommoderait fort mal.

Enfin, mon doux et admirable ami, Charles ! Eh bien, est-ce qu’il ne vaut pas mieux pour lui venir ici ? Le drame à faire[24] l’y amènera nécessairement et il y a chance que Hauteville-House le retienne. Si je suis à Bruxelles, il y vient, y passe huit jours, et repart pour Paris. Charles est donc encore une raison pour que je n’aille point à Bruxelles et pour que je reste ici. Communiquez ceci à Auguste et à ma femme, et dites-vous bien que j’ai tout pesé et que je suis dans le vrai en restant ici. Quant à l’affaire épreuves, la seule qui tient au cœur des éditeurs belges, il dépend d’eux de corriger en première de telle façon que je n’aie que du bon à tirer à leur envoyer. Et puis enfin vous à Hauteville-House, c’est ma récompense et ma fête ! Ne me l’ôtez pas.

Je vous envoie ci-joints trois petits messages, Charles, Deschanel, Cerfbeer[25]. (Mon portrait. Je lui écrirai après l’article qu’il m’annonce)[26].


À Albert Lacroix.


Hauteville-House, 13 mars [1862].

Mon cher monsieur, en même temps que cette lettre vous recevrez, paquet chargé, la troisième partie intitulée Marius. Deux volumes, huit livres. Cinq livres pour le tome premier, trois pour le tome II. Les titres des huit livres sont :

I. Paris étudié dans son atome.
II. Le grand bourgeois.
III. L’aïeul et le petit-fils.
IV. Les amis de l’A. B. C.
V. Excellence du malheur.
VI. Conjonction de deux étoiles.
VII. Patron-minette.
VIII. Le mauvais pauvre.

En tout 137 feuillets.

Vous trouverez sous ce pli le reçu des 60 000 francs, et le bulletin du post-master constatant l’envoi à votre adresse du paquet chargé. Le coût du paquet est de une livre sterling, quatre shellings, six pence.

Le paquet est sous double enveloppe, noué d’une corde et scellé de cinq cachets noirs. J’y ai empreint mon cachet de pair de France, je reproduis ce cachet sur cette lettre pour que vous puissiez constater que rien n’a été ouvert. J’ai abdiqué ces armoiries depuis la république ; mais je les emploie aujourd’hui pour votre sécurité comme moyen de contrôle.

Vous reconnaîtrez, je crois, de plus en plus, la vérité de ce que je vous disais à Guernesey des Misérables. « Ce livre, c’est l’histoire mêlée au drame, c’est le siècle, c’est un vaste miroir reflétant le genre humain pris sur le fait à un jour donné de sa vie immense ».


Le titre de la IVe partie sera très probablement :

L’idylle rue Plumet

et

l’épopée rue Saint-Denis.

Je désire beaucoup que rien dans le travail de revision ne vienne faire obstacle à ce titre qui est très bon. J’espère tout à fait pouvoir m’y tenir.

Le titre de la cinquième partie sera toujours : Jean Valjean.

Je vous envoie deux feuilles corrigées dont un bon à tirer.

Maintenant que vos ouvriers sont nécessairement dans le secret, il faut m’envoyer les épreuves avec les titres courants au haut des pages, car c’est toujours un danger de laisser ce petit remaniement derrière soi quand on donne un bon à tirer. La raison pour ne pas mettre ces titres courants n’existe plus.

Je vous écrirai demain. Il faut songer en effet à la publication. Communiquer des extraits à tous les journaux à la fois le même jour, la veille de la publication ou le jour même. Chargez-vous de Bruxelles, Meurice et Vacquerie se chargeront de Paris. Ne rien donner à l’avance à aucun journal. On les mécontente tous pour en satisfaire un.

Mille affectueux compliments


À Madame Victor Hugo[28].


16 mars 1862.]

Chère amie, tu es bien gentille et bien charmante, ne nous mets pas en pénitence. Tes lettres sont notre joie. Continue-nous-les. Auguste et Meurice sont admirables pour mon livre. Dis-le-leur. Crie-le-leur de ma part. J’ai faim et soif de voir mon Charles. Quant à toi, tu vas arriver, n’est-ce pas ?

Je ne puis commander les fauteuils sans voir des modèles avec les prix, et choisir. Le plat d’argent serait un fort et épais bassin d’argent sans ornement aucun, allant sur le feu pour faire les plats sucrés, adorés de Julie.

17 mars.

Ah ! par exemple, tu te méprends bien. La solitude que je rêve, veux-tu en voir l’idéal ? Nous tous ici, Charles dans sa chambre, Auguste dans sa chambre, et toutes sortes de couples illustres et charmants, M. et Mme Paul Meurice, M. et Mme Michelet, M. et Mme Charras, et puis George Sand, et puis Deschanel, et puis Parfait, et puis Dumas, et puis M. et Mme Bérardi, et puis Bancel, et puis Berru, et puis Hetzel, et j’ai invité et j’ai appelé Ulbach[29], Pichat, Despois, M. et Mme Lefort, M. et Mme L. Boulanger et M. Malot[30], l’ami de Victor, et vingt autres. Voilà mon désert. Il serait peuplé, comme tu vois[31].


À Albert Lacroix.


20 mars [1862].

Ô homme de peu de foi ! sachez donc attendre. Souvenez-vous de ce que je vous ai écrit du succès des douze mois et du succès des douze ans. Le drame rapide et léger ferait le succès des douze mois ; le drame profond fera le succès des douze ans. Or, il n’y a de drame profond que dans la vérité vivante et avec des personnages étudiés à fond, et réels de toutes pièces. Attendez, et vous verrez.

Du reste, cher monsieur, je suis bien touché, croyez-le, de tout ce que vous me dites d’enthousiaste et de charmant avec votre si fine et si vive intuition d’écrivain et de philosophe.

Vous verrez du reste que le drame ne perdra rien pour attendre. Seulement ici les proportions sont démesurées, le colosse Homme tout entier étant dans l’œuvre. De là ces grands horizons ouverts de tous les côtés. Il faut de l’air autour de la montagne.

Je vous serre la main.

À Albert Lacroix.


Dim. 23 [mars 1862].

Votre hourrah m’enchante, cher monsieur. Je crois en effet à une certaine émotion, et ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal, de mon œuvre. — Je vous envoie une lettre de M. Aug. Vacquerie, qui aide à la correction à Paris. Il est bon que vous la lisiez, pour les choses très justes qu’elle contient sur ce qu’il faudrait faire au moment de la publication. Les mêmes choses à Bruxelles seraient excellentes, dans l’Indépendance, l’Étoile, le Sancho, etc. — Vous jugerez certainement cela comme moi, et je pense qu’il vous sera aisé d’obtenir de vos journaux ce que Vacquerie a obtenu des nôtres. Quand vous aurez lu la lettre, soyez assez bon pour me la renvoyer par le plus prochain courrier.

Je vous envoie quatre feuilles corrigées dont un bon à tirer.

Il faudrait remplir le second verso blanc de la couverture avec cette annonce en gros :

(Annonce publiée.)

Mille affectueux compliments[33].


À Auguste Vacquerie[34].


H.-H., 9 avril [1862].

Avril ! beau mois ! mois qui ouvre. Succès des Misérables. Succès de Jean Baudry. Reçu, cela veut dire applaudi. Il est plus difficile pour vous d’être reçu par le théâtre que par le public. Le vieux comité de lecture vaincu, tout est dit, le reste du triomphe sera à deux battants. Vous aurez plus malaisément la boule blanche de M. Édouard Thierry que cent bravos du public et mille acclamations du peuple. Soyez donc content, vous aussi.

Ô mon aigle du coche, quelle douce et charmante lettre vous m’avez écrite !

Ce que j’ai à dire pour la quatrième couverture, le voici :

Je veux donner au groupe de Guernesey une de mes dix couvertures, c’est vous, c’est Charles et Victor, et j’y comprends Paul Meurice. Mettez donc vos quatre catalogues sur cette quatrième couverture (et moi au bas, annonce du livre illustré les enfants, édit. Hetzel, 15 fr.). À moins que vous n’aimiez mieux prendre votre couverture dans la quatrième ou cinquième partie. Décidez cela souverainement. Hier, toast solennel à vous et à Paul Meurice, à Paul Meurice et à vous, tout le groupe actuel de Guernesey étant, verre en main, autour de la table.

Je tiendrai la main à n’avoir que dix volumes. Vous avez raison toujours.

Mon catalogue fait par vous est on ne peut mieux. Voulez-vous y ajouter, au roman, Claude Gueux, et au complément, ceci : Œuvres oratoires. (Institut, Chambre des pairs, assemblée constituante, assemblée législative.)

À vous[35].


À Marie Menessier-Nodier.


Hauteville-House, 17 avril [1862].

Chère Marie, votre douce lettre m’émeut. Comme votre esprit a du cœur, et que vous êtes charmante ! À de certaines heures, vous envoyez votre âme près de moi, et je la sens dans mon ombre, étant réchauffé. Une pensée de vous, c’est un rayonnement. Oui, comme vous l’avez vu, j’ai parlé de Charles dans ce livre et j’en parlerai encore. Parler de Charles Nodier, c’est penser à Marie Nodier, et c’est évoquer notre jeunesse.

Doux temps ! que de sourires ! Nous autres, nous étions déjà vieux que vous étiez encore l’aube. Vous l’êtes toujours. Vous l’êtes par vous et vous l’êtes par vos enfants.

Comme vous êtes gentille de m’avoir envoyé ces photographies ! Vos filles sont exquises. J’embrasse ma bonne amie Georgette, j’embrasse ma chère filleule Thècle, j’embrasse la toute petite. En voilà une lumière dans votre maison ! Quoi ! vous êtes grand-mère ! est-ce possible ? Vous trouvez le moyen d’être vénérable sans cesser d’être adorable. Quand je pense qu’elle est grand-mère, cette ravissante Marie dont j’ai vu la jarretière en montant le Montanvert, l’année du sacre de Charles X, cela attendrit mes quatrevingt-dix ans.

Je vous baise la main comme à une belle madame que vous êtes, et je vous la serre comme à un vieil ami.

Victor H[36].
À Auguste Vacquerie[37].


H.-H., 24 avril [1862].

Cher Auguste, j’ai grondé les belges. S’ils sont en retard, c’est archi-leur faute. Si on le voulait, on pourrait paraître le 1er mai. Depuis huit jours, ils ont le dernier bon à tirer de la troisième partie. Aujourd’hui j’ai envoyé la fin de la quatrième partie qui aura quatorze livres. Je commence demain la revision de la copie de la cinquième. Ces revisions de copie sont le labeur final. Les quatre derniers volumes auront de 450 à 500 pages chaque. Paris, j’espère, ne se plaindra plus qu’ils sont trop minces.

Il va sans dire que vous pouvez extraire d’Amy Robsart ce que vous voudrez[38]. Seulement il faut que je retrouve le manuscrit. Dès que je serai hors de mon tourbillon, je le chercherai. Je vous ai envoyé il y a quinze jours dans une lettre à timbre bleu (d’un schelling) des portraits de moi avec des légendes derrière et ma signature pour MM. Texier[39], Delord, Louis[40] et Alfred Huart, Guéroult[41], Nefftzer. Est-ce que vous n’avez pas reçu cet envoi ? Si cela a été intercepté, soyez assez bon pour le faire savoir à tous mes amis susnommés.

À vous et toujours à vous.
V.

Voudrez-vous remettre ce mot à P. Meurice ? et ce mot à M. Ch. Baudelaire.

Voudrez-vous dire à M. Pagnerre d’envoyer un exemplaire à M. de Girardin (fût-ce sur les miens) avec cette page en tête. C’est un oubli qu’il faut se hâter de réparer.

Et encore merci[42].


À Charles Baudelaire.


Hauteville-House, 24 avril 1862.
Monsieur,

Écrire une grande page, cela vous est naturel, les choses élevées et fortes sortent de votre esprit comme des étincelles jaillissent du foyer, et Les Misérables ont été pour vous l’occasion d’une étude profonde et haute[43].

Je vous remercie. J’ai déjà plus d’une fois constaté avec bonheur les affinités de votre poésie avec la mienne ; tous nous gravitons autour de ce grand soleil, l’Idéal.

J’espère que vous continuerez ce beau travail sur ce livre et sur toutes les questions que j’ai tâché de résoudre ou tout au moins de poser. C’est l’honneur des poëtes de servir aux hommes de la lumière et de la vie dans la coupe sacrée de l’art. Vous le faites et je l’essaie. Nous nous dévouons, vous et moi, au progrès par la Vérité.

Je vous serre la main.

Victor Hugo[44].


À Jules Claretie[45],
Aux bureaux du Diogène. 12, passage Saulnier.


Hauteville-House, 2 mai [1862].
Monsieur,

Je vous ai écrit le 20 avril. On m’assure que ma lettre ne vous est point parvenue. C’est tout simple. Une lettre interceptée ne m’étonne pas, ni vous non plus. Pourtant je vous récris. J’aime mieux vous remercier deux fois qu’une ; j’aime mieux vous féliciter dix fois qu’une. Vous avez un beau et charmant talent. L’aube d’un esprit est pour moi une chose exquise, et j’aime à sourire à cette lumière là.

Votre article sur Les Misérables est une de ces pages fines, sympathiques et profondes qui ne s’oublient pas.

Recevez deux fois mon serrement de main.

Victor Hugo.
Je fais cette lettre toute petite pour qu’elle vous parvienne[46].
À George Sand.


Hauteville-House, 6 mai [1862].

Votre lettre m’a attristé. Jugez si ma surprise a été pénible. Je m’étais figuré que ce livre[47] nous rapprocherait encore, et voici qu’il nous éloigne, qu’il nous désunit presque. J’en voudrais à ce livre si je ne le savais pas si honnête.

L’un de nous deux évidemment se trompe. Est-ce vous ? est-ce moi ? Votre franchise provoquant la mienne, laissez-moi vous dire que je crois que c’est vous.

J’avais fait ce rêve que vous, la grande George Sand, vous comprendriez mon cœur comme je comprends le vôtre. Dans tous les cas, vivant solitaire et face à face avec mon intention et tête à tête avec ma conscience, je suis sûr, sinon de ce que je fais, du moins de ce que je veux ; je suis sûr de mon cœur qui est tout à la justice, tout à l’idéal, tout à la raison, tout à ce qui est grand, généreux, beau et vrai, tout à vous, madame.

Victor Hugo[48].


À Albert Lacroix.


H.-H., 8mai [1862].

Il serait fâcheux qu’en lisant le manuscrit avant tout le monde, vous eussiez trop présente à l’esprit l’éventualité[49]. Cela vous troublerait l’effet. Le dénouement sort de la barricade ; ce tableau d’histoire agrandit l’horizon et fait partie essentielle du drame ; il est comme le cœur du sujet, il fera le succès du livre en grande partie. Il faut donc prendre son parti de la situation que nous fait l’abominable régime actuel. C’est le despotisme. Il fera à sa fantaisie. Nous n’y pouvons rien que le faire repentir ensuite. Ce que vous devez dire et répandre dès à présent, c’est que si Bonaparte persécute Les Misérables, la littérature en dedans de la France m’étant fermée, je reprendrai la littérature du dehors, et je recommencerai la guerre de Napoléon-le-Petit et des Châtiments. Ceci pour intimider la persécution et la faire reculer.

Dans tous les cas, il faut que le livre soit le meilleur possible, et la barricade est un de ses grands intérêts. Quant à l’éventualité, nous devons tous la braver. Elle est pire pour moi que pour vous. Pour moi, c’est une suspension de propriété ; pour vous, c’est une prolongation.

Je suis aussi opposé que possible à un retard de la publication. Il faut paraître le 14 au plus tard. Rien n’est plus facile que d’avoir tout publié, même avant le 30 juin.

Ma lettre d’hier vous l’explique. De ma part, nul retard possible, si ce n’est un cas de maladie imprévue. Paraissez le 14, paraissez le 14 !

En lançant la deuxième et la troisième partie, faites feu des quatre mains. Si l’on donne des citations, qu’on insiste sur Waterloo, qu’on fasse ressortir ce que ce livre a de national, qu’on remue la fibre française, qu’on fasse d’avance honte à Persigny d’arrêter un livre où il est rendu enfin justice à Ney, grand-père de sa femme, qu’on rende la saisie impossible en disant que c’est la bataille de Waterloo régalée par la France, etc. Entendez-vous pour cela avec MM. Vacquerie et Meurice. — Et nos amis de L’Indépendance. M. Frédérix. Demandez de ma part un article à Bancel. Déjà Kesler en a publié deux dans Le Courrier de l’Europe.

Vous recevrez avec cette lettre le livre premier de la cinquième partie, la guerre entre quatre murs. Cinquante-sept feuillets. Lisez la chose en soi, et non avec le tremblement de l’éventualité.

Voici un paquet très important pour M. Vacquerie. Il contient des envois et des lettres aux journaux. Il faudrait que cela fût remis en mains propres.

C’est pressé.

Courage, et mille affectueuses cordialités.


À Cuvillier-Fleury[51].


Hauteville-House, 9 mai 1862.
Monsieur et ancien ami,

Permettez-moi de ne pas vous appeler autrement, quelle que soit la différence de nos points de vue. Je viens de lire votre article si remarquable du 29 avril[52]. Remarquable, j’explique sur-le-champ ma pensée, par le talent et l’élévation loyale de la critique littéraire ; je vous en remercie, et permettez que je mêle une observation à mon remercîment. Cet article serait excellent de tout point sous un régime de liberté ; c’est de la discussion politique, sociale et philosophique, discussion controversable sans aucun doute, mais parfaitement légitime, par exemple, sous le libéral règne de Louis-Philippe. Peut-être cette discussion à laquelle aucune réplique libre n’est possible, a-t-elle sous le régime actuel des inconvénients que vous seriez le premier à regretter et à déplorer, la clôture du débat pouvant être brutalement faite par la censure et la police, et les écrivains tels que vous n’ayant nul besoin de ces auxiliaires-là. Je connais la délicate noblesse de votre esprit, et je ne regrette aucun des serrements de mains que nous avons échangés, et ici c’est à mon confrère que je parle en toute cordialité et avec ma plus profonde sympathie.

Vous avez une de ces plumes qui guérissent aisément les blessures qu’elles font. Peut-être dans la suite de votre appréciation, jugerez-vous juste de couvrir un peu, ne fût-ce qu’au point de vue littéraire, ce livre qui est de bonne foi ; et vous vous honorerez en prouvant au pouvoir peu moral et peu scrupuleux de ce régime, que les écrivains ne lui livrent pas les écrivains[53].

Je finis, monsieur, comme j’ai commencé, par ma main franchement tendue, et en vous renouvelant pour tant de passages excellents de votre article, mes sincères remercîments.

Recevez, je vous prie, l’expression de mon ancienne et inaltérable cordialité.

Victor Hugo.

Les absents n’ont droit qu’à l’oubli, pourtant permettez-moi de mettre aux pieds de votre noble et charmante femme mes empressements et mes

respects[54]
À Paul Meurice.


9 mai [1862].

Cher triomphateur, chère tête couronnée, je vous jette mes bras au cou ; vous trouvez le moyen de m’apercevoir au centre de votre éblouissement et du haut de votre succès, et vous m’écrivez d’adorables lettres. Merci pour tout le bien que me fait votre douce chaleur d’âme. J’ai écrit hier à Auguste ; je lui envoie une liste de noms nouveaux (avec des premières pages) auxquels il faudra donner Les Misérables (MM. Laurent-Lappé du Courrier du Dimanche, Jules Claretie, A. Neveu, Tappin, Rodet, Feyrnet, L. de Cormenin[55], tous auteurs d’articles). Il va sans dire qu’il faut continuer l’envoi à tous les noms de la liste ancienne que vous avez. Je n’ai reçu aucun signe de vie de Crémieux ni de Méry. Il faut continuer l’envoi pourtant. Rien n’est plus facile que de paraître, tout, avant la fin de juin. Il importe de ne pas retarder la deuxième et la troisième partie au delà du 14 mai. Vous commencez à entrevoir que les retards viennent de Lacroix et non de moi ; ma présence ou mon absence n’y font rien ; je crains qu’il n’ait, comme vous le devinez, quelque raison de publication simultanée partout qui entraîne des ajournements. Je m’y oppose de toutes mes forces. Je lui ai écrit pour cela.

J’ai écrit très affectueusement à Cuvillier-Fleury, et j’ai fait appel à sa délicatesse pour qu’il couvre au moins littérairement le livre qu’il a découvert politiquement. Cela importe, car si après l’avoir déclaré un danger en politique on le déclare une rapsodie en littérature, on fait le pont aux voies de fait du pouvoir, et on lui ôte son dernier scrupule. Une certaine inviolabilité littéraire serait importante maintenant, il y a péril.

Voyez comme la rapidité est facile. J’ai envoyé aujourd’hui la dernière feuille corrigée (31) du tome VII, sur lequel ils ont vingt-six bon à tirer. J’ai envoyé hier le premier tiers du manuscrit du tome IX. Le 20 au plus tard, ils auront toute la cinquième partie. À partir d’aujourd’hui, on a trois volumes, pas plus, à imprimer. Six semaines suffisent, et au delà. Je corrigerai, si l’on veut, dix feuilles par jour. On peut publier la quatrième partie le 5 juin, et la cinquième le 25 au plus tard, mais je crains que MM. Lacroix n’aient pas assez de caractère. Ils sont obligés d’attendre qu’une feuille soit tirée pour la décomposer.

Mille tendresses.
À Jules Janin.


Hauteville-House, 18 mai 1862.

Je vous remercie, je vous retrouve. Je serre cette main vaillante et cordiale qui ne m’avait jamais fait défaut depuis l’exil. On se méprend étrangement sur ce livre. C’est un livre d’amour et de pitié ; c’est un cri de réconciliation ; je tends la main, d’en bas, pour ceux qui souffrent, mes frères, à ceux qui pensent, mes frères aussi.

D’où vient que quelques-uns de ceux sur qui je croyais pouvoir compter pour coopérer à cet utile travail d’entente m’accueillent avec une sorte de haine? Les nécessités du temps se feront jour, le siècle passera outre, mais cela m’attriste de voir froideur là où j’espérais concours. Vous, vous êtes toujours le même, l’intrépide et doux poëte, le penseur charmant et fort, l’ami sûr et vrai, et votre plume traverse les esprits avec un pétillement de lumière. Je vous embrasse.

Victor Hugo[57].


À George Sand.


Hauteville-House, 18 mai [1862].

Il est doux d’être blessé par les déesses quand c’est par elles qu’on est guéri. Merci de vos deux lettres exquises et bonnes. Qui ne sait pas être charmant n’est pas grand, et vous le prouvez, car vous êtes charmante. Votre grandeur, quand bon lui semble, se tourne en grâce à volonté, et c’est ainsi qu’elle se démontre.

Je sais bien qu’en disant cela de vous j’enchante mes bons amis mes ennemis qui affirment qu’on ne saurait le dire de moi ; ils sont précisément en train de décréter que la grâce me fait défaut ; c’est leur mot d’ordre actuel ; jadis j’étais un faiseur d’antithèses, aujourd’hui je suis un brutal ; ils ont changé de joujoux ; qu’ils s’amusent. Mais, moi, je dis la vérité, et la vérité, c’est que vous, madame, qui avez la force, vous avez aussi le charme.

N’ayez pas peur de me voir trop chrétien. Je crois au Christ comme à Socrate, et en Dieu plus qu’à moi-même. Lisez, si vous continuez cette lecture, la chose intitulée Parenthèse. J’explique bien vite ce mot : en Dieu plus qu’en moi-même ; c’est-à-dire que je suis plus sûr de l’existence de Dieu que de la mienne propre.

Et vous, vous allez donc être heureuse, par-dessus le marché ! Vous mariez votre fils qui a en lui un rayon de vous. Ayez le succès à Paris, et le bonheur à Nohant. Vivez dans une gloire, c’est bien. Je baise vos mains, madame, et je vous remercie de vos adorables lettres. Je m’aperçois que je vous aime. Heureusement que je suis vieux.

Victor Hugo[58].


À Auguste Vacquerie[59].


H.-H., 23 mai [1862].

Cher Auguste, est-ce que vous voudrez bien transmettre ces trois lettres. Je vous remercie, je reçois aujourd’hui par vous L’Indépendance de la Charente. Les journaux anglais annoncent que le succès grandit. Cependant les journaux français me semblent bien silencieux. Le Siècle n’a donc rien publié ? Le lancement belge, comme dit Lacroix, a été complètement manqué ; L’Indépendance n’a pas eu même un extrait, et n’a pas soufflé mot. Quoi, même Paul Foucher ? Je deviens donc obscène ? Sérieusement, il y a eu complète négligence de l’annonce de la mise en vente à Bruxelles. Dites-en un mot de ma part à M. Lacroix, s’il est encore à Paris. J’écris dans ce sens à Bruxelles. Pour ce qui est de Paris, il me semble que les journaux amis se taisent pendant que les journaux ennemis attaquent. D’où cela vient-il ? Y a-t-il ordre de quelque part ? Vous savez qu’on peut aller aussi vite qu’on voudra. Bruxelles a tout le manuscrit. Donnez-moi quelques détails sur ce qui se passe à Paris. Y a-t-il un dessous de cartes ?

M. Lacroix a dû vous parler d’une grosse question. Quelques passages dans ce qui va venir semblent dangereux (j’ai peur que M. Lacroix n’ait fait quelque communication imprudente). On me demande des suppressions (seulement pour l’édition en France). Vous verrez, vous consulterez MM. Claye et Pagnerre, intéressés, je ferai ce que, vous et Meurice, vous conseillerez. Autre question : ne serait-il pas bon de publier aussi les quatre derniers volumes en bloc ? Moins de tiraillement et l’effet de la barricade un peu amorti par l’effet du dénouement qui est intime et en larmes. Pesez. Décidez.

Norma esto.

Est-il vrai, comme M. Ferrier l’insinue, que quelques amis blâment l’esprit du livre Waterloo ? Ils seraient donc bien déraisonnables. Je dis son fait à Napoléon, durement même, mais je regagne la bataille. Faut-il s’obstiner à la perdre, comme Charras et Quinet ?[60] Quelle faute pour un parti de se dénationaliser ! Cette faute-là, je ne la ferai jamais. Et puis, est-ce que les amis de l’ABC ne sont pas l’apothéose et le triomphe de la république ? Les amis dont parle M. Ferrier seraient bien ingrats ; mais je pense qu’il se trompe. Dites-moi quelques mots à ce sujet.

Je vous embrasse et suis vôtre.


À Alfred Darcel[62].


Hauteville-House, 29 mai [1862].
Monsieur,

Vos articles me charment, parce qu’ils viennent d’un penseur, et me touchent, parce qu’ils viennent d’un ami, c’est un souvenir que vous envoyez à un absent. Aussi est-ce avec le cœur que je vous remercie.

Laissez-moi vous dire que ces pages sur Cosette et sur Marius sont éloquentes et ingénieuses (je suppose que vous avez fait un premier article sur Fantine, je ne l’ai pas reçu). Vous n’êtes pas seulement un critique, vous êtes un philosophe ; le fait social ne vous préoccupe pas moins que le fait littéraire, et je sens entre vous et moi une profonde communauté d’idées. Nous avons, dans les questions d’art, un peu fait les mêmes études, tous les deux, et dans les choses politiques, nous cherchons et nous voulons le même but, la société actuelle a une tendance à oublier, on souffre sous elle et par elle, elle l’ignore presque, il est nécessaire de la faire souvenir et songer. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre. Le Dernier jour d’un condamné, les paroles d’Eusèbe Salverte en font foi, n’a point été étranger à l’introduction des circonstances atténuantes dans la loi pénale ; peut-être quelque progrès nouveau sera-t-il provoqué par Les Misérables. S’il m’était permis d’ambitionner une récompense, celle-là me comblerait.

En attendant, monsieur, j’en ai une, et fort grande, et fort douce : c’est la satisfaction de lire vos articles si élevés et si charmants, où la grâce d’un noble esprit se mêle à la générosité du cœur. On sent que votre pensée est en perpétuelle communion avec l’idéal, et que vous combinez dans votre intelligence les deux forces morales, l’aspiration civique vers le juste et l’aspiration philosophique vers le vrai.

Je vous remercie et je vous serre la main.

Victor Hugo.

Un mot encore sur un détail : dans ma solitude, je n’ai plus de livres, et ma mémoire est toute ma bibliothèque. Mais, ou je suis bien trompé, ou, en feuilletant le travail d’Auguste Leprévost sur Saint-Georges de Bocherville, vous y trouverez Tryphon, et les crapauds de sa tombe. Cette tombe, si mon souvenir est exact, était située près du lavabo surmonté d’une tête de moine à oreilles d’âne, ces oreilles-là me reviennent de droit si j’ai cité de travers. Jugez, vous, car vous êtes le juge. Nul ne sait ces choses comme vous[63].


À Auguste Vacquerie[64].


H.-H., 31 mai [1862].

Cher Auguste, je reçois l’article d’Hipp. Lucas[65]. Je vous remercie de me l’avoir envoyé. Je remercierai Hipp. L. sans chaleur, pour être à son diapason. À vous je dis toute ma pensée : l’article d’Hipp. L. serait excellent dans Le Constitutionnel ou La Patrie, ou L’Union. Dans Le Siècle…, l’inconvénient de ce genre d’articles, qu’on sait venir d’un ami dont la famille vient chez moi, c’est d’encourager beaucoup les ennemis et de refroidir les amis énormément. L’article de Hipp, L. a fait ici l’impression la plus étrange, Victor en est indigné, moi non, bien loin de là, et je calme tout le monde. En somme, l’article est très bien. Mais vous seriez bien aimable de faire en sorte que Taxile Delord l’effaçât par d’autres le plus tôt possible. — Si pourtant la bonne volonté de Tax. Delord survit à celle d’Hipp. Lucas.

Comme vous êtes pour moi de meilleur conseil que moi-même, je vous envoie ma lettre à H. Lucas. Lisez-la. Si vous la trouvez ce qu’il faut, remettez-la. Si vous la trouvez trop froide, renvoyez-la-moi. Je suivrai en tout votre sentiment. Mais je crois que cette lettre est dans le vrai, suffisante, comme l’article. Jugez-en, et conseillez-moi. — Entre nous, jusqu’ici ce n’est pas en lisant les grands journaux républicains, Peyrat et Ulbach exceptés, qu’on pourrait croire que Les Misérables sont un succès. À la rage des journaux catholiques, bonapartistes et réactionnaires, on le devine. Ces journaux-là me portent en triomphe dans l’écume.

Les journaux soutenant le vieux monde disent : c’est hideux, infâme, odieux, exécrable, abominable, grotesque, repoussant, difforme, monstrueux, épouvantable, etc. Les journaux démocrates et amis répondent : Mais non, ce n’est pas mal.

Quant à la jeune presse littéraire, elle est tout entière admirable, et je sais la part que je dois vous faire dans cette unanimité, ainsi qu’à Paul Meurice.

Donc merci ex imo.


Dimanche 1er juin. Victor ne décolère pas. Il est exaspéré de l’article de Lucas. Voici son cri ce matin en entrant dans la salle à manger, je le sténographie en l’atténuant : — Ainsi, du haut de ton rocher, après onze ans d’exil, tu donnes ce livre et ce succès à la République, et voilà le parti que les journaux républicains en tirent ! Le Siècle te fait donner la réplique au nom de la démocratie par un bibliothécaire qui veut de l’avancement ! Ah ! Cambronne n’a pas dit merde aux Anglais. Eh bien, je dis merde à Lucas !

Vous voyez que Victor, dans l’occasion, en joue comme Charles. Vous pouvez le dire à Charles. — Au reste, j’ai prié qu’on ne parlât plus de cet article, surtout à l’arrivée de ma femme qu’il blesserait probablement, et à qui il ferait regretter l’hospitalité donnée et rendue.

J’envoie aujourd’hui à Bruxelles huit bon à tirer.

tuus[66].
À Albert Lacroix.


Samedi 31 mai [1862].
Mon cher monsieur Lacroix,

Je commence par ceci : Jamais on n’a imprimé et on n’imprimera la première édition d’un de mes livres sans que je revoie les épreuves. Donc, rayons cet expédient. Je suis accablé de cette fatigue de six mois, et hors d’état d’aller à Bruxelles en ce moment. J’ai besoin à cette heure, non d’un voyage avec deux trajets de mer, mais d’un repos. Mais il y a un troisième moyen dont vous ne parlez pas. Il est évident pour tout le monde que vous n’avez pas assez de lettre. On n’entreprend pas une telle opération avec si peu de caractère. Claye, qui en a plus que vous, a dû recourir à des confrères. Pourquoi ne feriez-vous pas comme lui ? Arrangez-vous pour m’envoyer dix feuilles par jour. Vous les aurez par retour du courrier. Je ne comprends rien à votre lettre. Depuis trois jours je vous ai expédié vingt ou vingt-quatre bon à tirer. Avec cela on peut marcher. Lisez la lettre ci-incluse de M. P. Meurice. Pourquoi laissez-vous chômer l’imprimerie Claye ? Il y a, dites-vous, des lacunes dans vos bon à tirer. Mais ces lacunes ne sont pas, je suppose, ainsi : 1, bon à tirer. — 2, lacune. 3, bon à tirer. — 4, lacune. En d’autres termes, vous avez nécessairement des bonnes feuilles qui se suivent. Pourquoi ne pas les envoyer ? Vous avez en ce moment le tome VII tiré, et le tome VIII bon à tirer en entier. Pourquoi ne pas l’envoyer en bloc ? Je crois que la véritable enclouure, c’est votre désir de paraître partout à la fois, désir excellent et fort naturel, mais qu’il faut concilier avec la mise en vente le 20 juin. En bloc, c’est aussi mon avis, votre idée est excellente et j’y donne des deux mains ; mais ayez plus de lettre et envoyez-moi dix feuilles par jour.

Dimanche 1er juin.

Je continue cette lettre. Je ne prévois maintenant que fort peu d’intercalations dans le texte, et même pas du tout. Si M. Verboeckhoven qui est un excellentissime correcteur, veut se donner beaucoup de peine, et il le voudra, il peut m’envoyer, la copie étant fort correcte, des premières épreuves sur lesquelles je pourrais donner des bon à tirer. Il faut pour cela une correction absolue, pas de corrections à la plume, pas de corrections collées, des épreuves sérieuses et définitives. De cette façon, je donnerais immédiatement beaucoup de bon à tirer et ce serait là un quatrième expédient très facile et qui résoudrait victorieusement la question de célérité. Vous êtes deux charmantes intelligences et deux activités on ne peut plus zélées. Il faut nous atteler tous, tirer ensemble, et finir en quinze ou vingt jours. Nous le pouvons. Surtout ne laissez pas chômer Paris. Lisez ce qu’écrit P. Meurice.

Dimanche 1er juin.

Impossible d’affranchir aujourd’hui dimanche.

Le dimanche anglais vous explique la lacune d’un jour dans les envois. Tout est mort ce jour-là, la poste comme le reste.

— Voici huit bon à tirer (je ne compte pas le neuvième de quatre pages). Depuis trois jours, je vous ai envoyé vingt-cinq ou trente bon à tirer. Vous pouvez marcher et même galoper. Au galop donc, vaillants hommes que vous êtes.

Je vous remercie des extraits de journaux. Je coupe dans des journaux anglais et je vous envoie des petits entrefilets curieux et que vous pourriez utilement faire reproduire dans les journaux belges.

N’oubliez pas de m’envoyer, sitôt tirées, les bonnes feuilles des feuilles 4, 9 et 10.

Mille bons et affectueux compliments.

V.

Si vous êtes sûr de vous, tirez. Sinon renvoyez-moi épreuve de la feuille 10. Dans tous les cas ne manquez pas de m’envoyer la bonne feuille, ainsi que les feuilles 4 et 9, par le plus prochain courrier[67].


À Auguste Vacquerie[68].


3 juin [1862].

Cher Auguste, je ne vous remerciais pas pour les envois de journaux de province, par une raison toute simple, c’est que je ne voyais pas les bandes, les journaux étant habituellement décachetés et en lecture quand je descends pour déjeuner. Je les croyais souvent envoyés directement, et il m’est arrivé de remercier en conséquence. Aujourd’hui je rends à Auguste ce qui revient à Auguste. Merci pour ce détail comme pour le Tout, pour l’immense Tout dont vous vous êtes, Meurice et vous, vous et Meurice, si admirablement chargés en mon lieu et place. — Vous avez cent fois raison pour les avocats. J’ai une tendance à toujours voir dans l’avocat le magistrat en herbe et possible. De là cette pointe qui vous choque justement. Voilà le malheur de ne point vous avoir ici. Votre conseil quotidien, toujours présent, m’eût signalé ces petites choses, et elles eussent été ou effacées, ou atténuées. Mon Waterloo était écrit avant que le travail de Quinet (que je n’ai pas encore lu) fût publié. Je ne veux que du bien à Quinet, quoique sa préface de Spartacus soit, à mots couverts, dirigée contre le drame et contre nous[69]. L’article de Lefort est excellent. Il cite Le Temps parmi les adversaires. Est-ce que Le Temps a été hostile ? Y a-t-il un autre Temps que celui de Nefftzer ? M. Hector Malot, de L’Opinion nationale, a fait, dès le 10 ou 12 avril, un premier article. On m’a dit qu’il en a fait d’autres. Est-ce vrai ? Le savez-vous ?

4 h. Je reçois à l’instant une lettre de Bruxelles, et j’y coupe un passage sur la prochaine publication des 4 volumes derniers et sur la marche à suivre. Cela me paraît juste. Votre avis ? Cher Auguste, je ne sais pas si je vous ai assez dit combien je suis ému de tout ce que vous faites depuis cinq mois, sans relâche, sans trêve, sans fatigue extérieure, pour ce livre. Quand je pense à votre fatigue désintéressée comparée à mes labeurs d’auteur, je m’accable et je vous admire. Votre amitié est grande comme votre esprit. Esprit, souffle, spiritus, quel mot ! Vous le résumez et vous le concentrez tout en vous. Pas une de ses grandeurs et de ses magnificences ne vous manque. Vous êtes une des grandes forces vives de ce temps, force à la fois morale et intellectuelle. Vous créez ! — À vous !


Encore un mot. Vous êtes-vous douté que six lignes de Parenthèse à l’adresse des puissants négateurs étaient pour vous ? Vous ne croyez pas Dieu, mais étant grand esprit, vous le prouvez. Dieu aussi s’appelle Esprit. C’est même là son nom essentiel.

Je griffonne tout ceci à la hâte ; ma femme et Chenay sont arrivés hier par le plus beau ciel du monde. Nous parlons, sans désemparer, de vous, de Charles, de Meurice, de Paris, de tout notre cœur que vous avez

[70].
À Jules Claretie[71].


Hauteville-House, 5 juin [1862].

Monsieur, je viens de lire le dernier numéro du Diogène.

Quand un homme fait, ou essaie de faire, comme moi, une œuvre utile et honnête en présence et à l’encontre de l’immense mauvaise foi, maîtresse du monde, les haines sont acharnées autour de lui, et, point de mire de toutes les fureurs, il sait gré aux intrépides qui viennent dans cette mêlée combattre à ses côtés ; mais lorsque ces cœurs intrépides sont en même temps de beaux et radieux esprits, il est plus que reconnaissant, il est attendri. C’est donc mon émotion que je vous envoie. Vous m’apportez, dans cette lutte pour le progrès, l’aide de votre pensée inspirée et de votre noble et généreux style où tout ce qui est grand, pur et vrai se reflète. Je vous remercie, monsieur, de cette nouvelle page si éloquente sur Les Misérables, je vous en remercie, non pour moi, non pour ce livre, mais pour les souffrants, dont vous êtes l’ami, mais pour l’idéal, dont vous êtes le chevalier.

Je vous serre la main.

Victor Hugo[72].


À Pedro de Brito Aranha[73].


Guernesey Hauteville-House,
12 juin 1862.

Vous avez bien fait, monsieur, de me citer dans votre écrit excellent[74], comme un persévérant et indomptable adversaire des ténèbres cléricales. Les ténèbres par l’église, l’abrutissement du peuple par le prêtre, la nuit jetée sur les âmes au nom du dogme, que Dieu soit employé à faire reculer l’homme au lieu de le faire avancer, c’est là, dans notre siècle, le crime et la honte du parti dit parti catholique. Combattons-le, et, jusqu’à ce qu’il se taise, parlons plus haut que lui. Le salut de l’âme humaine est à ce prix.

Courage, monsieur, je vous serre la main.

Victor Hugo[75].
À Lamartine.


Hauteville-House, 24 juin [1862].
Mon illustre ami,

Si le radical, c’est l’idéal, oui, je suis radical. Oui, à tous les points de vue, je comprends, je veux et j’appelle le mieux ; le mieux, quoique dénoncé par le proverbe, n’est pas ennemi du bien, car cela reviendrait à dire : le mieux est l’ami du mal. Oui, une société qui admet la misère, oui, une religion qui admet l’enfer, oui, une humanité qui admet la guerre, me semblent une société, une religion et une humanité inférieures, et c’est vers la société d’en haut, vers l’humanité d’en haut et vers la religion d’en haut que je tends : société sans roi, humanité sans frontières, religion sans livre. Oui, je combats le prêtre qui vend le mensonge et le juge qui rend l’injustice. Universaliser la propriété (ce qui est le contraire de l’abolir) en supprimant le parasitisme, c’est-à-dire arriver à ce but : tout homme propriétaire et aucun homme maître, voilà pour moi la véritable économie sociale et politique. Le but est éloigné. Est-ce une raison pour n’y pas marcher ? J’abrège et je me résume. Oui, autant qu’il est permis à l’homme de vouloir, je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l’esclavage, je chasse la misère, j’enseigne l’ignorance, je traite la maladie, j’éclaire la nuit, je hais la haine.

Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi j’ai fait Les Misérables. Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la fraternité pour base et le progrès pour cime.

Maintenant jugez-moi[76]. Les contestations littéraires entre lettrés sont ridicules, mais le débat politique et social entre poëtes, c’est-à-dire entre philosophes, est grave et fécond. Vous voulez évidemment, en grande partie du moins, ce que je veux ; seulement peut-être souhaitez-vous la pente encore plus adoucie. Quant à moi, les violences et les représailles sévèrement écartées, j’avoue que, voyant tant de souffrances, j’opterai pour le plus court chemin.

Cher Lamartine, il y a longtemps, en 1820, mon premier bégayement de poëte adolescent fut un cri d’enthousiasme devant votre aube éblouissante se levant sur le monde. Cette page est dans mes œuvres et je l’aime ; elle est là avec beaucoup d’autres qui glorifient votre splendeur et votre génie. Aujourd’hui, vous pensez que votre tour est venu de parler de moi, j’en suis fier. Nous nous aimons depuis quarante ans, et nous ne sommes pas morts ; vous ne voudrez gâter ni ce passé, ni cet avenir, j’en suis sûr. Faites de mon livre et de moi ce que vous voudrez[77]. Il ne peut sortir de vos mains que de la lumière.

Votre vieil ami,
Victor Hugo.


À M. Daëlli[78].


Hauteville-House, 25 juin 1862.
Monsieur,

J’ai répondu deux fois à deux de vos lettres que j’ai reçues. Les autres ne me sont pas parvenues. Ne lisant l’italien que très difficilement, je crois comprendre ainsi votre dernière lettre : le directeur du théâtre et l’auteur du drame qui exploitent Les Misérables en une pièce théâtrale destinée à l’Italie, acceptent de me payer dix pour cent de la recette brute par chaque représentation, moyennant quoi j’autorise la représentation du drame I Miserabili en Italie.

Si je ne me trompe pas, et si la convention est ainsi faite, j’y souscris, et je vous donne le pouvoir d’y souscrire en mon nom.

Voudriez-vous bien me faire savoir si le pouvoir que je vous donne en ces termes et par lettre est suffisant ?

Y a-t-il en Italie un agent de perception des droits d’auteurs français organisée par la commission dramatique de Paris ? Si cette agence existe, veuillez me le faire savoir, elle percevrait mes droits d’auteur sur I Misérabili dans les théâtres italiens. Si elle n’existe pas, consentiriez-vous à vous charger de cette perception, bien entendu, moyennant une commission prélevée par vous sur chaque versement et que vous fixeriez ?

Auriez-vous la bonté de répondre à ces diverses questions ?

Si votre traducteur pouvait me transcrire le traité en français, cela m’obligerait.

J’envoie aujourd’hui même à MM. Lacroix et Cie la pièce notariée qu’ils me demandent pour poursuivre les contrefacteurs en Italie.

Je sens, monsieur, combien tout ce que vous faites si gracieusement est utile à la cause de la propriété littéraire, et je vous en remercie, non seulement pour moi, mais pour toute la littérature française.

Recevez, monsieur, l’assurance de mes sentiments très distingués.

Victor Hugo.

J’ai reçu la première livraison de votre traduction I Miserabili qui me paraît fort belle[79].


À Hector Malot.


Hauteville-House, 27 juin [1862].
Monsieur,

Mes lettres courent après vous. Aug. Vacquerie m’écrit que vous n’avez pas reçu la première et que vous êtes à Londres. J’espère que celle-ci vous parviendra. J’ai lu vos deux excellents et éloquents articles sur Fantine, et je veux vous en remercier deux fois. La reconnaissance admet les duplicata. Vous voilà à Londres. Revenir par Guernesey, ce serait facile pour vous, et charmant pour nous.

Je vous serre la main.
Victor Hugo[80].


À Paul Chenay.


30 juin [1862].

Vous avez raison de m’aimer un peu, cher M. Chenay, car je vous aime bien, vous et Julie. Je me dépêche de vous dire, en sortant de mon rude et long travail, que je vous autorise à graver trois dessins de plus, trois paysages que vous choisirez vous-même ; je ne veux d’aucune caricature ; il importe que l’album reste absolument sérieux. La hardiesse est déjà bien assez grande de publier de mes paysages. Je n’ai nul droit de me mêler à l’art des autres, mais enfin cela vous est agréable et j’ai consenti, tout en protestant. Maintenant, je vous félicite, car vous me traduisez admirablement... Je continue de me porter à merveille. Si je ne vais pas aux Ardennes, je ne tarderai point à reprendre mon vol à tire-d’aile vers mon rocher. Portez-vous bien de votre côté, mon excellent beau-frère, et ayez autant de courage que vous avez de valeur. J’embrasse ma chère Julie sur ses deux bonnes joues.

Votre ami,
Victor H.[81]


À M. Octave Lacroix.


Hauteville-House, 30 juin 1862.
Monsieur,

Je m’empresse de vous répondre, car en vous je reconnais un vaillant soldat de la vérité et du droit, et je salue un noble esprit.

Après avoir comme vous combattu le deux décembre, j’ai été banni de France. J’ai écrit à Bruxelles Napoléon-le-Petit ; j’ai dû quitter la Belgique. Je suis allé à Jersey, et j’y ai lutté trois ans contre l’ennemi commun ; le gouvernement anglais ayant subi la même pression que le gouvernement belge, j’ai dû quitter Jersey. Je suis aujourd’hui à Guernesey depuis sept ans. J’y ai acheté une maison, ce qui me donne le droit de cité et me fait inviolable ; un quatrième exil ne pourrait m’atteindre ici. Du reste, je dois dire que Jersey, il y a deux ans, et, il y a un an, la Belgique, se sont spontanément rouvertes pour moi.

J’habite au bord de la mer une maison bâtie il y a soixante ans par un corsaire anglais et appelée Hauteville-House. Moi, représentant du peuple et soldat proscrit de la République française, je paye tous les ans le droit de poulage à la reine d’Angleterre, dame des îles de la Manche, comme duchesse de Normandie et ma suzeraine féodale. Voilà un des bizarres effets de l’exil.

Je vis ici solitaire, avec ma femme, ma fille et mes deux fils, Charles et François. Quelques proscrits sont venus me rejoindre, et nous faisons une famille. Tous les mardis, je donne à dîner à quinze petits enfants pauvres, choisis parmi les plus indigents de l’île, et ma famille et moi nous les servons ; je tâche par là de faire comprendre l’égalité et la fraternité à ce pays féodal. De temps en temps un ami passe la mer et vient me serrer la main. Ce sont là nos fêtes. J’ai des chiens, des oiseaux, des fleurs. J’espère pouvoir avoir, l’année prochaine, une petite voiture avec un cheval. Ma fortune, fort ébranlée et presque détruite par le coup d’État, a été un peu réparée par le livre Les Misérables. Je me lève de bon matin, je me couche de bonne heure, je travaille toute la journée, je me promène au bord de la mer, j’ai pour écrire une espèce de fauteuil naturel dans un rocher, en un bel endroit appelé Firmain-bay ; je ne lis pas les sept cent quarante articles publiés contre moi (et comptés par mes éditeurs) dans les journaux catholiques de Belgique, d’Italie, d’Autriche et d’Espagne. J’aime beaucoup l’excellent et laborieux petit peuple qui m’entoure et je crois que j’en suis un peu aimé. Je ne fume pas, je mange du roastbeef comme un anglais et je bois de la bière comme un allemand ; ce qui n’empêche pas La España, journal-prêtre de Madrid, d’affirmer que Victor Hugo n’existe pas, et que le véritable auteur des Misérables s’appelle Satan.

Voilà à peu près, monsieur, tous les détails que vous me demandez.

Trouvez bon que je les complète par un cordial serrement de main.
À Auguste Vacquerie[82].


H.-H., 30 juin [1862].

Encore une admirable lettre ! Je la lis avec bonheur, et comme vous, cher Auguste, j’ai le serrement de cœur de la fin. Ce que vous me dites de mes chapitres, je vous le dis de vos lettres. Ainsi toutes les répliques profondes, charmantes, émues, superbes, que votre pensée donnait à la mienne, c’est fini. J’attendais le courrier avec impatience. Chacune de vos lettres était pour moi comme une récompense. Je sentais mon œuvre palpiter dans votre grand esprit et dans votre grand cœur. Les paroles d’un homme comme vous ont l’accent même de la postérité. L’avenir, dont vous êtes plein, parle par vous. Vous ressemblez à la gloire disant son avis. Merci des profondeurs de mon cœur.

Vous avez été, Meurice et vous, incomparables. J’ai droit à des ennemis monstrueux puisque j’ai de tels amis.

Enfin voilà le livre paru, vous êtes délivrés. Moi, je suis attendri.

Je suis inexprimablement vôtre.


À Nefftzer[84].


Hauteville-House, 1er juillet [1862].

Le Temps du 29 juin m’arrive. Je viens de lire les quarante lignes écrites par vous sur la fin des Misérables, prenez-vous-en à vous, ami des bons et des mauvais jours, je suis ému et charmé, et je viens vous demander de faire vous-même le compte rendu de ce livre, dont excepté vous, il n’a pas encore été parlé dans Le Temps. Vous voyez que je suis ambitieux. C’est à la tête que je m’adresse. C’est à l’esprit-chef.

Oui, vous Nefftzer, avec votre noble conscience, avec votre cœur charmant, avec votre esprit où la grandeur allemande se complète par la lumière française, avec votre beau style net et en même temps profond, avec votre amour de l’art et du peuple, avec votre science du réel et votre intuition de l’idéal, vous ferez sur Les Misérables une chose admirable, vous écrirez une grande page, vous relèverez la critique des grands journaux français qui, à l’occasion de ce livre, est, vous le savez, sévèrement jugée à l’étranger.

Je vous demande de continuer ces nobles paroles que vous avez commencées. Et laissez-moi vous remercier d’avance, et me féliciter, et vous dire que je suis à vous du fond du cœur.

Victor Hugo[85].


À Jules Janin.


Hauteville-House, 3 juillet 1862.

En lisant cette troisième page exquise que vous venez d’écrire sur Les Misérables[86], je suis triste de penser que le livre vous échappe, que je cesse d’appartenir à vous, mon frère, et que désormais je vais avoir affaire à mon précepteur[87]. Mais dites donc un peu à ce charmant Eraste[88] que c’est un grand malheur que de perdre Jules Janin, et que je veux qu’il me plaigne. Toute notre jeunesse m’apparaît quand je vous lis, les grands arbres, les Roches, cette douce et puissante musique de Mlle Louise. Votre franc rire de poëte et vos profondes saillies de penseur à la table de ce noble vieillard, notre ami, Édouard, Armand, les enfants, quel passé ! Et tout cela s’éclipse quand j’en lis un autre. Et vous ne voulez pas que je sois triste ! Si, je le suis, car je vous aime.

V. H.[89]


À Théodore de Banville[90].


Hauteville-House, 8 juillet,
[1862 au crayon].

Comprenez-vous mon embarras, Poëte ? Mes ennemis me défendent de remercier mes amis. Je suis au centre d’un acharnement et d’un combat, toutes les vieilles cliques absolutistes et bigotes s’en donnent à cœur joie, cela me plaît du reste et j’aime cette guerre où la vérité ne peut manquer de vaincre, mais j’aime aussi que la vérité ait des auxiliaires ; or, si dans cette lutte, j’ai le malheur de donner le moindre signe de sympathie aux vaillants qui combattent du même côté que moi, on crie Haro ! On scrute mes lettres, on compte les lignes, on pèse les mots. Et voilà où j’en suis. Maintenant si après avoir lu ce que vous venez d’écrire dans Le Boulevard[91], je me risque à vous dire : vous avez fait là une page magnifique, vous êtes un superbe et charmant esprit, la cordialité que vous me témoignez a pour source votre dévouement à la cause des malheureux que je défends, — si je vous dis cela, et bien d’autres choses encore que je pense, c’est fini, je suis dénoncé comme pris en flagrant délit d’amitié et de reconnaissance. Eh bien, tant pis, je vous aime.

Victor Hugo.

Voulez-vous bien vous charger de dire à M. Ch. Bataille[92] combien je suis ému et charmé de tout ce qu’il m’envoie d’excellent. — Je n’ai pas encore son livre. Je l’attends impatiemment. Mes amis m’en disent merveille[93].


À M. Marius Trussy.


Hauteville-House, 14 juillet 1862.

J’ai Margarido, monsieur, et je viens de lire ce beau et charmant poëme. Margarido c’est la Provence. Votre Provence, cette presque Italie, est dans Margarido comme le Latium est dans les Bucoliques.

La Provence est une forêt vierge de poésie. Tout y rayonne, tout y fleurit, tout y chante. La langue est douce, le peuple est bon, le paysage est chaud ; le soleil, la femme, l’amour sont là chez eux. J’ai vu la Provence, il y a vingt-cinq ans, et j’en ai encore le resplendissement dans les yeux et dans l’âme. Vous êtes, vous et M. Mistral[94], les poëtes de cet Éden.

Quoique votre drame ait des aspects douloureux et sombres, la sereine clarté méridionale le pénètre et l’apaise. On y sent le reflet de la Méditerranée, moins farouche que celui de l’Océan. La Provence chante même quand elle pleure. Vous avez mis toute cette lumière dans votre œuvre. On est charmé, ce qui n’empêche pas d’être attendri.

Je vous remercie, poëte, et je vous applaudis.
À Paul Meurice.


H.-H., 18 juillet [1862].

Que dites-vous de cette idée ? Les médecins m’ordonnent un voyage d’au moins quinze jours. Vous avez, m’avez-vous dit, quinze jours à me donner. Voulez-vous faire coïncider mes quinze jours avec les vôtres ? Voici comment : je serais le 1er août (profond incognito) à Mont-Saint-Jean, hôtel des Colonnes. Vous viendriez le 2 m’y rejoindre. Le 3 nous partirions pour l’excursion que vous voudriez. Je vous proposerais les Ardennes et les bords de la Moselle. Le 15 août vous seriez (à mon grand regret) libre. Nous aurions vu ensemble d’admirables choses, et vécu. Nous aurions causé du drame des Misérables. Si Charles voulait être du voyage, je le lui paierais. Joie complète. Cette idée m’arrive presque le jour de ma fête. Elle me rit. Si elle vous plaît, tope. Répondez-moi courrier par courrier. Je partirais tout de suite, et je traverserais la Belgique aussi anonyme que je le pourrais. Au retour, si vous tenez à voir l’exposition de Londres, ce serait à mon profit, je passe par là pour m’en revenir. Voyez Charles, décidez, et répondez. Si cela ne vous sourit pas, je vous attendrai ici.

Seriez-vous assez bon pour envoyer ce mot à M. Bataille et ce portrait à M. Taule qui est en prison pour avoir dit des vers de moi.

J’attends votre réponse. Quel bonheur si c’est oui ![95]


À Paul Meurice.


24 juillet.

C’est jeudi, je vous réponds bien vite, vous aurez ma lettre samedi. Hourrah ! voici mon itinéraire. Nous partirons lundi 28 (avec M. Lacroix), nous passerons à Londres la journée de mardi. Mercredi 29 nous serons à Bruxelles (par Ostende), jeudi 30 à Liège (puisque Liège vous plaît). Tâchez donc d’y arriver, vous et Charles, le 31 juillet, ce sera deux jours de gagnés. Penserez-vous à m’apporter 500 francs en or sur les 1953 que vous avez à moi.

Je ne saurais vous dire ma joie. Je vous tiens, je vous tiens tous les deux. Il vous est très facile d’être à Liège le 31 juillet, ne me faites pas languir deux jours. Je suis ravi, il me semble que je vais prendre d’assaut l’aurore. Que de belles choses nous verrons et que de douces choses nous dirons !

Remerciez Mme Paul Meurice pour sa lettre si bonne et si charmante et si utile, et précipitez-moi à ses pieds.

N’oubliez pas les 500 francs, le nerf ! — À vous !


Pour modérer la pluie de lettres pendant mon absence, voudrez-vous faire publier dans Le Siècle ou La Presse quelque chose comme ceci : « Sur l’avis des médecins qui lui ont conseillé le changement d’air après le grand travail des Misérables M. Victor Hugo a quitté Guernesey pour un voyage de quelques semaines. »

(Je n’en voyagerai pas moins fort incognito.)[96]


À Auguste Vacquerie[97].


Vianden, 7 août [1862].

Comme je pense à vous, cher Auguste, dans ce voyage fait avec Paul Meurice, et dont vous n’êtes pas ! Charles, Meurice et moi, trois cœurs qui vous aiment et à qui vous manquez. Nous disons à chaque instant : si Vacquerie était là ! Mais on dit que vous n’aimez pas les voyages. Eh bien, vous aimeriez les voyageurs ! Je suis sûr du reste que toutes ces merveilles vous enchanteraient, la grotte de Han, la Vanne-Péquet, La Roche, Houffalize, Clervaux, Vianden, où nous sommes en ce moment. Ce sont des rêves. Nature splendide ; édifices morts et terribles où il y a tout le passé. Je griffonne ce bonjour en courant. Soyez heureux où vous êtes et pensez un peu à nous, en faisant les belles choses que vous nous devez.

À vous profondément[98].


À Madame Victor Hugo[99].


Juliers, 17 août [1862].

Chère amie, Charles et Meurice ont repris hier le chemin de Paris. Cela a fait l’ombre tout de suite sur le voyage. J’aspire maintenant à Guernesey. Cependant on m’a imposé au nom de ma santé au moins un mois d’absence, et puis j’ai promis une station à Bruxelles. Il serait possible en outre que Hetzel vînt me rejoindre, il a écrit à Charles des lettres suppliantes pour que je ne reparte pas sans l’avoir vu, et Charles s’est joint à lui. Ce pourra être encore un petit retard. Mais que je voudrais donc vous embrasser tous !

J’espère que tout est comme je le désire à Hauteville-House et que je retrouverai les choses en bonne harmonie comme je les ai laissées. J’espère que tu es heureuse, et mon Adèle aussi. Je ne veux que votre bonheur à tous et à toutes.

Je recommande à ma chère Julie de bien tenir en réserve mes lettres et de me mettre de côté mes journaux. Je prie mon excellent beau-frère d’avoir grand soin des clichés que Bichard a dû renvoyer à Hauteville-House. M. Chenay qui est roi du cuivre et de l’acier sera bon prince pour mon plomb. Il sait combien on doit manier soigneusement le métal.

Si Victor est à Londres, envoie-lui ce mot. Chère amie, sois gaie et contente. Je t’embrasse tendrement[100].


À François-Victor[101].


Juliers, 17 août [1862].

Mon Victor, es-tu encore à Guernesey ? Je serai dans cinq jours à Dinant où je trouverai de vos lettres, je l’espère. Si tu es à Londres, ta mère t’enverra ce mot, écris-moi ton adresse à Londres et jusqu’à quelle époque tu y seras, chez M. Lacroix, 5 impasse du Parc, rue Royale, à Bruxelles. Charles m’a quitté hier. Je suis triste, et j’ai besoin de toi, besoin de vous tous. Notre voyage a été beau et charmant, nous avons vu un bon bout des Ardennes, et Trêves, et le cours de la Moselle, et un tronçon du Rhin de Coblentz à Cologne. Je me cache le plus que je peux, mais je suis parfois reconnu. Alors des ovations, et je me sauve. Tout le monde me parle de ton Shakespeare et te glorifie, Charles tout le premier. Il t’aime tant !

En ce moment, je suis à Juliers. Tout ce vieux Rhin allemand est un pays prêtre. À l’instant où je t’écris une procession passe sous ma fenêtre. C’est l’Assomption. On chante, on bat du tambour, un tas de ravissantes petites vierges grosses comme le poing, de six à dix ans, salue l’ostensoir ; elles sont blanches et bleues et tiennent des branches de lys, et les toutes petites se frappent gravement la poitrine pour nos péchés. Voilà le tableau. À la croisée d’en face, une très belle fille de vingt ans, décolletée en l’honneur de la Vierge, me regarde fixement, quoique je sois une barbe grise. Les français font toujours prime et sont en hausse partout. Mon Victor chéri, tu as bien travaillé, tu es un penseur et un lutteur, maintenant repose-toi un peu, amuse-toi et aime-moi. Nous avons joliment parlé de vous tous dans ce voyage. Mes plus vives amitiés à mon vaillant et cher compagnon d’exil Kesler. Remets ce mot à M. Marquand. Je te serre dans mes bras[102].

V.


À François-Victor[103].


Abbaye de Villers, 5 7bre [1862].

Cher fils, tu trouveras ci-jointes trois lettres dont une à toi. Je ne sais si nos deux excellents amis pourront venir, je serais bien heureux de leur présence, mais je n’ose y compter. Quant à toi, il me semble que tu ne peux résister à l’appel pressant et charmant qui t’est fait. Tu verras ici Charles, tu y verras M. Pagnerre, tu y auras le cœur et l’esprit contents. Si tu te décidais à ce petit voyage qui coïncide avec tes projets sur Londres, je te paierais tes frais de voyage de Guernesey à Bruxelles, et de retour de Bruxelles à Londres ; ton retour du reste aurait lieu probablement en même temps que le mien, car immédiatement après le banquet[104], le lendemain même, si je puis, je compte prendre la route de Guernesey. Si tu désirais rester à Londres, je t’y laisserais. Mais, comme tu vois, tous les frais extra entraînés par ta visite sur Bruxelles seraient couverts par moi. Viens, mon enfant chéri. Ce sera ma joie.

J’ai à peine le temps de t’écrire. Il faut que cette lettre parte en hâte. Le temps nous presse. J’espère que tout continue d’aller bien à Hauteville-House. M. Lacroix vient de me dire que, d’après tout ce qui lui revenait, le livre de ta mère était un travail ravissant[105]. Ce sont ses propres termes. Mon retour à Guernesey est, comme vous voyez, mes chers bien-aimés, un peu retardé par le banquet. J’espérais qu’il aurait lieu le 8. Vacquerie a demandé l’ajournement au 15 ou 16. Pour avoir Vacquerie il faut tout faire, et j’ai accepté l’ajournement. Le banquet aura lieu le 16.

Au moment de fermer cette lettre, je conseille à M. Lacroix, qui accepte, d’y ajouter deux invitations, l’une pour M. Talbot, l’autre pour Harney. Tu te chargeras, n’est-ce pas, d’envoyer ces quatre lettres. Réponds-moi bien vite chez M. Lacroix, 3, impasse du Parc, à Bruxelles.

Je me dépêche de serrer tout Hauteville-House dans mes bras, je ferme ce billet, et je t’attends, mon Victor bien-aimé.


À Madame Victor Hugo[107].


Londres, mardi 23 7bre [1862].

Chère amie, je comptais être demain à Guernesey par Weymouth, mais voilà Victor qui me retient à son tour, et je ne puis lui refuser ce que j’ai accordé à Charles ; pourtant la semaine ne s’achèvera pas sans que je sois à Guernesey. J’ai faim et soif de vous revoir tous. La fête de Bruxelles a été admirable ; tous les journaux belges et anglais en sont pleins, et même les journaux français (les vaillants du moins). Le Siècle a presque reproduit mon speech. Avez-vous reçu le Daily Telegraph et la Queen ? J’ai bien regretté que nos excellents amis de Guernesey et de Jersey n’aient pu assister à la chose ; mais je l’ai bien compris. Du reste, il y a eu des choses étonnantes ; outre nos amis de Paris et de France, quelques-uns venus de Lyon, de Bordeaux et de Marseille, le principal écrivain suédois, M. Alm, est venu de Stockholm, le rédacteur en chef des Novadades, M. Cuerta, est venu de Madrid, Louis Blanc et M. Lowe sont venus de Londres, le rédacteur du Diritto, M. Costayo Ferrari, est venu de Milan. C’est-à-dire que plusieurs ont fait huit cents lieues (aller et retour) pour passer une heure avec moi. Le président de la chambre des représentants belges et le bourgmestre de Bruxelles ont vaillamment tout écouté et tout applaudi. Du reste, cordialité, gaîté, et bravoure chez nos français, ensemble inouï, joie profonde. Une foi absolue dans un avenir très prochain. Les journaux anglais donnent le menu du repas. Il paraît que le banquet seul a coûté 6 000 francs.

Je t’envoie tous ces détails qui vous feront plaisir, en attendant que je vous les bavarde moi-même. J’ai bien regretté Auguste et Meurice. Auguste a été charmant, il m’a envoyé pour le 16 deux feuilles cueillies sur le tombeau de nos enfants.

A presque tout de suite. E. Allix m’a dit que tu avais été un peu souffrante. Mais que ce n’était rien. J’y compte bien. J’embrasse tous et toutes.

Chère amie, je te serre dans mes bras.

À Paul de Saint-Victor.


2 octobre 1862.

Je viens de lire votre premier article sur Les Misérables[109]. Je vous remercie. Vous écrivez depuis quatorze ans page à page et jour à jour un des grands livres du temps : l’histoire de l’art contemporain confronté avec l’idéal. Cette confrontation sereine est le triomphe de votre lumineux esprit. Pensée, poésie, philosophie, peinture et statuaire, vous éclairez tout à la réverbération magnifique de cette vision du beau que vous avez dans l’âme. La beauté de votre âme, c’est qu’elle est un cœur. On sent, dans vos enseignements d’artiste et de philosophe, le profond attendrissement de la justice et de la vérité. Devant Eschyle, vous êtes grec ; devant Dante, vous êtes italien ; et avant tout vous êtes homme. De là le profond penseur et le grand écrivain que j’aime en vous. Vous le savez, pas une ligne de vous ne m’échappe, je vous lis avec l’assiduité douce d’un frère de votre esprit, à chaque coup vous atteignez le but, et voilà bien des années déjà que je vous suis des yeux et que je vous admire, vidant, sans l’épuiser, sur toutes les cibles du beau et du vrai, votre carquois plein de rayons.

Je suis fier aujourd’hui de cette œuvre que vous attachez à mon œuvre. Vous incrustez dans ma muraille des bas-reliefs de marbre. Après la lecture de ce premier article si admirable, où chaque mot a la profondeur de l’idée et la transparence de la vérité, j’aurais dû maîtriser mon émotion, et garder le silence jusqu’à ce que, la série terminée[110], je pusse vous dire mon impression entière. Je le ferai désormais. Mais je ne l’ai pu cette fois. Vous me le pardonnez, n’est-ce pas ?

Cher grand penseur, je vous serre la main.

Victor Hugo[111].


À l’éditeur Castel.


Hauteville-House, 5 octobre 1862.
Mon cher monsieur Castel,

Le hasard a fait tomber sous vos yeux quelques espèces d’essais de dessins faits par moi, à des heures de rêverie presque inconsciente, avec ce qui restait d’encre dans ma plume, sur des marges ou des couvertures de manuscrits. Ces choses, vous désirez les publier, et l’excellent graveur, M. Paul Chenay, s’offre à en faire les fac-similé. Vous me demandez mon consentement. Quel que soit le beau talent de M. Paul Chenay, je crains fort que ces traits de plume quelconques jetés plus ou moins maladroitement sur le papier par un homme qui a autre chose à faire, ne cessent d’être des dessins du moment qu’ils auront la prétention d’en être. Vous insistez pourtant, et je consens. Ce consentement à ce qui est peut-être un ridicule veut être expliqué. Voici donc mes raisons :

J’ai établi depuis quelque temps dans ma maison, à Guernesey, une petite institution de fraternité pratique que je voudrais accroître et surtout propager. Cela est si peu de chose que je puis en parler. C’est un repas hebdomadaire d’enfants indigents. Toutes les semaines, les mères pauvres me font l’honneur d’amener leurs enfants dîner chez moi. J’en ai eu huit d’abord, puis quinze ; j’en ai maintenant vingt-deux[112]. Ces enfants dînent ensemble ; ils sont tous confondus, catholiques, protestants, anglais, français, irlandais, sans distinction de religion ni de nation. Je les invite à la joie et au rire, et je leur dis : soyez libres. Ils ouvrent et terminent le repas par un remercîment à Dieu, simple et en dehors de toutes les formules religieuses pouvant engager leur conscience. Ma femme, ma fille, ma belle-sœur, mes fils, mes domestiques et moi, nous les servons. Ils mangent de la viande et boivent du vin, deux grandes nécessités pour l’enfance. Après quoi ils jouent et vont à l’école. Des prêtres catholiques, des ministres protestants, mêlés à des libres penseurs et à des démocrates proscrits, viennent quelquefois voir cette humble cène, et il ne paraît pas qu’aucun soit mécontent. J’abrège ; mais il me semble que j’en ai dit assez pour faire comprendre que cette idée, l’introduction des familles pauvres dans les familles moins pauvres, introduction à niveau et de plain-pied, fécondée par des hommes meilleurs que moi, par le cœur des femmes surtout, peut n’être pas mauvaise ; je la crois pratique et propre à de bons fruits, et c’est pourquoi j’en parle, afin que ceux qui pourront et voudront l’imitent[113]. Ceci n’est pas de l’aumône, c’est de la fraternité. Cette pénétration des familles indigentes dans les nôtres nous profite comme à eux ; elle ébauche la solidarité ; elle met en action et en mouvement, et fait marcher pour ainsi dire devant nous la sainte formule démocratique : Liberté, Égalité, Fraternité. C’est la communion avec nos frères moins heureux. Nous apprenons à les servir, et ils apprennent à nous aimer.

C’est en songeant à cette petite œuvre, monsieur, que je crois pouvoir faire un sacrifice d’amour-propre et autoriser la publication souhaitée par vous. Le produit de cette publication contribuera à former la liste civile de mes petits enfants indigents. Voici l’hiver ; je ne serais pas fâché de donner des vêtements à ceux qui sont en haillons et d’offrir des souliers à ceux qui vont pieds nus. Votre publication m’y aidera. Ceci m’absout d’y consentir. J’avoue que je n’eusse jamais imaginé que mes dessins, comme vous voulez bien les appeler, pussent attirer l’attention d’un éditeur tel que vous, et d’un artiste tel que M. Paul Chenay ; que votre volonté s’accomplisse ; ils se tireront comme ils pourront du grand jour pour lequel ils n’étaient point faits, la critique a sur eux désormais un droit dont je tremble pour eux ; je les lui abandonne ; je suis sûr toujours que mes chers petits pauvres les trouveront fort bons.

Publiez donc ces dessins, monsieur Castel, et recevez tous mes vœux pour votre succès.

Victor Hugo[114].


À Albert Lacroix[115].


H.-H. 11 oct. [1862].

Mon cher monsieur Lacroix, vous trouverez sous ce pli une lettre pour Bruxelles, (M. Van Beummel), trois pour Paris et une pour Lyon. Vous comprenez l’importance de ces dernières, toutes adressées à des journaux. Faites en sorte qu’elles parviennent sûrement. Je les recommande à votre bonne grâce si intelligente et si cordiale.

Autre détail important. Voici, pour les réimpressions des Misérables, les variantes annoncées. Je les indique sur l’édition de Paris, n’ayant pas sous la main en ce moment l’édition de Bruxelles. Il importe que Thénardier ne sache pas le nom de Pontmercy ; ce qui entraîne le changement suivant : (3e partie. Marius, tome 6, p. 211, l. 27) au lieu de :

Un général appelé le comte de Pontmercy…


il faut :

Un général appelé le comte de je ne sais quoi. Il m’a dit son nom, mais sa chienne de voix était si faible que je ne l’ai pas entendu. Je n’ai entendu que merci. J’aurais mieux aimé son nom que son remerciement. Cela m’aurait aidé à le retrouver. Ce tableau, etc.

Plus bas, même page, ligne 21 : au lieu de :

le général Pontmercy…,


il faut :

ce général…

(5e partie, Jean Valjean, tome VI, même édition, p. 263, après la ligne 1), intercaler cet alinéa :

Quant au nom de Pontmercy, on se rappelle que sur le champ de Waterloo, il n’en avait entendu que les deux dernières syllabes, pour lesquelles il avait toujours eu le légitime dédain qu’on doit à ce qui n’est qu’un remercîment.

Du reste, etc.

Priez M. Verboeckhoven de m’envoyer épreuve de ces passages importants. — Madame Lacroix va bien, j’espère ; offrez-lui mes hommages.

Ex imo.


À Ch. L. Chassin[117].


Hauteville-House, 11 octobre 1862.
Monsieur,

Comme votre beau et noble article complète et commente notre serrement de main ! Vous parlez de ce rendez-vous du 16 septembre[118] avec une émotion qui me va au cœur. Je ne lis votre article qu’ici et aujourd’hui ; mais il n’est pas trop tard pour vous dire ma reconnaissance et ma sympathie. Vous êtes, ainsi que moi, un persécuté et ainsi que moi un protestant. Ils sont rares les hommes qui, comme vous, joignent à toutes les puissances de l’intelligence toutes les vaillances de l’âme.

Merci, monsieur, et bravo.

Votre ami.
Victor Hugo[119].


À Paul Meurice.


18 octobre [1862].

Vous êtes toujours admirablement charmant et bon. Merci pour tout. Vous trouverez sous ce pli une traite de 666 francs pour remettre un peu mes chiffres à flot. Vous aurez en outre, je crois, fin décembre, les 500 fr. de l’Institut, si je suis encore de l’Institut.

Vous avez cent fois raison pour Quatrevingt-treize. Il faut attendre, il faut de l’air entre ces grands blocs.

Sur ce, parlons un peu du drame Les Misérables. Je suis de votre avis pour Bruxelles, et vous êtes de mon avis pour Londres. Or Londres, c’est tout l’étranger. Entrerez-vous donc dans cette voie de faire deux drames, l’un, en deux soirées, pour Bruxelles, l’autre en une soirée, pour l’étranger proprement dit (tous les lieux où l’on traduira ) ? C’est, il me semble, double peine. Ensuite, ce goût d’économie de Bruxelles pour monter la pièce qui fait qu’on s’accommode d’un demi-drame, est-ce bien bon signe ? J’aimerais mieux Delvil[120] faisant des dépenses. Oui, deux drames, joués le jour et le lendemain, et se complétant, ce serait excellent, mais croyez-vous beaucoup au succès d’un commencement attendant indéfiniment sa fin ? Je vous soumets tout cela, et j’ai une telle habitude de croire en vous que je suis lâchement prêt à être de votre avis, quel qu’il soit. Vous ne pouvez vous tromper pour vous, vous qui ne vous êtes jamais trompé pour moi.

Voudriez-vous m’inscrire pour 100 francs et les donner pour moi, dans la souscription au tombeau de Bocage.

Si Charles veut, qu’il vienne, avec pleins pouvoirs de vous, passer trois semaines ici, nous causerons, il écrira, et le 15 novembre il partira avec le drame fait pour une seule soirée (attendez-vous aux sacrifices les plus énormes). Et ensuite le tout vous sera resoumis. Pendant ce temps-là, vous ferez jouer François les Bas Bleus, et vous aurez un magnifique et charmant succès. Plaudite cives. — Je n’ai plus de papier, et j’ai encore tout plein d’amitié, de tendresse et d’enthousiasme. Rêvez le reste[121].


À Albert Lacroix.


H.-H., 20 octobre [1862].

Je vous remercie, mon cher M. Lacroix, de tous les satisfaisants détails que vous me donnez sur le succès matériel des Misérables au point de vue de la librairie. Je n’en avais pas besoin pour savoir que l’affaire était excellente, mais ils ne m’en sont pas moins précieux. Je suis heureux de lire dans votre lettre ces quatre lignes : « Nous sommes arrivés à ce résultat que je déclare magnifique, extraordinaire, imprévu même en affaires, d’être rentrés en un an dans nos déboursés sur une somme aussi importante (plus de six cent mille francs) ». Et vous pouvez ajouter ceci que vous avez maintenant pour bénéfice onze années et six mois d’exploitation gratuite d’un livre en dix volumes sur tous les marchés et à nombres illimités. C’est ce qui fait que vos conclusions m’étonnent un peu. Après un succès, et un succès extraordinaire, vous êtes aussi timide qu’après un échec. Vous débutez par une assertion sur la décroissance normale de la vente des livres, qui est contraire aux faits. (Voyez la brochure excellente de Hetzel dont je vous ai parlé, et les chiffres authentiques qui la terminent) et qui est contraire au fameux et incontestable axiome de librairie : plus un livre s’est vendu, plus il se vendra. Tous les exemples sont là pour le prouver, depuis les livres médiocres comme Télémaque, jusqu’aux livres supérieurs comme Don Quichotte. Vous raisonnez un peu, permettez-moi de vous le dire, comme si vous aviez acheté un roman d’Ann Radcliffe[122] ou de Ducray-Duminil[123], sans portée, sans lendemain, et sans avenir. De la part d’un homme écrivain lui-même, d’un homme supérieur comme vous par l’intelligence, cela m’étonne. Vous rappelez-vous, à l’époque où vous doutiez du succès des Misérables, une lettre de moi qui commençait ainsi : homme de peu de foi ! Eh bien, je serais tenté de vous le répéter aujourd’hui.

Quoi, vos frais sont faits, vous l’écrivez vous-même, vous avez devant vous ce bénéfice énorme, onze ans d’exploitation libérée et gratuite, et pour quatre ou cinq mille exemplaires in-8° qui vous restent en totalité, le reliquat de tous les marchés (Bruxelles, Paris, Leipsick) vous vous arrêtez court, vous vous croisez les bras, vous renoncez à continuer le succès, vous attendez l’écoulement infaillible, mais lent, de cette queue à si haut prix ! Vous avez devant vous le proverbe : battre le fer quand il est chaud, et vous laissez refroidir ! En publiant aujourd’hui l’édition bon marché, et petit format, vous recommencez, avec plus d’intensité encore, le mouvement et l’effet des premiers jours ; vous faites pénétrer le livre dans les couches profondes et inépuisables du peuple ! Vous passez de l’acheteur d’élite, qui pourtant vous a acheté des nombres énormes, à l’acheteur de la foule qui vous achètera des nombres plus grands encore. Cet effet, ce bénéfice, ce succès, vous y renoncez ! Je dis plus, vous oubliez cette vérité incontestable et prouvée par tous les faits, que pour les livres d’avenir, le format bon marché fait vendre le format cher, il sert de prospectus et sollicite les bibliothèques. Les Misérables bon marché, loin de faire tort aux quelques milliers chers qui vous restent, en hâteraient probablement l’écoulement. Et en tous les cas, quelle indemnité ! Ô homme de peu de foi !

J’aurais les mêmes choses à vous dire pour ce qui est des Châtiments et de Napoléon-le-Petit dont vous me reparlez. Vous faites erreur sur presque tous les détails. Il est impossible que Samuel n’ait pas fait le dépôt légal de l’édition in-18 expurgée, la seule mise publiquement en vente, la petite se cachant derrière à cause de la loi Faider. Vous vous trompez également sur les chiffres. L’usure des clichés atteste l’immense tirage frauduleux des Châtiments, les onze contrefaçons que vous énumérez prouvent la vente croissante. Je suis si convaincu de votre erreur que je vous propose ceci qui est sans danger, même pour votre timidité : réimprimer chez vous Napoléon-le-Petit et les Châtiments, ne pas tirer, clicher ces deux réimpressions, envoyer les clichés à Guernesey, et faire à Guernesey les tirages au fur et à mesure des besoins et des demandes. Pour Bruxelles, Londres (concurrence redoutable aux voleurs-contrefacteurs, le prix de revient étant moindre à Guernesey qu’à Londres) et tous les marchés du monde. Nous ferions l’affaire ensemble : j’aurais deux tiers, votre maison aurait un tiers ; on commencerait par prélever les frais, on partagerait dans la proportion ci-dessus le bénéfice net. Moyennant ce tiers, votre maison administrerait et ferait les avances. Les clichés vous appartiendraient pour un tiers. Vous feriez ce traité (en réservant la France et les autres formats) pour tout le temps que vous avez Les Misérables. Je suis sûr que j’y gagnerais plus que ce que je vous demandais. Répondez le plus tôt possible. Vous voyez que vous pouvez accepter sans risque. Vous êtes toujours sûr que la vente couvrirait les frais de cliché, peu de chose pour vous qui êtes imprimeur.

Voici la copie de ma lettre à M. Daëlli. Conservez-la, et quand la lettre aura paru en Italie, je crois que vous pourrez très utilement la publier dans les journaux belges. Nous nous chargerons des journaux anglais.

Un dernier mot sur ce que je vous propose quant aux Châtiments et à Napoléon-le-Petit ; c’est la même affaire déjà faite entre nous ; seulement vous remplaceriez par des clichés neufs les clichés usés. (Sauf à vous payer sur la vente.) Les tirages se faisant ici, chose nécessaire pour l’entrée facile en Angleterre, l’épreuve serait décisive. À l’expiration du traité, les clichés m’appartiendraient. Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de votre chère accouchée. Offrez-lui mes hommages. Mille affectueux compliments.

V. H.[124]


À Paul Chenay.


H.-H., 31 octobre [1862].

Merci, mon cher monsieur Chenay, de vos gracieuses et bonnes paroles. Je vous griffonne ce petit mot en hâte. Dites à M. Castel qu’il diminuera beaucoup ses chances en ne paraissant qu’en décembre. Les commandes d’étrennes se font, il doit le savoir et on le sait en librairie, dès le commencement de novembre. C’est donc à présent qu’il faudrait paraître ou au plus tard le 15 novembre. Envoyez-moi, par retour du courrier, dans une lettre sans marge, épreuve de mon portrait, du titre et des gravures retouchées par vous sur mes indications. Tout cela doit être plus que prêt ; priez M. Castel d’y joindre l’épreuve de ma lettre faisant préface et l’épreuve du titre imprimé et de la couverture. Vous m’enverrez le tout affranchi. Cela met bon à paraître dans huit jours ; il sera donc aisé de publier l’Album le 15 novembre. Répondez-moi, je vous prie, mon excellent et cher beau-frère, courrier par courrier. J’apprends avec grand plaisir que vous êtes content de vos affaires. Le succès est dû au talent. Recevez mon plus cordial serrement de main.


À Hector Malot[126].


Hauteville-House, 4 nov, 1862 (?)
Monsieur,

Vous venez d’être douloureusement frappé et la triste nouvelle m’arrive aujourd’hui seulement[127]. Vous savez comme je vous aime ; laissez-moi vous dire que votre deuil est le mien. Vous êtes une nature tendre, mais ferme. Il y a du devoir dans l’acceptation du deuil et la vie est faite de ces sombres épreuves-là. Vous continuerez donc vaillamment votre œuvre de penseur. Courage, noble esprit.

Je m’incline avec vous dans cette ombre où vous souffrez et je vous serre la main.

Victor Hugo[128].


À Claye.


5 novembre 1862.

M. Chenay m’avait parlé de quatre ou cinq dessins qu’il aurait fait graver pour mettre au texte projeté. J’en reçois aujourd’hui vingt-quatre. Or, puisqu’il n’y a plus de texte, il n’y a plus lieu même à publier ces quatre ou cinq petits culs-de-lampe que M. Chenay m’avait montrés. Ces vingt-quatre gravures sur bois n’ont donc plus aucune raison d’être. En outre, elles sont pour la plupart manquées par le graveur, M. Gérard. Sur ces vingt-quatre, six seulement sont possibles, les autres défigureraient et déshonoreraient l’Album. Les six possibles sont les numéros 1, 4, 6, 20, 23 et 24.

Mais, en l’absence de texte, comment publier les six gravures sur bois qui doivent être encadrées dans les pages imprimées ?

Un Avant-propos, fait par un des deux critiques de Salons et de peinture les plus autorisés, M. Th. Gautier ou M. de Saint-Victor, résoudrait peut-être la difficulté. Mais il faudrait que l’auteur de l’Avant-Propos consentît à amener et à encadrer les six gravures sur bois dans son texte annonçant l’Album.

Si l’un de ces deux noms ne consent pas à signer l’Avant-Propos, il faut renoncer à l’Avant-Propos et par conséquent aux six gravures. En somme, ces six gravures n’ajoutent rien à l’Album. Dans aucun cas, les dix-huit autres absolument manquées ne doivent paraître. S’il y a Avant-Propos, me renvoyer les six épreuves des six gravures choisies et indiquées par moi, pour être bien sûr qu’il n’y aura pas de méprise. En somme, beaucoup de temps perdu, inconvénient d’avoir fait tant de choses sans me consulter et sans me demander mon autorisation[129].


À Paul Chenay.


Jeudi 6 novembre 1862.

Cher monsieur Chenay, je vous réponds sur votre lettre même, pour qu’en la relisant vous compreniez vous-même que je n’ai pu la comprendre.

1° J’attendais les épreuves des gravures retouchées. Vous me répondez que les aciers sont dans les mains des graveurs de lettres. Or, je vous avais dit que les lettres devaient être faites sur le modèle Le Matin, qui est gravé par vous. Dans tous les cas, il est impossible que vous n’ayez pas, vous, au moins une épreuve. C’est cette épreuve-là que vous pouviez et deviez m’envoyer. Je la demandais et je la demande.

2° Je demandais épreuve de la gravure-titre faite sur un dessin de moi ; pour deuxième ou dixième fois je demande cette épreuve.

3° J’attends l’épreuve du portrait.

4° Je n’ai reçu aucune lettre de M, Castel.

5° J’ai reçu une lettre de M. Claye m’envoyant vingt-quatre gravures sur bois, faites à mon insu, dont dix-huit impossibles. Vous avez en ce moment ma note à ce sujet. J’attends votre réponse pour répondre à M. Claye.

6° Est-ce que, outre ma Lettre-Préface, vous préparez un texte ? Il était convenu qu’il n’y en aurait pas. Que serait-ce donc que ce texte ? Comment se fait-il que je n’aie été ni consulté ni prévenu ? Cela me froisse et m’étonne, je vous l’avoue.

7° Je me suis expliqué sur ce texte dans la note que vous avez entre les mains. S’il n’y a pas de texte il ne doit pas y avoir de gravures sur bois. Au reste même les six passables gâteraient l’Album.

8° Je ne comprends rien à votre mode de publication. Veuillez me l’expliquer. Si l’on fait un Prospectus il faut me l’envoyer avant de le publier. Qui fera ce prospectus ? J’aurais dû être consulté.

Résumé. — Je blâme absolument le tirage commencé sans mon bon à tirer. Je veux voir épreuve de tout avant que rien soit tiré. En somme je suis responsable et engagé dans cette publication. Il a été perdu beaucoup de temps cet été ; ce n’est pas une raison pour tout compromettre aujourd’hui par excès de précipitation. Communiquez ma lettre à MM. Claye et Castel.

Bien cordialement à vous.
V. H.

Je vous prie, mon cher beau-frère, faites cette fois ce que je demande. Votre résistance à satisfaire à ma première lettre fait perdre huit jours[130].


Note.
11 novembre 1862.

1° Je reçois les épreuves que je ne demandais pas ; je ne reçois pas les épreuves que je demande.

2° Des gravures sur bois sans texte, n’ont aucune raison d’être.

3° Parlons des gravures sur bois, puisque gravures sur bois il y a. Une des deux mémoires se trompe. Quant à moi, je suis sûr de n’avoir vu que six ou sept de ces gravures. Je permettrais ces sept gravures s’il y avait un texte, mais il a été convenu qu’il n’y aurait pas de texte. Je suis également sûr d’avoir gardé un profond silence quand ces quelques estampes m’ont été montrées : comme c’était en présence de témoins, je n’ai pas pu exprimer mon profond étonnement. Cependant, en moi-même, considérant le petit nombre de ces gravures, j’ai passé condamnation.

4° Mais de six ou sept à vingt-cinq, il y a loin.

5° Et d’ailleurs, en supposant, ce qui est absolument inexact, que je les eusse vues toutes, m’apporter un fait accompli, m’arriver en dehors de tout consentement et de toute permission de ma part avec vingt-cinq gravures sur bois toutes faites, et cela sans m’avoir en rien prévenu ni consulté ; oublier que, pour que la communication de ce projet fût utile, il fallait qu’elle fût faite avant la gravure et non après, me forcer la main de cette façon, que signifierait un tel procédé ?

6° En somme, j’ai autorisé douze dessins ; on en a gravé trente-huit. — Vingt-six sans autorisation.

7° Les gravures de M. Gérard ne sont pas meilleures sur les nouvelles épreuves que sur l’épreuve de M. Claye. Douze ou quinze ne supportent pas le regard. Pourtant dans mon désir de faire ce qui me semble souhaité, j’en permettrais encore trois, s’il y avait un texte, les nos 9, 13 et 19 (épreuve Claye). Cela ferait en tout dix avec le titre, Chelles. Cela ferait dix, je ne pourrais aller au delà. Les quinze autres, qui sont informes, doivent être absolument rejetées ; je répète qu’elles déshonoreraient l’album. Les clichés et bois devront être détruits.

8° Mais ces dix gravures sur bois que je tolérerais, on ne peut les placer sans texte. Or je ne vois plus aucune raison à ce texte. Ce serait encore un retard ; et déjà en paraissant le 15 décembre (quand il était si facile en s’occupant de l’album cet été, de paraître le 1er novembre), la vente des étrennes est évidemment manquée.

9° Je ne comprends pas comment la lettre du 7 novembre reçue aujourd’hui, ne s’explique pas sur le texte demandé à M. Vacquerie, ni sur la question du texte en elle-même, ni sur ceux auxquels on l’a demandé, ni sur l’étrange idée de lancer des prospectus sans me les communiquer, ni sur les épreuves de retouches, du titre-dessin, et du portrait, que j’attends toujours et que j’ai demandés depuis quinze jours.

10° Les vingt-quatre gravures sur bois que je n’ai point autorisées devront, sous la responsabilité de M. Chenay, être détruites. J’autorise Chelles[131].


À Paul Chenay.


Hauteville-House, 13 novembre 1862.
Cher monsieur Chenay,

Je reçois votre envoi du 11. Cet envoi fait il y a douze jours, eût épargné bien des retards. Tout est bien. Les retouches sont réussies. Le titre d’après mon dessin, portant mon nom, est excellent (ses deux teintes sont bonnes ; si j’avais à choisir, je préférerais la jaune). Quant au portrait, un mot : le m [masque ?] est supérieurement gravé et vous fait honneur ; le corps est bossu, bossu par derrière et par devant. Nous avons la photographie modèle sous les yeux ; vous avez fait un corps là où il y avait de l’ombre et vous lui avez donné deux bosses. Revoyez et comparez vous-même. Il y aurait deux partis à prendre : ou rectifier le corps d’après l’indication que je vous crayonne en hâte en indiquant la chaise qui supporte la main ; ou vous borner, ce qui vaudrait mieux peut-être, à un médaillon dont je vous envoie la dimension. Choisissez, et envoyez-moi épreuve avant de tirer. Vous ne me parlez pas du prospectus ; ne lancez rien que je ne l’aie vu. Je suis charmé que Th. Gautier fasse les quelques pages de texte ; a-t-il consenti à y encadrer les bois ? Si non, il faut y renoncer. Si oui, il faudrait lui remettre bien vite les neuf bois qui pourront paraître, nos 1, 4, 6, 9, 13, 19, 20, 23 et 24 de l’épreuve Claye ; à l’extrême rigueur on pourrait encore y joindre le n° 22. Cela ferait dix bois pour le texte et un, Chelles, pour le titre. En tout, onze. Les quatorze autres sont impossibles et les clichés doivent être détruits, ne l’oubliez pas, mon cher beau-frère. Renvoyez l’épreuve des onze bois que je conserve et que j’autorise, afin d’être bien sûr qu’il n’y a point de méprise aux bois prêts ; et en réservant le portrait pour m’en renvoyer épreuve, vous pouvez tirer vos aciers fac-similé.

Envoyez-moi vite le portrait. Écrivez-moi si Th. Gautier accepte d’encadrer les dix gravures sur bois dans son texte et si elles lui plaisent. J’écrirai demain à MM. Castel et Claye. Nous voilà enfin revenus au vrai et je suis heureux de vous serrer la main.

V. H.[132]


À Monsieur Castel.


Hauteville-House, 16 novembre 1862.
Monsieur,

Vous êtes au courant des difficultés survenues ; elles sont levées aujourd’hui ; j’avais autorisé douze dessins ; j’ai été surpris que trente-huit eussent été gravés sans que j’eusse été informé, et sans mon autorisation. Il va sans dire que dans ma pensée, la responsabilité de ces vingt-six dessins en excès ne retombait aucunement sur vous. En outre, le graveur sur bois n’avait pas toujours été heureux. Pour faciliter la publication surtout au moment extrême où nous nous trouvons, j’ai fait une concession très grande ; j’ai concédé la permission de publier tous les dessins dont la gravure sur bois était réussie, savoir les numéros 1, 4, 6, 9, 13, 19, 20, 22, 23 et 24 de l’épreuve envoyée par M. Claye, en tout, avec le frontispice Chelles, onze gravures sur bois ; les quatorze autres ne peuvent être publiées ; et comme je n’en ai point autorisé la gravure, vous comprendrez que je doive tenir à ce que les clichés en soient anéantis ; et dans votre honorable et pleine loyauté, vous vous empresserez de les détruire. Les aciers font le plus grand honneur au beau talent de M. Paul Chenay ; on peut les tirer tous, excepté le portrait auquel j’ai indiqué des retouches essentielles et qui ne pourra être tiré sans que je l’aie revu et revêtu de mon bon à paraître.

Je suis charmé que M. Th. Gautier fasse un texte. C’est un grand poëte et un grand peintre. Consentira-t-il à amener dans son texte les dix gravures sur bois que j’autorise ? En dehors d’un texte imprimé auquel elles seraient mêlées, ces gravures sur bois n’auraient pas de raison d’être. Pour les étrennes (surtout pour les commandes à l’extérieur), c’est avant le 1er novembre qu’il eût fallu paraître. Cela était pourtant bien facile. Je regrette que vous paraissiez si tard, le 15 décembre ! Les commandes du dehors, je le crains, seront faites.

Ne lancez, je vous prie, aucun prospectus dont je n’aie vu d’abord l’épreuve. Cela est très important et M. Chenay a dû vous le dire.

L’Album, je crois, réussira, et j’ai bon espoir. J’eusse été sûr d’un très grand succès de vente immédiat, si vous eussiez paru le 1ernovembre. Croyez à mes plus affectueux sentiments.

Victor Hugo.

J’ai tiré sur vous, selon vos indications, pour le 10 décembre, la traite de trois mille francs qui vous sera présentée par la Old Bank, à laquelle je l’ai donnée en paiement.

Serez-vous assez bon pour transmettre cette lettre le plus tôt possible à

M. Claye ?[133]
À J. Claye[134].


Hauteville-House, 16 9bre 1862.
Mon cher M. Claye,

J’ai bien tardé à répondre à votre bonne et charmante lettre. M. Castel vous en aura dit la cause. C’est pourquoi j’entre immédiatement en matière.

Ma lettre. Pas de petites capitales pour les noms propres (M. Paul Chenay, M. Castel) là où ils sont mêlés au texte. Les imprimer dans le même caractère que le texte.

Page 3, ligne 18, il y a plein pied ; il faut plain-pied (étymologie plano pede).

Les gravures sur bois. MM. Castel et Chenay vous diront que le tirage de dix seulement est autorisé par moi ; savoir les numéros 1, 4, 6, 9, 13, 19, 20, 22, 23, 24, de votre épreuve. Plus le frontispice Chelles. En tout onze. Les quatorze autres ne doivent pas paraître. Envoyez-moi, pour qu’il n’y ait plus de mistake, épreuve nouvelle des dix gravures sur bois que j’autorise.

M. Th. Gautier fait un texte que je serais heureux de lire ; serez-vous assez bon pour m’en envoyer épreuve.

N’imprimez, je vous prie, aucun prospectus de cet album sans m’en envoyer épreuve. M. Castel, du reste, a dû vous faire cette recommandation.

Je finis en hâte, car la poste me presse, et je vous envoie bien vite mon cordial serrement de main.

Victor Hugo[135].


À Auguste Vacquerie[136].


17 novembre [1862].

Merci, cher Auguste, de votre splendide page sur la comète à propos des Misérables. C’est une admirable et charmante strophe. S’il y a du vrai dans ce que vous dites, je vous préviens que vous êtes destiné à donner de la besogne aux astres.

Vous avez, à ce qu’il paraît, la plus jolie Marguerite qu’il y ait, elle vous inspire une poésie exquise et vraie qui remplit vos lettres. Remerciez-la des rallonges qu’elle met à mon nom.

Vous êtes heureux là-bas sous vos beaux arbres. Moi je vais errer un peu, avant de rentrer à Guernesey. J’y serai dans un mois, et je m’y remettrai au travail. Je ne sais si vous pourrez lire mon gribouillage, je vous écris avec une épingle. Les mots plantent là les idées et passent à travers le papier. Pensez un peu à nous. Je vous aime de tout mon cœur.


À Hetzel[138].


18 novembre [1862].

Le travail d’une part, d’autre part les choses générales et les affaires de tout le monde, cela m’occupe à tel point que je n’ai pas une minute pour mes propres affaires. Je me dépêche pourtant de répondre bien vite à votre lettre toute charmante. Oui, oui, oui, venez me voir, venez en hiver, venez en été, venez en toute saison ; il y aura toujours du soleil à Guernesey pour vous recevoir, et s’il n’y en a pas, vous en ferez. Venez, venez, je jette ce cri à l’ami, non à l’éditeur, car cet hiver je ne serai évidemment en mesure de rien conclure, n’ayant rien de fait, du moins de ce que je veux publier après les Misérables. Vous serez l’archi-bienvenu ; c’est là tout ce que je peux vous dire. Je n’ai pas reçu votre précédente lettre sur l’affaire Hachette-Vapereau.


Je le regrette fort. Écrivez-moi, je vous prie, ce qu’elle contenait. Vous avez vu sans doute ces MM. Hachette. Quelle mine ont-ils fait en lisant ma lettre ? Se sont-ils rendu compte de ce que leur procédé a d’inqualifiable ? Ces MM. en faisant faire la petite diatribe Vapereau, ont oublié beaucoup de choses, entre autres leurs offres répétées pour Les Misérables, lesquelles leur imposaient au moins le silence. Parlez-moi un peu d’eux, que je sache où j’en suis de ce côté-là. Et puis, renvoyez-moi la lettre Vapereau. Je vous en avais prié et je vous le rappelle. Ces lettres-là sont nécessaires à garder.

23 novembre.

Je répondrai un peu plus tard, quand je serai moins absorbé, au côté affaires de votre lettre. Ce que je puis dès à présent vous dire, c’est que tout y est excellent et charmant. Ce qui vient de m’occuper, beaucoup, c’est cette lettre sur la peine de mort qui m’a été demandée en Suisse, et que vous avez vue peut-être dans L’Indépendance belge. Elle n’a pu paraître entière que dans Le Courrier de l’Europe de Londres.

À vous. Con todo mi alma.
V.

Vous seriez bien aimable de m’envoyer, sur les exemplaires qui me reviennent, une dizaine des Enfants illustrés. Cela m’aidera pour mes petites étrennes locales. Vous pourriez me faire cet envoi par Merrhuys, à l’adresse de Barbet, gigh street, à Guernesey[139].


À Michelet.


Hauteville-House, 2 décembre 1862.

J’achève ce matin même la lecture de La Sorcière, cher et grand philosophe. Je vous remercie d’avoir fait ce beau livre. Vous avez mis la vérité sous toutes ses formes, dont la plus magnifique peut-être est la pitié. Vous ne vous contentez pas de convaincre, vous émouvez. Ce livre est un de vos grands triomphes.

Ce que j’en aime, c’est tout ; c’est ce style vivant qui souffre avec le martyr ; c’est cette pensée qui est comme une dilatation de l’âme dans l’infini ; c’est ce grand cœur, c’est cette science mêlée d’attendrissement ; c’est cette peinture ou, mieux, cette intuition de la nature, d’où sort, splendide, on ne sait quel démon-dieu qui fait sourire et pleurer.

Le solitaire vous rend grâces de lui avoir envoyé ce doux, profond et poignant livre. C’est un songeur attristé, bien accablé souvent par le spectacle et l’obsession de la souffrance universelle ; mais, quand sa main sent la pression de la vôtre, il lui semble qu’un rayon passe devant ses yeux.


À Louise Ulbach[140].


Hauteville-House, 2 Xbre [1862].

Cher poëte, il se trouve que je suis en même temps que vous dans un numéro du Temps (24 novembre) ; on m’envoie de Paris le numéro à cause de moi, et j’en remercie à cause de vous. Quelle noble et charmante page vous venez d’écrire sur vous-même ! Nulle fausse modestie, mais la dignité vraie. La fin de votre article sur Le Doyen de Saint-Patrick émeut à force de grâce. On ne peut rien écrire de plus sincère et de plus élevé. Laissez-moi aussi, après avoir serré la main du critique, féliciter le poëte. Ma foi, je vous le dis, un succès de vous est un bonheur pour moi. Je ne connais pas votre drame[141], mais votre analyse m’attire, et je suis presque tenté de vous demander une stalle. Heureusement que je regarde la date de ma lettre. Ceci me contient. Sans quoi j’enjamberais la mer, et je commencerais ma rentrée en France par l’Odéon. Oui, réussissez, vous le devez, car un triomphe de vous nous console.

Tuus.
Victor H.

Ce charmant poëte, votre collaborateur, M. L. de Wailly[142], est un de mes anciens amis. Parlez-lui un peu de moi[143].


À Théophile Gautier.


Hauteville-House, 3 Xbre [1862].

Cher Théophile, merci. Vous venez de me donner une joie de jeunesse. Il m’a semblé être au bon jeune temps. Je viens de lire ces pages de vous sur moi. Ma sombre chambre d’exil m’a tout à coup semblé pleine d’une clarté d’aurore.

Je n’ai qu’un mot pour caractériser votre commentaire de mes dessins ; c’est de la grâce magnifique. Vous refaites splendidement toutes ces ébauches et de votre plume elles sortent tableaux. Le peintre, c’est vous ; le poëte, c’est vous ; l’âme, c’est vous.

L’âme, ce mot que je viens d’écrire m’encourage à vous demander une toute petite correction. Je voudrais que dans ces pages splendides et charmantes, vous retranchassiez (tyrannie de l’imparfait du subjonctif) quatre mots. Vous les trouverez indiqués dans le morceau que je vous envoie. Voici ma raison :

L’éloge si mérité du graveur ne saurait être trop multiplié ; son nom est à sa place partout, excepté à la fin. À la fin, ne pensez-vous pas que je dois rester seul ? Ce n’est plus l’éloge, c’est la responsabilité qui commence et je ne dois pas m’abriter derrière Paul Chenay. Si vous pensez comme moi, vous effacerez ces quatre mots : reproduits par Paul Chenay[144]. Vous pouvez, bien entendu, communiquer ma lettre et ma raison.

Cher grand poëte, je vous serre la main.

Victor Hugo[145].


À Gustave Flaubert.


Hauteville-House, 6 décembre 1862.
Monsieur,

Je vous remercie de m’avoir fait lire Salammbô. C’est un beau, puissant et savant livre. Si l’Institut de France, au lieu d’être une coterie, était la grande institution nationale qu’a voulu faire la Convention, cette année même vous entreriez, portes ouvertes à deux battants, dans l’Académie française et dans l’Académie des inscriptions. Vous êtes érudit de cette grande érudition du poëte et du philosophe. Vous avez ressuscité un monde évanoui, et à cette résurrection surprenante vous avez mêlé un drame poignant. Toutes les fois que je rencontre dans un écrivain le double sentiment du réel qui montre la vie, et de l’idéal qui fait voir l’âme, je suis ému, je suis ravi, et j’applaudis. Recevez donc, monsieur, mon applaudissement. Recevez-le comme je vous l’offre, avec cordialité.

Votre ami
Victor Hugo[146].


À Swinburne[147].


Hauteville-House, 26 déc. 1862.
Monsieur,

J’ai connu seulement à mon retour en cette île, vos deux excellents articles sur Les Misérables. Je suis heureux que ce livre ait appelé l’attention d’un esprit tel que le vôtre, et que vous soyez, vous aussi, sollicité par les questions sociales, préoccupation suprême de notre siècle. Je vous félicite de votre talent, monsieur, et je vous offre avec tous mes remercîments, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

Victor Hugo[148].


À Auguste Vacquerie[149].

Réponse précise en regard des questions :

1° M. Chenay a-t-il reçu, oui ou non, de M. Castel, pour faire graver sur bois ces dessins (non autorisés) la somme de quinze cents francs ?

2° A-t-il reçu cette somme comptant et d’avance ?

3° Ayant dans les mains cette somme (qui eût payé un graveur de talent) M. Chenay a-t-il fait faire à crédit et au rabais les gravures (par un graveur qui les a manquées) moyennant l’offre de 350 fr. ?

4° En d’autres termes, est-ce vrai que ce travail, payé quinze cents francs par M. Castel, ait été payé par M. Chenay trois cent cinquante francs, M. Chenay gardant de la sorte pour lui (au préjudice de M. Castel qui a trop payé et de M. Hugo dont les dessins sur bois ont été manqués) la somme de onze cent cinquante francs.

5° Est-il vrai que même les 350 francs n’aient pas été payés à M. Gérard par M. Chenay, qu’il y ait protêt, et menace de procès ?

Réponse claire.

Quant à l’atermoiement fin février et fin avril, M. Victor Hugo ne l’accepte pas. Une affaire ajournée n’est point une affaire finie. Or, celle-ci, où le nom de M. Victor Hugo se trouve mêlé, doit être finie tout de suite. M. Victor Hugo est en droit d’exiger et exige par le retour du courrier et immédiatement la quittance de M. Gérard.

27 Xbre 1862.


À Paul Meurice[150].


Hauteville-House, 31 décembre 1862.

Ce que vous recevrez en même temps que ce mot n’est pas encore le frontispice promis pour vos Misérables. Ils sont bien vôtres, car si j’ai fait le livre, vous et Auguste, l’avez mis au monde. Ce frontispice ne peut pas être le premier croquis venu, et le temps m’a manqué. Ce que je vous envoie est simplement pour prendre patience. Serez-vous assez bon pour distribuer les autres choses aux adresses indiquées. Mathieu de la Drôme a eu raison cette fois, le temps est horrible, toutes les postes arrivent et partent en retard. Voici qu’on sonne le départ du packet et je me dépêche de fermer cette lettre. À bientôt une plus longue. Si je vous disais combien je vous aime, la lettre ne finirait pas. Vous m’écrivez que vous avez un peu souffert cette année, je n’entends pas cela. C’est bon pour nous autres vieux, de souffrir.

Vous, soyez heureux et glorieux. Je vous embrasse.

Victor H.[151]
  1. La Gironde, 23 janvier 1862. — Extrait de journal collé dans le manuscrit du Reliquat, Documents, Actes et Paroles. Pendant l’Exil.
  2. Neuf condamnations à mort venaient d’être prononcées à Charleroi. Un chef de la section des manuscrits à la Bibliothèque royale de Bruxelles n’hésita pas à adresser au roi Léopold des vers pour demander la grâce des neuf condamnés et signa ces vers : Victor Hugo. Il écrivit ensuite au poëte pour s’excuser. Victor Hugo publia alors la lettre qu’on peut lire dans Actes et Paroles. Pendant l’exil.
  3. Publiée en partie dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  4. Inédite. — Albert de Broglie, homme d’État et historien monarchiste, catholique, a laissé plusieurs ouvrages d’histoire.
    Le 16 janvier 1862, Albert de Broglie avait écrit à Victor Hugo la lettre suivante :
    « Monsieur, candidat à l’Académie Française pour la place laissée vacante par la mort du Père Lacordaire, j’ai le regret de ne pouvoir me conformer à l’usage en venant personnellement vous demander de m’être favorable. Vous me permettrez cependant de saisir cette occasion pour vous exprimer toute la sympathie que m’ont inspirée les injustices qui vous ont frappé, et dont vous prolongez, en ce moment encore, la rigueur par un dévouement volontaire.
    Veuillez agréer, Monsieur, les assurances de ma haute considération.
    Albert de Broglie. »
    Abbé Brémond. Revue des Deux-Mondes, novembre 1925.
  5. Communiquée par le duc de Broglie, petit-fils d’Albert de Broglie.
  6. Inédite.
  7. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  8. Inédite en partie.
  9. Différentes réponses de Victor Hugo à la lettre de Lacroix du 3 février 1862. La première réponse fait allusion à ce texte : « À l’instant même, la poste nous apporte votre lettre de mardi dernier avec le bon à tirer de la feuille 20. Cette lettre a été à Paris, y a été ouverte, l’adresse portant par erreur mon nom avec l’indication : Paris-France. Un libraire de Paris à qui elle a été remise sur cette indication, l’a ouverte et nous la réexpédie ».
  10. « Point de seconde partie du manuscrit encore, du moins pas la suite de Waterloo ».
  11. « Peut-on couper les volumes à un chapitre ? ainsi par exemple, pour égaliser les volumes, rejeter Petit Gervais du tome premier au tome II ? Cette autorisation de votre part nous serait agréable, mon cher Monsieur ».
  12. « Nous augmenterons le nombre des volumes, mais en diminuant le prix du volume qui de 7 fr. 50 va être réduit à 6 francs. Cela fera un excellent effet sur le public. En réalité, le prix total des Misérables restera à peu près le même ».
  13. « La préface que vous comptez donner aux Misérables sera-t-elle étendue ? »
  14. Correspondance relative aux Misérables. — bibliothèque Nationale.
  15. Publiée en partie dans Les Misérables. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale. — Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  16. Gustave Simon, La Revue, 1er mai 1909. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  17. Gustave Simon. — La Revue, 1er mai 1909.
  18. Archives de Mme Lauth-Sand.
  19. Inédite.
  20. Bibliothèque Nationale.
  21. Gustave Simon. La Revue, 15 mai 1909. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  22. Inédite.
  23. Rappelons que chaque feuille comporte 16 pages.
  24. Charles projetait d’écrire, en collaboration avec Paul Meurice, un drame d’après le roman des Misérables.
  25. Anatole Cerfbeer, journaliste, collabora, sous son nom et sous divers pseudonymes, à un grand nombre de journaux. Il laisse un ouvrage très estimé : Répertoire de la Comédie Humaine, de H. de Balzac.
  26. Bibliothèque Nationale.
  27. Gustave Simon, La Revue, 15 mai 1909. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  28. Inédite.
  29. Louis Ulbach, journaliste devint directeur de la Revue de Paris en 1853 ; il fit dans Le Temps le feuilleton dramatique, écrivit nombre de romans. Il entretint avec Victor Hugo des relations très cordiales, il publia en 1885 L’Almanach de Victor Hugo et La Vie de Victor Hugo.
  30. Hector Malot fit de la critique littéraire, mais reste surtout comme romancier d’un genre tout spécial. De son œuvre, très touffue, il faut dégager Sans famille, qui eut un grand succès.
  31. Bibliothèque Nationale.
  32. Gustave Simon, La Revue, 15 mai 1909.
  33. Gustave Simon, La Revue, 15 mai 1909.
  34. Inédite.
  35. Bibliothèque Nationale.
  36. E. Biré. Victor Hugo après 1852.
  37. Inédite.
  38. A. Vacquerie revoyait le texte de Mme Victor Hugo pour Victor Hugo raconté et aurait voulu y insérer quelques extraits d’Amy Robsart.
  39. Edmond Texier, journaliste, collabora principalement au Siècle, et devint rédacteur en chef de L’Illustration en 1860. Il a laissé entre autres ouvrages historiques, une Biographie des Journalistes et une traduction de La Case de l’oncle Tom, de Mme Beecher-Stowe.
  40. Louis Huart, rédacteur en chef, puis directeur du Charivari.
  41. Adolphe Guéroult, emprisonné au coup d’État, devint directeur de La Presse en 1857 et fonda L’Opinion nationale en 1859.
  42. Bibliothèque Nationale.
  43. Article paru dans Le boulevard, 20 avril 1862.
  44. L’Art romantique. (Notes et éclaircissements de Jacques Crépet.)
    Le commentateur de cette lettre, M. Jacques Crépet, ajoute :
    Quelques mois plus tard, Baudelaire écrivait à sa mère :
    « Ce livre est immonde et inepte : J’ai montré, à ce sujet, que je possédais l’art de mentir. Il [Hugo] m’a écrit, pour me remercier, une lettre absolument ridicule. Cela prouve qu’un grand homme peut être un sot.
    11 août 1862. »
  45. Inédite.
  46. Collection Jules Claretie.
  47. La première partie des Misérables. George Sand n’avait pas accepté sans des réserves l’évangélique évêque Myriel.
  48. Archives de Mme Lauth-Sand.
  49. Ce mot désignait l’interdiction possible.
  50. Gustave Simon. La Revue, 15 mai 1909. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  51. Cuvillier-Fleury était, depuis 1834, critique littéraire au Journal des Débats.
  52. Journal des Débats.
  53. Dans son premier article (29 avril 1862) Cuvillier-Fleury avait jugé que Les Misérables étaient une œuvre périlleuse : « M. Hugo n’a pas fait un traité socialiste. Il a fait une chose que nous savons, par expérience, beaucoup plus dangereuse... Ce livre, par sa tendance trop avouée, n’est pas seulement œuvre d’écrivain, c’est l’acte d’un homme, j’allais dire l’acte d’un parti, une véritable démonstration de 1848 ». Déclarer dans les premiers volumes parus, cette œuvre dangereuse, c’était encourager le gouvernement à en interdire la suite. Dans sa réponse, d’ailleurs fort courtoise, Cuvillier-Fleury ne promettait, pour les articles suivants, aucun adoucissement à son premier jugement, mais Édouard Bertin, le directeur des Débats, lui demanda de s’attacher désormais à la partie littéraire du roman, ce qu’il fit.
  54. Publiée au tome III des Misérables. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  55. Louis de Cormenin, tour à tour bonapartiste, royaliste sous Louis XVIII et Charles X, participa activement la république de 1848, puis se rallia à l’empire ; dans plusieurs journaux il fit de la critique littéraire.
  56. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  57. Clément-Janin. — Victor Hugo en exil.
  58. Archives de Madame Lauth-Sand.
  59. Inédite.
  60. Charras. Histoire de la campagne de 1815. Waterloo. — Edgar Quinet. Histoire de la campagne de 1815.
  61. Bibliothèque Nationale.
  62. Inédite. Alfred Darcel était surtout un critique d’art. Il a publié de nombreuses études sur le moyen âge, la Renaissance, les monuments et églises anciens.
  63. Bibliothèque de Rouen.
  64. Inédite.
  65. Cet article, paru dans Le Siècle du 29 mai 1862, est plutôt malveillant, bien que contenant des éloges émaillés de restrictions. Le critique attend, pour se prononcer, la suite des Misérables, dont il ne connaît que les deux premiers volumes.
  66. Bibliothèque Nationale.
  67. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.
  68. Inédite.
  69. Dans cette préface, Quinet en effet malmène le drame moderne « malgré tout le génie qui y est dépensé ».
  70. Bibliothèque Nationale.
  71. Inédite.
  72. Collection Jules Claretie.
  73. Inédite.
  74. Jésuites et Lazaristes.
  75. Brouillon relié dans le manuscrit du Reliquat de Actes et Paroles. Pendant l’exil. — Bibliothèque Nationale.
  76. Au moment de parler des Misérables dans son Cours familier de littérature, Lamartine, pris de scrupule, avait envoyé à Victor Hugo cette lettre :
    « Mon cher et illustre ami,
    D’abord merci de l’envoi des Misérables au plus malheureux des vivants.
    J’ai été ébloui et étourdi du talent devenu plus grand que nature. Cela m’a sollicité d’écrire sur vous et sur le livre.
    Puis je me suis senti retenu par l’opposition qui existe entre nos idées et nullement entre nos cœurs. J’ai craint de vous blesser en combattant trop vertement le socialisme égalitaire, création des systèmes contre la nature.
    Je me suis donc arrêté et je vous dis :
    Je n’écrirai mon ou mes entretiens littéraires que si Hugo me dit formellement : « Mon cœur sauf, j’abandonne mon système à Lamartine. »
    Adieu, répondez-moi et aimez-moi comme je vous ai toujours aimé.
    Lamartine.

    P.-S. — Pas de complaisance dans la réponse. Je n’écrirai pas avec autant de plaisir que j’écrirais.
    Ne pensez qu’à vous. »
  77. Muni de cette autorisation, dont d’ailleurs il ne pouvait douter, Lamartine en profita pour exécuter Les Misérables en cinq entretiens. Et d’abord le titre même :
    «l’homme contre la société », voilà le Vrai titre de cet ouvrage, ouvrage d’autant plus funeste qu’en faisant de l’homme individu un être parfait, il fait de la société humaine, composée pour l’homme et par l’homme, le résumé de toutes les iniquités humaines... Les Misérables seraient beaucoup mieux intitulés Les Coupables, quelques-uns même Les Scélérats, tel que Jean Valjean ». On lit dans ces entretiens que Jean Valjean n’est qu’un scélérat, un sournois de vertu ; dans Fantine, Lamartine ne voit que la fille publique, l’évêque est un « socialiste ignorant », l’épisode des quatre jeunes couples inspire ce jugement « ... Le ramassis de quolibets, de calembours, de vulgarités saugrenues de cette partie carrée qui occupe un tiers du volume dans Les Misérables ne mérite pas qu’on s’y arrête ». — Puis Victor Hugo est accusé d’avoir inventé le mot de Cambronne auquel il eût été préférable de substituer « un mot noble ».
    La forme n’est pas plus épargnée : « Impropriétés de termes, exagérations de phrases, de langue, fautes lourdes, saletés de goût », etc.
    Dans tout le roman, seule l’Idylle de la rue Plumet trouve grâce.
    « En résumé, Les Misérables sont un sublime talent, une honnête intention, et un livre très dangereux de deux manières : non seulement parce qu’il fait trop craindre aux heureux, mais parce qu’il fait trop espérer aux malheureux. »
  78. Inédite.
  79. Communiquée par la librairie Cornuau.
  80. Album d’autographes donné par Mme V. H. à Mme Ch. Asplet. Archives Spoelherch de Lovenjoul.
  81. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  82. Inédite.
  83. Bibliothèque Nationale.
  84. Inédite.
  85. Communiquée par la fille de Nefftzer.
  86. Feuilleton des Débats, 30 juin 1862.
  87. Cuvillier-Fleury avait été nommé, en 1827, précepteur du duc d’Aumale. Il avait écrit trois articles dans le Journal des Débats sur Les Misérables. Les derniers articles sur les tomes VII, VIII, IX et X sont de Jules Janin.
  88. Eraste était le pseudonyme de Jules Janin.
  89. Clément-Janin. Victor Hugo en exil.
  90. Inédite.
  91. À la fin de sa critique théâtrale, Banville n’avait pu résister au désir d’écrire sur Les Misérables un éloge tout à fait remarquable.
  92. Charles Bataille, auteur dramatique et romancier, écrivit aussi plusieurs chroniques au Figaro, au Boulevard.
  93. Collection Louis Barthou.
  94. Mistral, par la création et l’organisation du félibrige, poursuivit la conservation de la langue d’oc. Les premières poésies datent de 1852 ; Miréis, en 1859, fut une révélation et établit sa réputation. Enfin le Trésor du Félibrige, dictionnaire provençal-français, répandit et vulgarisa la langue de son pays. Il créa en 1898 le Musée Arlésien ; Mistral restera le plus grand poëte provençal.
  95. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  96. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  97. Inédite.
  98. Bibliothèque Nationale.
  99. Inédite.
  100. Bibliothèque Nationale.
  101. Inédite.
  102. Bibliothèque Nationale.
  103. Inédite.
  104. Banquet offert à Victor Hugo par les éditeurs des Misérables, Lacroix et Verboeckhoven, à Bruxelles. Voir pour les détails Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  105. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  106. Bibliothèque Nationale.
  107. Inédite.
  108. Communiquée par la librairie Cornuau.
  109. La Presse, 1er octobre 1862.
  110. Il n’y eut pas de suite à l’article du 1er octobre ; peut-être, comme le suppose M. Alidor Delzant dans son étude sur Paul de Saint-Victor, la censure prit-elle ombrage de cette analyse enthousiaste des Misérables.
  111. Collection Paul de Saint-Victor.
  112. Le carnet de 1868 indique 46 petits convives. Ce dîner eut lieu toutes les semaines jusqu’à la rentrée de Victor Hugo en France.
  113. Dans la capitale et les principales villes de l’Angleterre, le dîner des enfants pauvres fut institué et des milliers d’enfants furent secourus.
  114. Actes et Paroles. Pendant l’exil.
  115. Inédite.
  116. Correspondance relative aux Misérables, Bibliothèque Nationale.
  117. Charles-Louis Chassin, journaliste et historien, grand émule de Michelet, ami d’Edgar Quinet, laissa une œuvre très appréciée : Le génie de la Révolution, une série de travaux sur la Hongrie, etc.
  118. Banquet des Misérables.
  119. Papiers Chassin, Bibliothèque de la Ville de Paris.
  120. Delvil, directeur du théâtre du Parc, à Bruxelles.
  121. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  122. Ann Radcliffe a publié de nombreux romans pleins de péripéties tragiques.
  123. Auteur dramatique et romancier fécond, il a surtout écrit des ouvrages populaires, oubliés aujourd’hui.
  124. Publiée en partie dans Les Misérables. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  125. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  126. Inédite.
  127. Hector Malot avait perdu sa mère le 4 octobre 1862.
  128. Communiquée par Mme Lalande, petite-fille d’Hector Malot.
  129. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Huqo.
  130. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  131. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  132. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  133. Maurice Clouard. Notes sur les dessins de Victor Hugo.
  134. Inédite.
  135. Communiquée par la librairie Cornuau.
  136. Inédite.
  137. Bibliothèque Nationale.
  138. Inédite.
  139. Collection Jules Hetzel.
  140. Inédite.
  141. Le Doyen de Saint-Patrick représenté au théâtre de l’Odéon, le 20 novembre 1862.
  142. Léon de Wailly, poëte et auteur dramatique connu surtout par ses nombreuses traductions de romans anglais.
  143. Collection de M. Loucheur. Communiquée par la librairie Cornuau.
  144. Ces quatre mots ont été supprimés ; mais, selon le désir de Victor Hugo, les éloges décernés au graveur sont restés.
  145. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  146. Inédite.
  147. Algernon Swinburne, poëte anglais, écrivit plusieurs tragédies, mais son talent, très original, est surtout apprécié pour ses vers. Il fit quelques articles de critique. On trouve, dans la Couronne poétique de Victor Hugo, deux poésies de Swinburne.
  148. Communiquée par le British Museum, Londres.
  149. Note inédite écrite par Victor Hugo en marge d’une lettre d’Auguste Vacquerie.
  150. Inédite.
  151. Bibliothèque Nationale.