Correspondance de Victor Hugo/1867

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1867.


À Robelin[1]
H.-H., 14 janvier.

Mon cher Robelin, je reçois cette lettre. Elle me paraît touchante. Lisez-la. C’est un ouvrier qui demande du travail. Pouvez-vous lui en donner, vous architecte ? Si vous le pouvez, faites-le, et votre bon cœur s’épanouira dans une bonne action.

Quel rude hiver ! On est obligé d’émietter misérablement les secours. Je passe ma vie à donner des liards là où il faudrait des billets de mille francs. Je vous recommande mon pauvre ouvrier.

Votre vieil ami.

Victor Hugo[2].


À Alfred Asseline.


H.-H., 19 janvier.

Merci, cher Alfred. Je viens de lire ta lettre ferme et charmante aux journaux locaux. J’ignore ces choses quelconques auxquelles tu réponds de si haut et si bien. Mais je suis toujours tenté de remercier ces témoignages de haine qui me valent de telles preuves d’amitié.

Tuus.

Victor H.

Ah çà, n’oublie pas que tu dois à Guernesey au moins une de tes semaines. Nous attendons. Ne te transforme pas en Belle Philis[3].


À Paul de Saint-Victor.


H.-H., 20 janvier 1867.

Que vous avez bien fait de réunir ces pages en un volume[4] ! pages splendides, volume magnifique, poignée d’étoiles. Votre éclatant esprit dégage une illumination. Je vous remercie de cette clarté. On en a besoin ; il fait nuit.

Mais, vous le savez, je suis de ceux que la nuit n’inquiète pas. Je suis sûr du lendemain, à vrai dire, je ne crois ni à la nuit, ni à la mort. Je ne crois qu’à l’aurore.

Je m’en vais souvent, dans mes rêveries, le long de la mer, pensif, songeant à la France, regardant hors de moi l’horizon, et en moi l’idéal. J’emporte quelquefois un livre. J’ai mes bréviaires. Vous venez de m’en donner un.

Mon nom écrit parfois par votre noble plume me fait l’illusion de la gloire. Vieux et seul, j’ouvre mes mains cordiales devant le foyer de votre pensée, et je me chauffe à votre lumineux esprit.

Tuus ex imo.
Victor Hugo[5].


À Madame Octave Giraud[6].


Madame,

Vous me demandez, en termes qui me touchent profondément, de venir en aide à la mémoire de votre noble mari ; je le dois, et je le puis. Le témoignage que vous réclamez de moi, je tiens à le rendre. Je le rends. Pourtant, me dira-t-on, vous n’avez jamais parlé à M. Octave Giraud, et vous n’avez pas tenu en vos mains son manuscrit. C’est vrai, je n’ai jamais vu l’homme, mais je connais l’esprit ; je n’ai point lu le livre, mais je connais la pensée.

Cette pensée d’ailleurs, dans une certaine mesure, vient de moi. M. O. Giraud un jour me fit l’honneur de me consulter. Il m’avait envoyé quelques-unes de ses œuvres ; je connaissais sa science, son intelligence, ses voyages, ses études aux Antilles, son généreux talent de poëte, sa valeur comme écrivain, sa portée comme philosophe. Il me demanda : Que dois-je faire ? Je lui dis : Faites l’histoire de l’Homme noir.

L’Homme noir, quel sujet ! Jusqu’à ce jour, l’Homme blanc seul a parlé. L’Homme blanc, c’est le maître. Le moment est venu de donner la parole à l’esclave. L’Homme blanc, c’est le bourreau ; le moment est venu d’écouter le patient.

Depuis l’origine des temps, sur ce globe encore si ténébreux, deux visages sont en présence et se regardent lugubrement, le visage blanc, et le visage noir. L’un représente la civilisation, l’autre la barbarie ; la barbarie sous ses deux formes, la barbarie voulue, le sauvagisme, et la barbarie souffrante, l’esclavage. L’une de ces calamités vient de la nature, l’autre de la civilisation. Et c’est ici, disons-le et dénonçons-le, le crime de l’Homme blanc.

Depuis six mille ans Caïn est en permanence. L’Homme noir subit de la part de son frère une effrayante voie de fait. Il subit ce long meurtre, la servitude. Il est tué dans son intelligence, dans sa volonté, dans son âme. La forme humaine qui se meut dans une chaîne n’est qu’une apparence. Dans l’esclave vivant, l’homme est mort. Ce qui reste, ce qui survit, c’est la bête, bête de somme tant qu’elle obéit, bête des bois quand elle se révolte.

Toute l’histoire de l’Homme blanc, la seule qui existe jusqu’à ce jour, est une masse énorme de faits, de gestes, de luttes, de progrès, de catastrophes, de révolutions, de mouvements dans tous les sens, dont l’Homme noir est la cariatide lugubre. L’esclavage c’est, dans l’histoire, le fait monstre.

Sous notre civilisation, telle qu’elle est, avec ses difformités magnifiques, ses splendeurs, ses trophées, ses triomphes, ses fanfares, ses joies, il y a un cri. Ce cri sort de dessous nos fêtes. Nous l’entendons à travers les pores de marbre des temples et des palais. Ce cri, c’est l’esclavage. Quelle mission et quelle fonction, faire l’histoire de ce cri !

Le prolétariat en Europe, question tout autre et non moins vaste, touche par quelques-unes de ses ramifications à la servitude. Mais la question humaine en Europe se complique de la question sociale qui lui communique une prodigieuse originalité. C’est le tragique nouveau-né de la fatalité moderne. En Afrique, en Asie, en Amérique, l’aspect, non moins navrant, est plus simple. La couleur met son unité sur le déshérité et sur le vaincu. Le grand type funèbre, c’est le nègre. L’esclave a la même face que la nuit.

Vaincre cette nuit fatale, tel est le suprême effort de la civilisation. Nous touchons à cette victoire. L’Amérique est presque délivrée de l’esclavage. Je l’ai dit plus d’une fois, et je répète volontiers cette pensée d’espérance, le moment approche de l’humanité une. Qu’importe deux couleurs sous le même soleil ! qu’importe deux nuances, s’il y a sur le visage pâle et sur le visage noir la même lumière d’aurore, la fraternité.

Sous tous ces masques, l’âme est blanche.

Résurrection de l’esclave dans la liberté. Délivrance. Réconciliation de Caïn et d’Abel.

Telle est l’histoire à écrire. L’Homme noir, c’est le titre ; l’esclavage, c’est le sujet.

M. Giraud était digne de cette grande œuvre. Pour creuser à fond et sonder dans tous les sens cette matière, il fallait avoir étudié sur place l’esclave et l’esclavage. M. Giraud avait cet avantage considérable, il avait vu de ses yeux. L’esclave lui avait dit : Vide pedes, vide manus. L’esclavage est la plaie au flanc de l’humanité. M. Giraud avait mis sa main dans cette plaie. Ce livre, il l’a entrepris, il l’a presque achevé. Un peu de retard de la mort, et il le terminait. Chose triste, ces interruptions.

Telle qu’elle est, son œuvre est considérable. Les fragments publiés dans les journaux et que tout le monde connaît, ont placé très haut l’historien et l’écrivain. Cette histoire poignante a l’intérêt pathétique du drame. Pas de lutte plus douloureuse, pas de débat plus tragique. Tout le litige entre l’Homme blanc et l’Homme noir est là. M. Giraud nous le donne avec les pièces à l’appui. C’est le dossier de l’esclavage tout dressé et presque complet. Jugeons ce procès maintenant.

La sentence est rendue, disons-le, par la conscience universelle, et l’esclavage est condamné, et l’esclavage est mort ![7]


À Paul Meurice[8].


H.-H., 23 janvier.

Bravo pour la bonne nouvelle ! Vous achevez un drame[9], et la foule va applaudir encore une fois le doux et puissant et charmant maître qui s’appelle Paul Meurice. Vous êtes comme le dieu, vous préparez votre char, currus parat. Merci de cette joie que vous donnez à votre vieil ami. — Voici la lettre pour M. Lockroy. Voici l’adhésion à la société musicale signée. (Mlle A. Patti chante continuellement sur le théâtre ma chanson : Si vous n’avez rien à me dire. Il y a lieu à droit, ce me semble.) Quel malheur que le théâtre ne soit pas fait dans ce livre Paris[10] par vous ! Pourquoi Auguste a-t-il refusé ? Moi, je désignerais volontiers ce charmant talent M. Louis Leroy. Qu’en dites-vous ? — Voudrez-vous encore payer 40 fr. pour moi à M. Lanvin ? — Avez-vous de l’argent pour payer les 60 fr. de l’assurance ? Ils sont échus. Vous dois-je envoyer pour cela une traite sur Paris ? Répondez-moi un mot là-dessus.

Mon cœur déborde d’amitié pour vous[11].
À Charles. À François-Victor[12].


H.-H., 27 janvier. Dimanche.

Chers enfants, votre mère est ici, guérie et gaie. Elle vous reviendra dans cinq semaines, quand Alice se dédoublera[13]. Voici, mon Charles, une lettre pour M. Bois[14]. J’ai lu avec émotion le journal de son pauvre fils. Je me suis fait une grosse coupure au pouce, qui me gêne pour écrire. Qui est-ce qui fait définitivement le Théâtre dans le livre Paris ? Moi, je désignerais M. Louis Leroy, fin et vigoureux esprit. — Voici une traite de 1 200 fr. sur Mallet frères, à l’ordre de Victor. Ces 1 200 fr. se décomposent ainsi[15] :

Le froid a molli. Je ne suis pas d’avis d’un poêle dans la chambre des bonnes de mon ex-logis.

Je vous embrasse tendrement, mes bien-aimés.


À Philippe Burty[17].


H.-H., 2 février.
Cher monsieur Burty,

Vous m’avez envoyé un magnifique livre[18], excellent par les estampes, excellent par le texte. Vous êtes un savant, charmant. Science et grâce, ce sont là vos deux dons. Un suffirait.

Vous me nommez dans ce beau livre. Parmi tous ces chefs-d’œuvre reproduits et toutes ces gloires évoquées, je trouve mon nom et mes vers, et vous doublez la joie de vous féliciter par la joie de vous remercier.

Recevez mon plus cordial shake-hand.

Victor Hugo[19].


À Albert Lacroix.


H.-H., 7 février.
Cher monsieur Lacroix,

Je vous écris un mot in haste. J’ai reçu deux lettres excellentes de M. L. Ulbach. J’attends pour lui écrire l’arrivée des bonnes feuilles qu’il m’annonce[20]. Dites-lui, je vous prie, que la table qu’il m’envoie offre un ensemble magnifique. Il a fait merveille. Je regrette plus que jamais l’absence de Meurice et de Vacquerie, et l’abstention de Charles. Je tiens, tout à fait, à MM. Emmanuel des Essarts, Gabriel Guillemot[21], Adrien Huart, Charles Bataille, Jules Lermina[22], Charles Asselineau[23]. Pourquoi M. Charles Monselet[24] a-t-il disparu du programme ? (Et aussi les restaurants, cafés et cabarets ?) Recommandez, je vous prie, à mon cher et excellent ami M. Ulbach les noms ci-dessus. Ce sont des amis, et des amis de talent. Je voudrais effacer des titres les mots empire et impérial. Ainsi dire : Archives de France. — Grande Bibliothèque de Paris, etc.[25]. Quelques articles n’y sont pas qui me paraîtraient intéressants : les courses, le côté non peint des coulisses, etc. Envoyez ma lettre à l’ingénieur architecte de ce grand livre, avec toutes mes félicitations, mais tâchez donc d’y faire rentrer Meurice et Vacquerie ! Je n’ai plus de papier. — À bientôt une plus longue lettre. Mille affectueux compliments.

V. H.

Je voudrais rattacher à votre succès l’Étoile belge. Demandez donc un article au charmant correspondant parisien M. Desmoulins.

Rendez-moi le service de transmettre sûrement cette lettre à Paris.

Et à ce propos, demandez donc un article à Mlle de Saint-Amand (à l’Arsenal) pleine d’esprit, et à Mme Marie Nodier. Et Émile Deschanel ? (Versailles).

Et Timothée Trimm[26] ? Comment se fait-il qu’il manque à la liste ? Il est nécessaire. Je vous le demande et vous le recommande[27].


À François Coppée.


Hauteville-House, 8 février 1867.

Vous m’envoyez vos vers, monsieur, et je les lis[28]. C’est un essaim d’oiseaux qui m’arrive à travers la mer ; j’ouvre ma fenêtre. Ma fenêtre à moi, c’est mon âme.

Je vous remercie. Je vous dois de nobles heures. Vous êtes de la Légion ; vous êtes Esprit.

Tant que de généreux talents comme le vôtre protesteront, tant que les strophes inspirées sortiront du cœur toujours jeune des poëtes, la France restera la France, et il y aura de la lumière dans notre siècle.

Idéal et Liberté, tel est notre cri.

Je vous envoie, moi le vieux solitaire, mon applaudissement heureux et cordial.

Victor Hugo[29].


À François-Victor[30].


H.-H., 9 février.

Voici, mon Victor, à ton ordre sur Mallet frères une traite de 600 fr. en compte pour les dépenses de la maison de Bruxelles. Magarita est une faute d’impression. Le titre est Margarita[31] (la perle). Je ne puis répondre encore aux questions de M. A. Lacroix. Les échéances du 1er mars, et même du 1er avril, me paraissent trop rapprochées pour que je sois prêt à une publication. J’y verrai un peu plus clair dans quelque temps. La table du Livre Paris est supérieurement composée et il faut féliciter M. Ulbach. Cependant voici des noms que j’y voudrais pour toutes les raisons à la fois, talents et sympathies (ci-inclus la liste). Je regrette extrêmement, et de plus en plus, l’abstention de Charles. J’ai reçu ton tome II des Apocryphes. J’en ai lu la préface qui est magistrale, comme toutes tes autres introductions. J’ai donné le volume à M. Kesler, qui rend compte de ton œuvre dans le Daily News et la Revue Trimestrielle (si M. Van Bemmel veut). Tu me remplaceras mon exemplaire. Votre mère compte nous quitter fin février, et vous l’aurez dans les premiers jours de mars. Nous sommes heureux que le petit bonhomme ou la petite bonne femme commence la vie par une danse dans le ventre de sa mère. C’est de bon augure. Je n’ai pas reçu encore avis du dividende mars 1867 de la Banque nationale. Ce boni viendrait à point pour m’aider à combler mon déficit, car je suis fort arriéré et fort endetté. Depuis septembre (ce mois qui a mangé 8 000 fr.) je n’ai reçu que le maigre semestre des consolidés anglais et les 4 000 de Hetzel. Les Italiens continuent à ne rien payer. Je suis sûr que ta Place Royale sera admirablement réussie. Où en es-tu de l’Académie peinte par elle-même ?

Quatre gros baisers.

V.

J’écris in haste. J’ai toujours le pouce un peu en détresse. Je l’avais horriblement et bêtement coupé jusqu’à l’os. J’ai écrit pour le vin. Transmettez cette petite missive à notre cher Berru[32].


À Madame la Comtesse de Gasparin.


12 février 1867.

Votre livre[33], Madame, envoyé en octobre, m’est parvenu en février. Ce sont là les mauvaises chances de l’exil, de l’absence, si vous voulez. Donc les absents ont tort. Je viens de fermer ce charmant et bon livre, et je vous remercie, je vous remercie de tant de pages exquises, et surtout d’une page sévère, de la page du bagne ; je vous remercie de tout son talent et de tout son cœur.

Les sots et les mauvais abondent, hélas ! et continuent d’écrire. Vous avez une fonction. Il y a ici-bas beaucoup d’hommes dont une femme comme vous nous console.

Je me mets à vos pieds. Madame.

Victor Hugo[34].


À Madame Victor Hugo. À ses fils[35].


H.-H., 14 février.

On me presse de vous envoyer ces pièces comme bonnes à publier. Soyez-en juges tous trois, mes bien-aimés. Si c’est votre avis, Victor portera la communication à l’Indépendance belge.

Victor a-t-il porté les 40 fr. pour le tombeau de Mme M. Joly ? Le Sancho vient de reproduire mon allocution, elle me revient dans les journaux de Suisse, d’Espagne et d’Italie. Elle fait le tour du monde. Lecanu écrit que le Petit Journal, qui tire à 150 000, l’a reproduite.

Tout est bien ici. Je casse tous les matins la glace dans mon baquet pour mon hydrothérapie. Je vous serre dans mes bras.

À François-Victor.


H.-H., mardi 19 février.

Voici sous ce pli, mon Victor, une traite à ton ordre de 400 fr. Voici en outre la lettre de Zimbrakakis[37] et ma réponse. Lisez, et charge-toi de remettre les deux pièces à mon excellent et cher ami M. Bérardi, en lui expliquant que c’est pour communication, non pour insertion. L’Indépendance belge ne peut, je le sais, publier mes menaces.

J’ai reçu les premières bonnes feuilles du livre Paris, moins les articles de Louis Blanc et de Pelletan, que j’avais en effet dit de ne pas m’envoyer, ayant touché, comme eux, au passé de Paris, et voulant ignorer ce qu’ils en ont écrit de leur côté. Donc tout est bien. — Je plains la pauvre Philomène. Mais comment diable une femme se met-elle dans la position de ne pas savoir qui ? Cela rappelle cette drôlesse d’Augustine Brohan, disant la justice informe, croyant faire de l’esprit et faisant de la honte.

Tout est bien ici. Nous avons les Duverdier ; ta mère aura la joie de nous revoir tous à la fin du mois. Je vous embrasse tous du plus profond de mon cœur, mes bien-aimés.

Je suppose que c’est de ma pièce faite l’an dernier que les journaux veulent parler[38]. Je travaille sans relâche et je suis content de ce que je fais[39].


À Madame Victor Hugo[40].


H.-H., 25 février.

Le brouillard fait des siennes, les packets n’osent se risquer, la poste arrive en retard. Je t’écris quatre lignes en hâte. Tu trouveras sous ce pli une traite à ton ordre, chère amie, sur Mallet frères, de 1 200 fr. qui se décomposent ainsi[41].

Voici en outre un mot ouvert pour M. Verboeckhoven. Vous le lirez. Je prie Victor de le porter lui-même à M. Verboeckhoven, qui lui paiera les 60 fr. avancés par moi, dont Victor donnera reçu. Ces 60 fr. ajoutés aux 550 — 50e ci-dessus, font que tu as en compte entre les mains 610 fr. 50.

Le vin ne tardera pas à vous arriver. Le précédent était excellent. Celui-ci sera meilleur encore. C’est pour l’avoir meilleur que j’ai un peu attendu. Vous recevrez le tonneau dans une quinzaine de jours au plus tard.

Chère bien-aimée, tous les détails que tu nous donnes, à Julie ou à moi, sont et restent confidentiels. Écris-moi explicitement, et sans craindre que rien transpire, où vous en êtes, individuellement, avec les diverses personnes de votre entourage à Bruxelles. Ces renseignements me guideront moi-même.

Je reçois force messages, très compliqués, Lacroix, Hetzel, etc., etc. — offres, etc. — Ma prochaine, très prochaine lettre, contiendra des détails. Je fais le tour de vous quatre, et je vous embrasse, mes bien-aimés, bien tendrement.

V.

Kesler a été charmé de tes bonnes et chaudes paroles. J’envoie à Victor la fin de son article dans la Gazette avec un numéro pour Verboeckhoven. Je remercie mon Victor de l’envoi du Soleil[42].


À Madame Victor Hugo. À Charles et à François-Victor.


[Début de mars 1867.]

          [43]Question Hernani. Auguste vous l’a sans doute écrit, et vous m’approuvez. Je me tire d’affaire en créant un alter ego (composé de cinq) qui me remplacera, et décidera en connaissance de cause tout ce que je ne puis décider qu’à tâtons, à commencer par la distribution. Mon Charles, il faut tenir compte des obstacles inhérents au théâtre. Les cinq sont Vacquerie, Meurice, Thierry, C. Doucet et Paul Foucher. (Paul m’a fait une avance très cordiale, et j’essaie encore une fois de la réconciliation[44]).) Du reste, je vois cette reprise moins en beau que vous. Je n’aurai que la quantité de succès que voudra le gouvernement. On peut me faire une première représentation de police. Je suis absolument dans la gueule du bon loup Bonaparte. Or cette gueule n’est pas rose. Quant à l’argent, j’y perdrai. Ces reprises me prennent un temps effrayant. Je reçois cinquante lettres par courrier, sans compter les journaux auxquels il faut répondre. En dehors du théâtre, Beauvallet, Laferrière, Judith, etc., me demandent des rôles. Quand j’ai écrit dans une journée vingt lettres, je ne puis écrire vingt pages. Cela interrompt presque mon travail. J’allais faire Torquemada, impossible au milieu de ce tourbillon. Hernani commence par me coûter Torquemada. Que sera-ce si le reste du répertoire suit ? J’en ai pour trois ans. Que vont devenir mes travaux sous ce flot de pièces rentrant en plein océan ? Jugez vous-mêmes. Dieu m’aidera, j’espère ; dans tous les cas je m’aiderai.

Question ménage. — J’approuve, chère bien-aimée, tout ce que tu m’écris. Tu sais à quel point je suis obéré en ce moment. Je t’envoie une traite sur Mallet frères de Paris à vue à ton ordre de 2 400 fr. qui se décomposent ainsi[45]. Vous voilà cette fois tout à fait en avance, et plus qu’à flot ; réalise, je te prie, les économies dont tu as vu la nécessité. Je prie Victor de dire au sieur Verbays que je n’ai pas encore eu le temps d’examiner ses comptes, et que je le réglerai le mois prochain. N’employez plus ce sieur.

Soignez vos beaux yeux, Madame la vicomtesse Victor Hugo. J’arrive à temps, je pense, pour embrasser Jean, plus la mère de Jean, le père de Jean, l’oncle de Jean, et la grand’mère de Jean[46].

Le Grand-père de Jean.

Autre chose fâcheuse. Cette Introduction[47] qui va réveiller les haines, va paraître juste à temps pour nuire à Hernani qui n’a pas besoin de cette recrudescence. Tout serait sauvé si le livre Paris et par conséquent la préface ne paraissaient qu’après la reprise de Hernani. Mais aurai-je cette chance ? J’ai peur que non. Écrivez-moi à ce sujet. Demandes pressantes de tous les théâtres. Lettre enthousiaste et ardente de Chilly[48] pour avoir Ruy Blas[49].


À François-Victor[50].


H.-H., dim. 3 mars.

Mon Victor, voici une lettre pressée pour M. Lacroix. Lis-la, et que Charles la lise, et remets-la à M. Lacroix le plus tôt possible. Il est indispensable qu’il vienne. Je ne peux lui livrer le manuscrit de la Préface sans le lui avoir lu, pour des nécessités que votre mère a appréciées comme moi. S’il pouvait amener M. Ulbach, ce serait excellent. Le livre Paris ne doit donc paraître qu’en avril, car le premier tiers seulement est imprimé ? — Voici mon portrait pour M. Aubanel[51] ; remercie-le de ma part avec effusion. — Je ne comprends pas la susceptibilité de l’Orient. Vingt journaux (anglais entre autres) ont publié avant le Sancho. Dis-le, je te prie, à mon excellent et cher Berru. — Votre chère mère devait partir demain lundi 4, mais il fait très gros temps ; elle ne partirait qu’au cas où le vent tomberait cette nuit. Autrement elle ne partirait que mercredi 6 et vous arriverait samedi 9, à temps, j’espère, pour donner au nouvel arrivant le baiser de bénédiction.

Je vous serre dans mes bras, mes bien-aimés.

V.

Quelques réformes seront nécessaires. Votre mère, qui a ici touché du doigt la question, vous en entretiendra.

Vous vous y prêterez, chers enfants, avec votre bon et grand cœur.

Il va sans dire qu’aucune réforme ne peut porter sur vos pensions. Cela est immuable[52].


À Albert Lacroix.


Hauteville-House, 3 mars.
Mon cher monsieur Lacroix,

Il est contraire à tous mes usages de donner communication d’un manuscrit à l’éditeur avant de le lui livrer. Pour la première fois de ma vie, je déroge à cette loi de conduite, et je ne crois pas devoir vous livrer le manuscrit de mon introduction à votre livre Paris avant de vous l’avoir communiqué. Cela tient à ce que, pour la première fois de ma vie, je me sens quelque responsabilité en dehors de mon œuvre même. Cette préface, qui peut avoir action dans une certaine mesure, sur le sort du livre, vous importe au plus haut degré. Les points à examiner, s’il y en a, ne peuvent être approfondis que de vive voix entre les parties contractantes, c’est-à-dire entre vous et moi. Cette préface aura environ cinq feuilles (format édit. belge des Misérables), elle représente pour moi sept ou huit mille francs et un mois de travail, c’est quelque chose, mais ce ne serait rien, et j’y renoncerais aisément devant des intérêts de principe supérieurs à mon petit intérêt personnel. Je voudrais donc vous la lire, je le crois nécessaire, je ne pourrais la livrer purement et simplement, vous le comprenez d’après ce que je viens de vous dire. Venez, je vous prie, passer quelques jours à Guernesey, je vous lirai la chose, et une conclusion sera possible, à bon escient de part et d’autre. Je tiens à ce que vous soyez absolument libre de votre côté comme moi du mien.

Si notre excellent ami et admirable organisateur et directeur M. Ulbach pouvait vous accompagner, ce serait on ne peut plus utile. Mais je n’ose le déranger, il doit être si occupé ! Il sait à quel point il serait le bienvenu. Son avis serait très précieux.

Je vous attends le plus tôt possible et je vous envoie toutes mes cordialités.

Victor Hugo.

M. Kesler n’a plus de maison à lui, mais vous trouverez aisément une chambre dans un petit Family-hotel qui fait face à Hauteville-House. Il va sans dire que, comme d’habitude, vous me feriez l’honneur d’accepter ma table matin et soir.

Apportez le plus d’épreuves du livre que vous pourrez. Je n’ai encore que le compartiment la Science, moins Louis Blanc et Pelletan que j’avais dit en effet de ne pas m’envoyer, et que je ne dois pas lire, ayant effleuré les mêmes sujets. M. Ulbach avait raison, ce sont des épreuves et non des bonnes feuilles qu’il faudrait m’envoyer[53].


À François-Victor[54].


H.-H., dimanche 10 mars.

Quand vous recevrez cette lettre, vous aurez votre mère près de vous, et ce sera à notre tour de vous envier.

Tu trouveras sous ce pli, mon Victor, une traite à vue à ton ordre sur Mallet frères, de 1 000 fr. qui se décomposent ainsi :

1° Traite vin de Moselle. Tout payer en une fois. 570) 1 000

2° En compte au ménage de Bruxelles 430

Envoie-moi la traite vin de Moselle acquittée. Je suis en train d’éplucher Verbays. Du premier coup j’ai découvert une grave erreur. N’employez plus ce monsieur à rien. Honest Iago.

Je ne peux pas, quant à M. Lacroix, être plus royaliste que le roi. Je crois que sa non venue créera une complication grave, et entraînera des inconvénients, cette préface est finie, non depuis trois mois, mais depuis fin décembre, et c’est fin février que j’ai écrit à M. Lacroix. L’utilité de la lui lire m’est apparue de la façon que votre mère vous contera, avec toute la réserve que comporte la nécessité de ne donner aucun éveil aux ombrages de l’autorité en France. Comprenez à demi-mot. Et silence absolu sur ces détails. N’en parlez qu’à M. Lacroix qui, lui aussi, comprendra la nécessité du silence.

Cette lecture, offerte par moi à M. Lacroix, loin d’être du temps perdu, était du temps gagné. Une absence de dix jours ? pourquoi ? On part de Bruxelles le lundi à 6 heures du matin, et l’on est le lendemain mardi à 9 heures à Guernesey. Donc cinq jours d’absence et non dix. L’avantage eût été ceci : M. Lacroix m’aurait rapporté en épreuves (les bonnes feuilles sont un retard, et sont irréparables) le reste du livre, et aurait pu repartir emportant la Préface. Loin d’être du temps perdu, c’était du temps gagné. Et beaucoup de temps. En quelques heures de conversation, les points à examiner, s’il y en a, eussent été vidés et tout eût été conclu. Or, quelques heures de conversation, cela représente vingt lettres que je n’ai point le temps d’écrire. M. Lacroix, lui, commence par perdre le temps. Ainsi, il ne m’a pas écrit, et je n’entrevois ses raisons que par ta lettre. Me voilà en suspens. Je ne puis livrer, et je ne livrerai point cette préface à la légère. (Or, le livre me semble déjà en retard.) Ma responsabilité est grande. Juges-en par l’Avenir national du 25 février que je t’envoie (fort hostile. Montre-le à M. Lacroix). L’article dit ce que Voltaire eût fait à ma place. Cela n’est ni vrai, ni juste. Mais tu vois quelles précautions je dois prendre. Si notre excellent ami M. L. Ulbach, ou un tiers, en qui MM. Ulbach et Lacroix auraient confiance absolue (pas M. Guérin ; il est très intelligent, mais tu sais qu’il est peu exact, à son insu. Il ne pourrait donc convenir pour une mission si délicate. Je l’exclus à regret, mais je l’exclus) ou un tiers, dis-je, mais quel tiers ? Il faudrait un associé de M. Lacroix ayant plein pouvoir, et comprenant tous les aspects de la question. Tout examiné, je regrette vivement que M. Lacroix ne puisse donner cinq jours à la plus grave et à la plus délicate affaire de son année. De là une non entente. J’en crains les suites. — Je ne puis retrouver le n° de l’Avenir national. Il est du 25 février. Du reste, c’est perfidement qu’un inconnu me l’a envoyé. — Voici un mot pour notre excellent Berru, et ma photographie pour Bertram Landoys.

J’espère que ma bonne petite Alice est délivrée, et je me suis gardé cette bonne nouvelle à moi-même pour la fin. Maintenant de qui es-tu l’oncle ? Ta prochaine lettre me le dira. Ma femme est bien heureuse d’être grand’mère, Charles est aux anges d’être papa, Alice est ravie d’être maman, tu es enchanté d’être oncle, et moi je suis enchanté, ravi, heureux, et aux anges.

V.

Je n’ai encore reçu du livre que jusqu’à l’article de Th. Gautier (22 feuilles). 11 est fâcheux que personne n’ait donné sur les doigts du faux frère de l’Avenir national[55].


À Madame Louis Boulanger.


Hauteville-House, 13 mars 1867.
Madame,

Louis Boulanger était un de mes plus chers souvenirs. Sa jeunesse et la mienne avaient été mêlées. J’avais donné, adolescent moi-même, la bienvenue à son beau talent. Aujourd’hui j’apprends la douloureuse nouvelle. Il est mort.

Madame, j’ai le cœur serré. Pendant que vous pleurez le compagnon de votre vie, je songe au doux et cher témoin de ma jeunesse, au jeune ami, au vieil ami. Hélas ! je mets à vos pieds, Madame, ma respectueuse tristesse.

Victor Hugo[56].


À Auguste Vacquerie[57].


H.-H., 14 mars.

Quatre lignes in haste, cher Auguste. Vous aviez raison de tout point. L’ébauche de lettre que je vous ai envoyée par ma femme, trop hâtivement faite, aurait même l’inconvénient d’énoncer une inexactitude, le théâtre n’étant pas libre jadis, et qui l’a éprouvé plus que moi ? Donc au panier cette paperasse. — Vous penchez pour oui. — La solution, en ce cas, ma dernière lettre vous l’indique, serait ceci :

— Oui, je consens, reprenez mes pièces. Je n’y mets qu’une condition, c’est qu’ayant été censurées jadis, elles ne le seront plus. Je n’admets aucune revision de la censure actuelle. Mon répertoire a été censuré une fois pour toutes. — S’il devait être soumis à un nouvel examen, je refuserais.

Ce serait mon sine qui non. Vous m’approuverez, je pense. De cette façon ma dignité serait à l’abri. Je dirais de mes pièces sint ut sunt, aut non sint. Et si le gouvernement refusait ma condition, et voulait me censurer de nouveau, tout le monde me comprendrait et me donnerait raison. L’obstacle viendrait du gouvernement, et non de moi. — Ne trouvez-vous pas que ceci résout tout ?

Est-ce que vous croyez à une série de représentations ? L’exposition étant une exhibition, ils joueraient chaque pièce de leur répertoire deux ou trois fois, Hernani comme le reste. — Cela en vaudrait-il la peine ? N’est-ce pas déflorer pour peu de chose la reprise inévitable et définitive ? Qu’en pensez-vous ?

J’ai un torticolis qui me rend fou de mal de tête. Excusez mon griffonnage. À vous. Ex imo.

V.

M. Allier m’a envoyé un livre pour ma femme, Mme Lucas sait son adresse. Voulez-vous lui transmettre ma réponse[58].


À Madame Victor Hugo[59].


H.-H., jeudi 14 mars.

Chère amie, te voilà à bon port, et entourée de tous les bras et de tous les cœurs que je voudrais autour de moi. Je vous envie tous, mes bien-aimés. J’espère que le petit bonhomme vit déjà ; et qu’à l’heure où je suis, le Hugo en herbe tette vigoureusement sa maman. Sur ce, j’embrasse Alice. — Je garderai le silence sur les très curieux renseignements relatifs à Hernani. Auguste m’a écrit. Je lui réponds. Voici, je crois, la solution : — Oui, je consentirai à la reprise de mes pièces à la condition qu’elles ne subiront pas un nouvel examen de censure, que pas un vers n’en sera retranché par le gouvernement actuel, et qu’aucune revision spéciale de la police théâtrale d’à présent n’aura lieu. — Ceci est de ma dignité, et si le gouvernement refuse, je garde le bon côté, et le terrain me reste. Vous serez, je n’en doute pas, de mon avis.

Pour Victor.

M. Lacroix m’étonne. Il ne m’a pas répondu, et ne me répond pas. J’attends à chaque courrier une lettre de lui qui ne vient pas. Quelle idée a-t-il de perdre ainsi le temps ? Ajourne-t-il la publication de son livre Paris ? Parle-lui, mon Victor, et confesse ce sphinx. Je n’ai rien compris à la proposition que tu m’as transmise de sa part. Qu’il veuille bien m’écrire lui-même. Il continue de m’envoyer des bonnes feuilles, et non des épreuves, c’est-à-dire de l’irréparable. Je ne comprends rien à ce jeu bizarre. Lis-lui, je te prie, ma lettre. Elle le décidera peut-être à m’écrire.

Je vous serre tous dans mes bras, chers aimés.

Le dépôt du manuscrit dans tes mains et dans celles de Charles serait excellent, mais je ne puis songer à rien envoyer tant que M. Lacroix ne me fera pas l’honneur de m’écrire[60].


À Albert Lacroix.


H.-H., 19 mars.

Vous le voyez, mon honorable et cher éditeur, nous entrons dans les malentendus. Je persiste à croire qu’une conversation eût mieux valu, et que votre absence de cinq jours, en nous permettant de tout résoudre de vive voix, eût fait gagner bien du temps. Précisons, et répondez-moi, je vous prie, catégoriquement.

1re erreur de votre part. — Dans la lettre-traité, écrite de votre main, et entre nous échangée le 7 octobre, il y a ceci que je transcris : (relisez votre texte)

— Moyennant ces conditions, etc., vous nous cédez, etc., sans préjudice de votre droit de joindre, quand bon vous semblera, ce travail à vos œuvres complètes. —

Or ce droit, j’entends absolument le maintenir, cher monsieur Lacroix, et je ne puis, en aucun cas, y renoncer, et m’exposer à décompléter, pour le mince intérêt de ces quelques feuilles, les éditions de mes œuvres complètes. Que ceci donc soit hors de discussion.

2e erreur. — Vous continuez à m’envoyer les bonnes feuilles au lieu des épreuves. Or je ne puis vous livrer ma préface que lorsque je connaîtrai le volume entier (relisez ma lettre d’il y a quatre mois à ce sujet). Sur trois pages et demie de table des matières, je ne connais qu’une page (moins Louis Blanc et Pelletan) jusqu’à M. Paul Mantz. J’ignore donc les cinq septièmes du volume. Vous envoyer la préface est impossible. Hâtez-vous de m’expédier le reste du livre en épreuves. Immédiatement après, vous aurez la solution. Mais seulement après que j’aurai tout lu.

Je pourrais, en me gênant, consentir au paiement en deux termes (non trois), 1er à la remise du manuscrit, 2e un mois après. Mais il faudrait d’abord qu’il fût bien entendu entre nous qu’aucune édition séparée de ce travail ne sera faite par vous que de mon consentement, ce qui a toujours été convenu, et que, dans aucun cas, aucun journal ou recueil ne pourra publier cette introduction avant qu’elle ait paru dans le livre Paris-Guide. — S’il y avait à retrancher quelques mots, une édition séparée complète serait, de droit, publiée en Belgique.

Je vous réponds courrier par courrier. Faites de même. Gagnons du temps. Mille bien affectueux compliments[61].


À Monsieur Albert Caise[62].


Hauteville-House, 20 mars 1867.

La question posée par l’anonyme dont vous me parlez s’explique de la façon la plus simple. Ces matières sont de bien peu d’importance, mais ce qui est certain, c’est que vous avez raison et que l’anonyme n’a pas tort.

La parenté de l’évêque de Ptolémaïs est une tradition dans ma famille. Je n’en ai jamais su que ce que mon père m’en a dit. M. Buzy, ancien notaire à Épinal, m’a envoyé spontanément quelques documents, qui sont dans mes papiers.

Personnellement, je n’attache aucune importance aux questions généalogiques. L’homme est ce qu’il est, il vaut ce qu’il a fait. Hors de là, tout ce qu’on lui ajoute et tout ce qu’on lui ôte est zéro. D’où mon absolu dédain pour les généalogies.

Les Hugo dont je descends sont, je crois, une branche cadette, et peut-être bâtarde, déchue par indigence et misère. Un Hugo était déchireur de bateaux sur la Moselle. Mme de Graffigny (Françoise Hugo, femme du chambellan de Lorraine) lui écrivait : mon cousin. Le « spirituel et savant anonyme » a raison, il y a dans ma famille un cordonnier et un évêque, des gueux et des monseigneurs. C’est un peu l’histoire de tout le monde. Cela existe très curieusement dans les îles de la Manche. (Consulter les Travailleurs de la Mer. — Tangrouille…)

En d’autres termes, je ne suis pas Tangroville, je suis Tangrouille... J’en prends mon parti. Si j’avais le choix des aïeux, j’aimerais mieux avoir pour ancêtre un savetier laborieux qu’un roi fainéant.

Je vous remercie, Monsieur, de votre lettre, où je sens un très noble et très sympathique esprit, et je vous offre l’expression de toute ma cordialité.

Victor Hugo[63].


À Auguste Vacquerie[64].


H.-H., dim. 24 mars.

Voudriez-vous, cher Auguste, transmettre ce mot à M. Ed. Thierry. Ma condition de non censure acceptée, je me livre. Seulement que faire ? La difficulté est ceci, faire jouer un drame par des acteurs de comédie. Faire dire des vers à des lèvres habituées à la prose. — J’ai peur que Hernani ne puisse être monté. Resterait Ruy Blas. Avez-vous vu Meurice ? Vous a-t-il dit son idée, à laquelle je me rallierais ? Autant Hernani, la troupe actuelle des Français étant donnée, lui semble malaisé (sinon impossible), autant Ruy Blas lui semble possible. Ne serait-ce pas la solution ? Qu’en pensez-vous ? — Je vais consulter Bruxelles sur vos indications et comme vous me le conseillez. Il va sans dire que je vous garde un secret absolu. Ma femme et mes fils liront votre lettre et me la renverront, et observeront le silence des muets.

À vous. Ex imo.

Un mot encore, pour quelques questions :

1° Quand la Comédie-Française compte-t-elle jouer Hernani ? Quel temps lui faut-il pour monter cette reprise ?

2° Geffroy[65] désirerait-il le rôle ? un acte de complaisance ne me conviendrait pas.

3° Dans Marion de Lorme, rejouerait-il Louis XIII ?

4° Croyez-vous que M. Delaunay[66] (je ne l’ai jamais vu) pourrait dire les choses âpres et tragiques du montagnard ? (scène avec D. Carlos, 2e acte. — Grandes scènes du 4e acte). Il importe que l’acteur n’éteigne pas certaines lueurs, et n’atténue pas le côté grand. Qu’en pensez-vous ?

5° Puis-je être sûr que M. L. B. ne viendra pas à la représentation ?

Il va sans dire que dans le cas de Ruy Blas, Mlle Favart[67] jouerait la reine.

Remerciez-la de ses bonnes grâces charmantes pour moi[68].
Au même[69].


H.-H., mercredi 27 mars.

Cher Auguste, je suis sous une grêle d’avis contraires. La lettre de Charles vous donnera une idée des divergences. M. de Girardin m’écrit pour Faivre[70] de la façon la plus pressante. Que faire ? J’abdique. Et voici comment. Je pense que vous m’approuverez.

Ne pouvant avoir personnellement d’avis, je m’en réfère à vous. Mais ne voulant vous donner aucune responsabilité, je prie un comité ainsi composé :

MM.
Auguste Vacquerie,                                   Paul Meurice,
Ed. Thierry,                                               Camille Doucet,
Paul Foucher,


de faire en mon lieu et place, et en mon nom, la distribution. À vous cinq vous pourrez tout débattre et tout résoudre pour le mieux en une heure. Et personne ne sera responsable.

Si vous et Meurice approuvez mon idée, écrivez-le moi, et mettez-la immédiatement à exécution. Il me semble que le temps presse.

J’ai reçu d’Édouard Thierry une deuxième lettre excellente à laquelle je répondrai. Dites-le lui.

Comment vous remercier, admirable ami ?


À Paul Meurice.


H.-H., dim. 31 mars.

Je vous écris pour vous écrire, car je suis encore à tâtons. J’attends mardi une lettre de vous ou d’Auguste qui me fixera. Je vous ai remis la toute-puissance. Il vous l’a dit, et vous m’approuvez, n’est-ce pas ? J’ai reçu de M. de Chilly une lettre excellente. Soyez assez bon pour lui dire que la première lettre que j’écrirai sera pour lui. Il est minuit, et je commence à être fatigué, étant debout depuis 5 h. du matin. Je reçois cinquante lettres par jour. Beauvallet m’écrit. Mais est-ce qu’il n’est pas de l’Odéon ? Il me demande de jouer don Ruy Gomez. Ce serait bien, n’est-ce pas ? Je donnerai évidemment une pièce à l’Odéon. Mais d’abord la Vie nouvelle. Je lui veux un long, long, éternel et immortel succès. Ensuite nous verrons. Je serai heureux qu’un de mes rôles paraisse à madame Jane Essler[72] digne d’être mis à ses pieds. Je reviens à Beauvallet. Il me semble que ce don Ruy Gomez-là nous tirerait de l’embarras Mauban[73] - Geffroy[74]. Est-ce possible ? Voyez, faites. Mais que de peines je vous donne, et à cet admirable Auguste.

Je presse vos quatre mains généreuses.

Vostrissimo
V.

Bagier s’exécute-t-il ? Je dois force or à Auguste. Soyez assez bon pour dire à Marc Fournier que lui, si littéraire, et son théâtre, si populaire, sont au nombre de mes prédilections[75].


À Madame Victor Hugo[76].


[Mars 1867.]

Voici, chère amie, une traite à vue sur Mallet frères 1 200 fr. Chère bien-aimée, rien de plus charmant et de plus doux que tes lettres. J’y sens ton noble, grand et tendre cœur, et aussi ton délicat et généreux esprit. Je t’aime bien, va. Ci-contre, sauf rectification, tu trouveras ton compte pour février[77].

J’ai payé pour les layettes[78] de 1866 à M. Martin, prévôt, 50 f. 40c. Mais Meurice me remboursera cela sur la rente inscrite pour les pauvres. — Après un mois de tempête, voici que nous avons deux jours de calme profond, d’été et de soleil. Les oiseaux chantent. Puissent-ils chanter dans ton cœur. Je vous envoie à tous ce que j’ai de plus tendre et de plus doux[79].


À Georges[80]


Hauteville-House, 3 avril 1867.

Georges, nais pour le devoir, grandis pour le devoir, grandis pour la liberté, vis dans le progrès pour mourir dans la lumière ! aie dans les veines le doux lait de ta mère, et le généreux esprit de ton père ; sois bon, sois fort, sois honnête, sois juste ! et reçois, dans le baiser de ta grand’mère, la bénédiction de ton grand-père.

Victor Hugo[81].


À Paul Meurice.


H.-H., 3 avril.

Votre lettre m’arrive, doux et cher ami, tout est parfait. Vous avez tous les cinq fait pour le mieux aux Français, et c’est très bien. Pour l’Odéon, (Frederick étant hors du possible) vous m’envoyez une distribution superbe. MM. Mélingue et Beauvallet sont mes anciens amis. Voulez-vous vous charger d’envoyer ces deux lettres, l’une à M. de Chilly, l’autre à M. Beauvallet. Quelle belle, pathétique et charmante reine d’Espagne je vais avoir[82]. Mettez-moi à ses pieds. Je vais écrire demain à Auguste. Je n’ai que le temps de ces quelques lignes en petit texte. Welcome à la Vie nouvelle !

Mon vieux cœur est à vous.

V.

Vous tiendrez l’affiche au moins jusqu’à l’hiver. À quel moment croyez-vous que Ruy Blas pourra passer ? Viendrai-je immédiatement après vous ? M. de Chilly me dit que vous vous chargeriez de régler les questions d’argent. — À propos, et Bagier !!![83]


À Albert Glatigny[84].


Hauteville-House, 5 avril.

Vous avez, cher poëte, un auditeur lointain, mais attentif. C’est moi. Il y a un écho pour vous dans mon désert. Je viens de lire de charmants vers créés d’emblée par vous. Les rimes qu’on vous jette, en s’envolant vers vous, deviennent des langues de feu[85]. Vous savez comme j’aime votre talent, vous devez juger si j’aime votre succès.

Votre ami
Victor H.[86]
À Auguste Vacquerie[87].


H.-H., 5 avril.

Vous dire merci, c’est comme vous dire bravo. À vous adressés, ces mots-là sont froids. La reconnaissance et l’applaudissement vont jusqu’à l’attendrissement pour l’ami, et jusqu’à l’acclamation pour le poëte. Tout ce que vous avez fait me semble admirablement ce qui était à faire. Remerciez, je vous prie, pour moi qui de droit. Croyez-vous nécessaire que j’écrive une deuxième lettre à Édouard Thierry ? (Il m’a écrit deux fois.) Ici, comme en tout, votre avis fera loi pour moi.

Todo tuyo.
V.

Bagier paie-t-il ? — J’ignore l’adresse de M. A. Glatigny. Voulez-vous lui transmettre ceci[88] ?


Au même[89].


H.-H., 7 avril.

Cher Auguste, j’use et j’abuse de votre amitié. Voici un timbre-poste de 40 cent, et trois lettres ; j’ignore les adresses qu’il faudrait mettre. Voulez-vous être assez bon pour vous en charger ? Celle qui ne porte pas de nom est pour M. Febvre ou Faivre (je ne sais plus la vraie orthographe. Voulez-vous écrire vous-même le nom ?) du Théâtre-Français. Je pense avec un serrement de cœur au temps que vous prennent les répétitions d’Hernani. Ce sont des heures perdues pour nous, car pendant ces journées-là, vous feriez de grandes œuvres. Je ne sais comment résoudre la difficulté. Par instants je regrette qu’on reprenne mon théâtre en songeant au temps que cela va vous coûter, et par conséquent nous voler. La question serait résolue, et je retirerais Hernani et le reste, si, comme l’annonce le Soleil, la censure, en dépit des promesses, voulait y faire des coupures. Le Soleil dit : ce serait une imprudence. — Oui, en supposant que le public tienne à la reprise de mon répertoire. Enfin vous veillez, et vous m’avertiriez. Adieu, cher ami et cher

maître, et à toujours. Je descends voir mes pommiers en fleur[90].
6 h. du soir.

Une lettre m’arrive. M. Ph. Audebrand[91] du Soleil m’écrit pour me demander deux stalles pour Hernani en me disant qu’on va le jouer la semaine prochaine. Seriez-vous assez bon pour lui faire savoir à quelle époque on jouera Hernani en lui promettant, bien entendu, qu’il y sera, et au meilleur rang. Pardon. Merci[92].


À Paul Meurice[93].


H.-H., dim. 7 avril.

Ecce iterum. Pardon, c’est toujours moi. Voulez-vous me rendre le service de me dire votre avis sur cette demande[94] ? Je ne sais plus rien des détails intérieurs de la chose théâtre. Renseignez-moi, vous qui savez toutes les petites choses comme toutes les grandes.

Je guette avidement les journaux à cause de la Vie nouvelle. Où en êtes-vous de ce nouveau triomphe ? Je me figure que le soir de la première représentation, je me sentirai intérieurement averti, et que j’aurai le tressaillement de votre succès.

À vous ex profunda mente.
V.

Savez-vous l’adresse de M. Ch. Asselineau ? Voulez-vous être assez bon pour lui transmettre cette lettre[95] ?


À Madame Victor Hugo[96].


9 avril. H.-H.

Chère amie, je t’envoie cette lettre de Mme David d’Angers et je t’embrasse bien fort, chère grand’mère.

Je me recommande à ta sollicitude de ménagère. — Et voici la guerre ! quel désastre ce serait ! — Mais ne songeons qu’à la douce aurore du petit.

[Ces quelques lignes sont écrites en tête de la lettre de Mme David d’Angers. Victor Hugo reprend la plume au bas de la lettre :]

Mon Charles, je profite de ce blanc pour te dire un mot de joie. Je suis heureux que ma première à Georges[97] vous ait émus. Elle est venue du plus profond de mon cœur. J’embrasse la charmante mère, vaillante nourrice.

Je vous serre tous pêle-mêle dans mes vieux bras. Désires-tu que j’écrive un mot à notre cher Laussedat ?[98]


À François-Victor[99].


H.-H., 16 avril

Mon Victor, lis cette lettre[100]. Elle t’expliquera mon envoi. J’ai dû céder. Mais, la préface livrée, je n’en lirai pas moins le deuxième volume avec l’attention la plus sérieuse. Tu es sur le terrain, et vous, de la place des Barricades, vous jugez mieux que moi la situation. Si elle a en effet l’urgence qu’indique Paul Meurice, remets ceci à M. Lacroix. C’est le manuscrit des trois, premières parties de la Préface, laquelle en a cinq. Je t’envoie I. l’Avenir. — II. le Passé. — III. Suprématie de Paris. Il reste à t’envoyer les deux dernières : — IV. Fonction de Paris. — V. Déclaration de Paix. — J’ai fait beaucoup de coupures de prudence çà et là, et je crois qu’il n’y a plus rien de dangereux. Charles ayant à s’occuper de son bébé, je ne veux pas le surcharger de mon bébé à moi, qui est cette préface. Pourtant je serai charmé qu’il puisse y jeter aussi un regard, et me dire son avis sur les questions de risque (je n’en vois plus).

M. Lacroix devra faire épreuve dans la justification dont tu lui remettras le spécimen ci-joint (me le renvoyer, il est pris dans mon exemplaire des Misérables). L’intervalle pour les grandes divisions à titre doit être de cinq lignes. Je consens de moi-même à ce qu’il ne soit que de trois lignes pour les petites divisions intérieures (chiffres rouges).

Tendre embrassement. J’embrasse ta chère mère et la gracieuse et vaillante nourrice Alice.

Un mot encore. — Je t’enverrai la fin demain ou après-demain. S’il n’y avait pas l’urgence expliquée par Meurice, tu garderais tout en dépôt, et tu m’écrirais. S’il y a urgence, remets à M. Lacroix que je désire aider dans sa hâte en me pressant aussi.

Est-ce que Henri Rochefort et Pierre Véron ne sont plus du livre ? Ce

serait bien fâcheux[101].
Au même[102].


H.-H., 17 avril.

Hier, mon Victor, je t’ai envoyé les trois premières parties. Voici la quatrième (IV. Fonction de Paris). Demain la cinquième (V. Déclaration de paix) partira. J’ai dû revoir cette dernière partie à cause de l’incident Luxembourg survenu brusquement. Remets le tout immédiatement à M. Lacroix. Il aura tout complet samedi 20. En ne perdant pas une minute, il peut faire paraître l’Introduction avec son premier volume. Je crois cela nécessaire. C’est fait pour être introduction et non conclusion. Ma préface publiée ne m’empêchera pas de lire très attentivement le Tome II. J’ai dû céder devant l’urgence, je ne m’en repens pas, mais j’espère que M. Lacroix redoublera de zèle de son côté. Je lui réitère ici la concession de ne mettre dans l’épreuve spécimen (format des Misérables) que des intervalles de trois lignes pour les petites divisions (chiffres rouges) ; les intervalles de cinq lignes ne seront maintenus que pour les cinq grandes divisions qui ont des titres et qui sont des chapitres. — La copie étant très bonne, si l’on m’envoie une bonne épreuve, je pourrai n’en voir qu’une, une de Bruxelles, une de Paris, en même temps. Moins de huit jours suffiraient alors pour mon bon à tirer. — Remets à M. Lacroix, avec le manuscrit de la partie IV, l’intercalation ci-contre. — Demain je vous enverrai de l’argent. J’espère qu’Alice se remet de mieux en mieux. Je vous embrasse, mes aimés.

V.

Je n’ai pas lu l’article de Janin. Je ne veux pas pourtant tarder à lui écrire. Mets pour lui cette lettre à la poste, si elle te paraît convenir après l’article lu par toi. — As-tu fait parvenir mes envois au Charivari ?[103]


À Ch.-L. Chassin.


Hauteville-House, 20 avril.

Mon vaillant et cher confrère, votre livre, L’Armée et la Révolution, est plus qu’un livre utile, c’est un livre nécessaire. Quiconque veut connaître à fond notre double situation révolutionnaire et militaire, c’est-à-dire où nous en sommes avec l’esprit, où nous en sommes avec l’épée, — doit lire votre livre. Je dis plus, l’étudier. On se trompe sur la France, on la prend pour une puissance matérielle, or, c’est une force morale. Le jour où cette vérité sera comprise, les peuples qui nous montrent le poing, nous tendront la main. La France n’est plus le Conquérant, elle est le Tuteur.

Votre excellent livre met en relief toutes les réalités démocratiques. Il est pathétique par le mouvement des faits amalgamé à l’éclosion des principes. 11 est intéressant comme l’histoire et substantiel comme le code. Vous êtes un beau talent et un noble esprit.

C’est dans un intérêt public que je souhaite le succès de votre consciencieux et précieux livre. — Je vous serre la main.

Victor Hugo[104].


À Paul Meurice[105].


H.-H., jeudi 25 avril.

Vous avez hier reçu le bon à tirer final. Je serais d’avis de remplacer par un point simple (.) le point d’exclamation qui termine (!) — sancta simplicitas. Vous trouverez au verso le texte exact des vers de Boileau cités en note. Mme Chenay les a transcrits.

Cher doux ami, vos lettres, lues le soir à table dans cette étroite intimité qui vous aime, font mouiller les yeux et battre les cœurs, tant elles sont tendres et hautes. Vous avez un art merveilleux d’être charmant et profond à la fois. De là tous les applaudissements enthousiastes à la Vie nouvelle. Comme je l’attends, et comme je vais me monter et me jouer la pièce tout de suite, en me tournant de temps en temps vers mon vieil ami l’océan, et en lui disant : hein ? — Votre projet de traité pour Ruy Blas est excellent, et, le moment venu, si vous me le permettez, je vous donnerai pleins pouvoirs. Je dis le moment venu, parce que l’avenir actuel de Ruy Blas, et de mon répertoire, n’est pas clair du tout. Vous avez sans doute lu un journal, l’Esprit nouveau, et le Soleil, 13 avril, qui se disent très informés. Il en résulterait que ce bon gouvernement m’aurait un peu fait tomber dans un traquenard. On ne jouerait que Hernani. Après quoi, on verrait. Or, la police étant maîtresse, et pouvant me faire, à la reprise de Hernani, la première représentation qu’elle voudra, chute littéraire, par un pipe-en-bois bonapartiste et classique, ou tapage politique, par une escouade de mouchards, on verrait qu’on ne verrait rien, et mon répertoire serait, pour l’instant, étranglé entre deux portes, la porte du Théâtre-Français et la porte de l’Odéon. Si vous avez occasion d’en causer avec Vacquerie, et d’approfondir un peu cette situation, je serais charmé d’avoir votre double conseil. — Puisque vous êtes assez bon pour vous charger de lire tout ce qui reste à publier du livre Paris-Guide, voulez-vous dire à M. Lequeux que je renonce à recevoir les placards et les bonnes feuilles. Cela devient inutile, et votre œil vaut mieux que le mien. S’il s’agissait de vous, mon œil vaudrait mieux que le vôtre. — Si vous retranchez (par prudence) le passage cerclé de rouge (les soldats tournant le dos à la loi) il faudrait retrancher aussi le petit alinéa (Paris est un flambeau allumé, etc.) qui s’y rattache.

Je vous embrasse avec récidive et je vous aime à perpétuité. Votre vieil enchaîné de Guernesey.

V.

(Il va sans dire qu’Auguste et vous pouvez faire tous les retranchements qui vous sembleront prudents.)[106]


À Auguste Vacquerie[107].


H.-H., 28 avril.

Vous m’écrivez, cher Auguste, des paroles émues qui me charment. Rendre témoignage à votre grand et puissant esprit est une joie pour moi. Vous pouvez vous appliquer aussi ce que je dis des incontestés qui décroissent et des contestés qui grandissent ; votre place, déjà haute dans le présent, sera grâce à vos ennemis (qui d’ailleurs sont les miens) plus haute encore dans l’avenir. Vous le savez bien. De là votre calme. De là aussi le mien.

L’Avenir du 25 février a publié un article très hostile au livre Lacroix, et à moi en passant. (On m’y dit aigrement ce qu’aurait fait Voltaire à ma place, etc.) Signé P. Vernier. C’est à cela que je faisais allusion. Parlez-en, ou n’en parlez pas, à M. Peyrat. C’est à cette heure oublié et indifférent. Je suis charmé qu’il soit resté mon ami. Je compte sur lui en ce moment, dites-le lui, car notre Déclaration de Paix est un intérêt démocratique, et dépasse même les proportions d’un parti. Personne ne sent cela mieux que vous. À propos de Hernani, que dites-vous de cette persistance des journaux bien informés à dire et à répéter qu’on ne jouera que Hernani, et point du tout Ruy Blas, ni rien à aucun autre théâtre ? On ferait, avec plus ou moins de police, tomber Hernani, on dirait que le public ne veut plus de cette littérature, et le tour serait joué. Si cela était certain, ne vaudrait-il pas mieux que je fisse, moi, de la reprise ultérieure de mes pièces (sans hâte, mais certaine) une condition à la reprise d’Hernani ? Sino, no. Qu’en pensez-vous ? J’ai prié Meurice d’en causer avec vous. Votre avis fera loi pour moi. Remerciez de ma part l’excellent et robuste peintre Bracquemond[108]. C’est là un talent que j’aime. — Voulez-vous être assez bon pour transmettre ce mot cordial à M. E. Thierry. — Il faut, certes, que M. Bellier ait sa loge. Voulez-vous lui dire que j’ai reçu de lui quatre vers charmants (sans son adresse, et sans le livre que ces vers annonçaient). M. Bellier est un de mes plus sympathiques souvenirs. M. Philibert Audebrand ne demande pour lui qu’une place ; la seconde est pour M. Jules Lermina, à qui vous avez donné une stalle pour le Fils, et qui a raconté dans le Soleil ses applaudissements. Je vous les recommande donc toutes deux. J’écrirai à Bruxelles. J’écrirai à Frond. Je mets mon Introduction sous votre protection. Sub alis tuis. Ce qu’on dit aux séraphins, on peut le dire aux aigles.

À vous ex intimo[109].


À Albert Lacroix.


Hauteville-House, 28 avril 1867.

Mon cher monsieur Lacroix, la traite de 4 500 francs que je vous ai annoncée tirée par moi à vue sur vous vous sera présentée probablement en même temps que cette lettre. Je persiste à penser que l’Introduction publiée à part en brochure, fort papier, format des Misérables, avec un titre que j’y mettrais, servirait votre livre. Ne pas la vendre plus de 75 centimes[110].

Je ferai là-dessus ce que vous voudrez. Je juge absolument inutile de vous renvoyer corrigée la fin de votre épreuve, puisque vous avez à Paris le bon à tirer du tout. Paraissez le plus tôt possible.

J’apprends que vous vous décidez enfin à faire les éditions in-18 du William Shakespeare et des Chansons des rues et des bois. Employez pour cela (songez-y) le William Shakespeare que je vous ai remis, en octobre 1865, avec quelques corrections et indications utiles. Notre Déclaration de paix arrivera

très à propos au milieu de ce vacarme de guerre, et je suis heureux de penser qu’elle servira votre livre[111].
À François-Victor. À Madame Victor Hugo[112].


H.-H., dimanche 28 avril.

La page charmante et émue que tu m’écris, mon Victor, sur cette Introduction est une bonne part de mon succès. Je suis du reste content de l’effet qu’elle a produit en épreuve. Meurice, Vacquerie, Ulbach, m’ont écrit des enthousiasmes. M. Lacroix ferait bien, je crois, de la publier en brochure à part, format des Misérables. J’y mettrais un titre, et cela aiderait à la vente du livre-Paris. — Remets à M. Lacroix le mot très pressé que voici.

Chère Maman bien-aimée, je ne veux pas que vous fatiguiez vos yeux. Victor trouvera sous ce pli et vous remettra, en une traite à vue sur Mallet frères, 1 200 fr. qui se décomposent ainsi[113] :

Voici la guerre. La stricte économie est plus nécessaire que jamais. Hernani, je le crains, sera fort ruiné par ces batailles qui vont éclater en même temps. Les fameux 6 000 fr. dus par Bagier, des Italiens, se sont réduits à 1 400 fr. (sur lesquels en payant les 1 100 fr. que t’avait prêtés Auguste, j’ai prélevé 1 000 fr. remis par Meurice à Vacquerie). Il reste 400 fr. Sur ces 400 fr. je prendrai les 300 fr. que tu désires donner à ton oculiste. Auguste pourrait se charger de les toucher chez Meurice. Je lui enverrais un bon pour cela, et il les remettrait à l’oculiste. Si cela t’arrange, écris-le moi et ce sera fait tout de suite. Auguste remboursé, l’oculiste payé, il restera de ce galion du théâtre Italien, 100 fr.

Tout est bien ici. Je travaille à force et sans relâche ; mais les innombrables lettres à écrire m’accablent et me mangent les trois quarts de mon temps.

J’espère que notre chère Alice est mieux, et que le gros Georges prospère effrontément. Je serre toute la maisonnée dans mes vieux bras.


À Monsieur Robert Pœlher[115].


Hauteville-House, 30 avril 1867.

Vous remercier de votre lettre, monsieur, je le dois ; y répondre, je ne puis. Je suis charmé d’être offert comme sujet d’étude à la noble et profonde pensée allemande, mais je n’ai rien à dire sur ma confrontation avec Béranger.

Béranger a voulu être un poëte national ; j’ai tâché d’être un poëte humain. Voilà la différence que j’entrevois. Pour moi l’idée Nation se dissout dans l’idée Humanité, et je ne connais qu’une patrie, la lumière.

Aussi vois-je avec exécration l’infâme guerre qui s’apprête, un allemand n’étant pas moins mon frère qu’un français.

C’est un serrement de main fraternel que je vous envoie.

Victor Hugo[116].


À Paul Meurice[117].


H.-H., 3 mai.

Vous avez fait une œuvre hautement originale[118]. Tout est neuf, pathétique, poignant. Quel drame que ce prologue ! et quelle tragédie que cette comédie ! le cœur de cette grande et touchante Paule se brise comme un vase de parfums. Il en sort de l’héroïsme. On la plaint, et on vous aime. Toutes ces figures sont vraies, immédiates, palpitantes. Pas un type qui ne soit de notre temps, et de tous les temps. Ce sont nos mœurs, et, bien plus, c’est notre cœur. C’est le cœur éternel. Maria Pasqua est une trouvaille. On n’est pas plus sauvage, on n’est pas plus apprivoisé. C’est la gentillesse farouche, chef-d’œuvre exquis. On la respire comme une fleur, et voilà qu’elle s’envole comme un oiseau. Quels mots partout ! non, nom ne mourrons pas, mais nom ne vivrons plus. — J’en avais noté une foule, je les avais ramassés comme des coquillages au bord de la mer, je ne vous les montre pas, à quoi bon ? Ils rempliraient plus de pages que je n’en puis écrire. Je les laisse dans votre blanche écume qui recouvre un flot si profond. Que de gaîté dans votre mélancolie ! Que de tristesse dans votre sourire ! Doux et grand penseur, j’aime vos succès. Ils laissent dans Paris une trace de lumière et dans ma solitude une rumeur de fête.

Je parle ici pour deux. Je vous traduis deux émotions. Vous avez charmé par votre envoi une grande âme tendre, faite pour vous comprendre. Elle me dit son ravissement, et je mêle ses larmes à mon applaudissement, et nous appelons à grands cris : l’auteur !

Quand viendra-t-il ? quand l’aurons-nous dans notre Guernesey ! l’auteur ! l’auteur ! Tel est votre succès ici. Je vous embrasse.

V.

J’aurais bien voulu ne vous parler que de vous, mais votre douce amitié me force à vous parler de moi. Je conserve quelque doute quant à la bonne volonté de là-bas. Mais je me repose de tout sur vous. Pour tout prévoir, on ferait le traité Ruy Blas que vous indiquez avec cette clause : « — Dans le cas où, pour des motifs quelconques, le présent traité n’aurait pas reçu d’exécution neuf mois après la date des signatures, il serait nul de plein droit. — » De cette façon le théâtre aurait son traité et moi ma garantie. Tout serait sauvegardé. Je pense que vous approuverez.

Et encore bravo ! et encore merci !

Quant à M. A. Morel, j’autorise bien volontiers le titre des Travailleurs de la mer. Seulement ne croira-t-on pas que les vers sont de moi ? Il faudrait, pour l’auteur des vers comme pour moi, trouver moyen d’empêcher ce mistake. Vous avez très bien fait, et Lecanu a très bien conseillé de retrancher les phrases signalées par moi-même[119].


Au même[120].


H.-H., 7 mai.

Voulez-vous vous charger de transmettre cette réponse. La lettre que j’ai reçue est le miroir charmant d’une charmante âme.

Je vous écris ce petit mot in haste.

Dans La liberté que vous m’avez envoyée, j’ai lu ces belles lignes sur moi et je vous ai reconnu, mon doux protecteur. Votre style, si ravissant dans La Vie nouvelle, a une pureté de cristal et une condensation de diamant. C’est de la profondeur transparente.

Tuus.
V.

Mme d’A. vous présentera un bon de 300 fr. Voudrez-vous bien les lui remettre pour moi[121].


À Auguste Vacquerie[122].


H.-H., 7 mai mardi.

Je reçois votre lettre qui a les vertus d’un cordial. Il me semble que tout est bien, vu à travers votre grand esprit.

Au lieu de

De ta suite


il faut dire :

Oui, tu dis vrai. J’en suis,

J’ôterai le coup de poignard et la dague de Tolède, et je vous enverrai les variantes. Beauvallet, à ses heures, disait le vieillard stupide, et tantôt était sifflé, tantôt écrasé d’applaudissements. J’aime que M. Delaunay ait cette bravoure. Dites-le lui de ma part.

La variante bête et sans danger qu’il faut savoir est :

Ciel ! qu’as-tu fait ? il l’aime !

Comme je vous remercie de me remercier ! Quel ami vous êtes ! — Vous recevrez de ma part la visite d’un anglais, le capitaine Trench, fils de l’archevêque de Dublin, que je vous recommande. Pelletan, votre ami et le mien, demande deux places pour Hernani. J’apostille. J’apostille aussi nos excellents amis du Hanneton duce Amédée Blondeau.

Voulez-vous être assez bon pour transmettre cette lettre le plus tôt possible. — Et encore merci à jamais. — Guérissez votre rhumatisme, quoique vous ayez dit :

Mon bras rhumatismal
N’est vraiment pas trop mal.


Au même[124]


H.-H., dim. 12 mai.

Est-il vrai (dire des journaux) qu’au Théâtre-Français, ils ne comprennent point le s’agît-il pas de vous (2e acte) ? ils ne sauraient donc pas la bonne vieille langue française ? cela veut dire : quand même il ne s’agirait pas de vous, et cela le dit mieux. L’accent circonflexe sur s’agît eût dû les éclairer. Du reste, vous étiez là, et vous êtes maître de français comme de tout.

J’ai ôté dague de Tolède, voici la variante :

doña sol.
Duc…
don ruy gomez.
Ah ! jeunesse indigne, obscure, inoccupée !

Écuyers, mon poignard, ma hache, mon épée !

(à Hernani et don Carlos.)
Et suivez-moi tous deux !

Quant à :

Oh ! qu’un coup de poignard, etc.


le mot est dangereux, mais résume le caractère et la situation ; tout équivalent l’affaiblirait. Il vaut mieux retrancher les quatre vers, et de

doña sol.
Je t’aime !


passer tout de suite à

hernani, la prenant dans ses bras.
Tu le veux ! Qu’il en soit ainsi : J’ai résisté.

Du reste il va sans dire que tout retranchement jugé sur place bon par vous, ou par Meurice, ou par vous deux, est d’avance ratifié par moi. Je vous envoie tout ceci in haste. Le voyageur dont je vous ai parlé vous remettra dix-huit fascicules signés Hierro. 1867. Un pour vous. Un pour Meurice. — Les seize autres seraient répartis par vous, comme cartes de visite de moi, à nos meilleurs amis : Henri Rochefort, Pierre Véron (et les rédacteurs du Charivari), Ph. Audebrand, Jules Lermina, Benjamin Gastineau[125], Montrosier, Carjat, Amédée Blondeau, Mario Proth, Eug. Pelletan, etc. Vous savez mieux que moi à qui cela conviendra le plus. Et de cela, comme de tout, je me repose absolument sur vous. — Je pense souvent avec tristesse que tout ce temps donné par vous à Hernani est pris à quelque grande œuvre interrompue, et j’en veux presque à Hernani d’entraver votre drame en éclosion, je vous rabâche ce regret, pardonnez-le moi, et dites-vous que je suis profondément à vous, cher Auguste.

V.

Seriez-vous assez bon pour transmettre cette réponse à Mme Porcher dont j’ignore l’adresse. Elle doit avoir ma griffe Hierro que j’avais confiée à son mari. Voudrez-vous vous en informer : cette griffe[126] resservirait[127].


À Albert Lacroix.


H.-H., 12 mai.

Mon honorable et cher éditeur, l’article-annonce de l’Indépendance est excellent ; remerciez-en et félicitez-en de ma part qui de droit. Le livre est un manuscrit. Je reçois votre titre. S’il en est temps encore, je vous engage de toutes mes forces à supprimer le :

par les principaux écrivains de France[128].

On ne se dit pas de ces choses-là à soi-même. Laissez-le dire au public. Mettez simplement :

Paris-Guide


et rien avec. À bon vin point d’écriteau. Tout le monde vous donnera le même conseil que moi. — Avez-vous transmis mes six discours de l’exil au Charivari ? — Est-ce que M. Henri Rochefort n’est plus du livre ? Ce serait bien regrettable. — Je vais faire de nouveaux efforts pour y faire rentrer Vacquerie, Meurice, et y faire entrer Charles. Je le leur demande. Je vous écris in haste.

À bientôt une lettre. Mille cordialités.

V. H.[129]


À Paul Meurice[130].


14 mai.

Ô ma providence, c’est encore à vous que j’ai recours. Voici pourquoi. J’aurais mieux aimé ne signer pour Ruy Blas qu’après Hernani joué. Mais ce que vous indiquez doit être fait d’abord. Vous trouverez donc sous ce pli la lettre-traité ratifiée par moi. C’est dit. Maintenant la question n’en subsiste pas moins, la reprise d’Hernani contient de l’inconnu, il peut être de ma dignité de ne pas pousser plus loin l’épreuve sous ce gouvernement à la merci et à la discrétion duquel je me trouverais, et comme je dois toujours tout sacrifier à ce qui pourrait être un devoir politique, je veux conserver le droit d’interdire, si je le juge consciencieusement nécessaire, la reprise ultérieure de mon répertoire, jusqu’au jour où, la liberté rentrant, je rentrerai moi-même.

Pesez, dans votre infaillible amitié, ce que vous devez dire à ce sujet à M. de Chilly, je m’en rapporte à vous, sûr qu’en lui remettant le traité, vous saurez me maintenir l’exercice d’un droit de conscience dans une éventualité du reste peu probable.

Tendre shake-hand.

L’incertitude ne sera pas longue. Je saurai à quoi m’en tenir dans les huit jours qui suivront la reprise d’Hernani. Et vous savez quelle influence et quelle autorité vos conseils auront toujours sur moi[131].


À Auguste Vacquerie[132].


H.-H., 14. mai.

Cher Auguste, voici : — Hernani connaît le château de Silva dans la montagne de même qu’il connaît le palais de Silva dans la ville. Un temps moral s’est écoulé (doña Sol dit : Vous reparlez toujours de cela, qui vous blâme ?). Pendant que le duc a préparé sa noce, Hernani a continué sa lutte dans la montagne. Battu, exterminé, il veut revoir une dernière fois doña Sol. Il se déguise en pèlerin pour échapper au roi, et le déguisement lui servira à entrer inconnu chez le duc. Il se présente au château. J’avais cru indiquer tout cela par Iaquez disant : un pèlerin… Est là qui vous demande asile.

Mais cela ne suffit pas, et vous ne dit pas tout, et n’est pas assez clair, et je trouve l’éclaircissement nécessaire et l’objection parfaitement juste. Il faut au théâtre mettre le point sur l’i. Donc Iaquez sera explicite :

don ruy gomez.
Que veut Iaquez ?
le page
Un pèlerin qui passe.
Seigneur, dit qu’il demande un asile à sa grâce

Le duc don Ruy Gomez de Silva.

don ruy gomez.
Quel qu’il soit, etc.

De cette façon, tout est net. Le pèlerin dit, il a prononcé lui-même le nom du duc quand il a parlé au page. Il n’y a donc pas lieu à étonnement de sa part en entrant en scène. Le spectateur sait que Hernani sait où il est. Soyez assez bon pour expliquer cela à M. Delaunay, et pour donner au page Iaquez la variante qu’il a maintenant à dire. Remerciez M. Ed. Thierry de tous ses soins excellents et dites-lui combien je suis touché de sa bonne mémoire. Ôter des prétextes me semble utile. Donc supprimez tout ce qui vous semble dangereux. Faites ce que vous feriez dans votre propre pièce. Pourvu que le texte imprimé persévère et persiste, je ne demande pas autre chose. Que le public variable ne boive que ce qu’il peut boire. Le texte reste immuable. On le retrouvera toujours. (On peut, vous le savez, retrancher un vers dangereux sans même le remplacer. Le spectateur ne s’en aperçoit pas. L’alternance des rimes masculine et féminine lui échappe parfaitement. Telle est la barbarie.) Une note : Le duc sait si bien que Hernani le connaît qu’il ne s’étonne point quand Hernani lui dit. — Oui, duc, de Notre-Dame. Et si plus tard il dit

— Ton nom, mon frère ?
Je suis Ruy de Silva.


ce n’est pas pour se révéler, c’est pour s’affirmer.

Quatre heures de répétition par jour ! Vous êtes admirable.

Tuus.
V.

Voulez-vous me faire crédit d’un timbre et jeter cette lettre à la poste[133] ?


À Eugène Pelletan[134].


H.-H., 16 mai 1867.

Mon éloquent et vaillant confrère, vous recevrez d’Auguste Vacquerie (23, rue de Verneuil) votre stalle et celle de votre charmant fils, digne de vous, je le sais. Hernani est, comme moi, de la montagne ; ce qui ne plaît guère aux influences régnantes. Ce sera, pour certaines gens, une bonne occasion de siffler l’exil. Pourquoi pas ? depuis quand les absents ont-ils raison ?

Continuez vos lettres courageuses. Votre haut esprit est une clarté dans ce sombre miasme ; il illumine et purifie.

C’est beau, un rayonnement utile[135].


Au Comité du monument de Miçkiewicz[136].


Guernesey, Hauteville-House, 17 mai 1867.

On me demande une parole pour ce tombeau illustre. Le généreux fils du grand poëte de la Pologne s’adresse à moi et me dit : Parlez de mon père. Parler de son père, parler de Miçkiewicz, c’est parler du beau, du juste et du vrai ; c’est parler du droit dont il fut le soldat, du devoir dont il fut le héros, de la liberté dont il fut l’apôtre et de la délivrance dont il est le précurseur.

Miçkiewicz a été un évocateur de toutes les vieilles vertus qui ont en elles une puissance de rajeunissement ; il a été un prêtre de l’idéal ; son art est le grand art ; le profond souffle des forêts sacrées est dans sa poésie. Et il a compris l’humanité en même temps que la nature ; son hymne à l’infini se complique de la sainte palpitation révolutionnaire. Banni, proscrit, vaincu, il a superbement jeté aux quatre vents l’altière revendication de la patrie. La diane des peuples, c’est le génie qui la sonne ; autrefois c’était le prophète, aujourd’hui c’est le poëte ; et Miçkiewicz est un des clairons de l’avenir.

Il y a de la vie dans un tel sépulcre.

L’immortalité est dans le poëte, la résurrection est dans le citoyen.

Un jour les Peuples-unis d’Europe diront à la Pologne : Lève-toi ! et c’est de ce tombeau que sortira sa grande âme.

Oui, ce sublime fantôme, la Pologne, est couché là avec ce poëte... Salut à Miçkiewicz ! Salut à ce noble endormi qui se réveillera ! Il m’entend, je le sais, et il me comprend. Nous sommes, lui et moi, deux absents. Si je n’ai, dans mon isolement et dans mes ténèbres, aucune couronne à donner au nom de la gloire, j’ai le droit de fraterniser avec une ombre au nom du malheur. Je ne suis pas la voix de la France, mais je suis le cri de l’exil.


À Auguste Vacquerie[137].


H.-H., dimanche 19 mai.

Cher Auguste, l’ancien manuscrit du Théâtre-Français indique des coupures utiles peut-être, et dont, bien entendu, je vous laisse juge. Ainsi la scène IV de l’acte III était coupée, je crois, à partir de j’ai menti jusqu’à je te ferais du mal.

Au Ier acte, (scène III)

Par derrière aux maris, etc.


était remplacé par ce vers :

Dérobent aux maris l’honnêteté des femmes.

Du reste, pour toute la pièce, (y compris le monologue du IVe acte) les notes placées à la suite du texte (édition Houssiaux et je crois toutes les éditions) donnent des indications à suivre peut-être, puisque les jours de haine semblent revenus.

Voici deux variantes nouvelles et importantes que M. Maubant voudra bien dire, scène III du premier acte. Après : Vous prenez un vieillard. Au lieu des deux vers :

Ah ! vous l’avez brisé, le hochet ! Mais Dieu fasse
Qu’il vous puisse en éclats rejaillir à la face.


il faut dire :

Soit. Je vais mesurer mon âge avec votre âge.
Et la lâcheté jeune avec le vieux courage !
— Suivez-moi !

Un peu plus loin, au lieu des deux vers :

Arrière ! lavez donc vos mains, hommes sans âmes !
Car rien qu’en y touchant vous nous tachez nos femmes,


il faut dire :

Ah ! l’on peut, en jouant une telle partie,
Rencontrer un vieux bras tremblant, qui vous châtie !

Je pense que vous approuverez ces deux changements. — Les deux mots vieux, qui sont près ici, sont séparés dans le texte et assez loin l’un de l’autre.

Serez-vous assez bon pour transmettre ce mot à Eugène Pelletan. Ô cher grand esprit, que de peines je vous donne, et comme je suis profondément à vous !


À François-Victor.


Dimanche 19 [mai 1867].

Tu m’as écrit trop tard, mon Victor. Le traité pour Ruy Blas est signé avec Chilly. Je n’ai pas encore ton article sur la Place Royale. Ce que ta mère m’en écrit me charme, et je savais d’avance tout ce qu’elle me dit. Maintenant il me reste à lire. Joie pour moi, succès pour toi. Tu recevras l’exemplaire demandé des Œuvres oratoires ; mais est-ce qu’il ne te serait pas facile de l’avoir à Bruxelles ? M. Lacroix a en dépôt des livres à moi, parmi lesquels les Œuvres oratoires. Demande-lui en de ma part un exemplaire, qu’il déduira du nombre déposé par Tarride.

Chère femme bien-aimée, je crains pour toi cet Hernani, chaleur et émotion. Mais que ta volonté soit faite. D’ailleurs tu me la signifies d’une façon si charmante qu’il m’est impossible de résister. Va donc, et revenez, Madame, avec vos beaux yeux plus beaux que jamais.

Mon Charles, je félicite Georges de ses prouesses dans ta main. Je sais que ma chère Alice est grande fille, et se porte aussi bien que son colosse de mioche. Donc tout est bien. Cinq tendres baisers sur vos cinq fronts bien-aimés.

V.

M. V. Frond, qui fait un Panthéon d’illustrations contemporaines, m’écrit qu’il va publier vos biographies (faites par qui vous désignerez), et vos portraits. Il m’a publié.

Je trouverais fâcheux que l’apparition de cette introduction, qui est en effet un peu un manifeste, coïncidât avec la reprise d’Hernani. Cela raviverait les haines. Mais acceptons ces taquineries du hasard avec sérénité[139].


À Théodore de Banville.


Hauteville-House, 21 mai.

J’achève, cher poëte, votre nouveau recueil[140]. Avant de le relire, je vous écris. C’est un de vos plus charmants livres. Que de raison, que de vérité, que de science et d’art dans cette gaîté ! et comme c’est exquis, la sagesse masquée de grâce ! Vous savez que depuis longtemps j’ai dit que vous êtes un poëte de l’Anthologie. Rien ne manque à cette lyre forte et délicate que vous avez dans l’esprit. Vous avez le grand vol et le doux murmure, la gentillesse, l’élégance gamine du moineau franc, le sautillement de branche en branche, et tout à coup de puissants coups d’aile et la fuite à travers les nuées. Tout cela, c’est le poëte[141].


À Pierre Véron[142].


Hauteville-House, 23 mai 1867.
Mon cher et cordial confrère,

J’ai été heureux de glorifier publiquement votre victorieuse intervention de tous les jours dans la grande lutte que soutient la révolution contre les réactions coalisées, politique, littéraire et religieuse. Vous êtes un des plus fermes, un des plus sérieux et un des plus charmants esprits de ce temps. Vous savez avoir raison avec verve, style et courage.

Il y a six semaines, je vous ai envoyé, ainsi qu’à chacun des rédacteurs de notre excellent et vaillant Charivari, nominalement, un petit recueil prohibé en France de mes discours séditieux dans l’exil. Avez-vous reçu ces envois ? C’était une simple carte de visite, mais on a pu l’intercepter. J’en serais peu étonné.

Je suis profondément votre ami.

Victor Hugo.


À François-Victor.


H.-H., 24 mai.

J’ai enfin ta Place Royale[143]. Mon Victor, je suis ravi. Tu as écrit là une vraie page d’histoire et de philosophie, avec des échappées exquises, tantôt de gaîté, tantôt de mélancolie. La fin, si délicate et si pénétrante, avec cette poésie du vieux vase, m’a profondément ému. Il est impossible de mieux réhabiliter la populace, et de renvoyer plus fièrement à la joue du 2 décembre le soufflet jeté à la face du peuple par Normanby. Il y a, parmi les mots charmants, des mots superbes « le confessionnal ou se chuchotaient les destinées du monde ». C’est très beau. Tout ce chapitre, mon enfant bien-aimé, est un bijou de style et de pensée. Il sera une des parures du livre. Comme je regrette que mon Charles n’y soit pas ! — Je vous embrasse tous bien tendrement. Je suis heureux de cette ravissante évocation de notre vieille chère place Royale où j’ai été jeune, où vous avez été petits. Chère mère bien-aimée, remplacez-moi et serrez dans vos bras, dans nos bras, tous ces êtres chers et doux qui vous entourent.

V.

Je n’ai pas reçu le Paris-Guide. Prie M. Lacroix de m’envoyer ici cinq exemplaires sur les quinze auxquels j’ai droit. Plus 50 de l’Introduction tirée à part pour moi, comme c’est stipulé. Plus un Paris-Guide pour Kesler qui fera l’article dans le Daily News (Pigott), dans le Courrier de l’Europe (Rascol) et dans la Revue trimestrielle, si M. Lacroix veut le demander à M. Van Bemmel. — Un exemplaire produisant trois articles, c’est bien placé.

La bonne fée de Hauteville II, qui t’adore, est dans l’enthousiasme de

ta Place Royale, et me prie de te le dire énergiquement. J’obéis[144].
À Madame Victor Hugo[145].


H.-H., 28 mai.

Voici enfin, chère bien-aimée, l’argent que tu attends. J’ai pensé qu’autant valait envoyer tout de suite la pension de Charles et de Victor. C’est donc une traite de 700 fr. que je t’adresse (à ton ordre, à vue, sur Mallet frères). Ces 700 fr. se décomposent ainsi :

1° Adèle : Mois de juin et de juillet 300 fr.

2° Charles : Mois de juin 200

3° Victor : Mois de juin 200

700

Te voilà satisfaite. Et moi aussi.

Outre cette traite, je t’envoie sous ce pli un mot de M. Rascol que je prie Victor de montrer à M. Lacroix. J’ai écrit à trois reprises différentes à M. Lacroix pour M. Pigott. M. Lacroix n’a tenu aucun compte de la recommandation : Ni le Courrier de l’Europe ni le Daily News n’ont été servis. Je n’ai pourtant pas besoin que mon éditeur me fasse des ennemis. Je prie Victor de lui lire ces lignes. L’article excellent du Daily News a paru cependant. Il est de Kesler. Je te prie, chère amie, d’écrire à ce sujet à Kesler un de ces mots dont il est comblé et heureux pour longtemps.

Je travaille à force. Julie est en ce moment en pleine santé. J’eusse pourtant souhaité pour elle ce petit voyage de Paris. Son mari ne veut pas.

À bientôt, à bientôt, à bientôt, mes aimés.


À François-Victor.


Hauteville-House, 29 mai, matin.

Mon Victor, deux mots in haste. Lis ceci, et tu verras que cela presse. J’ai reçu une supplique déchirante[147]. Vois notre excellent ami M. Bérardi tout de suite. Remets-lui ce texte. S’il le publie immédiatement, l’Indépendance en aura la primeur. Je ne l’enverrai aux autres journaux que demain. Mais il n’y a pas de temps à perdre. C’est de potence qu’il s’agit.

Ma prochaine lettre vous portera de l’argent. Je n’ai que le temps de fermer celle-ci.

Dans ma lettre à La Lune, il y a cher confrère, et non cher collège. Le point d’interrogation s’adresse à une faute d’impression.

Quant à la fameuse lettre à M. Dumas fils, elle est simplement fausse. C’est une invention. Je n’ai jamais écrit cela, ni rien de pareil, et je défie qu’on montre l’original. Est-ce qu’un de nos amis ne pourrait pas dire cela dans un courrier ou dans une chronique. On me rendrait service.

Je te recommande d’aller dare dare chez M. Bérardi. — Et je t’embrasse étroitement. — Toi, et tous.

Bon détail : J’ajoute que jamais M. Dumas fils ne m’a envoyé un seul de ses ouvrages.

Si l’Indépendance publie, tâche de corriger l’épreuve[148].


Au même.


H.-H., 29 mai.

Toujours in haste.

Mon Victor, voici, en une traite Mallet à vue à l’ordre de ta mère 1 200 fr. qui se décomposent ainsi[149] :

Une nouvelle condamnation à mort, celle d’O'Brien, a eu lieu le jour même, 27 mai, où je recevais la lettre des femmes de Dublin. Derby[150] commence pourtant à hésiter. Ma lettre peut être utile. Le mot final sur la reine touchera peut-être cette queen.

Tu trouveras ci-contre une note que tu communiqueras à M. Verbays. Des que j’aurai son compte régulier, j’examinerai et je paierai.

Je vous embrasse, je vous embrasse et je vous embrasse.


À Hippolyte Lucas.


Hauteville-House, 31 mai.

Mon cher confrère, je m’empresse de vous remercier de votre excellent article ; j’y sens votre vieille amitié, et j’y suis fort sensible. Je saisis avec joie cette occasion d’exprimer à Madame Hipp. Lucas et à votre charmante belle-fille mademoiselle Alphonsine toute ma reconnaissance pour leur gracieuse hospitalité envers Madame Victor Hugo pendant son séjour à Paris. Vous avez, mon cher confrère, votre bonne part de cette reconnaissance. Prenez-la, et trouvez bon que je mette aux pieds de ces dames mes hommages les plus empressés.

Votre vieil ami.

Victor Hugo[152].


À Paul Meurice.


H.-H., 2 juin.

Tout ce que vous avez arrangé pour Ruy Blas est excellent, et votre amitié est, comme toujours, ma providence. Continuez-moi cette providence pour le deuxième volume de Paris-Guide, je m’en repose sur vous, et ne lis plus. D’ailleurs vous savez mieux que moi ce qui convient, ce qui me convient. Hernani est un peu singulièrement retardé, notre cher Auguste est là qui veille, malgré ses rhumatismes, et je suis tranquille. Cela n’empêche pas les correspondants des journaux belges de dire que le gouvernement me réserve un chien de sa chienne. Le chien, c’est le sifflet, et la chienne, c’est la police. — Mais si vous m’aimez, qu’est-ce que cela fait ?

à vous, du fond de tout ce que j’ai de meilleur.

V.

Je mets à la poste sous bande à votre adresse un Courrier de l’Europe contenant une page de moi sur l’Irlande et les condamnés. Vous me direz si ce journal vous est parvenu, nonobstant Vandal[153].


À Jules Claretie.


5 juin.
Mon jeune et cordial confrère,

Quand un homme fait ou essaie de faire, comme moi, une œuvre utile et honnête en présence et à l’encontre de l’immense mauvaise foi, maîtresse du monde, les haines sont acharnées autour de lui, et, point de mire de toutes les fureurs, il sait gré aux intrépides qui viennent dans cette mêlée combattre à ses côtés. Mais lorsque les cœurs intrépides sont en même temps de beaux et radieux esprits, il est plus que reconnaissant, il est attendri. C’est donc mon émotion que je vous envoie.

Vous m’apportez, dans cette lutte pour le progrès, l’aide de votre pensée inspirée et de votre noble et généreux style où tout ce qui est grand, pur et vrai se reflète. Je vous remercie de cette nouvelle page si éloquente sur les Misérables ; je vous en remercie, non pour moi, non pour ce livre, mais pour les souffrants, dont vous êtes l’ami, mais pour l’idéal, dont vous êtes le chevalier.

Vous avez un beau et charmant talent. L’aube d’un esprit est pour moi une chose exquise, et j’aime à sourire à cette lumière-là[154].


À Victor Mangin,
Rédacteur en chef du Phare de la Loire.


Hauteville-House, 7 juin 1867.
Mon honorable et cher concitoyen,

Il va sans dire que je ne demande aucune publicité pour les lignes que vous allez lire.

Je n’ai jamais rectifié les erreurs répandues sur mon compte, et je ne commencerai pas aujourd’hui ; je n’ai point demandé la rectification que le Figaro a publiée ; les journaux ont autre chose à faire que d’enregistrer de petits démentis à de petits faits.

Aujourd’hui, du reste, le renseignement que je vous transmets, à vous personnellement et comme ami, est loin d’être un démenti, c’est une confirmation.

Je lis dans le Phare de la Loire du 5 juin :

Les quais et les catalogues nous réservent des révélations lamentables. Voici ce qu’on lit dans le Bulletin du Bouquiniste, d’Auguste Aubry :
« 2284. Vigny (Alfred de). Poèmes. Paris, Gosselin, 1829, in-8° demi-reliure, figure de Johannot sur le titre.
« On lit, sur le titre : « À mon grand et cher Victor, Alfred de Vigny. »

Il y a mieux.

J’ai sous les yeux un catalogue imprimé d’autographes mis en vente, en 1867, lequel ne contient pas moins de trente-huit mentions semblables à celles du Bulletin du Bouquiniste, et toutes me concernant.

L’explication, la voici :

Il y a eu un jour dans ma vie à la suite duquel beaucoup de mes papiers et de mes livres ont été dispersés moi absent. Ce jour-là je suis sorti le matin de chez moi sans savoir que je n’y rentrerais pas le soir.

Quel est ce jour ? Le 2 décembre 1851.

Vous le voyez, je confirme et je complète les révélations lamentables, et je profite de l’occasion pour vous envoyer, cher et vaillant lutteur, un cordial serrement de main.

Victor Hugo[155].


À Madame Victor Hugo[156].


H.-H., dim. 9 juin.

Chère bien-aimée, tes lettres sont une grande douceur dans ma solitude. Tu vois tout et tu dis tout à merveille. Ton coup d’œil sur le retard d’Hernani est vrai, et il est vrai aussi que notre honnête gouvernement désire que Hernani fasse long feu. De là une molle langueur, et sans l’indomptable énergie d’Auguste, ce long feu finirait par à vau-l’eau. Ainsi les extrêmes peuvent s’accorder. Je remercie notre cher Auguste dans le petit mot que voici.

Remets cette lettre d’introduction pour Girardin à E. Allix.

Écris-moi bien vite. Je t’embrasse tendrement.

Tout est bien ici[157].


À Auguste Vacquerie[158].


H.-H., dim. 9 juin.

Mon admirable ami, je ne sais que vous dire. Vous êtes en plein rhumatisme et vous ne plantez pas là Hernani ! quel courage, et quelle bonté ! En regard de votre amitié, il y a la haine. Mais si acharnée qu’elle soit, elle ne fait point contrepoids. Je crois à la parfaite mauvaise volonté du gouvernement pour Hernani, mais Tenero duce et auspice tenero, c’est-à-dire : vous étant là, je me fiche de Bonaparte. Je n’ai pas encore le livre de Jade, remerciez, en attendant, madame Catulle Mendès pour son gracieux et charmant envoi. J’ai foi en mes acteurs, dites-le leur, comme vous savez tout dire, et bon courage à tous. Je suis toujours, et sans rouille,

Hierro.
Je suis ravi de m’appeler si bien en chinois[159]. C’est encore Hierro[160].
Au même[161].


H.-H., mardi 11 juin.

J’ai votre lettre excellente. Je vous recommande M. Ph. Audebrand, en dépit des mistakes. Il m’a écrit deux fois, et il a fait trois articles très chauds ; bien qu’il n’aime pas mes dessins dont il me suppose amoureux. Je vous le re-recommande. — Observation très importante : l’escalier du 4e acte, qui fait la grandeur du spectacle de l’entrée des électeurs dans le caveau, doit être praticable. Il faut qu’il soit monté et tout prêt au fond du théâtre, et tout en place avant le lever du rideau du Ier acte, autrement la pose du décor serait interminable, et glacerait la représentation par la longueur de l’entr’acte du 3 au 4. J’avais coutume de faire répéter, montre en main, la pose des décors. Les longs entr’actes me font peur. Je confie le tout à votre admirable amitié. — Il y a donc des événements à Paris. Un cheval blessé, c’est triste. Je n’aime pas les coups de pistolet, même sur les empereurs. Mais ce polonais me semble vaillant[162].

Je suis charmé que ma lettre pour Barthe ait plu à votre grand cœur et à votre grand esprit[163].


Au même[164].


Jeudi 13 [juin 1867], H.-H.

Cher Auguste, lisez ces deux lettres[165]. Elles me paraissent mériter le dignus es intrare. Il va sans dire que vous êtes juge. Tout ce que vous faites est bien.

J’en veux à Hernani de brutaliser vos rhumatismes. Je vous supplie de me sacrifier, et de vous ménager. Du reste, le retard se trouve avoir été bon. Hernani serait « tombé » en plein assassinat.

'All is well. Je vous embrasse.

V.

Les signataires seraient, je crois, d’excellents spectateurs. Si vous êtes de cet avis, écrivez-leur que je vous ai transmis leurs lettres, et qu’ils viennent vous voir,

si vous avez place pour eux. — Cochinat est excellent aujourd’hui dans le Soleil.
Au même[166].


H.-H., dim. 16 [juin 1867].

Je sais, cher Auguste, tout ce que vous faites pour Hernani ; vous prévoyez tout et vous pourvoyez à tout. Je ne vous remercie plus. La reconnaissance n’a pas d’épuisement, mais le remercîment en a. J’ai reçu le très beau volume du Panthéon. J’écrirai à M. Frond. Voulez-vous être assez bon pour mettre cette lettre sous enveloppe à l’adresse de madame Catulle Mendès. — Voilà la bataille qui approche. Vous savez que les correspondants belges ont dit que le gouvernement bonapartiste me gardait un chien de sa chienne. Ce chien-là, le sifflet, vous l’avez magistralement fouaillé. Il doit avoir peur de vous.

À bientôt. À toujours, ami.


À Madame Judith Walter[168].


Hauteville-House, 16 juin 1867.
Madame,

J’ai votre livre, et sur la première page, je vois mon nom écrit par vous, et devenu hiéroglyphe lumineux comme sous la main d’une déesse. Le livre de Jade est une œuvre exquise, et laissez-moi vous dire que je vois la France dans cette Chine, et votre albâtre dans cette porcelaine. Vous êtes fille de poète et femme de poëte, fille de roi et femme de roi, et reine vous-même. Plus que Reine, Muse.

Votre aurore sourit à mes ténèbres, merci, madame, et je baise vos pieds.

Victor Hugo[169].


À Albert Lacroix.


Hauteville-House, 18 juin.

Votre travail, mon honorable et cher éditeur, se faisant attendre, je vous envoie le résultat du travail fait ici. Il est très détaillé et coïncidera évidemment avec le vôtre. Vous restez me devoir 2 450 francs.

Je pense que votre petite gêne momentanée est passée. Pourtant, avant de tirer sur vous les 2 450 francs fin juin, comme c’est convenu, je désire savoir si cela ne vous cause aucun embarras ; dans ce cas-là, je renverrais le paiement à fin Juillet.

Si fin juin vous est indifférent, ne me répondez pas. Cette lettre vous arrivera après-demain 20 juin jeudi, j’attendrai jusqu’au lundi 24, et si le lundi, je n’ai pas de lettre de vous, j’enverrai la traite pour fin juin.

Si vous préférez fin juillet, ce que je vous offre de tout mon cœur, écrivez-moi courrier par courrier. J’aurai votre réponse samedi.

Pour plus de sûreté, j’attendrai avant de faire la traite fin juin jusqu’au mardi 25.

Je suis heureux de toutes les occasions de vous témoigner ma cordialité et je vous envoie mes plus affectueux compliments.

Victor H.[170]


À Jean Aicard[171].


Hauteville-House, 19 juin.

Vos Jeunes croyances ont la grâce et la force d’avril. Rien n’est plus puissant que l’aurore. Elle a en elle le jet du jour irrésistible.

Ainsi votre avenir naîtra de votre poésie. Courage ! vous avez le culte de l’art sévère ; vous avez le rhythme, la strophe, l’idée ; plus la conscience. Le poëte qui est en vous sent qu’il n’y a pas d’idéal sans liberté, ni d’art sans peuple. Art, liberté, idéal, se fondent en ce seul mot : lumière.

Le poëte doit croire, aimer, vouloir. Sa volonté le mène au progrès, son amour à la vie, sa foi à l’infini. Toute poésie est là depuis la poésie de la cité jusqu’à la poésie du ciel.

L’aube de ces hautes inspirations est dans votre noble et charmant livre. Je vous remercie, poëte.

Victor Hugo[172].


À Paul Meurice.


Hauteville-House, 20 juin.

La France, vous le savez, a trouvé mon silence regrettable et m’a sollicité pour Maximilien. La Guéronnière[173], c’est presque l’empereur. Donc j’ai écrit à Juarez. Voici ma lettre[174]. La communication est pour Auguste en même temps que pour vous. Mais voici, mon doux frère, ce que je vous demande. Avez-vous le temps de voir M. de Girardin, de lui porter la chose, et de lui demander s’il croit pouvoir publier cela, en faisant des retranchements et avec des lignes de points. Le tout est évidemment impossible. Faites pour le mieux. Moi, je vous aime.


À Hetzel.


H.-H., 11 juin.

Je reçois votre mot, et cette étrange contrefaçon. Je vous réponds bien vite. Je n’ai rien vendu ni concédé de ce genre. Ma concession à la maison Duriez a expiré en 1851. Vous lui avez succédé. Je ne comprends absolument rien à cette édition Tresse[176] qui me semble comme à vous toute neuve. Si elle datait de seize ans reliquat, ce ne serait pas ce papier tout frais. Il serait jauni. Et d’ailleurs comment croire à un reliquat de seize ans ? Suis-je dans la forêt de Bondy ? Il me semble que je sens une main dans ma poche.

Mais, vous le savez, il n’y a pas de juges pour moi. Mes procès sont d’avance perdus.

Peut-être y a-t-il des juges pour vous ? Vous êtes mon cessionnaire. Faites ce que vous croirez utile. J’affirme, moi, que c’est une contrefaçon : Mot doux.

Merci pour cette chose sur Paris. Vous m’en parlez avec toute votre grâce charmante et cordiale. Je crois comme vous qu’une édition populaire ne pourrait que servir le livre de Lacroix.

Mettez mes hommages aux pieds de Mme Hetzel.

V.

Je viens de lire dans un très remarquable article de M. Villemot (sur Frédérick Lemaître) des paroles excellentes pour Ruy Blas et moi. Voulez-vous le remercier de ma part ? J’aurai probablement occasion de lui écrire à propos d’Hernani.

23 juin. — Ma lettre ne pouvant partir que demain lundi, vu ce bon dimanche anglais, j’y ajoute ceci que ma mémoire me rappelle :

— J’ai traité avec Gaillard, Rampin et Duriez en 1838 pour mes Œuvres complètes. Concession, onze années. 1848 ayant été funeste à la librairie, à cause des événements, j’ai de moi-même et sans qu’ils me le demandassent, donné une année de plus (dont ils m’ont remercié par lettre) à mes cessionnaires. Leur privilège, qui devait expirer en 1849, a donc été prolongé jusqu’en 1850 par ma bonne volonté. Il leur était interdit de réimprimer dans la dernière année. L’édition Tresse devrait donc être de 1849. Elle aurait dix-huit ans de magasin. Voyez si cela est possible. Il y a évidemment quelque chose à faire. Croyez-vous que M. Plon[177], si on lui parlait, se prêterait à couvrir la fraude ? Manibus tuis rem nostram commendo, c’est égal, j’admire l’audace. M. Lévy est fort. Rétablir Méline et Cans[178] en plein Paris, c’est bien compter sur l’injustice de la justice[179].


À Madame Victor Hugo.


Hauteville-House, dimanche 23 [juin 1867].
Chère bien-aimée.

C’est toi que je félicite. Tu as été vaillante et charmante. Ce sont tes habitudes. Ta lettre pleine d’esprit sur la répétition est arrivée en même temps qu’un télégramme de Bruxelles disant immense succès et un télégramme de Paris (notre cher E. Allix) disant : Succès sans précédent. Enthousiasme ardent. C’est déjà dans les journaux anglais. J’envoie à notre généreux et cher Émile Allix mon speech pour Maximilien. Je doute qu’il puisse être publié en France.

Je n’ai plus que le temps de te serrer dans mes bras.

Tendresses à tous.


À Charles et à François-Victor.


H.-H., dim. [23 juin 1867].

Merci, mes bien-aimés, de votre dépêche. Je l’ai eue hier samedi à neuf heures du matin. Le capitaine du packet, Harvey, me l’a apportée lui-même. Je vous envoie un Star qui l’a enregistrée le jour même, et où est en plus ma lettre pour Maximilien en français et en anglais. À midi m’est arrivée par M. Selvy, de Londres, une 2e dépêche (d’Allix) disant : succès sans précédent, ardent enthousiasme.

Donc tout va bien et tout est bien, et je baise Hernani sur le doux front de Georges.

V.

Je n’ai pas interrompu un jour mon travail, même pour la lettre à Juarez[181].


À Auguste Vacquerie[182].


H.-H., dim. 23 [juin 1867].

Le succès, Auguste, c’est vous. Vous avez toutes les puissances et Hernani a triomphé par votre signe, hoc signo. Vous avez un rhumatisme d’aigle, et vous connaissez la route du soleil, et vous y allez en dépit des souffrances physiques et des haines littéraires. C’est à vous que je crie bravo ! Quand vous le rendrai-je ? je ne me le souhaite pas, car vous seriez en exil. Merci, ami, du fond du cœur.

Le succès est arrivé hier ici par deux dépêches électriques, l’une de Bruxelles, l’autre de Paris (E. Allix) et il est déjà dans les journaux anglais[183].

Remerciez mes acteurs. Je sais leur triomphe. Quand j’aurai les détails, mon remerciement sera moins banalement collectif. Le jour d’Hernani j’ai passé ma matinée à écrire à Juarez pour Maximilien[184]. (Ci-inclus ma lettre.)

Je vous serre dans mes bras, ô vainqueur que vous êtes !

V.

Ne vous étonnez pas du cachet noir. Vous savez que je ne cacheté pas autrement (quand je cacheté) depuis le 4 septembre[185].


Au même[186].


H.-H., mardi 25 [juin 1867].

Je reçois votre lettre exquise et émouvante. Je vous écris bien vite quatre lignes. Envoyez-moi la liste exacte de tous les acteurs grands et petits, je leur enverrai à chacun mon théâtre (édition Hetzel) complet avec une page signée de moi. Hier j’ai envoyé mon portrait-carte avec un mot au bas, à chacun des quatre, MM. Delaunay, Bressant, Maubant et Mlle Favart. Je pense qu’ils ont reçu l’envoi. J’ai fait le même envoi à MM. Ed. Thierry et C. Doucet[187]. En attendant, voici un remercîment pour les quatre. Voulez-vous les leur transmettre. Je reçois les journaux. Tout me semble admirablement réussi, grâce à vous, qui avez la puissance d’un maître et le cœur d’un ami[188].


À Henry Houssaye[189].


Hauteville-House, 25 juin 1867.
Monsieur,

Je viens de lire votre Apelles[190] Rien n’est plus doux que de s’oublier dans l’œuvre d’un autre. Votre livre est de ceux qui charment le solitaire. Vous êtes un savant de la jeune science, et il y a au fond de votre érudition cette divine perle, la poésie. Une mer à qui cette perle manque est sombre. Votre science, à vous, est riante, fraîche, lumineuse, ce qui ne l’empêche pas d’être profonde et forte.

Je vous remercie de la belle page de l’Artiste où vous avez enchâssé mon nom dans votre style exquis et robuste. Vous faites bien de m’aimer un peu ; vous me rendez la cordialité que j’ai toujours eue pour le poëte et l’écrivain dont vous continuez le beau nom ; vous êtes le jeune ami d’un vieil ami de votre père.


À Paul de Saint-Victor.
Hauteville-House, 26 juin.

J’ai lu avec émotion votre magnifique article sur Hernani[191]. Vous savez ce que je pense de votre maestria. Être un tel maître de la critique, c’est être un maître de l’art. Vous êtes le poëte militant, combattant, au milieu des philosophes, pour l’idéal ; il y a en vous le penseur, plus l’artiste ; et vous mêlez aux dispersions confuses de la polémique fugitive, vos pages immortelles. Hommes et Dieux est un premier volume, et un jour, quand votre série d’œuvres-juges sera complète, on aura le puissant raccourci de l’art tout entier, harmonieux et complet, fait par vous, noble et splendide esprit.

Je vous remercie.

Victor Hugo[192].
À Auguste Vacquerie.
H.-H., 27 juin.

J’ai écrit à M. de St-Victor. Quel admirable article ! Voici mon remercîment à M. Ed. Thierry. Tout doit passer par vous, car tout me vient de vous. Voulez-vous le lui remettre. Je ne vous dirai jamais assez comme je suis attendri de votre incomparable amitié. Vous avez tout voulu, tout fait, tout réussi. Puisque vous allez à Wiesbade, je donne ordre à mon vieux Rhin de vous guérir. Il me doit bien cela, et, cher ami, cher poëte, cher confrère et maître, buvez l’eau généreuse du Père des fleuves, et de ses vieilles ruines, sortez tout neuf. Ayez la santé, comme vous avez la gloire.

Ex imo. — tuus.

Post-scriptum.

Quelle étrange chose ! M. A. Blondeau, pour qui j’ai tant d’amitié, et qui m’en a tant montré et prouvé, m’est-il donc devenu hostile ? Je lis ceci, stupéfait[193] :

Vous savez que c’est le contraire qui est la vérité. J’ai refusé de recevoir le reliquat du traitement offert aux représentants par le coup d’état, et j’ai dit que je n’admettais rien de tronqué, pas plus l’indemnité que le mandat. Tout ou rien. Le droit.

Accepter un reliquat quelconque, c’était donner quittance au coup

d’état[194].
À Philippe Burty.
Jeudi 27 juin, H.-H.
Cher monsieur Burty,

Votre lettre était un serrement de main. Elle m’a ému. Votre collaboration si ingénieuse et si efficace a bien contribué à donner au Paris-Guide sa physionomie plastique et artiste. Où avez-vous vu que je puisse être refroidi pour vous ? Je ne sache pas un plus charmant et un plus cordial esprit que le vôtre. Je vous envoie mon meilleur shake-hand.

V. H.[195]


À Louis Ulbach.
H.-H., 27 juin.

Je respire un peu, et je puis enfin vous écrire. J’ai reçu deux mille lettres depuis six jours. J’ai lu avec émotion votre compte rendu de cette soirée du 20 juin[196]. Vous avez toutes les éloquences, vous dites tout ce qu’il faut dire, vous touchez aux choses littéraires avec grandeur, aux choses politiques avec puissance. Avez-vous reçu ma lettre à Juarez pour Maximilien, non publiable en France, mais publiée partout dehors. Je l’écrivais le matin du 20 juin. Que n’êtes-vous ici ! quelle joie j’aurais à vous serrer la main. Mais j’espère vous voir et vous avoir à Bruxelles. Votre Paris-Guide est un monument, et vous êtes un fier architecte. Que de choses j’ai encore à vous dire, mon noble et cordial et vaillant confrère et ami ! Je mets tout mon cœur dans un serrement de main.

Victor Hugo.

Remerciez pour moi tous mes amis connus et inconnus que vous rencontrez[197].


À Crémieux.
Hauteville-House, 28 juin.

Mon cher Crémieux, vous écrivez comme vous parlez, avec l’éloquence électrique. Votre lettre m’a fait battre le cœur. Elle vibrait en moi comme votre voix même. Je vous remercie, mon ami. La grande poésie orientale, le grand art grec, le grand art latin relèvent de la nature. C’est la nature seule qui est reine de l’art, comme la liberté est reine de la cité. Le dix-septième siècle est fatalement monarchique ; de là son infériorité. Corneille et Molière mis à part. Nous, fils de la Révolution, déployons le drapeau de l’idéal ; et, aux philosophes comme aux artistes, crions : en avant !

C’est là ce que j’ai fait. 1867 l’accepte comme 1830, et mieux encore. Vous, ami, vous me serrez la main, et je me sens heureux de n’être plus tout à fait un vaincu, quoique je sois encore un exilé.

À vous, ex imo
Victor Hugo[198].


À Paul Meurice.
H.-H., dimanche 30 juin.

J’ai reconnu votre chère écriture sur une bande de journal, c’était La Liberté, agnosco fratrem. M. de Girardin est toujours le paladin dans ce grand combat du progrès. Dites-le lui de ma part. — Dites aussi à M. Valnay que sa lettre émue m’a touché. — Oui, vous voyez et vous prévoyez. Je ne vous ai pas nommé Providence sans savoir ce que je faisais. Vos stipulations pour Ruy Blas sont excellentes. Du reste, dès à présent, le traité est exécutoire, et, s’il n’y a pas de force majeure, sera exécuté quand M. de Chilly voudra. Mettez-moi aux pieds de ma belle et charmante reine d’Espagne. Tous les journaux m’arrivent pleins jusqu’aux bords d’Hernani. Auguste est-il encore à Paris ? Vous verrai-je à Bruxelles ? J’ai faim et soif de vous. À bientôt, à toujours, præsidium meum !

V.

Est-ce que vous voudriez transmettre ce mot à Émile Allix, et cet autre à Mme d’Ash[199].


À Paul Huet.
[Juin 1867.]

Merci, cher Paul Huet. Mon vieux cœur est ému de votre souvenir ! Vous voyez que notre jeunesse avait raison. Quant à vous, vous l’avez prouvé par toutes les belles œuvres qui font aujourd’hui votre renommée. Je vous ai suivi du regard dans votre ascension de succès en succès. Aujourd’hui je suis heureux de retrouver toute jeune votre vieille amitié.

J’embrasse vos chers fils et je vous serre la main.

Victor Hugo[200].


À François Coppée.
3 juillet 1867.
Jeune et cher confrère,

Vous avez fait un beau livre, le Reliquaire. Vous avez bravement envoyé, à travers les brumes de la réaction politique et littéraire, cette volée de grands vers faits pour la lumière et pour l’azur, et aussi pour l’orage, car ils sont aigles. Vous êtes un des chefs de cette généreuse Légion de l’art que j’aime et que j’applaudis. Aujourd’hui, au nom de la poésie éternelle, vous protestez contre les calomnies caduques et les haines édentées, et c’est mon nom et mon œuvre que vous saluez magnifiquement. À votre douce acclamation filiale, je réponds par mon accolade fraternelle.

Victor Hugo[201].


À Charles et à François-Victor.
H.-H., jeudi 4 [juillet 1867].

Je suis content que le don de joyeux avènement d’Hernani vous ait fait plaisir, mes bien-aimés, et je suis heureux que Lux aille mieux.

Maintenant voici : Je voudrais partir le plus tôt possible ; je partirai dès que Julie aura fini la copie de mon livre commencé[202]. Ce livre, si je veux le finir cet hiver, doit être repris promptement, et abrégera mon absence. J’aurais grand besoin de voyager. Le voyage de fin d’année, c’est le sommeil à la fin de la journée. C’est un bain de repos après le travail. Mais où voyager ? Je ne vois plus que la Hollande.

Maintenant, question :

Cela vous plaît-il, à toi, mon Charles ? à toi, mon Victor ? — Si oui, écrivez-le moi tout de suite. Votre mère garderait le bébé avec Alice, à Bruxelles, et je pense que Georges tiendrait douce compagnie à ses deux mères. Si cet arrangement vous va à tous, écrivez-le moi ; j’arriverais à Bruxelles dans une dizaine de jours. J’y passerais huit ou dix jours, puis nous partirions pour le voyage. Si nous pouvions avoir un compagnon jaspinant le bigorne hollandais, ce serait excellent. Mais où le dénicher ?

Mon Victor, je suis chargé de mille actions de grâces pour tes charmants envois.

6 h. du soir. J’en étais là de ma lettre quand est arrivée la poste, retardée par le storm d’aujourd’hui. Je n’ai que le temps d’ouvrir la lettre de ta mère bien-aimée. Montre-lui celle-ci qui y répond, ce me semble, à peu près. Je t’embrasse, chère femme, bien chère, et vous tous bien tendrement.

Je vous envoie un star contenant un commencement de souscription pour John Brown. Quel malheur pour les principes que Maximilien ait été fusillé. — La peine de mort a été abolie le 21 juin au Portugal, je reçois les journaux de Lisbonne qui m’en attribuent l’honneur. — Mon Victor, as-tu rappelé à M. Lacroix que j’attends l’épreuve type de mon introduction à Paris-Guide[203].


À Alfred Asseline.
H.-H., dimanche 7 juillet.

Mon cher Alfred, Bruxelles m’appelle si énergiquement que je pars mercredi. Je pars avec cette joie que ton cher enfant est convalescent, et avec cet espoir que tu viendras cet automne, à ma rentrée à Hauteville-House, manger mon raisin, qui est bon, et serrer ma main, qui est bonne aussi.

Salut, cher Alfred, à ton charmant esprit.

Victor H.[204]


À Jules Claretie[205].
Hauteville-House, 10 juillet.

Ecce iterum ! c’est encore moi, mon charmant et cher historien. Je viens de lire l’Illustration, j’ai vu le beau portrait fait d’après Bertall[206], et je suis ému de vos pages cordiales et douces. Peu d’esprits, dans la jeune génération d’à présent, sont doués comme le vôtre. Vous avez une ferme éloquence qui n’exclut aucune grâce et aucune délicatesse. Vous avez l’élégance du gentilhomme et la foi grave et fière du citoyen. Quand vous reverrai-je ? Je serai dans huit jours à Bruxelles, j’y resterai quinze jours, toutes les mains de la place des Barricades seraient heureuses de serrer la vôtre. Dites-vous bien que je suis profondément votre ami.

Victor Hugo[207].


À Monsieur Durandeau[208].
Hauteville-House, 11 juillet.

Je suis avec vous, et vous êtes avec moi. Mon jeune et généreux confrère, sans l’âme point d’homme, sans Dieu pas de peuple, sans responsabilité point de liberté.

La responsabilité, c’est la persistance du moi. Donc l’âme survit.

Je n’insiste pas sur ces évidences.

La page des Misérables, citée par la Libre Conscience[209], est toute une profession de foi. Vous trouverez vingt pages semblables dans tous mes autres livres, dans les Contemplations, dans le William Shakespeare, dans Les travailleurs de la mer.

Oui, je suis avec vous.

La fatalité d’Hernani n’est pas la mienne. Le poëte n’est pas le personnage. Je serais donc alors tous mes personnages ?

La nécessité et la liberté sont les deux quantités de l’infini : quantités illimitées comme l’infini lui-même ; la nécessité est visible dans l’univers, la liberté est visible dans l’homme. Toutes les fois que la nécessité empiète sur la liberté et l’opprime, elle s appelle fatalité.

Le poëte dénonce cet abus de l’inconnu. C’est ce que j’ai fait dans Notre-Dame de Paris, dans Les Misérables, dans Les Travailleurs de la Mer.

Au nom de qui cette dénonciation ? Au nom de la liberté.

Ananké ! Voilà ce que combattent Claude Frollo, Jean Valjean et Gilliatt.

Je vous écris tout ceci à la hâte. Je pars lundi pour Bruxelles. Je vois dans les journaux de Paris que je suis à Paris. On m’affirme que personne n’en doute. Pourtant je suis ici. E pur si muove ! Que voulez-vous que j’y fasse ? Il y a des gens pour croire les petites choses fausses, comme il y a des gens pour nier les grandes choses vraies.

Croyons en Dieu, mon cher poëte, car c’est croire à la lumière ; croyons à l’âme, car c’est croire à la liberté.

Je vous remercie de votre éloquente et noble page sur Hernani.

Et je vous serre la main.

Victor Hugo[210].


À Alexandre Dumas.
Hauteville-House, 15 juillet 1867.

Merci, mon cher Dumas, de votre mot doux et bon.

Le jour où vous applaudissiez fraternellement Hernani, j’écrivais pour Maximilien, ce qui était aussi de la fraternité, Homo erat ; aimons-nous.

Cher compagnon de lutte, grand et glorieux combattant, je vous serre dans mes bras.

Victor Hugo[211].


À Madame Victor Hugo[212].
H. -H., dim. 18 juillet.

Chère bien aimée, je t’écris un mot en hâte. Je prie notre cher Meurice de te remettre les 500 fr. que tu désires encore. (Il aura remis ce mois-ci tant à Charles qu’à toi 2 500 fr.) — J’écris aujourd’hui à Charles et à Victor à Bruxelles. Je vais lier l’artère de mon livre, c’est-à-dire finir le chapitre que j’écris (c’est l’affaire de quelques jours) puis je partirai. Je serai à Bruxelles presque en même temps que toi. Je remercie notre excellent et cher docteur Allix des bonnes nouvelles qu’il me donne de ta santé. Tout est bien ici. Quel bonheur j’aurai à te serrer dans mes bras.

V.

Tu as raison, il est très important de ne laisser aucune dette à Paris. À

Bruxelles, nous aurons à parler économie. Tu m’aideras. Je compte sur toi[213].
À Monsieur Amédée de Cesena[214].
Bruxelles, 20 juillet 1867.
Cher confrère et ancien ami,

Vous avez écrit, à propos de la regrettable mort de M. Ponsard, une page éloquente à laquelle vous avez bien voulu mêler mon nom. Je l’ai reçue à Guernesey, et c’est de Bruxelles que je vous en remercie. J’y suis arrivé hier 19. Dites à votre spirituel et sympathique collaborateur qui, ce me semble, persiste dans son erreur, que depuis tout à l’heure seize ans, je n’ai pas mis le pied en France, que je me suis fait une loi d’honneur de n’y rentrer que dans de certaines conditions, et que, sur un cordial appel signé de vous il y a quelques mois, je vous ai donné à vous-même les raisons — que, du reste, tout le monde connaît — de ma persistance dans l’exil. Tout ceci ne vaut pas la peine d’en parler. Pourtant je tiens à éclairer, tout en les remerciant, les personnes bienveillantes qui ont la bonté de vouloir me ramener en France un peu trop tôt.

Je suis toujours heureux d’avoir une occasion de vous dire, en dépit de nos profonds dissentiments politiques, combien votre cordialité m’est précieuse.

Votre vieil ami
Victor Hugo[215].


À Émile de Girardin.
Bruxelles, 21 juillet 1867.

Avec vous, cher grand penseur, même quand je ne réussis pas, je ne me lasse jamais, car je sais que, fidèle à votre puissant esprit d’initiative, vous finissez toujours par vouloir et par essayer.

Je suis convaincu que si vous eussiez gardé dans la Presse et dans la Liberté M. Emmanuel des Essarts que je vous recommandais, M. Emmanuel des Essarts avait en lui la croissance d’un critique de premier ordre. Je suis certain qu’en M. Arrigo Boïto, poëte italien, vous eussiez très vite constaté et fait constater par tous un excellent écrivain français. Les italiens peuvent écrire en français avec supériorité, témoins Mazzini, Petruccelli della Gattina, et même ce triste Fiorentino[216]. Mais je regrette d’écrire ce triste nom à côté de tant de noms honorables. Supposez que je l’ai raturé.

Non, je ne me décourage pas.

Aujourd’hui j’appelle votre attention sur M. Amédée Blondeau.

M. Amédée Blondeau est un des plus vifs et des plus brillants écrivains de ce qu’on appelle aujourd’hui la petite presse. Pour vous comme pour moi, il n’y a ni grande, ni petite presse. Il y a la presse et la liberté. (Quelle fortune vous avez eue de fonder précisément sous ces deux titres deux journaux !) Laissez-moi vous dire en passant que chaque fois qu’un numéro de La Liberté arrive jusqu’à moi dans mon désert, j’admire plus que jamais votre lutte robuste et persévérante pour le progrès. Votre puissant esprit renouvelle avec une fécondité magnifique, ses armes, ses arguments, ses projectiles, ses victoires.

Eh bien, croyez-moi, enrôlez dans votre légion vaillante M. Amédée Blondeau. Ce jeune et vigoureux talent est digne de devenir votre auxiliaire. Aujourd’hui, si vous l’admettez, il me remerciera. Demain, ce sera vous qui me remercierez.

Je vous écris de Bruxelles où je suis depuis avant-hier. J’ai quitté Hauteville-House et Guernesey mercredi 17. Il paraît que, pendant que j’étais à Guernesey, beaucoup de gens affirment m’avoir vu à Paris. Niez les miracles maintenant !

Je presse vos mains dans les miennes.

Victor Hugo[217].


À Auguste Vacquerie[218].


Bruxelles, 23 juillet.

Cher Auguste, me voici à Bruxelles, et je me tourne vers vous. Je porte envie à votre Bain Sauvage. Votre Wildbad, avec ses pluies et ses brouillards, me paraît plein de rayonnements. Que ne sommes-nous tous là, ou que n’êtes-vous tous ici ! Remerciez les personnes charmantes qui ont la bonté de se souvenir de mon nom, remerciez Paul de St-Victor qui serait digne en effet que la forêt qui l’entoure fût un bois de lauriers. Dites-lui que son admirable article sur Hernani m’arrive reproduit par le Messager franco-américain de New-York, après avoir été reproduit par le Courrier de l’Europe à Londres. Il est beau de voir une grande page littéraire signée St-Victor faire son tour du monde dans la publicité universelle comme un discours de roi, et comme une proclamation d’empereur. Ce sont là les hautes victoires de la pensée.

Ces victoires, cher ami et maître, vous en avez l’habitude. Je vous ai connu adolescent, et, sans pouvoir grandir par l’esprit, le sommet de l’intelligence étant en vous, vous grandissez sans cesse par les œuvres. J’espère bien que Wildbad nous donnera deux choses, votre guérison et un drame. Vous allez, n’est-ce pas ? nous faire un pendant au Fils et aux Funérailles de l’honneur ? Hernani a utilement chassé quelques miasmes, et l’air du théâtre sera plus respirable désormais aux œuvres libres et fières comme les vôtres. J’ai balayé l’azur où vous resplendirez. Ce sera ma récompense, et ma joie. Quand serrerai-je vos mains, à vous tous qui êtes là-bas ?

Vous m’avez envoyé un très beau sonnet de M. Valéry Vernier dans une lettre à vous adressée. Savez-vous où il demeure, où dois-je lui écrire ? Dites-le moi.

Tout est bien ici. Nous baptisons Georges après-demain 25. Je vous envoie toutes les cordialités qui m’entourent, plus la mienne, ex imo. Votre succès d’Hernani continue.

Les yeux de ma femme vont bien, mais notre cher docteur Émile la gronde quand elle écrit. C’est pourquoi je la remplace. Quelle exquise idée vous auriez de repasser tous par Bruxelles. J’y suis encore pour au moins huit jours. Tâchez de donner cette fête à la place des Barricades (J’aime ce nom)[219].


À une dame.


Bruxelles, 28 juillet.

Je vous remercie, madame, de votre bonne et vraie lettre. Vous gardez un souvenir aux proscrits, vous vous tournez vers ceux qui n’ont plus de patrie. C’est dans le cœur des femmes que survivent les grands sentiments et le noble enthousiasme des causes justes et vaincues. Je suis heureux que votre pensée ne m’ait pas oublié. Pardonnez-moi la rareté de mes réponses, les lettres sont souvent interceptées et m’arrivent peu, il vaut mieux les confier à d’autres qu’à la poste aujourd’hui très infidèle. Je vous envoie l’hommage de ma vive reconnaissance.

Au Rédacteur en chef du Croisé.


Bruxelles, 31 juillet 1867.
Si pergama dextra
Defendi passent, etiam hac defensa fuissent.

Cette main, cette droite vaillante et loyale, c’est la vôtre. Vous êtes, Monsieur, vous et vos dignes amis, les défenseurs d’une grande cause, compromise par des défenseurs violents. Si une résurrection était possible, elle le serait par vous. Vous avez le rayon qui réchauffe et la flamme qui rallume. Vous êtes des talents servis par des consciences.

Je maintiens les termes de ma lettre : il y a entre nous harmonie profonde et désaccord profond.

Je crois à l’Incréé, à l’Idéal, à l’Éternel, à l’Absolu, au Vrai, au Beau, au Juste, — en un mot à l’Infini ayant un Moi. L’Infini sans Moi serait limité, quelque chose lui manquerait, il serait fini. Or, il est l’Infini.

Je crois donc à ce Moi de l’Abîme qui est Dieu.

La Foi en Dieu, c’est plus que ma vie, c’est mon âme.

C’est plus peut-être que mon âme, c’est ma conscience.

Je ne suis pas panthéiste. Le panthéisme dit : Tout est Dieu. Moi, je dis : Dieu est tout. — Différence profonde que votre attention pensive comprendra.

Si nous avions l’occasion de causer, vous ne me convertiriez pas, et je ne vous pervertirais point. Nos consciences s’entendraient. Nos loyautés sympathiseraient.

Nous sommes des combattants qui s’estiment, et qui, tout en se combattant, s’aiment. Profond devoir de fraternité.

Victor Hugo[221].


À Émile Accolas.


[Juillet 1867.]
Mon honorable et cher concitoyen,

Je suis ardemment avec vous. Un congrès de la paix entre peuples sera une magnifique réponse à ce congrès de rois qui couve la guerre.

Je serre votre main cordiale.

Victor Hugo[222].
À Auguste Vacquerie[223].


Bruxelles, 3 août, samedi.

Puisque je n’ai pu vous serrer la main ici, je veux, cher Auguste, que cette lettre vous souhaite le Welcome à Paris. C’est bien le moins que vous doive Hierro après votre triomphe d’Hernani. Vous voilà donc de retour avec, j’espère, les rhumatismes de moins. La nymphe Aquadora de Wildbad vous aura guéri et inspiré, car vous m’avez envoyé, comme échantillon de son savoir-faire, à cette muse, les plus charmants vers possibles. Parce que vous n’êtes plus malade, ce n’est pas une raison pour vouloir que j’enterre tout le monde, vous compris. Heureusement il n’en sera rien.

Ce n’est pas une raison pour vivre
Que d’être vieux.

Tiens ! revoilà Hernani. Eh bien, parlons-en. Le Théâtre-Français ne me semble point haïr les relâches quand il s’agit de ce montagnard. Relâche pour M. Ponsard. Soit. (Je comprendrais un relâche pour Molière ou Voltaire mort, mais pour M. Ponsard ? À ce compte, il me semble difficile que le Théâtre-Français ne fasse pas dix ou douze relâches mortuaires par an). Maintenant M. Delaunay. Deux relâches, ce me semble, c’est beaucoup. De mon temps on se servait de ces moyens-là pour tuer un succès. C’était connu. Cela s’appelait le coup de pertuisane. Aussi, quand un théâtre tenait un succès, et tenait à ce succès, il faisait apprendre les rôles en double[224], et l’on n’avait pas la cruauté de troubler le deuil d’un fils qui vient de perdre sa mère, on respectait sa douleur, et la pièce continuait, sans relâche, son cours de repréisentations. Bref, je ne crois point à la bonne volonté intime du Théâtre-Français. Si vous trouvez que j’ai le flair juste, dites-en un mot à M. Thierry. Si lundi Hernani, interrompu à 6 000 fr., reprend avec 5 000, je trouverai ce chiffre énorme. On n’aura réussi qu’à le blesser. Et puis, pourquoi changer les jours ? pourquoi dérouter le public ? pourquoi ? je crois je deviner. Demandez à notre cher Meurice qu’il vous redise un mot de M. Camille Doucet à M. Berton. Mot fort aigrement dit. Et à ce propos, Meurice est-il à Paris ? y sera-t-il le 10 août ? pourrai-je tirer sur lui les 10 ou 12 mille francs qu’il m’a annoncés ? J’en aurais grand besoin pour cent choses, entre autres pour en détacher deux ou trois fafiots de mille afin de transplanter toute ma maisonnée de Bruxelles sur le Drachenfels, dont le bon grand air ferait du bien aux yeux de ma femme et aux poumons du petit citoyen Georges. Si Meurice est à Paris, et si je puis tirer sur lui 10 août, voudrez-vous m’en écrire un mot. Je sens que j’accable mes amis avec toutes les peines que je leur donne, mais je vous aime de tout mon cœur.

V.

Avez-vous lu ce vers sur Sarcey pendant la 1re de Hernani ?

D’acte en acte on voyait s’allonger ses oreilles[225].


À Mademoiselle Louise Bader,
Directice de la Revue populaire de Paris.


Bruxelles, 4 août 1867.
Mademoiselle,

Je viens de lire vos pages touchantes et charmantes. Vous racontez Hernani avec émotion et vous le commentez avec profondeur. L’applaudissement d’une femme est plus qu’un applaudissement ; on y sent le cœur au même degré que l’esprit ; et c’est pourquoi je mets à vos pieds ma reconnaissance en même temps que mon respect.

Victor Hugo[226].


À Champfleury.


Bruxelles, 5 août 1867.

Cher confrère, les errants et les absents ont du malheur, être à Guernesey, venir à Bruxelles, passer deux fois la mer, tout cela est cause que j’ai lu en juillet votre Belle Paule publiée en mai.

J’entre tout de suite en matière. J’aime ce livre, je l’aime parce qu’il est vrai et profond, parce qu’il dédaigne les petits moyens, parce qu’il va droit au grand but de l’art, la création des types par l’observation et l’intuition, parce qu’il est d’un charmant style, parce qu’il est dédié à moi et écrit pour tous, extension qui double l’honneur de la dédicace[227]. Oui, pour tous. Un jour viendra où, grâce à l’enseignement universalisé, grâce à la crue du grand jour dans les esprits, les œuvres d’art seront, avant toutes, les œuvres populaires. Le peuple, au fond, est un délicat. Il aime les poëtes, il veut l’idéal, il préfère un astre à un lampion. Les écrivains tels que vous ont une haute fonction près de lui. Le vulgaire n’est point le populaire. Et ne pas être vulgaire, c’est une raison pour être populaire. Il y a dans le peuple un sens exquis et une volonté sévère. Cela aussi est le fond de l’artiste. Donc continuez. Succès invite. Talent oblige.

Votre roman est d’un bout à l’autre vie et vérité. C’est observé, c’est vu, c’est réel ; en même temps la touche de l’art relève partout le détail nature ; de là un livre. Je l’ai lu si attentivement que je vous signale une faute d’impression. Il y a quelque part Castelbajac pour Castelgaillard.

Je vous remercie des heures charmantes que La Belle Paule m’a données, et de celles qu’elle me donnera encore. J’aurai plus d’un rendez-vous avec elle dans ma solitude et nous nous promènerons souvent ensemble au bord de la mer.

Votre ami
Victor Hugo[228].


À Auguste Vacquerie[229].


Mardi 6 [août 1867].

Merci, cher Auguste, de votre excellente lettre. Je commence par obéir à votre mot final. Voici la lettre pour M. Delaunay. Aurez-vous la bonté de la lui transmettre vous-même. Et puis j’arrive à M. Thierry. Jadis, quand on monta Hernani (1830), tous les rôles, sauf Joanny et Mlle Mars, irremplaçables, furent appris en double (par des talents, non par des doublures) et de la sorte il n’y eut aucune interruption. (Je me rappelle que Mlle Théodorine, depuis Mme Mélingue, remplaça au pied levé Mlle Despréaux, depuis Mme Allan. C’était un petit rôle, Iaquez, mais si un grand rôle eût vaqué, le remplaçant était également prêt.) Le répertoire doit être su en double, le décret de Moscou l’exige ; et Hernani est une pièce du répertoire. Je crois donc qu’on a prévu des interruptions et qu’on n’en a pas été fâché. Mais soit. On n’exécute pas le décret de Moscou. Passons. Ce n’est pas le vrai point de la question, le vrai point de la question, le voici : l’interruption a lieu par accident. C’est un dommage. Que doit faire le théâtre ? Tâcher de diminuer ce dommage. Comment ? en avertissant le public afin qu’il ne se méprenne pas. Il doit, à l’instant même, envoyer à tous les journaux deux lignes disant : interruption d’Hernani à cause du deuil de M. Delaunay. Sinon le public croira à une baisse des recettes. Publier le motif de la suspension était absolument nécessaire. Or le théâtre s’en est bien gardé. Il a eu soin de se taire. Il a pris la précaution de garder le silence. Il a eu peur que le public ne sût le vrai motif, et il a espéré qu’on attribuerait l’interruption à une diminution de succès (moyen de la produire). Guérin écrit : Pourquoi suspend-on Hernani ? On n’y comprend rien. Cet oubli est déjà bien, mais voici qui est mieux. Charles écrit par télégramme, le samedi 3, à M. Thierry : Dites donc le motif de la suspension d’Hernani. Publiez-le dans les Journaux. Nous attendons. Rien dans les journaux, après le télégramme comme avant. Là est le symptôme grave. Un accident a fait l’interruption ; le silence, évidemment calculé et voulu, du théâtre a fait le mal.

Cette volonté du silence, ce désir de donner le change au public, a résisté même à l’auteur, même à l’avertissement donné par moi. Les deux lignes nécessaires n’ont pas été envoyées aux journaux. Cela me rappelle Samson oubliant les deux vers nécessaires dans le Roi s’amuse. M. Thierry expliquera difficilement sa persistance à maintenir le public dans l’ignorance du motif de l’interruption d’Hernani. Il sait, comme nous, qu’en matière de succès théâtral, il faut mettre les points sur les i. Il y a force ennemis pour tout expliquer à faux. C’est bien le moins que le théâtre publie la vérité. Je ne demandais pas autre chose que la publication du fait. Mais le théâtre a voulu un dommage, et a si bien fait ce qu’il fallait pour cela, qu’en vérité il serait fâcheux qu’il n’eût point réussi. Je plaindrai le théâtre si, par aventure, les recettes se soutiennent. Si vous voyez M. Thierry, dites-lui de ceci ce que vous voudrez. Moi, je me retourne vers votre prochain grand succès qui me fera oublier les mésaventures et les embûches construites pour Hernani par ce bon petit empire II.

Je suis à vous de toute ma force.

Dites à M. Thierry, qui vous a montré le télégramme de Charles, de vous

le laisser lire.
Au même[231].


Jeudi 8 [août 1867],

Vous savez l’incident, cher Auguste, il est grave. Ruy Blas interdit éclaire Hernani menacé. Ce que le Vaudeville fait pour la Famille Benoîton, le Théâtre-Français ne le fait pas pour Hernani.

« Au Vaudeville, tous les soirs, à 8 heures, la Famille Benoîtton, comédie de M. Sardou, dont le succès dépasse toutes les prévisions. Aussi, convaincue qu’elle pourra finir l’été avec cet ouvrage, la direction fait répéter tous les rôles en double, afin de pouvoir parer à toute éventualité. »

On prend des précautions pour M. Sardou, on n’en prend pas pour moi. Pourquoi ? parce que le Vaudeville craint les interruptions pour la Famille Benoîtton, et que le Théâtre-Français (lisez : le gouvernement) les espère pour Hernani. Au besoin, il les produira. Par quel moyen ? je l’entrevois, par les congés.

Donc, le 24, M. Bressant sera à Trouville. On me dira : c’est son congé annuel. Je reprends : un congé se rachète. Pendant Angelo, l’été venu, pour ne pas interrompre les représentations et les recettes, le Théâtre-Français a racheté un mois du congé de Mlle Mars. (Quelle grue ! par parenthèse !) Je reprends : si le Théâtre-Français ne veut pas racheter le congé de M. Bressant, qu’il donne le rôle à apprendre à M. Lafontaine. Le décret de Moscou le veut, oui, mais le gouvernement Doucet-Vaillant-Bonaparte ne voudra pas. Qu’en dites-vous ? Dans tous les cas ne faudrait-il pas poser la question ? Que signifie M. Bressant à Trouville[232] ? Est-ce que nous allons interrompre Hernani ? En pleines recettes ? — Mettre au pied du mur me semble utile. Pourtant jugez et décidez. Je crois en vous plus qu’en moi. (J’ai la vague idée que c’est pour donner les bons jours à Monsieur le duc Job qu’on a donné les jours d’opéra à Hernani et dérangé les représentations.) Je pense aussi qu’une fois Hernani interrompu on ne le reprendra pas, et l’interdiction retombera sur mon répertoire. Ouf ! dira le gouvernement.

Je confie tout à votre admirable amitié.

V.

Votre petite note aux journaux, partout reproduite, est ce qu’on pouvait faire de mieux. C’est égal, je crois que le théâtre enrage de ce que la recette, au lieu de décroître, a monté. Mais vous présent, il se sent surveillé. Continuez-moi votre providence. Meurice et vous, vous êtes mes Dioscures.

Merci pour cet excellent article an journal d’Annonces. J’ai reconnu votre écriture sur la bande. Merci toujours. Con todo el mio corazon[233].


À Paul Meurice.


Jeudi, 8 août.

J’attends votre deuxième lettre, mais je devine la réponse qui sortira des deux jours pour réfléchir. Il faudra aviser. Que je voudrais donc vous voir, d’abord pour vous embrasser, ensuite pour m’éclairer. Car votre amitié, c’est de la lumière. Je crois du reste que cette persécution ne sera qu’une nouvelle forme de succès. Ruy Blas en sortira avec une augmentation de chance. Tâchez de venir. Je suis encore ici jusqu’à samedi 17. Que de choses à nous dire ! Je vous écrirai du reste où je serai. Selon votre indication, on vous présentera lundi 12 la traite de 10 000 fr. — Vous allez avoir une magnifique reprise des Beaux Messieurs de Bois Doré. Je connais peu de choses aussi belles que le retour du vieillard à la vieillesse, et de l’aïeul à la paternité. Je | crois que Lafont y sera très beau. Si vous avez occasion de parler de moi à notre illustre amie madame Sand, dites-lui que je suis à ses pieds.

Je vous envoie mes bravos, je vous envoie bien plus, je vous envoie mon cœur. Vous allez me répondre que vous l’avez depuis longtemps. C’est vrai Mais cela se redonne. Telle est la beauté du cœur.

V.

Voulez-vous lire cette lettre, puis la transmettre à Auguste. Elle est pour vous autant que pour lui. Vous serez, je pense, de mon avis. Interrogeons un peu le sphinx[234].


À Auguste Vacquerie[235].


Dimanche 11 août.

Cher Auguste, M. Pauly Strasser, bourgmestre très honorable et très intelligent de la belle ville de Vianden, voudrait voir Hernani, et trouve toutes les entrées du bureau de location encombrées. Il me croit du crédit au théâtre, je n’en ai que près de vous. Voulez-vous l’aider à pénétrer ? — Merci, et pardon.

Tuus.
V. H.[236]


À François Coppée.


Chaudfontaine, 13 août.

Mon jeune et charmant confrère, j’arrive de la Zélande, et c’est à Chaudfontaine que votre lettre me parvient. Oui, oui, oui, je veux vous voir, vous et vos deux excellents compagnons de vacances. Serrer la main de trois poëtes, communier avec trois esprits, c’est là pour moi, vieux solitaire, une précieuse occasion, et je ne veux point la perdre. Seulement, je ne serai à Bruxelles que le 15.

Nous causerons de vous, de votre beau livre le Reliquaire, de l’art, de l’idéal, de tout ce que nous croyons, de tout ce que nous voulons, de tout ce que nous aimons. Nous mêlerons nos esprits, et votre jeunesse m’apportera la joie, et ma vieillesse vous invitera à la sérénité.

Vous viendrez, le 15, dîner tous les trois avec moi à Bruxelles, n’est-ce pas ?


À Monsieur Chassagnac,
grand commandeur du Rite écossais en Louisiane.
Bruxelles, 16 août 1867.
.

Vous avez raison, Monsieur ; sans appartenir de nom à la maçonnerie, je suis avec elle de cœur. Ma franc-maçonnerie est plus haute encore que la vôtre, c’est l’humanité.

Vous voulez, vous, noble esprit, noble cœur, admettre les noirs, et vous avez raison ; moi, je veux la transformation pacifique du prince en homme, et du roi en citoyen. Il faudrait du temps. Soit; Dieu en a. D’ici là, ne pouvant coudoyer les princes que vous admettez, je n’ai pas dû entrer parmi vous. Mais j’aime votre grand but et votre fraternité magnifique, symbole de la grande fraternité future.

Je vous remercie de m’avoir communiqué le grave et beau progrès que vous venez d’accomplir ; l’admission des noirs dans vos rangs commence

l’égalité, que l’exclusion des princes consommera[237].
À Monsieur Alfred Dassier.


Bruxelles, 17 août 1867.

Je n’ai reçu, Monsieur, qu’une de vos lettres, et c’est à Bruxelles qu’elle m’est parvenue.

Je vous autorise à publier avec votre musique, et selon votre désir, une pièce de vers (veuillez me faire savoir quels vers vous avez choisis) d’un de mes volumes de poésie.

Si la publication de ces quelques pages produit un bénéfice, fixez, comme vous l’entendrez, ma part d’auteur des paroles, et veuillez, je vous prie, la donner aux pauvres.

Recevez l’assurance de mes sentiments distingués, et tous mes vœux pour votre succès.

Victor Hugo[238].


À Paul Meurice[239].


Bruxelles, 18 août.

Nous vous avons espéré le 15, hélas, en vain. La fête de Bonaparte ne peut pas être ma fête. Vous n’êtes pas venu.

Aujourd’hui je pars pour une absence de quelques jours, et j’espère à mon retour qu’il y aura encore moyen de nous rencontrer et de nous embrasser.

À vous. Du plus profond de moi.

V. H.[240]


À Madame Marie Ménessier-Nodier.


3 septembre.

Chère Marie, je lis votre doux livre[241]. Je pense à votre père et à mon ami. Demain 4 septembre, je mêlerai le souvenir de Charles Nodier au souvenir de ma fille. Tous deux étaient de ce charmant voyage de 1825, dont vous parlez si bien, elle n’ayant encore que l’aube dans les yeux, lui déjà tout couronné de renommée. Penser à la mort, c’est une bonne manière de vivre, et penser aux morts, c’est une bonne manière d’aimer. En lisant votre livre, Marie, on vit et on aime. Vous réveillez l’âme par la douceur de votre voix évoquant le souvenir. Que de pages exquises ! Que de mots qui ont la profondeur tendre et la mélancolie gracieuse ! La grâce, c’est vous, le charme, c’est vous. Votre livre est le miroir de Charles Nodier et le portrait de Marie Nodier. Vous vous êtes peinte en le reflétant. Vous avez son noble esprit et sa douce puissance. Que n’êtes-vous ici ! Je suis dans la solitude verte, dans les fleurs, entouré de ma famille, avec mon petit Georges qui rit comme riait votre petite Georgette. Ma femme, ravie comme moi de votre livre exquis, me commande de vous embrasser. J’obéis, mais je reste à vos pieds.

Victor H.[242]


À Garibaldi.


[Début de septembre 1867.]
Lettre que je n’ai pas envoyée.
Mon cher Garibaldi,

J’ai espéré jusqu’au dernier moment pouvoir assister au congrès de Genève. M. B. vous a dit les raisons de santé qui m’obligent à m’abstenir. Il vous a dit aussi combien du fond du cœur j’adhère à cette grande et nécessaire manifestation.

Vous serrer la main eût été pour moi une joie profonde. Vous êtes le Héros. Aucune gloire n’est au-dessus de la vôtre. À l’Europe vous avez donné l’Italie, et à l’Italie vous donnerez Rome. Vous portez l’épée vénérable de la Délivrance.

Vous n’êtes pas l’homme de la guerre, vous êtes l’homme de la paix. Pourquoi ? parce que vous êtes l’homme de la liberté. D’abord la liberté, ensuite la Paix ; d’abord la lumière, ensuite la vie. La question a toujours été ainsi posée depuis l’origine du monde. Et c’est pour cela que ceux qui sont dans le secret des dieux voient lever le soleil, et que ceux qui sont dans la monarchie désirent voir apparaître la république.

J’envoie au congrès de Genève mon applaudissement fraternel, et je

presse dans mes mains vos mains illustres[243].
À Madame Marie Ménessier-Nodier.


Dimanche 7 septembre,
Chaudfontaine.

Chère Marie, c’est encore moi. Quand je vous ai écrite il y a quelques jours, j’étais au milieu de votre livre, et je n’ai pas attendu la fin pour vous dire mon enchantement. Aujourd’hui je viens de finir, et c’est mon attendrissement que je vous envoie. Je viens de pleurer tout simplement, et les larmes sont à vous, noble femme, noble cœur, et je vous les donne. Vous êtes la digne fille de ce père ; il me semble qu’à vous deux vous avez une seule âme ; cette âme avait deux rayons ; l’un est remonté là-haut, c’est Charles Nodier ; l’autre est resté sur cette terre, c’est vous. J’ai lu toutes les pages vraies, délicates et douces, en compagnie de ma femme et de quelques amis dans cette solitude. Tout à l’heure, tout le monde a pleuré, la noble femme qui lisait à haute voix (ma femme à cause de ses mauvais yeux ne pouvant lire elle-même) s’est arrêtée, étouffée en sanglots, et a fermé le livre, entourée de cœurs émus et d’yeux en pleurs, et j’ai besoin de vous redire que nous vous aimons.

V. H.

Ne prenez pas la peine de me répondre. Demain nous retournons à Bruxelles. Hélas ! l’absent est mort. Paris même pour moi n’est plus. J’embrasse ces anges que vous appelez vos filles[244].


À Auguste Vacquerie[245].


Chaudfontaine, 7 7bre.

Cher Auguste, bien qu’une dépêche électrique, publiée par tous les journaux, annonce que je suis à Genève avec Garibaldi et Louis Blanc, j’ai assez d’ubiquité pour pouvoir répondre de Chaudfontaine à votre lettre arrivée hier. Votre doux envoi nous a émus profondément, et les yeux de la mère sont restés longtemps fixés sur ces chères feuilles vertes[246], qui leur ont fait du bien. Le 4 septembre nous parlions, elle et moi, de notre fille et de votre frère, et pendant que vous étiez sur la tombe, nous étions dans le souvenir. Moi, vous le savez, j’évoque sans cesse les morts, penser à eux, cela les fait venir vers nous, quand notre mémoire appelle, leur ombre s’approche. Je suis beaucoup plus voisin de l’autre vie que de celle-ci, et il me semble que j’ai parfois devant l’œil de mon âme des silhouettes très nettes de ce grand monde de lumière qui vit au delà de nous. De là ma foi profonde dans la mort, qui est la plus grande des espérances. — Cela me rend très facile la descente de la pente obscure appelée vieillesse. — Vous, qui avez la jeunesse virile et la vie en plein midi, vous savez pourtant si bien tout comprendre que vous ne me trouverez ni chimérique, ni visionnaire. Les tombes vous parlent à vous aussi, d’un peu plus loin, mais tout aussi distinctement qu’à moi. Au besoin, vous cueillez sur le tombeau le rameau sacré. Merci de nous l’avoir envoyé. Je suis en communion aussi intime avec votre grand cœur qu’avec votre grand esprit.


À Paul Meurice[248].


Samedi 14 7bre.

Cher doux ami, je suis un vil mendiant, je viens vous déranger au milieu de vos travaux de toutes sortes, quelle somme puis-je tirer sur vous pour le mois d’août d’Hernani ? Nous arrivons de Chaudfontaine où nous avons vécu dans les ruisseaux, les feuillages et les prairies à raison de cent francs par jour, et me revoilà à sec. Pardon. Merci. - J’apprends que les Beaux Messieurs de Bois Doré ne seront joués que le 20. Quel beau lever d’aurore que cette reprise d’une œuvre profonde et charmante ! Hélas, mon cœur seul y sera.

V.

Est-ce qu’il ne me sera pas donné de vous voir ? Je ne partirai pas avant le 30 7bre[249].


Au même.


Bruxelles, 16 7bre.

Merci de la bonne nouvelle pour Ruy Blas[250]. J’ai une si charmante reine d’Espagne que je renonçais à regret à ce royaume. Je suis heureux de voir que sa couronne lui est rendue. Dites-le lui, et mettez-moi aux pieds de sa gracieuse majesté. — Certes, je retarderai mon départ de Bruxelles, puisque j’ai chance de vous voir. Je ne partirai pas avant le 4 ou 5 octobre. Nous attendons notre excellent et cher Émile Allix.

J’avais vu l’entrefilet de La Liberté, et je vous attribuais d’instinct cette haute diplomatie. — D’après votre indication, je tire sur vous 9 500 fr.

À bientôt, mea spes. Je vous serre dans mes bras.

V.

J’envoie mon bravo spécial à M. Lafont, qui va avoir un grandissime succès dans votre superbe rôle[251].


Au même.


Bruxelles, mardi soir 24 [septembre 1867].

Ma foi, tant pis, je vous écris coup sur coup, mais c’est que je suis si content ! Tous les journaux constatent votre succès magnifique. Tout à l’heure, dans mon petit groupe, qui est une famille, j’ai bu à la santé des Beaux Messieurs de Bois Doré. J’ai prononcé la santé « la centième », et j’ai eu, moi aussi, un beau succès. Charles a applaudi, Victor a applaudi, Allix a applaudi, ces dames ont applaudi, et je crois que Georges a battu des mains. Il en a le droit, ayant fait sa première dent. Qui peut mordre a droit d’admirer. Je vous aime, cher Meurice. Je ne le sens jamais mieux que dans vos triomphes. J’en suis. J’aime votre esprit, parce qu’il est doux et puissant, original et vrai, neuf et pathétique. Nombre de scènes trouvées par vous sont des chefs-d’œuvre, et vos drames passionnent le penseur en même temps qu’ils remuent la foule. Je rabâche. Encore une preuve que je vous aime. Nous vous espérons ici dans quelques jours. Venez nous voir entre deux acclamations. Il y aura éclipse à Paris et lumière à Bruxelles. Félicitez notre reine[252] de son éclatante réussite[253].


À Adolphe Pelleport[254].


27 7bre.

Mais venez, cher poëte, vous logerez je ne sais où, mais vous mangerez chez nous. Notre fin d’été est vraiment charmante, et vous vous ajouterez à tout ce qui nous aime et à tout ce que nous aimons.

À bientôt, n’est-ce pas ?

Victor Hugo[255].
À Paul Meurice[256].


Jeudi 10 [octobre 1867].

Je pars ce soir, lundi je serai à Hauteville-house. J’ai reçu hier deux lettres qui m’ont été au cœur, une de vous, exquise, une d’elle, charmante. Dites-lui que, pour tout, je suis à ses ordres, et que mon bonheur serait de lui voir jouer Tisbé, sub umbra alarum tuarum.

Le temps est noir, il pleut ; l’ouest souffle, le vent est furieux, mais je vous aime.


À Madame Victor Hugo[258].


Lundi 14 octobre.

Chère bien-aimée, me voici dans ta maison. Je la trouve très en ordre, et j’embrasse Julie sur la joue droite pour toi et sur la joue gauche pour moi. Je suis parti le cœur gros, triste de vous quitter tous. Il serait pourtant si facile de vivre ensemble et de ne point nous séparer. Nous sommes bien bêtes, nous qui avons tant d’esprit. Hauteville-house se moque de nous, et est plein de fleurs. J’ai eu une première traversée belle et bonne, et une deuxième assez rude, j’ai un peu craché, mais j’aime le mal de mer. J’ai donc vomi avec joie ; l’empire aussi fait vomir, mais lugubrement. J’espère que vous êtes tous bien là-bas, Alice toujours charmante, Charles toujours bon, Victor toujours doux, toi couvrant tout de tes ailes. Je mets dessous le petit Georges. Quel doux être ! qu’il soit béni ! Charles et moi travaillons pour lui. Son cher sourire lointain, après avoir été ma joie, est aujourd’hui ma tristesse. Je vous serre dans mes bras, mes bien-aimés.

V.

Amitiés aux amis. Je vous envoie les baisers de Julie petite sœur. Elle m’a vraiment accueilli bien gentiment. Sénat m’a inondé de cabrioles, ses quatre pattes sont partout marquées sur moi. — Et je vous embrasse encore tous, et je t’embrasse, chère femme bien-aimée.

N’oubliez pas de m’envoyer trois photographies de Georges, deux pour

ces deux dames, une pour moi[259].
À Charles et à François-Victor.


H.-H., dimanche 20 octobre.

Mon Victor, d’abord, je coupe ceci pour toi, et je commence par ce qui t’intéresse[260], puis je passe à toi. Ceci est coupé dans un article de M. Jouvin, et tu vois que j’avais raison dans ce que je disais l’autre jour à notre excellent ami M. Ulbach.

Donc je n’ai pas eu tort de lui envoyer la préface de Paris-Guide. Enfin, voici en quel français mon arrivée ici est annoncée dans la Gazette :

L’illustre poète retourna à Guernesey (hier) mardi.

Le petit sac aux journaux vidé, j’arrive aux affaires. J’avais, en partant, prié M. Van Vambeke de déposer chez M. Lambert mes titres de rente italienne, de prendre un reçu de ce dépôt, et de m’envoyer directement ce reçu à Guernesey par lettre chargée. Or aujourd’hui 20, je n’ai encore rien de M. Van Vambeke, quoique l’achat ait dû être fait le 7 octobre. Vois, je te prie, M. Van Vambeke, dis-lui que j’attends toujours le reçu de mes titres déposés chez le correspondant de Rothschild à Bruxelles, et presse-le de me l’envoyer le plus tôt possible.

J’ai trouvé ici, m’attendant, d’innombrables lettres de tous les pays, surtout des pays opprimés, et plusieurs du plus haut intérêt. Elles vous passionneraient tous, que n’êtes-vous là ! — Le pauvre et brave Labrousse est donc mort ! À mon tour je regrette de n’avoir pas été à Bruxelles. Je lui eusse dit dans sa tombe l’adieu de l’exil.

J’ai eu affaire ici à une certaine anarchie, mais j’ai déjà rétabli l’ordre. Tout marche à peu près. Un détail, il est venu cet été près de mille visiteurs étrangers à Hauteville-House. J’ai eu à feuilleter en arrivant un registre chargé de noms et d’inscriptions. Les colonels anglais et les révérends américains abondent.

M. Kesler n’a toujours pas reçu son draft de Mme Montgomery Atwood. Dis à M. Lacroix qu’il fait l’article pour Paris-Guide dans le Daily News.

Toutes les santés sont bonnes ici. J’espère que les beaux yeux de ta chère mère sont vifs et joyeux. Je vous serre dans mes bras tous, les grands et le petit.

Mets à cette lettre minuscule un timbre de 10 centimes, et jette-la à la

poste[261].
À Monsieur Ch. Le Balleur Villiers[262],
Mazas.


H.-H., 21 octobre.

Je suis absent en été, et je trouve en rentrant à Hauteville-house votre lettre du 21 juillet. Je vous remercie, mon cher proscrit, de votre souvenir, de votre courage, de votre dévouement aux nobles causes, et je vous serre la main.

Victor Hugo.

Ma lettre vous parviendra-t-elle ?[263]


À Auguste Vacquerie[264].


H.-H., 23 octobre.

Les journaux m’arrivent, bravo ! Je lis l’excellente note de P. de St-Victor, le charmant compte rendu de M. H. Ferrier. Immense succès. Je vous l’avais demandé. Il ne vous a pas été difficile de me le donner. Merci.

Je bats des mains par-dessus la mer.

V. H.[265]


À Flourens[266].


Hauteville-House, 27 octobre 1867.

Un mot. Monsieur, in haste. J’ai trouvé ici, en arrivant, après une absence de trois mois, une montagne de lettres, un arriéré énorme. J’ouvre aujourd’hui votre lettre du 2 août. Vous le savez, je suis tout dévoué aux peuples, à la Grèce, à la Crète. On peut toujours et partout compter sur moi. Dites-le bien à M. Saravas[267]. Cette lettre est pour lui comme pour vous. La brochure a sans doute paru. Elle est excellente, elle est concluante. Je lui eusse certainement écrit la page d’adhésion ; il est trop tard, je pense, et c’est une tristesse pour moi. Du fond de ma solitude, j’assiste au supplice du genre humain. Je crie et je lève les mains au ciel. Si vous lisiez les lettres que je reçois, vous frémiriez. Toutes les souffrances s’adressent à moi ; que puis-je, hélas ! n’importe, je fais comme je peux, ce que je peux. Je jette les pierres de mon désert dans le jardin des tyrans. Oui, comptez sur moi. Jusqu’à mon dernier souffle je lutterai pour les opprimés. Là où l’on pleure, mon âme est là. Vous êtes un vaillant cœur, un noble talent, un bras robuste et dévoué. Vous pensez et vous combattez, je vous serre la main et vous aime.

Victor Hugo[268].


À Madame Victor Hugo[269].


H.-H., dim. 27 8bre.

Chère bien-aimée, ta douce et charmante lettre a ravi le goum guernesiais. Tu dictes comme tu écris, avec un charme exquis. Je te remercie du baiser donné au grand front sérieux de Georges, mais je ne veux pas qu’il soit sérieux, de même que je ne veux pas que tu sois triste. Tes bons et doux enfants autour de toi ont pour fonction de te faire la vie heureuse. Il paraît que Hernani a été interrompu le 24. Avez-vous su pourquoi ?

Quand tu écriras à Émile Allix, prie-le de faire passer à Le Balleur, qui est à Mazas, ce petit mot. Je pense qu’il en a le moyen. J’applaudis à tous tes efforts de réformes économiques. Nous ne sommes pas loin d’un temps de tempête, et la prudence est utile. L’avenir s’appelle Georges. C’est pourquoi il me préoccupe.


À Madame Victor Hugo. À Charles et à François-Victor[270].


H.-H., dimanche 3 9bre.

Vous avez admirablement bien fait d’agir, mes bien-aimés. Remerciez notre excellent ami Ulbach pour ses dix lignes, qui sont parfaites. Remerciez aussi notre cher Paul. Maintenant que nous sommes dans le secret des vraies résistances, il faut beaucoup pardonner à Paul dans les choses passées. Les trahisons du bon Théâtre-Français n’auront abouti jusqu’ici qu’à faire faire à Hernani dimanche une recette monstre de 7 024 fr. C’est bien fait. Mais à force de coups d’épingle ils finiront par arriver au coup de poignard. Je le prévois.

Quant à Ruy Blas, la croix d’honneur de Chilly se dresse entre l’Odéon et moi. Lisez, entre vous seulement, cette lettre de Meurice. Elle vous mettra au courant. Voici aussi un mot de Julie. Je vous écris in haste. Je compte en finir aujourd’hui de ma montagne de lettres arriérées. Il y en avait 8 ou 900. En répondant à une sur 10, cela a fait 90 lettres, c’est-à-dire environ 200 pages. Tel est le boulet que je traîne. Mais je vous aime.

Je songe avec attendrissement au commencement de chanson du petit Georges. Qu’il soit béni, ce doux être.

Chère femme bien-aimée, je remercie tes beaux yeux, s’ils vont mieux ; sinon je les gronde. Et puis, je vous serre tous et toutes dans mes vieux bras.

Quant à Ruy Blas, je ne ferai aucune concession d’aucune espèce[271].


À François-Victor[272].


H.-H., 7 9bre.

Splendid traduction, voilà, mon Victor, ce que vient de me dire de ta traduction un visiteur anglais enthousiaste de ton monument élevé à son poëte. Cet anglais m’apportait une lettre de lady Thomson, trésorière de l’Œuvre des enfants pauvres à Londres, m’annonçant qu’à cette heure mon idée, très populaire en Angleterre, avait produit ce résultat de nourrir, seulement à Londres, 6 000 petits pauvres. Six mille, en toutes lettres. Cela ne m’empêche pas de nourrir aussi un peu la place des Barricades. Voilà, ci-incluse, une traite de 1 600 fr. à l’ordre de ta mère. Je fais à Charles un cadeau de 100 fr. que tu lui remettras. Il reste en compte pour la maison 1 500 fr.

Je t’embrasse, fils bien-aimé[273].


À Charles.


H.-H., 7 novembre.

Mon Charles, j’avais entendu ton récit, aujourd’hui je le lis. Entendre, c’est une impression, lire en est une autre. C’est à peu près la différence qu’il y a entre le vin de Clos-Vougeot récolté perpendiculairement à la rivière ou récolté horizontalement. C’est le même vin, avec un autre bouquet. De même quand on écoute, l’impression est plus vive, et quand on lit, plus profonde. Ton Voyage en Zélande est simplement superbe et charmant[274]. (Dans le troisième numéro, je n’en suis encore que là, il y a lame et lame. Mets flamberge, n’importe quoi.) Tu me fais dire des choses magnifiques, sur l’âme ici, et à la fin (je m’en souviens) sur l’art et la peinture, à propos de Delacroix. Je te demande la permission de te payer mes paroles cent francs, que Victor te remettra de ma part. Je suis chargé d’un baiser maternel pour Georges et j’y ajoute un baiser fraternel. Ton père par le sang, ton frère par l’esprit.

J’embrasse ma chère Alice[275].


À Madame XXX.


Hauteville-House, 7 novembre 1867.

Je m’empresse, Madame, de vous répondre. Votre gracieuse lettre me charme et m’attriste. Hélas, vous êtes donc, vous aussi, de ceux qui ne me croient point quand je parle de mon isolement. Je suis en ce monde un mécontent, et par conséquent un solitaire. Je n’y connais plus que Tout le Monde. C’est-à-dire Personne. En Amérique, je connaissais deux hommes, John Brown, qu’on a pendu, et Lincoln, qu’on a poignardé. En Italie, je connais Garibaldi, vaincu ; en Crète, Zimbrakakis, traqué ; en Russie, Herzen, chassé. Tel est mon bilan. J’ai demandé à Victoria la grâce du fenian Burke ; je l’ai eue. J’ai demandé à Juarez la vie de Maximilien. Trop tard. Mais l’eût-il accordée ? Je ne connais point M. Johnson, qui est un traître. Je suis un proscrit ; si jamais vous êtes proscrite, nous ferons la paire. En supposant qu’un hibou puisse nicher près d’une fauvette. Vous me demandez si j’ai fait des vers sur l’Égypte ? Oui. Dans les Orientales (le feu du Ciel). Il y a en outre Bounaherdi. Si j’ai fait des vers sur l’Amérique ? Oui, dans les Châtiments. Vous allez donc passer la mer ? Vos blanches ailes ne craignent point les grands espaces. Vous êtes faite pour planer, ayant la beauté et l’esprit. Je ne connais pas un journaliste en Amérique, quoique plusieurs me soient sympathiques. Si vous rencontrez une belle américaine, Madame Montgomery Atwood (en Europe en ce moment, je crois), montrez-lui cette lettre Elle a influence dans plusieurs grands journaux, et vous aidera gracieusement. Je ne puis écrire tout ce que je dirais, la police de France intercepte mes lettres. Soyez heureuse, Madame. Vous méritez le succès. Vous l’aurez. Je me mets à vos pieds.

Victor Hugo[276].


À Jules Lermina,
rédacteur en chef du Corsaire.


Hauteville-House, mardi 12 novembre 1867.
Mon vaillant confrère,

Vous voilà dehors, car, libre, vous l’avez toujours été. Plus on est à Mazas, plus on est dans la République. L’esprit s’affranchit d’autant plus qu’il a plus de verrous à sa porte. J’ignore si ma lettre vous parviendra, mais je tiens à vous envoyer, à vous et à vos généreux et éloquents compagnons de plume et de guerre, mon cordial serrement de main.

Applaudissement et bravo au jeune et brillant Corsaire.

Victor Hugo[277].


À Paul Meurice[278].


H.-H., 12 novembre.

Je vous écris in haste. Doux ami, soyez toujours mon oracle. Ma conscience parle comme vous.

D’après votre indication, je tire sur vous 12 000 francs (douze mille fr.). La traite vous sera présentée le 16.

En outre Mme d’A. vous présentera un bon de 500 fr. (Voudrez-vous lui envoyer cette lettre.)

Cela fera en tout 12 500 fr.

Je vous envoie un timbre-poste français. Je me débarrasse comme je peux de cette effigie. Daignez l’agréer.

Que faites-vous ? Quelle œuvre méditez-vous ? Quel succès couvez- vous ? C’est de vous que je m’occupe. Je doute de Ruy Blas, mais je suis sûr de vous. Quant à Ruy Blas, l’Odéon, je crois, se dérobe.

Je vous aime bien[279].
À François Coppée.


13 novembre 1867.

Mon noble et cher poëte, je savais tout et je ne croyais rien[280]. Est-ce que vous n’êtes pas cristal et lumière ? Quis dicere falsum audeat ? Vous avez raison de m’aimer un peu. Mon cœur, poëte, est avec vous.

Victor Hugo.

Serrement de main à M. J. Christophe.

Ne connaissez-vous pas M. Jean Aicard ? J’ignore son adresse. Voudriez-vous lui transmettre ce mot ? Merci[281].


À Auguste Vacquerie[282].


H.-H., 14 9bre.

Je reçois votre lettre. Vous êtes grand en tout. Cher Auguste, vous pensez à moi quand c’est de vous qu’il s’agit. Je suis préoccupé de vos démêlés avec Thierry, non pour moi qui m’attends à tout et suis résigné à toutes les formes de l’exil, mais pour vous, c’est-à-dire pour nous, dont vos drames sont la joie et dont vos succès sont le triomphe. Que va-t-il advenir de votre état de guerre avec le Théâtre-Français ? Je comptais sur une grande œuvre de vous cet hiver. Vont-ils l’ajourner ? Je connais les vieilles chausse-trapes du Théâtre-Français, et Thierry a dû en ajouter de nouvelles. Renseignez-moi, parlez-moi de vous, de vos œuvres inédites et attendues, de ce que vous avez fait et créé cette année, du théâtre que vous choisirez, et de ce que nous devons espérer.

Je remercie mon cher Meurice d’accepter la surcharge du Français, ayant déjà l’Odéon sur les bras, et d’étendre à Hernani sa tutelle de Ruy Blas. Dites-le lui, mon pronostic est ceci : on poignardera Hernani et on supprimera Ruy Blas. J’en rirai, si vous avez, vous, un grand succès n’importe où : Où vous irez, la gloire ira.

Je vous serre les deux mains.

À Monsieur Soundoukjanz[284].


Hauteville-House, 16 9bre 1867.

J’ai été absent, monsieur. À mon retour je trouve votre lettre excellente. J’accepte avec empressement l’offre que vous voulez bien me faire, et je vous envoie tous mes vœux de succès.

Recevez l’assurance de mes sentiments distingués.

Victor Hugo[285].


À Charles.


H.-H., 17 novembre 1867.

Toi aussi, mon Charles, tu « ensorcelles l’admiration », mais mieux que Delacroix, et par le charme. La ligne du beau est dans ton style, ce qui n’empêche pas ton style d’être vivant, ému, poignant et au besoin pathétique. Témoin cette belle mélancolie, si profonde, sur les bêtes prisonnières de l’homme.

La tempête nous bloque, ce qui fait que nous n’avons eu qu’hier samedi, fort tard, la fin de ton VH en Zélande. Une de tes voyageuses te lit et te relit, éperdue d’enchantement. Kesler dit : c’est de premier ordre. Julie est vaincue dans ses retranchements catholiques et parle de toi à Sénat comme d’un maître. Tu as un très grand succès des journaux ; le Corsaire et le Figaro te citent avec louange ; Chassin, dans le Phare de la Loire, extrait, en deux colonnes, toute mon opinion sur les églises, magnifiquement sténographiée par toi. Son article est intitulé : Une idée patriotique. Si tu veux continuer, et tu voudras (n’est-ce pas, chère Alice ? n’est-ce pas, petit Georges ?) tu auras avant peu dans la presse une situation de premier ordre (bah ! je pille Kesler).

J’espère que les yeux de ta bien-aimée mère se comportent bien. Tout est en bon état ici, malgré l’ouragan. Je vous serre tous étroitement dans mes vieux bras.

Comme tu parles avec grâce de Victor et de sa monumentale traduction !

Auguste est brouillé avec Thierry. Voilà Hernani en grand péril. Quant à Ruy Blas, j’ai fait mon deuil de l’Odéon. Chilly fait la paire avec Thierry, j’en ai peur du moins. Si M. Chilly, qui fait des mots contre moi, voulait

jouer Ruy Blas qu’il m’a demandé en des lettres si enthousiastes et si pressantes (que j’ai), les répétitions seraient commencées[286].
À Madame Victor Hugo[287].


H.-H., 22 nov.

La nouvelle servante à l’essai fonctionne depuis deux jours. Elle paraît zélée. Julie la dresse. Je recommande qu’elle soit un peu élégante et pas bigote. Tu vois que je vais au-devant de tes souhaits. Je voudrais que tous, vous reprissiez en gré ce pauvre Hauteville-house, si désert sans vous. Mon cœur se remplit d’ombre quand j’entre dans vos chambres vides. Pourtant avant tout, je veux que vous soyez heureux. Je veux qu’aucun cœur ne souffre, excepté le mien. Aimez-moi tous, mes bien-aimés, car je suis à vous et en vous. Vous êtes ma vie, lointaine et pourtant adhérente à mon âme. Chère femme bien-aimée, tes lettres sont bien douces. La tendresse y est à l’état de parfum. Je respire une lettre de toi comme la fleur de notre radieux printemps. Oh oui, il faut nous réunir tous. Je vous serre dans mes bras.

Je te remercie de tes préoccupations pour l’économie, et des soins que tu donnes à la maison[288].


À Jules Claretie.


H-H., 23 9bre.

Cher et vaillant confrère, le souffle qui est dans votre beau livre, le cri de la liberté indignée, vous le retrouverez dans ces vers. Je vous envoie la Voix de Guernesey[289] en échange et en remerciement des Derniers Montagnards. Je salue en vous un noble esprit révolutionnaire. Vous avez l’éclat du talent et la dignité de l’âme. Personne ne vous dépasse dans la jeune génération dont vous êtes. Vous unissez à l’enthousiasme la maturité, deux puissants dons. Vos Montagnards comblent une lacune dans l’histoire. Le sujet est merveilleusement choisi et traité supérieurement. Je vous envoie avec bonheur mon plus cordial shake-hand.

Victor Hugo[290].
À Madame Victor Hugo. À ses fils.


H.-H., 23 novembre 1867.

Je vous envoie un mot in haste, mes bien-aimés. Vous trouverez sous ce pli du nouveau. Je n’ai pu tenir plus longtemps à l’indignation. Je jette ce cri. Lisez[291].

Hernani est compromis et Ruy Blas est interdit[292] ; cela ne fera pas lever l’embargo. Mais avant tout le devoir.

Vous distribuerez les exemplaires selon les indications.

J’envoie à Georges le sien.

J’espère que vous serez contents.

Ma bien aimée femme, je veux absolument que tes beaux yeux deviennent bons. C’est leur devoir. Entends-tu ?

Il y a une escroquerie de Chenay qui se couve à l’horizon. Je la flaire et je vous la signale.

Tendre embrassement[293].


À Paul Meurice[294].


H.-H., 23 9bre.

Je vous envoie ceci[295] pour vous, je vous l’envoie aussi pour Michelet. Le devoir criait. J’ai obéi. Ceci gâterait les affaires de Ruy Blas si elles n’étaient pas déjà gâtées. Vous savez que M. Chilly fait contre Hernani et Ruy Blas des mots que Dumas envoie au Figaro. J’en suis à recevoir de ces coups de pied-là. Je ne me croyais pourtant pas encore mourant. Ô que c’est doux un ami comme vous !

V.

Écrivez-moi si ceci vous est bien arrivé. Nous sommes dans un temps de poste coupée de police[296].


À Michelet.


23 novembre.
Cher grand penseur.

Votre Louis XVI complète cette œuvre utile et puissante. Vous êtes dans l’histoire plus qu’un flambeau, vous êtes un regard ; le flambeau éclaire, le regard comprend. Vous montrez les faits par le dedans. Explication magnifique.

Je vous ai envoyé ma préface Paris ; aujourd’hui je vous envoie ce que ma conscience m’a dit de crier[297].

Vous m’approuverez, je n’en doute pas, et vous m’aimerez, je l’espère.

Tuus.
Victor Hugo[298].


Aux Membres de la République de Puerto-Riro.


Hauteville-House, 24bre 1867.

La République de Puerto-Rico a vaillamment défendu sa liberté. Le comité révolutionnaire m’en fait part, et je l’en remercie. L’Espagne hors de l’Amérique ! c’est là le grand but ; c’est le grand devoir pour les américains. Cuba libre comme Saint-Domingue. J’applaudis à tous ces grands efforts.

La liberté du monde se compose de la liberté de chaque peuple.

Victor Hugo[299].


À un poëte[300].


24 novembre 1867.

Nous sommes d’accord, Monsieur. Je ne crois pas au Christ, mais aux Christs. Tout vient de Dieu. Vous trouverez dans les Misérables et aussi dans William Shakespeare ma définition de Dieu. Ce credo vous satisfera, je n’en doute pas, car il conclut comme vos beaux et nobles vers. Dieu est la sève, nous sommes les fruits. J’ai écrit sur un des murs de ma maison d’exil :

Deus dies.

Je vous serre la main, poëte.

Victor Hugo[301].


À Mademoiselle Louise Bertin.


24 novembre, Hauteville-House.

Chère Mademoiselle Louise, ce que vous me demandez me serait bien doux, mais le devoir est sombre ; vous savez, j’ai écrit le vers :

Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là.

Hélas, où sont les belles années ? Que de choses évanouies ! Oui, nous causerions de tout, et je suis sûr que je retrouverais toujours votre grand esprit et votre généreux cœur. Hélas ! hélas ! Phœbus de Chateaupers est sénateur, le Journal des Débats m’est devenu ennemi (hors Janin) ; votre admirable père le tournait vers l’avenir, la rédaction actuelle le tourne vers le passé, ce que je déplore, car les moments difficiles approchent.

C’est égal, votre douce lettre m’a fait du bien. Il m’a semblé entendre l’exquise harmonie d’autrefois, cette musique profonde qui est dans votre âme. Je suis à vous de tout mon dévouement et de tous mes respects.

Amitiés à Édouard.

Victor H.[302]


À Paul Meurice[303].


H.-H., 25 nov.

Je commence, comme toujours, par vous obéir. Voici le traité signé. Maintenant voici quelles seraient mes raisons pour ne point le signer :

1° Vous avez reçu ma lettre d’hier (et ce qu’elle contenait). Vous y avez vu la mention d’un mot de M. Chilly contre Hernani et Ruy Blas (l’exil écrémé) trouvé charmant par Dumas (il faut toujours tout pardonner à Dumas) et envoyé par lui au Figaro, qui a fait à Chilly (et à Dumas) la malice de le publier.

2° M. Chilly n’ayant point démenti le mot, il est acquis.

3° M. Chilly prenant cette situation nouvelle, il m’importait (je crois) de garder vis-à-vis de lui ma situation ancienne.

4° Or, ce traité est, dans mes relations avec l’Odéon, ce qu’on appelle en charabia de droit, une novation.

5° Bien que la date reste la même, si M. Chilly veut, il s’en servira contre l’ancien traité (un même objet ne pouvant être régi par deux traités différents) et M. Chilly serait toujours bien sûr d’avoir les tribunaux pour lui.

5° Si sûr, que je me garderais bien d’y recourir. Je laisserais l’affaire Ruy Blas tomber dans l’eau, et M. Chilly tomber dans la légion d’honneur.

Pesez ceci, avec Vacquerie, et décidez souverainement. Si vous jetez le traité au feu, c’est que j’ai raison. Si vous le remettez à Chilly, c’est que j’ai tort. Vous ne pouvez vous tromper.

Je vous serre dans mes bras.

Ma lettre grosse d’hier vous est bien arrivée ?


Ex imo tuus.
V.Bibliothèque Nationale.
Au même.

Tout à l’heure, j’ai eu comme un coup de poing. Le hasard me fait jeter les yeux sur la Voix de Guernesey et dans les premières pages, je vois ces deux rimes: ennemis-amis, bien que dans Voltaire, ne riment pas. Voilà ce qui s’était passé : j’avais fait deux vers ; celui qui a été imprimé et celui-ci qui ne l’a pas été :

Hélas ! vous voilà donc pour jamais endormis !

J’ai rayé le premier, à cause de la rime fausse amis-ennemis, et conservé le second qui est le bon. Julie, ma copiste, s’est trompée, a omis le vers conservé et maintenu le vers rayé. J’ai corrigé machinalement l’épreuve, ma bête n’a pas vu la bêtise et de cette façon me voilà avec une fausse rime sur la conscience. Priez pour moi, qui que vous soyez, corrigez la faute sur votre exemplaire en substituant au vers beaux, vaillants, etc., le vers : Hélas ! vous voilà donc... etc., et dites à tous les poëtes que vous rencontrerez que je leur demande l’absolution. Il n’y a pas de petites choses dans l’art.

H.-H., 2 Xbre 1867.
V. H.[304]


À Albert Lacroix[305].


H.-H., 3 Xbre.
Mon cher monsieur Lacroix,

Je viens de lire et d’annoter rapidement votre lettre à notre excellent ami commun M. Guérin. Elle contient beaucoup d’erreurs involontaires, et j’aurais pu multiplier les observations. J’aime mieux vous envoyer quelques bonnes et cordiales paroles.

Il n’y a entre nous aucun engagement pour l’avenir, ni partiel, ni général, ni pour un volume, ni pour dix, mais il y a, ce qui vaut souvent mieux que les traités, estime sérieuse et réciproque, et réel désir, de mon côté du moins, de continuer les relations d’auteur à éditeur. Je vous répète ce que je vous ai dit déjà à plusieurs reprises, que je désire conserver ma liberté et vous laisser la vôtre, que cela ne m’empêchera en aucune manière d’écouter, et, j’espère, d’accueillir vos propositions, si vous jugez à propos de m’en faire, quand j’aurai un ouvrage prêt à paraître, et que, dans tous les cas, il me semblerait bien difficile, sinon impossible, de faire, avec quelque éditeur que ce soit, un traité d’ensemble avant d’avoir terminé le livre 93. Alors seulement je serai maître de mon loisir, et je pourrai entreprendre, avec suite et sans lacune, la série de mes publications futures. Ce 93 à faire me crée une sorte de servitude ; c’est la servitude d’un devoir ; car il y a du devoir dans ce livre.

Je suis forcé d’ajourner votre proposition, et d’autres ; mais, je vous prie, ne vous méprenez pas. Laissons de côté les petits détails, et soyez sûr qu’il ne tiendra pas à moi que nos relations de cordialité et d’affaires ne continuent, non seulement sans décroître, mais encore en s’améliorant.

Croyez-moi bien affectueusement à vous.

Victor Hugo[306].


À Alfred Sirven[307].


Hauteville-House, 8 décembre 1867.

... De toutes les prisons, celle que je connais le mieux, c’est l’exil. Voilà seize ans bientôt que je tourne dans cette cage.

Enfant, j’allais jouer au Jardin des plantes, je montais sur le labyrinthe, et j’apercevais un grand toit plat avec une guérite et un soldat flânant, l’arme au bras. Ma mère me disait : C’est une prison !

La prison peut être fort grande. Une chose plate sur laquelle marche le soldat, c’est aujourd’hui l’Europe.

Plus tard, j’ai connu l’intérieur de Sainte-Pélagie par deux de mes vieux amis, Béranger et Lamennais. Béranger, peu de temps avant sa mort, m’écrivait : — J’ai commencé par la prison et vous finissez par l’exil. Et je lui répondais : Tout est bien. Espérons, mon cher ami, l’avenir est une aube.

Je vous serre cordialement la main.

Victor Hugo[308].


À Auguste Vacquerie[309].


H.-H., dim. 8 [décembre 1867].

Vous m’avez écrit sur ce cri de colère et de devoir des choses hautes et profondes. Votre lettre m’a ravi, cher Auguste, et aussi, et surtout encore, par la bonne nouvelle qu’elle me donnait. Vous faites un Faust[310]. Bravo ! In excelsis ! Nous allons donc avoir un Faust. Sujet magnifique, infernal et sidéral, manqué par Gœthe.

Gœthe est un poëte allemand dans le goût Louis XVI, fort surfait aux dépens de Schiller et d’Hoffmann. Vous reprenez Faust à cet olympien de carton. Je trépigne et j’éclate en applaudissements. Je vous envoie tous ceux que Ruy Blas n’aura pas. Le voilà remuselé, mon répertoire mauvais coucheur. C’est bien fait, et l’empire est sauvé. Vous savez qu’en publiant la Voix de Guernesey je ne me suis pas dissimulé que Bonaparte me répliquerait par Ruy Blas au violon. Bravo, Bonaparte !

Vaillant ami, faites, vous et Meurice, ce que vous trouverez bon et utile en présence de cette nouvelle turpitude qui date le seizième anniversaire de l’exil. Tous deux vous êtes moi plus que moi-même.

Manibus vestris rem vestram commendo. Acclamations à Faust ![311]


À Paul Meurice.


H.-H., dimanche 8 décembre.

Je pousse le cri de Guernesey. Bonaparte bâillonne mon théâtre. C’est bien. Voilà Ruy Blas interdit et vous allez voir Hernani arrêté. Puis le silence se refera sur mon œuvre dramatique. Que pense M. Dumas de l’exil écrémé ? 11 est vrai que de votre Hamlet il dit mon Hamlet. Tout est bien.

J’ai fait mon devoir, et je suis content.

Non, je n’écrirai pas à M. Chilly. Au bâillon je réponds par le silence.

Je vous donne absolument carte blanche, mon doux et généreux ami, à vous et à mon cher Vacquerie. Vous êtes là, et vous savez mieux que moi ce qu’il faut faire. Faites pour le mieux.

Cher Meurice, que me font mes aventures ! Vous venez d’avoir coup sur coup deux triomphes, Les Bois Doré et Hamlet. Je me réfugie sous votre auréole, et ma foi, elle me va.

Je pense que vous avez reçu mon dernier envoi, contenant la Voix de Guernesey pour madame Sand. Dans cette lettre, je vous parlais beaucoup de vous. Dans celle-ci je ne vous parle que de moi. Mais vous savez bien la place que tiennent dans mon cœur vos bonheurs, vos tristesses, vos joies.

Je veux rester sur ce mot, et espérer.

Tuus[312].
À Charles et à François-Victor.


H.-H., dimanche 8 décembre.

Comme je l’avais prévu, la Voix de Guernesey me coûte Ruy Blas. Tout est bien. C’est le devoir fait, et bien fait.

Cela date bien le seizième anniversaire de l’exil.

Meurice m’écrit : Chacun des vers de la Voix de Guernesey vous coûte cinq cents francs. - Je le savais. Au moment où j’ai mis à la poste les cinquante lettres contenant le premier envoi, j’ai dit à Kesler : Voici cinquante lettres qui me coûtent chacune deux mille francs. Puis je les ai jetées dans la boîte.

Vous voyez que je connais bien Bonaparte. Au reste lui aussi doit me connaître.

Mon Charles, ton VH en Zélande est reproduit ici en entier dans la Gazette[313] et a sur ce rocher un succès fou, comme partout. Nous en rabâchons.

Je fais réimprimer la Voix de Guernesey. Je donne à ma bien-aimée femme (qui ne m’écrit plus, vilaine !) l’épreuve corrigée de ma main (ci-incluse).

Je n’ai reçu aucune lettre, si ce n’est une très chaude de M. Bérardi. J’admire le superbe silence de M. Lacroix. En revanche, Hetzel m’a écrit des enthousiasmes. Un libraire paie pour l’autre. Et puis M. Lacroix est bien plus l’éditeur de M. Proudhon que le mien. J’espère que son Bulletin du Dimanche n’a soufflé mot de ces vers séditieux. J’ai reçu du reste dix ou douze journaux belges les reproduisant (souvent avec des points. Quelquefois tout entiers).

Je vous serre tous, Georges inclus, sur ma vieille patraque de cœur.

V.

Iterum. Je mets ma femme en garde contre le sieur Chenay[314].


À Madame Victor Hugo[315].


H.-H., 10 Xbre.

Chère femme bien-aimée, ci-contre la correspondance, demande et réponse. Comprenez, mes doux et chers conseillers, que je n’accepte pas le dialogue avec Chilly. C’est avec Bonaparte que je cause. Je réponds au vrai auteur de la lettre[316].

Je crois que l’Étoile Belge et autres journaux libres, publieront volontiers ces deux lettres. Faites-en des copies et donnez-les leur. Si c’est votre avis, s’ils objectaient la loi Faider, il ne faudrait pas insister.

Chère amie, tu vas donc aller à Paris. J’espère que tu en reviendras tout à fait guérie, soit à Bruxelles, soit à Guernesey où tu es toujours désirée. Voici un bon de 300 fr. sur Paul Meurice (ci-dessus). Défie-toi de Chenay. Souviens-toi de son escroquerie de 500 fr. il y a deux ans. Refuse net de le voir.

Je vous embrasse tendrement tous, y compris les six dents et les quatre pattes de Georges.

Voici des exemplaires du nouveau tirage. Envoyez, je vous prie, à M. Lebloys, 21, rue Gaffart.

Je suis averti que M. Chenay veut te voir et t’exploiter par son chantage. Il faut absolument lui fermer la porte. J’écris à Vacquerie dans ce sens.

J’envoie à Vacquerie ma lettre à L. B. pour qu’il la lui fasse tenir[317].


À Auguste Vacquerie[318].


H.-H., 10 Xbre.

Je ne puis répondre à Chilly, car ce n’est pas lui qui m’a écrit. Je réponds au véritable auteur de la lettre. Voici la réponse. Si vous avez moyen de la faire parvenir à son adresse, faites, mes admirables et chers amis. Il est important de maintenir la chose entre M. L. Bonaparte et moi.

Quelle bonne et charmante lettre vous m’avez écrite, cher Auguste ! et comme vous avez raison de tout point !

Je m’attends à la suspension d’Hernani et à sa suppression définitive. Disparu de l’affiche, il disparaîtra du répertoire. On ne le jouera plus. Soit.

À vous. Ex imo.

Détail à côté : J’ai remis votre mot à Julie. Permettez-moi de vous mettre un peu en garde contre M. Chenay. Je désire que ma femme ne le reçoive pas. Rappelez-vous les 500 fr. d’il y a deux ans. Il médite une récidive. J’ai averti ma femme. Aidez-moi[319].


À Théodore de Banville.


Hauteville-House, 20 décembre.

Un poëte exquis, c’est vous ; un ami charmant, c’est vous. N’ayez pas peur, les petites variations de l’aiguille mode ne signifient rien ; elles ne régissent que le théâtre Scribe et la littérature Feuillet. Là où vous êtes, est le goût ; là où vous êtes, est l’art.

Vos exquises, vos belles odes du Charivari font appel à la Voix de Guernesey. La voici. Vous trouverez la chose sous ce pli. Mon écho vous répond :

Écho n’est plus un son qui dans l’art retentisse.
C’est une voix qui dit : Droit, Liberté, Justice.

J’ai rectifié pour vous, sur l’exemplaire que je vous envoie, une rime fausse, ennemis, amis, qui est dans Voltaire, ce qui achève de la condamner. Cette rime vient d’une erreur du copiste qui a mis un vers raturé à la place du vrai vers. Donnez-moi l’absolution.

Où diable avez-vous vu que je ne mettais jamais le nom de mes amis dans mes vers ? Vous pourrez bien quelque jour apprendre le contraire à vos dépens. Libre à vous de prendre cette menace pour une promesse.

Est-ce que vous ne viendrez pas voir mon océan ? Il est en ce moment terrible, mais sublime. Si vous n’avez pas peur de sa grosse colère, venez donc passer un mois ou deux avec moi. Je vous logerai mal, mais je vous

aimerai bien[320].
À Alfred Asseline.


Hauteville-House, 22 décembre 1867.

Mon cher Alfred, je reçois ta lettre charmante, je fouille énergiquement le pantalon. Rien, rien, rien! (Desmousseaux de Givré). La poche est vide comme la caboche d’un académicien. Je suis comme Marguerite de Savoie, veuve avant la noce. Je pleure mes étrennes.

Il est probable qu’en emballant le pantalon, on aura fait tomber le petit écrin qui était dans le gousset. Fais faire, je te prie, de fortes recherches.

Mais l’écrin lui-même ne me suffit pas, il nous faut ta femme et toi. Est-ce que vous n’allez pas vous arranger pour venir un peu à Guernesey ? Je n’ai malheureusement pas d’appartement convenable pour Mme Asseline, mais table le matin et table le soir, castanæ molles, voilà ce que je vous offre.

Mets-moi aux pieds de ta femme par-dessus le marché, et sois jaloux.


Midi. — Dernières nouvelles. — Comme j’allais fermer cette lettre, arrive la poste, on m’apporte une petite boîte avec stamp ; c’est l’écrin[321]. Je l’ouvre et j’admire. Rien de plus charmant. C’est un vrai bijou. C’est historique et chimérique. Merci, mon poëte, de cette jolie chose.


Dernière des dernières. — Nombreuse compagnie chez moi à cause du Christmas des petits pauvres. Une foule de femmes charmantes. Ton ravissant écrin a circulé de main en main. Admiration universelle. Chose extraordinaire, on ne l’a pas volé[322].


À Auguste Vacquerie[323].


H.-H., 27 Xbre.

Cher Auguste, je veux que la première visite que recevra votre filleule soit la mienne. Voici ma carte. Mettez-la dans son berceau. Quand elle sera grande, vous lui expliquerez ce que c’est, et vous lui direz qu’un homme qui vous aimait tous a fait pour elle ce griffonnage.

Elle va avoir, en entrant dans la vie, une grande chance. Vous allez être son père spirituel, c’est-à-dire le père de son esprit.

Vos acteurs sont ravis, je le sais. Je sais toutes les bonnes nouvelles de votre œuvre. J’entends d’ici le sourd pétillement de cette grande flamme qui va éclairer et réchauffer Paris. Cher Auguste, bravo d’avance et toujours. Je vous envoie mon bonjour bon an en plein triomphe.

Je suis un peu souffrant de ma vieille gorge revêche, mais votre succès sera ma santé.

À vous.


À Charles. À François-Victor[325].


H.-H., dimanche 29 Xbre.

Mes enfants bien-aimés, je consacre à vous payer ici ces dettes arriérées le dividende italien qui échoit le 1er janvier. Les trois quittances, ci-contre, montent à 256 fr. Le dividende est de 375 fr. Il restera 119 fr. Or, voulant vous le donner tout entier, voici comment je distribue le reliquat

à Charles 50 fr.

à Victor 50 fr.

à monsieur le Petit Georges 19 fr.

119 fr.

Je ne sais comment le dividende se touche. Je n’ai pas reçu de reçu (à signer). Que Victor s’informe près de M. Van Vambeke. (À propos, avez-vous envoyé ma procuration à M. de Haussy ?) J’ai payé ici les 256 fr. de vos dettes. Si M. Van Vambeke vous remet les 375 fr., vous appliquerez lesdits 256 fr. payés ici, aux dépenses de la maison.

On va jouer Ruy Blas au Parc. M. Lavergne[326] m’a écrit une lettre très bien pour me prier d’y assister. Mettez ma réponse (ci-incluse) sous enveloppe, à son adresse et envoyez-la lui. — Je n’ai plus que la place de quatre baisers.

Avez-vous remarqué le silence de Janin sur Ruy Blas ? Passe-t-il à l’ennemi ? Paris-Magazine a fait une heureuse qui remercie.

Victor a bien fait de payer à M. Morijé les 25 francs.

Je vous envoie les journaux locaux racontant notre petite fête d’ici. Peut-être ce contraste avec les rages de L. B. contreRuy Blas vaut-il la peine

d’être publié[327].
À Auguste Vacquerie[328].


H.-H., 31 Xbre.

Cher Auguste, en même temps que ce mot, vous recevrez, en book-post, sept cartes de visite :

Vous ;                                        Henri Rochefort ;
P. Meurice ;                                Alph. Lecanu ;
P. de St-Victor ;                           Ph. Burty ;
Ém. Allix ;

Chaque dessin porte le nom du destinataire (quel grand mot !) Voulez-vous être assez bon pour les transmettre ?

Je vous ai écrit hier. Ma lettre contenait, outre une lettre pour ma femme, un petit imprimé. Cela vous est-il arrivé ?

Dites à ma femme qu’il y a une grande misère de naufragés à Blackenbergh, et que j’abandonne à ces pauvres familles mon droit d’auteur de la 1re de Ruy Blas à Bruxelles.

La bonne année 1868 sera la grande année si elle nous donne Faust.

Tuus.
V.

S. V. p. ce mot pour Meurice[329].


À Paul Meurice[330].


H.-H., 31 Xbre.

Cher Meurice, avez-vous reçu dans mes deux dernières lettres, 1°, une Voix de Guernesey pour M. Berton. 2°, une lettre pour Henri Rochefort, contenant un petit document ? — Je me défie de la poste.

Aujourd’hui je vous envoie ce petit mot par Auguste, plus ma carte de visite annuelle. Je l’ai faite moins sombre qu’à l’ordinaire pour qu’elle fasse sourire ma belle reine d’Espagne.

Pauca meo Gallo, sed quia lent ipse Lycoris.

Voici un nouvel an. Nouveaux succès pour vous, nouveaux bravos, ce qui sera nouvelle joie pour moi. Je me souhaite ma bonne année en triomphes pour vous.

Et je vous embrasse.

À Scheurer-Kestner.


[1867.]

Mon gracieux et cher collègue, j’introduis près de vous M. Albert Mérat. M. Albert Mérat est un lauréat de l’Académie, qui voudrait être un lauréat du Sénat, c’est-à-dire employé sous vos ordres. Il mérite tout ce qu’il demande et beaucoup plus encore. Il vous dira en quoi vous pouvez puissamment le servir. Je vous le recommande de tout mon cœur, et je vous serre la main.

Victor Hugo[332].


À François-Victor[333].


[1867.]

Mon petit Victor, dis à ta mère que je paierai les 500 fr. qu’elle doit sans rien retrancher de son allocation mensuelle. Seulement fais-lui remarquer, et remarque toi-même, que ces 500 fr. là, son voyage et sa dépense à Paris, la pension de Charles, les dettes de Charles ici qu’il faudra achever de payer, les 1 000 ou 1 500 fr. qu’il va falloir donner à Aubin, tout ce petit ensemble dévore cette année l’accroissement d’aisance qu’aurait pu avoir la maison. Heureusement rien de pareil ne se produira l’année prochaine, à l’exception de la pension de Charles.

Je t’embrasse, cher enfant[334].


À Albert Lacroix[335].


Samedi 19 [1867].

Comme vous le désirez, mon cher monsieur Lacroix, je vous accuse (immédiatement réception de votre lettre, je suis forcé de réserver la question de l’association pendant quelques jours encore, car il s’agit de tiers, quel que soit mon désir de résoudre cette question dans le sens souhaité par vous. Vous faites bien de vous préparer. Je ne pourrai garantir pour les volumes que vingt feuilles par volume (édit. princeps belge des Misérables) tout en estimant qu’il y aura plus de vingt feuilles. Il sera utile que vous veniez à Bruxelles dans les premiers jours de la semaine prochaine. Je répondrai là à toutes vos autres questions.

Donc à bientôt, et, quant à l’association, croyez à mon désir de tout arranger comme vous le souhaitez.

Mille cordialités.

V. H.[336]
  1. Inédite.
  2. Communiquée par la librairie Cornuau.
  3. Alfred Asseline. — Victor Hugo intime.
  4. Hommes et Dieux, réunion d’articles en un volume, publié au début de 1867.
  5. Collection Paul de Saint-Victor.
  6. Comme nous l’avons fait pour les deux volumes précédents, chaque fois que nous avons pu nous référer à l’original d’une lettre publiée en 1896 ou en 1898, nous avons corrigé et complété cette lettre.
  7. En marge de la dernière page du brouillon non terminé, cette note : Un mot final.Archives de la famille de Victor Hugo.
  8. Inédite.
  9. La Vie nouvelle, jouée au théâtre de l’Odéon le 8 avril 1867.
  10. Paris-Guide.
  11. Bibliothèque Nationale.
  12. Inédite.
  13. Mme Charles Hugo était enceinte.
  14. Victor Bois était le tuteur de Mme Charles Hugo.
  15. Suit le détail des comptes
  16. Bibliothèque Nationale.
  17. Inédite.
  18. Chefs-d’œuvre des arts industriels.
  19. Communiquée par la librairie Cornuau.
  20. Il s’agit des bonnes feuilles de l’Introduction à Paris-Guide.
  21. Gabriel Guillemot, auteur dramatique et critique littéraire.
  22. Jules Lermina, journaliste, fondateur du Corsaire, puis du Satan : il fut condamné sous l’empire pour ses articles subversifs ; il collabora au Radical sous le pseudonyme de : Un parisien.
  23. Charles Asselineau, critique d’art et journaliste, auteur d’une Bibliographie romantique renommée.
  24. Charles Monselet, journaliste, critique, écrivit plusieurs études sur le xviiie siècle. Monselet publia L’Almanach des Gourmands et la Cuisinière poétique.
  25. François-Victor, dans une lettre du 24 février, démontre à son père l’impossibilité de supprimer dans un Guide les désignations précises : « Comment désignera-t-on l’avenue de l’Impératrice, le lycée Napoléon, le lycée Bonaparte, etc. ». Les lycées Napoléon et Bonaparte sont actuellement les lycées Henri IV et Condorcet.
  26. Timothée Trimm, littérateur et chroniqueur français.
  27. Collection Louis Barthou. — Paris. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  28. Sans doute le Reliquaire, publié en novembre 1866.
  29. Mondain-Monval. — Victor Hugo et François Coppé. Revue Hebdomadaire, 4 juin 1910.
  30. Inédite.
  31. titre de la première partie des Deux Trouvailles de Gallus, publiées en 1881, dans les Quatre Vents de l’Esprit.
  32. Communiquée par la librairie Cornuau.
  33. Au bord de la mer.
  34. G. Barbey-Boissier. — La Comtesse Agénor de Gasparin.
  35. Inédite.
  36. Bibliothèque Nationale.
  37. Chef de l’insurrection de Candie, qui avait prié Victor Hugo d’élever la voix en faveur des insurgés.
  38. Mille francs de récompense.
  39. Bibliothèque Nationale.
  40. Inédite.
  41. Suit le détail des comptes.
  42. Bibliothèque Nationale.
  43. Le début de cette lettre manque.
  44. Paul Foucher, correspondant de l’Indépendance belge, s’était montré, depuis le début de l’exil, plus que tiède dans ses comptes rendus des œuvres de Victor Hugo.
  45. Suit le détail des comptes.
  46. Mme Charles Hugo mit au monde le 31 mars 1867 le premier petit Georges, que l’on projetait alors d’appeler Jean.
  47. Introduction au livre Paris-Guide.
  48. Directeur du théâtre de l’Odéon.
  49. Publiée en partie dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale. Bibliothèque Nationale.
  50. Inédite.
  51. Aubanel était éditeur, mais il est connu comme poète provençal, ayant écrit plusieurs livres dans cette langue.
  52. Bibliothèque Nationale.
  53. Collection Louis Barthou. — Paris. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  54. Inédite.
  55. Bibliothèque Nationale.
  56. Aristide Marie. — Louis Boulanger, peintre-poëte.
  57. Inédite.
  58. Bibliothèque Nationale.
  59. Inédite.
  60. Communiquée par la librairie Cornuau.
  61. Collection Louis Barthou.— Paris. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  62. Albert Caise avait publié une généalogie de Victor Hugo où il attribuait au poète les armes des Hugo de Lorraine. Un anonyme discuta cette attribution dans le Figaro, demandant où l’on pourrait placer, dans cette généalogie, Hugo, évêque de Ptolémaïs.
  63. Le dernier paragraphe n’existe pas sur le brouillon que nous avons sous les yeux, mais il a été reproduit d’après les Archives de la famille de Victor Hugo.
  64. Inédite.
  65. Geffroy, alors sociétaire du Théâtre-Français, avait joué, en 1838, Louis XIII dans Marion de Lorme.
  66. Delaunay était surtout un acteur de comédie ; incomparable, paraît-il, dans les grands amoureux du répertoire classique, il ne semblait pas désigné pour le théâtre romantique. Son grand talent vainquit la difficulté.
  67. Mlle Favart, tragédienne et comédienne, eut un triomphe dans Doña Sol.
  68. Bibliothèque Nationale.
  69. Inédite.
  70. Frédéric Febvre.
  71. Bibliothèque Nationale.
  72. Jane Essler avait, en 1862, obtenu un grand succès dans les Beaux Messieurs de Bois Doré ; son charme et sa grâce en auraient fait une touchante reine d’Espagne.
  73. Maubant, que ses succès dans le répertoire désignaient pour Ruy Gomez, le joua en 1867.
  74. Paul Meurice, dans une lettre datée du 23 mars, indiquait Maubant. Vacquerie préférait Geffroy, tout en craignant qu’il ne l’accepte pas, car il avait quitté la Comédie et, en y rentrant, ne voulait pas paraître enlever un beau rôle à ses camarades.
  75. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  76. Inédite.
  77. Suit le détail du compte.
  78. Mme Victor Hugo avait fondé à Guernesey l’œuvre des layettes pour venir en aide aux nouvelles accouchées pauvres.
  79. Bibliothèque Nationale.
  80. Premier petit-fils de Victor Hugo.
  81. Gustave Rivet. — Victor Hugo chez lui.
  82. Mme Jane Essler était désignée pour le rôle de la reine.
  83. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  84. Inédite.
  85. Albert Glatigny improvisait, sur des rimes que les spectateurs lui jetaient, des vers qui avaient grand succès.
  86. Communiquée par la Société pour les Relations culturelles entre l’U.R.S.S. et l’étranger.
  87. Inédite.
  88. Bibliothèque Nationale.
  89. Inédite.
  90. Victor Hugo écrivait sur le balcon du premier étage.
  91. Philibert Audebrand, journaliste, critique, auteur dramatique et romancier.
  92. Bibliothèque Nationale.
  93. Inédite.
  94. Lettre de Mme veuve Porcher qui continuait à diriger l’agence de billets d’auteur fondée par son mari, et qui demandait à Victor Hugo de l’autoriser à émettre ses droits de billets pour les différents théâtres de Paris.
  95. Bibliothèque Nationale.
  96. Inédite.
  97. Voir page 21.
  98. Le docteur Laussedat avait soigne Mme Charles Hugo dans ses couches.
  99. Inédite.
  100. Lettre de Paul Maurice qui demande instamment à Victor Hugo d’envoyer la préface de Paris-Guide dont le premier volume « pourrait paraître dans dix jours ». — La lettre à François -Victor est écrite sur une place restée libre de la lettre de Paul Meurice.
  101. Bibliothèque Nationale.
  102. Inédite.
  103. Bibliothèque Nationale.
  104. Institut d’Histoire de la Ville de Paris.
  105. Inédite.
  106. Bibliothèque Nationale.
  107. Inédite.
  108. Bracquemond, peintre, graveur et aqua-fortiste renommé, exécuta en gravure un frontispice-titre et trois illustrations pour les œuvres de Victor Hugo.
  109. Bibliothèque Nationale.
  110. L’Introduction à Paris-Guide fut en effet tirée à part, mais vendue 2 francs.
  111. Collection Louis Barthou.
  112. Inédite.
  113. Suit le détail des comptes.
  114. Bibliothèque Nationale.
  115. La Faculté de Munster avait imposé à Robert Pœhler, candidat à l’agrégation des lettres, le sujet suivant : comparer la poésie lyrique de Béranger à celle de Victor Hugo.
  116. Publiée dans un périodique : Fraternité — Réconciliation, numéro de décembre 1926.
  117. Inédite.
  118. La Vie nouvelle.
  119. Bibliothèque Nationale.
  120. Inédite.
  121. Bibliothèque Nationale.
  122. Inédite.
  123. Bibliothèque Nationale.
  124. Inédite.
  125. Benjamin Gastineau, journaliste, fut exilé en 1852 pour ses idées jugées subversives. Gracié en 1854, il fut déporté en Algérie en 1858. Pendant la Commune, il fut encore condamné à la déportation, mais bénéficia de l’amnistie. On a de lui plusieurs ouvrages à tendance anticléricale.
  126. Cette griffe était reproduite sur tout laissez-passer le soir de la première représentation d’Hernani, 25 février 1830. On la trouvera publiée en tête du fac-similé d’Hernani.
  127. Bibliothèque Nationale.
  128. Paris-Guide parut avec ce sous-titre : Rédigé par les principaux littérateurs et savants français.
  129. Collection Louis Barthou.— Paris. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  130. Inédite.
  131. Bibliothèque Nationale.
  132. Inédite.
  133. Bibliothèque Nationale.
  134. Inédite.
  135. Communiquée par les héritières de Paul Meurice.
  136. Miçkiewicz, poète polonais, chanta sa patrie et revendiqua pour elle l’indépendance et la liberté. Il fut nommé en 1840 professeur de littérature slave au Collège de France. Son cours fut suspendu en 1845 et il fut nommé conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal. En 1848, il organisa en Italie une légion polonaise.
  137. Inédite.
  138. Bibliothèque Nationale.
  139. Bibliothèque Nationale.
  140. Les Exilés, publiés en novembre 1866.
  141. Bibliothèque Nationale.
  142. Inédite.
  143. François-Victor avait écrit, pour le livre Paris-Guide, un chapitre sur la place Royale, aujourd’hui place des Vosges.
  144. Publiée en partie dans Mes Fils. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  145. Inédite.
  146. Bibliothèque Nationale.
  147. Les Fenians, poursuivant leur lutte pour affranchir l’Irlande de la domination anglaise, tentèrent un mouvement insurrectionnel en Angleterre même. Ils échouèrent et plusieurs chefs furent condamnés à mort. Leurs femmes et leurs filles demandèrent à Victor Hugo d’intervenir, ce qu’il fit. Sa lettre fut publiée dans plusieurs journaux étrangers. La grâce des Fenians fut accordée.
  148. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  149. Suit le détail des comptes.
  150. Premier ministre anglais.
  151. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  152. Collection Charles Pelliot.
  153. Vandal était conseiller d’État et directeur général des postes.
  154. Archives de la famille de Victor Hugo.
  155. Les Annales politiques et littéraires, 23 novembre 1913.
  156. Inédite.
  157. Bibliothèque Nationale.
  158. Inédite.
  159. Catulle Mendès (Judith Gautier) avait envoyé à Victor Hugo son nom écrit en caractères chinois et la traduction de ce nom.
  160. Bibliothèque Nationale.
  161. Inédite.
  162. Un Polonais avait tiré sur l’empereur, mais n’avait atteint qu’un cheval.
  163. Bibliothèque Nationale.
  164. Inédite.
  165. La lettre de Victor Hugo est écrite au verso de l’une de ces deux lettres, signée Auguste Mala.
  166. Inédite.
  167. Bibliothèque Nationale.
  168. Judith Gautier venait, sous le pseudonyme de Judith Walter, de publier le Livre de Jade.
  169. Collection Louis Barthou.
  170. Collection Louis Barthou.— Paris. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  171. Inédite.
  172. Communiquée par M. Léon de Saint-Valery.
  173. Fondateur du journal la France et rallié à l’empire.
  174. Publiée dans Actes et Paroles. Cette lettre est arrivée trop tard, Maximilien venait d’être fusillé.
  175. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  176. Tresse, éditeur ; maison existant encore sous la rubrique : Tresse et Stock.
  177. Plon, éditeur.
  178. Contrefacteurs belges.
  179. Communiquée par M. le comte Max de Bellefort.
  180. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  181. Bibliothèque Nationale.
  182. Inédite.
  183. Sur ce billet est collée une coupure en anglais, qui constate le succès d’Hernani.
  184. Voir Actes et Paroles. Pendant l’exil.
  185. Bibliothèque Nationale.
  186. Inédite.
  187. Camille Doucet, directeur général des théâtres.
  188. Bibliothèque Nationale.
  189. Henry Houssaye, fils d’Arsène Houssaye, fut un historien et un critique distingué.
  190. Histoire d’Appelles. Étude sur l’art grec.
  191. La Presse, 24 juin 1867.
  192. Bibliothèque Nationale.
  193. Extrait de journal collé sur la lettre :
    À celui de M. Amédée Blondeau, un cancan sur Victor Hugo, le lion d’hier et d’aujourd’hui, est superbe, mais pas généreux, comme vous allez voir.
    Vous savez qu’à tort ou à raison, on dit l’auteur de Ruy Blas très intéressé.
    Il paraît — circonstance bizarre — que son dernier jour de représentant ne lui a jamais été payé par le gouvernement de 1848.
    Aussi Hugo aurait-il toujours sur le cœur ces vingt-cinq francs.
    Un soir, dans un dîner chez Alexandre Dumas, les convives se disputèrent à propos d’une question de théâtre. La discussion prit des proportions telles, que de Cherville, voulant apaiser le bruit, dit sévèrement :
    Messieurs, parole d’honneur, on se croirait à la Chambre.
    À ces mots, Victor Hugo se lève, bondissant, et s’écrie :
    — Alors, je demande mes vingt-cinq francs !
  194. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  195. Bibliothèque Nationale.
  196. Le Figaro, 21 juin 1867.
  197. Bibliothèque de Troyes.
  198. Le Temps, 4 juillet 1867.
  199. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  200. La Revue, juin 1912.
  201. Mondain-Monval.Victor Hugo et François Coppée. Revue Hebdomadaire, 4 juin 1910.
  202. L’Homme qui Rit.
  203. Publiée en partie dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  204. Asseline. — Victor Hugo intime.
  205. Inédite.
  206. Deux articles de Jules Claretie, dans l’Illustration des 30 juin et 6 juillet 1867, accompagnaient le portrait de Victor Hugo par Bertall.
  207. Collection Jules Claretie.
  208. M. Durandeau, dans une étude publiée par la Libre Conscience, avait fait des réserves sur la fatalité attachée au caractère d’Hernani.
  209. Voir le numéro 24 de la Libre Conscience.
  210. La Libre Conscience, 20 juillet 1867. Victor Hugo, en marge de ce journal, a corrigé cette lettre. — Bibliothèque Nationale.
  211. Bibliothèque Nationale.
  212. Inédite.
  213. Bibliothèque Nationale.
  214. Rédacteur de la Vogue parisienne.
  215. La Vogue parisienne.
  216. Fiorentino était un critique distingué tout dévoué à l’empire.
  217. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  218. Inédite.
  219. Bibliothèque Nationale.
  220. Maison de Victor Hugo.
  221. Le Croisé, 10 août 1867. Journaux annotés. — Nous rappelons que les Journaux annotés par Victor Hugo sont reliés à la Bibliothèque Nationale.
  222. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  223. Inédite.
  224. « Le décret de Moscou veut que toutes les pièces, au Théâtre-Français, soient apprises en double. Il y aurait intérêt pour le public à voir, dans l’occasion, M. Febvre et M. Lafontaine jouer les rôles d’Hernani, De mon temps Hernani était su en double. Aussi, en 1850, point de relâches. Il va sans dire que vous êtes absolument juge de l’utilité et de la convenance de dire un mot de tout cela à M. E. Thierry. Il y a encore d’autres faits, petits, mais expressifs. Je n’en parle pas. — Autre détail : je lis dans les journaux ce matin une note où le Théâtre-Français annonce l’ajournement d’Hernani à la semaine prochaine sans même dire pourquoi. Le doux théâtre n’est pas fâché peut-être de laisser croire que c’est par baisse des recettes. Ce sont là les trucs antiques qu’on appelait jadis cabotinage. À vous, on vous a dépavé la rue, quand on jouait le Fils. » (Note de Victor Hugo.)
  225. Bibliothèque Nationale.
  226. Revue populaire de Paris, 1er septembre 1867.
  227. En tête du roman La Belle Paule, une lettre adressée à Victor Hugo.
  228. Archives de la famille de Victor Hugo.
  229. Inédite.
  230. Bibliothèque Nationale.
  231. Inédite.
  232. On annonçait en effet, à Trouville, une représentation le 24 août, avec Bressant.
  233. Bibliothèque Nationale.
  234. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  235. Inédite.
  236. Bibliothèque Nationale.
  237. Archives de la famille de Victor Hugo.
  238. Communiquée par la Bibliothèque de Rouen.
  239. Inédite.
  240. Bibliothèque Nationale.
  241. Charles Nodier, épisodes et souvenirs de sa vie.
  242. E. Biré. — Victor Hugo après 1852.
  243. Reliquat de Pendant l’exil. Bibliothèque Nationale. — Publiée dans Actes et Paroles. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  244. E. Biré. — Victor Hugo après 1852.
  245. Inédite.
  246. Cueillies sur la tombe de Léopoldine.
  247. Bibliothèque Nationale.
  248. Inédite.
  249. Bibliothèque Nationale.
  250. « Vous avez lu les entrefilets que j’ai mis dans la Liberté, dans le Courrier et dans l’Époque... Or Camille Doucet a vu Chilly avant-hier et lui a parlé tout à fait dans le sens de ces notes extra-diplomatiques. Il lui a dit qu’une nouvelle interdiction de Ruy Blas serait une faute absurde et créerait un danger grave. Il se croit sûr d’emporter une affirmation au mois de novembre. Lettre de Paul Meurice, 15 septembre.
  251. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  252. Jane Essler avait repris, dans les Beaux Messieurs de Bois Doré, le rôle de Mario qu’elle avait créé en 1862 ; elle devait, dans la reprise projetée de Ruy Blas, jouer la reine.
  253. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  254. Inédite.
  255. Communiquée par M. le baron de Villiers.
  256. Inédite.
  257. Bibliothèque Nationale.
  258. Inédite.
  259. Bibliothèque Nationale.
  260. « Le tome III des Apocryphes de Shakespeare vient de paraître chez Pagnerre. C’est le tome XVIII et dernier de la célèbre traduction de M. F. Victor Hugo. Ainsi se trouve complétée cette œuvre considérable qui permettra enfin de comprendre le grand tragique anglais. » (Extrait d’un journal collé sur la lettre.)
  261. Publiée en partie dans Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  262. Inédite
  263. Communiquée par la librairie Cornuau.
  264. Inédite.
  265. Bibliothèque Nationale.
  266. Gustave Flourens était le fils du concurrent de Victor Hugo en 1839 à l’Académie. Suppléant de son père au Collège de France en 1863, il traita l‘Histoire des races humaines ; ses opinions antireligieuses firent interdire son cours ; il publia alors ses leçons sous le titre : Histoire de l’homme. Plus tard, révolté par l’oppression de la Crète par la Turquie, il combattit avec les Crétois, les encouragea et sollicita pour eux l’appui de Victor Hugo ; dès 1866, la Crète le nomma président de sa députation à la représentation hellénique.
  267. M. Saravas, Crétois, avait essayé d’intéresser les journaux français au sort de la Crète, mais partout il s’était heurté à un refus. Il avait alors publié une brochure et sollicitait pour en-tête une page de Victor Hugo ; on a vu que l’absence avait empêché d’envoyer à temps la page souhaitée.
  268. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  269. Inédite.
  270. Inédite.
  271. Bibliothèque Nationale.
  272. Inédite.
  273. Collection Louis Barthou — Lettre reliée dans : Les Sonnets de William Shakespeare.
  274. Publié d’abord dans la Liberté, du 1er au 11 novembre 1867, sous le pseudonyme de Paul de la Miltière, puis en librairie en 1868.
  275. Revue Hebdomadaire, juin 1935.
  276. Collection Louis Barthou.
  277. Le Siècle, 21 novembre 1867.
  278. Inédite.
  279. Bibliothèque Nationale.
  280. On avait rapporté à Victor Hugo qu’en revenant de Guernesey, François Coppée aurait dit à des amis qu’il lui avait trouvé « l’air bourgeois ». Dès qu’il le sut, François Coppée protesta énergiquement.
  281. Mondain-Monval. — Victor Hugo et François Coppée. Revue Hehdomadaire, 4 juin 1910.
  282. Inédite.
  283. Bibliothèque Nationale.
  284. Gabriel Soundoukjanz, écrivain arménien, journaliste, homme de lettres et auteur dramatique.
  285. Communiquée par la Société pour les Relations culturelles entre l’U. R. S. S. et l’étranger.
  286. Revue Hebdomadaire, juin 1935.
  287. Inédite.
  288. Bibliothèque Nationale.
  289. Publiée en 1867.
  290. Collection Jules Claretie.
  291. La Voix de Guernesey, écrite après la défaite de Garibaldi à Mentana.
  292. Cette interdiction, prévue depuis longtemps, ne se fit pas attendre.
  293. Revue Hebdomadaire, juin 1935.
  294. Inédite.
  295. La Voix de Guernesey.
  296. Bibliothèque Nationale.
  297. La Voix de Guernesey.
  298. J.-M. Carré. Michelet et son temps. — Musée Carnavalet.
  299. Brouillon relié au Reliquat des Actes et Paroles. — Bibliothèque Nationale.
  300. Inédite.
  301. Collection Louis Barthou.
  302. Lettres aux Bertin.
  303. Inédite.
  304. Maison de Victor Hugo.
  305. Inédite.
  306. Bibliothèque Nationale.
  307. Réponse à une demande de renseignements sur la prison de Sainte-Pélagie.
  308. Les Prisons politiques. Sainte-Pélagie. Étude publiée en 1868, et contenant, en tête, cet extrait de la lettre de Victor Hugo.
  309. Inédite.
  310. Premier titre de Futura, publiée en 1890.
  311. Bibliothèque Nationale.
  312. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  313. La Gazette de Guernesey.
  314. Collection Louis Barthou.
  315. Inédite.
  316. « Voici la lettre Je Chilly :
    À M. Victor Hugo, à Guernesey.
    Théâtre Impérial de l’Odéon.
    Paris, 5 décembre 1867.
    Monsieur,
    Je viens d’être officiellement averti que la représentation de Ruy Blas est interdite.
    En présence du cas de force majeure résultant de cette interdiction, notre traité devient nul et non avenu, et j’ai le regret de vous en informer.
    Veuillez agréer l’assurance de ma haute considération.
    Le Directeur du théâtre de l’Odéon,
    De Chilly.
    « Et voici ma réponse :
    À M. Louis Bonaparte, aux Tuileries.
    Hauteville-House, 8 décembre 1867.
    Monsieur,
    Je vous accuse réception de la lettre que m’a écrite le directeur du « Théâtre impérial de l’Odéon ».
    Victor Hugo. »
  317. Bibliothèque Nationale.
  318. Inédite.
  319. Bibliothèque Nationale.
  320. Archives de la famille de Victor Hugo.
  321. Cet écrin renfermait deux miniatures : les portraits d’Henri IV et de Charlotte de Montmorency en costumes mythologiques.
  322. Archives de la famille de Victor Hugo.
  323. Inédite.
  324. Bibliothèque Nationale.
  325. Inédite.
  326. Directeur du Théâtre du Parc, à Bruxelles.
  327. Bibliothèque Nationale.
  328. Inédite.
  329. Bibliothèque Nationale.
  330. Inédite.
  331. Bibliothèque Nationale.
  332. Communiquée par la librairie Cornuau.
  333. Inédite.
  334. Bibliothèque Nationale.
  335. Inédite.
  336. L’Homme qui rit. Manuscrit du Reliquat. Bibliothèque Nationale.