Correspondance de Voltaire/1713/Lettre 8

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Correspondance : année 1713
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 12).
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8. — À MADEMOISELLE DUNOYER.

Je ne partirai, je crois, que lundi ou mardi ; il semble, ma chère, qu’on ne recule mon départ que pour me faire mieux sentir le cruel chagrin d’être dans la même ville que vous, et de ne pouvoir vous y voir. On observe ici tous mes pas : je ne sais même si Lefèvre pourra te rendre cette lettre. Je te conjure, au nom de Dieu, sur toutes choses, de n’envoyer ici personne de ta part sans en avoir concerté avec moi ; j’ai des choses d’une conséquence extrême à vous dire : vous ne pouvez pas venir ici ; il m’est impossible d’aller de jour chez vous : je sortirai par une fenêtre à minuit ; si tu as quelque endroit où je puisse te voir ; si tu peux à cette heure quitter le lit de ta mère, en prétextant quelque besoin, au cas qu’elle s’en aperçoive ; enfin, si tu peux consentir à cette démarche sans courir de risque, je n’en courrai aucun ; mande-moi si je peux venir à ta porte cette nuit, tu n’as qu’à le dire à Lefèvre de bouche. Informe-moi surtout de ta santé. Adieu, mon aimable maîtresse ; je t’adore, et je me réserve à t’exprimer toute ma tendresse en te voyant.

Arouet.