Correspondance de Voltaire/1718/Lettre 32

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Correspondance : année 1718
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 46-47).
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32. — A. MONSIEUR LE LIEUTENANT DE POLICE[1].

À Châtenay, vendredi saint 1718.

Monsieur, souffrez que le premier usage que je fasse de ma liberté soit de vous remercier de me l’avoir procurée. Je ne pourrai vous marquer ma reconnaissance qu’en me rendant digne, par ma conduite, de cette grâce et de votre protection. Je crois avoir profité de mes malheurs, et j’ose vous assurer que je n’ai pas moins d’obligation à M. le Régent de ma prison que de ma liberté. J’ai fait beaucoup de fautes ; mais je vous conjure, monsieur, d’assurer Son Altesse royale que je ne suis ni assez méchant, ni assez imbécile pour avoir écrit contre elle. Je n’ai jamais parlé de ce prince que pour admirer son génie, et j’en aurais dit tout autant quand même il eût été un homme privé. J’ai toujours eu pour lui une vénération d’autant plus profonde que je sais qu’il hait la louange autant qu’il la mérite. Quoique vous lui ressembliez en cela, je ne puis m’empêcher de me féliciter d’être entre vos mains, et vous dire que votre intégrité m’assure du bonheur de ma vie.

Je suis avec beaucoup de respect et de reconnaissance, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Arouet.

  1. Marc-René d’Argenson : voyez les notes, tome XIV, page 503, et XVI, 60. Cette lettre est du 15 avril 1718. Publiée pour la première fois par Beuchot, d’après une copie qu’il tenait du prince A. Labanoff.