Correspondance de Voltaire/1719/Lettre 38

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Correspondance : année 1719
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 50-51).
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38. — À MADAME LA MARQUISE DE MIMEURE.

1719.

Je vais demain à Villars ; je regrette infiniment la campagne que je quitte, et ne crains guère celle où je vais.

Vous vous moquez de ma présomption, madame, et vous me croyez d’autant plus faible que je me crois raisonnable. Nous verrons qui aura raison de nous deux. Je vous réponds par avance que, si je remporte la victoire, je n’en serai pas fort enorgueilli.

Je vous remercie beaucoup de ce que vous m’avez envoyé pour mon œil : c’est actuellement le seul remède dont j’aie besoin car soyez bien sûre que je suis guéri pour jamais du mal que vous craignez pour moi ; vous me faites sentir que l’amitié est d’un prix plus estimable mille fois que l’amour. Il me semble même que je ne suis point du tout fait pour les passions. Je trouve qu’il y a en moi du ridicule à aimer, et j’en trouverais encore davantage dans celles qui m’aimeraient. Voilà qui est fait ; j’y renonce pour la vie.

Je suis sensiblement affligé de voir que votre colique ne vous quitte point ; j’aurais dû commencer ma lettre par là. Mais ma guérison, dont je me flatte, m’avait fait oublier vos maux pour un petit moment.

S’il y a quelques nouvelles, mandez-les-moi à Villars[1], je vous en prie. Conservez, si vous pouvez, votre santé et votre fortune. Je n’ai rien de si à cœur que de trouver l’une et l’autre rétablies a mon retour. Écrivez-moi, au plus tôt, comment vous vous portez.

  1. Château à trois quarts de lieue de Melun. Il a successivement porté les noms de Vaux-Fouquet, Vaux-Villars, et Vaux-Prâlin, ayant appartenu au surintendant Fouquet, au maréchal de Villars, et au duc de Choiseul-Prâlin, l’un des correspondants de Voltaire. (Cl.)