Correspondance de Voltaire/1749/Lettre 2005

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Correspondance : année 1749
Texte établi par Condorcet, Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 37p. 54).

2005. — À STANISLAS,
roi de pologne, duc de lorraine et de bar.
Le 29 août, à neuf heures trois quarts du matin.

Sire, il faut s’adresser à Dieu, quand on est en paradis. Votre Majesté m’a permis de venir lui faire ma cour jusqu’à la fin de l’automne, temps auquel je ne puis me dispenser de prendre congé de Votre Majesté. Elle sait que je suis très-malade, et que des travaux continuels me retiennent dans mon appartement autant que mes souffrances. Je suis forcé de supplier Votre Majesté qu’elle ordonne qu’on daigne avoir pour moi les bontés nécessaires et convenables à la dignité de sa maison, dont elle honore les étrangers qui viennent à sa cour. Les rois sont, depuis Alexandre, en possession de nourrir les gens de lettres, et quand Virgile était chez Auguste, Alliotus, conseiller aulique d’Auguste, faisait donner à Virgile du pain, du vin, et de la chandelle. Je suis malade aujourd’hui, et je n’ai ni pain ni vin pour dîner[1].

J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, sire, de Votre Majesté le très-humble, etc.

  1. Voltaire avait souvent de ces querelles avec M. Alliot ; et quand le roi était pris pour juge, il décidait en faveur de Voltaire. La femme de M. Alliot était très-sotte et très-superstitieuse. Un jour qu’elle se trouvait avec Voltaire, dans un moment d’orage affreux, elle lui fit sentir que sa présence pourrait bien attirer le tonnerre sur la maison. Voltaire, qui, dit-on, n’était pas lui-même très-rassuré, dit à haute voix et en montrant le ciel : « Madame, j’ai pensé et écrit plus de bien de celui que vous craignez tant, que vous n’en pourrez dire de toute votre vie. » (K.)