Correspondance de Voltaire/1753/Lettre 2541

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Correspondance : année 1753
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 38p. 12-13).

2541. — À M. GOTTSCHED[1].
À Leipsick, du 6 avril 1753.

Omnia perfeci quæ celeberrimus et mihi semper charus Volfius desiderat.

Regi de fictitia et insulsa contra Maupert, locutus sum et mecum risit[2]. Dixi illi M. politicum magnum centum thaleros dare magno Merian ut scribat, et ego dixi sine stipendio contra Maupertuisium. « Astutior te est, dixit rex. — Etiam, respondi, et glorior nullam astutiam adhihere… — Durus est, addidit rex, et mecum sæpe acerbus. — Recte, dixi, recte tecum acerbus est, et mecum fuisti ; irridet tuos subditos, Academiam opprimit, maximis viris insultat, et tu in ejus favorem scripsisti, et sine stipendio ! »

Regem in imo corde multum pœnitet. Utinam in Potsdam commoratus essem ! Sed mihi stabat animus abire. Seribam regi intra paucos dies. Melius est nunc scribere quam loqui,

Opinor, D. D. Volfius ipse regi scribere debeat. Epistola brevis et facunda, modesta sed fortis de accusationibus contra Volfium in Maupertuisianis litteris[3] et falsis opprobriis multum valere et animum régis commovere jam labefactum. Nulla alia querela intersit. Volfii nomen prævalebit semper.

Non possum solus bellum gerere[4].

Voltaire.

    faveur, et sans être payé pour cela ! » Le roi au fond de son cœur se repent. Plût, au ciel que je fusse demeuré à Potsdam ! Mais j’étais décidé à partir. J’écrirai au roi d’ici peu de jours. Il vaut mieux écrire que parler.


    Je suis d’avis que Wolff aussi doit écrire au roi. Une lettre courte et éloquente, modeste mais ferme, sur les accusations contre Wolft et les injures qui se trouvent dans les lettres de Maupertuis, aurait beaucoup d’efficacité et impressionnerait l’esprit du roi, déjà ébranlé. Que nulle autre question ne soit soulevée. Le nom de Wolff prévaudra toujours. Je ne puis seul faire la guerre.

  1. Éditeur, H. Beaune.
  2. Pendant les huit jours que Voltaire avait passés à Potsdam avant son départ.
  3. Lettres de Maupertuis. Dresde, 1752.
  4. Traduction : J’ai achevé ce que désire le très-célèbre et toujours cher Wolff. J’ai parlé au roi des choses mensongères et ineptes écrites contre Maupertuis et il en a ri avec moi. Je lui dis que Maupertuis, grand politique, avait donné cent thalers au grand Merian pour qu’il les écrivît. « Il est plus rusé que vous, dit le roi. — Certes, répondis-je, et je me fais gloire de n’employer aucune ruse. — Il est dur, reprit-il, et souvent acerbe avec moi. — Oui, vraiment, dis-je ; il est acerbe avec vous, et vous l’avez été avec moi : il se moque de vos sujets, il opprime l’Académie, il insulte les plus grands hommes et vous vous écrivez en sa