Correspondance de Voltaire/1760/Lettre 4065

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Correspondance : année 1760
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 40p. 323-324).

4065. — À M. LE COMTE ALGAROTTI.
Aux Délices, 7 mars.

{{brn|1} Je suis malade depuis longtemps, mon cher cygne de Padoue, et j’en enrage. Le linquenda[1], etc., etc., fait de la peine, quelque philosophe qu’on soit : car je me trouve fort bien où je suis, et n’ai daté mon bonheur que du jour où j’ai joui de cette indépendance précieuse et du bonheur d’être le maître chez moi, sans quoi ce n’est pas la peine de vivre. Je goûte dans mes maux du corps les consolations que votre livre fournit à mon esprit ; cela vaut mieux que les pilules de Tronchin. Si vous voulez m’envoyer encore une dose de votre recette, je crois que je guérirai.

Si tout chemin mène à Rome, tout chemin mène aussi à Genève ; ainsi je présume qu’en envoyant les choses de messager en messager elles arrivent à la fin à leur adresse ; c’est ainsi que j’en use avec votre ami M. Albergati, dont les lettres me font grand plaisir, quoiqu’il écrive comme un chat ; j’ai beaucoup de peine à déchiffrer son écriture. Vous devriez bien l’un et l’autre venir manger des truites de notre lac avant que je sois mangé par mes confrères les vers. Les gens qui se conviennent sont trop dispersés dans ce monde. J’ai quatre jésuites auprès de Ferney#1, des pédants, des prédicants auprès des Délices, et vous êtes à Venise ou à Bologne. Tout cela est assez mal arrangé ; mais le reste l’est de même.

Ayez grand soin de votre santé ; il faut toujours qu’on dise de vous :


Gratia, fama, valetudo contingit abunde.

(Hor., lib. I. ép. IV, v. 10.)

Pour gratia et fama, il n’y a point de conseils à vous donner, ni de souhaits à vous faire.

Vive memor lethi ; fugit hoia ; hoc quod loquor, inde est.

(Pers., sat. v, v. 152.)

Vive lætus, et ama me.

  1. Allusion au vingt et unième vers de l’ode d’Horace Ad Posthumum., livre II, ode XIV.