Correspondance de Voltaire/1760/Lettre 4318

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Correspondance : année 1760
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 44-45).

4318. — DE LORD LYTTELTON[1].

Sir, I have received the honour of your letter dated from your castle at Tornex in Burgundy, by which I find I was guilty of an error in calling your retirement « an exile ». When another editions shall be made of my Dialogues, eitlier in English or in French, I will lake care that this error shall be corrected ; and I am very sorry I was not apprized of it sooner, that I might have corrected it in the first edition of a French translation, just published under my inspection in London. To do you justice is a duty I owe to truth and myself ; and you have a much better title to it than from the passports you say you have procured for English noblemen : you are entitled to it, sir, by the high sentiments of respect I have for you, which are not paid to the privileges, you tell me, your king has confirmed to your lands, but to the noble talents God has given you, and the superior rank you hold in the republic of letters. The favours done you by your sovereign are an honour to him, but add little lustre to the name of Voltaire.

I entirelv agree with you, « that God is the father of all man kind » ; and should think it blasphemy to confine his goodness to a sect ; nor do I believe that any of his creatures are good in his sight, if they do not extend their benevolence to all his creation. These opinions I rejoice to see in your works, and shall be very happy to be convinced that the liberly of your thoughts and your pen, upon subjects of philosophy and religion, never exceeded the bounds of this generous principle, which is authorized by revelation as much as by reason ; or that you disapprove, in your hours of sober reflection, any irregular sallies of fancy, which cannot be justified, though they may be excused, by the vivacity and fire of a great genius.

I have the honour to be, sir, etc.

  1. Ainsi que la lettre de Voltaire (voyez n° 4254), la réponse de Lyttelton est sans date. En les plaçant à plus d’un mois d’intervalle, je ne crois pas m’éloigner beaucoup de la vérité. Voici la traduction de la réponse de Lyttelton :

    « Monsieur, j’ai reçu l’honneur de votre lettre datée de votre château de Tournay en Bourgogne, qui m’apprend que j’ai commis une erreur en appelant votre retraite un exil. Lorsqu’on fera une nouvelle édition de mes Dialogues, soit en anglais, soit en français, j’aurai soin de corriger cette faute. J’ai bien du regret de n’en avoir pas été instruit plus tôt ; je l’aurais fait disparaître de la première édition de la traduction française qui vient d’être publiée, sous mes yeux, à Londres. Vous rendre justice est un devoir que je dois à la vérité et à moi-même ; et vous y avez un meilleur titre que les passe-ports que vous me dites avoir procurés à des seigneurs anglais. Vous y avez droit, monsieur, par les sentiments profonds de respect que je vous porte, et qui ne naissent point des privilèges que le roi de France a bien voulu accorder à vos terres, mais des rares talents que vous avez reçus de Dieu même, et du rang élevé que vous tenez dans la république des lettres. Votre souverain s’est honoré en vous accordant des grâces qui ont ajouté peu d’éclat au nom de Voltaire.

    « Je pense entièrement comme vous que Dieu est le père de tous les hommes ; et je croirais blasphémer sa bonté en la restreignant à une seule secte ; je pense même qu’aucun de nous ne peut être bon aux yeux de ce père commun s’il n’est bon et bienveillant pour tous ses semblables. C’est avec plaisir que je trouve ces mêmes opinions dans vos ouvrages ; et je serais très-heureux d’être convaincu que la liberté de vos pensées et de votre plume, sur les matières de philosophie et de religion, ne vous a jamais entraîné hors des bornes de ce généreux principe, qui n’est pas moins fondé sur la révélation que sur la raison ; un que vous désapprouvez, dans ces heures de calme et de réflexions, les saillies irrégulières d’imagination qui ne peuvent être justifiées (quoiqu’elles puissent être excusées) par la vivacité et le feu d’un grand esprit.

    « J’ai l’honneur d’être, monsieur, etc. »

    Fréron, qui donna une traduction de cette réponse dans l’Année littéraire, 1761, tome III, page 283, ne reproduisit pas la dernière phrase du premier alinéa, soit que cette suppression vienne de la censure, soit (ce qu’il est permis de penser) qu’elle ait été faite par le traducteur. (B.)