Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4552

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 303).

4552. — À M. DAMILAVILLE.
Le 24 mai.

On est accablé d’affaires et de travaux. Il faut défricher une lieue de bruyères et l’Histoire de Pierre Ier, faire réimprimer l’Histoire générale, où le genre humain sera point trait pour trait, et ne le sera pas en beau.

On demande le plus profond secret sur la pièce[1] du conseiller de Dijon.

On n’a plus la petite épître à Mlle Clairon : ce sont des bagatelles qu’on a faites en déjeunant, et dont on ne se souvient plus.

Le nom du vengeur de Corneille contre les Anglais ne doit point être mis à cette brochure[2]. Jamais de nom : à quoi bon ? Si on trouve quelque rogaton, on l’enverra ; mais les rogatons sont aux Délices.

Mlle Corneille a l’âme aussi sublime que son grand-oncle ; elle mérite tout ce que je fais pour son nom. J’ai relu le Cid ; Pierre, je vous adore !

Le Dain[3] est un grand fat, et l’avocat condamné un pauvre homme. Paris est bien fou.

Quand M. Thieriot aura fait jouer la pièce bourguignonne[4], qu’il vienne à Ferney et aux Délices.

La lettre à l’Académie[5] n’est qu’un détail de librairie ; et d’ailleurs on ne doit point l’imprimer sans son ordre. Valete.

N. B. Je serais bien surpris si ce pédant d’Aguesseau, si ce plat janséniste, ennemi des gens de lettres, avait fait quelque chose de passable sur l’art du théâtre. Il aurait bien mieux fait d’aller voir Cinna et Phèdre. C’était un homme très-médiocre, un demi-savant orgueilleux ; et si j’avais été à l’Académie…

  1. Le Droit du Seigneur ; voyez tome VI, page 3.
  2. L’Appel à toutes les nations de l’Europe fut imprimé sans nom d’auteur.
  3. Voyez la note tome XXIV, page 239.
  4. Le Droit du Seigneur.
  5. La lettre à Duclos, du 1er mai, n° 4537.